mercredi 2 novembre 2005 · 13h20

l’insavoir

rêvé cette nuit que je n’en n’avais pas le droit, pas le droit de dire, parce que   je ne suis pas diplômée. mon étonnement, ma stupéfaction.

de cela pourtant dont il est question pour moi.  trouver comment dire ce qu’il est  à  ma portée de dire.   depuis mon inintelligence même, mon ignorance, dire  depuis ce qui me retient de savoir à  la façon universitaire, la culture que je n’ai   pas, mon histoire & ma géographie que je n’arrive pas à  retenir, malgré mes efforts nombreux.

m’étais endormie hier, pensant que si ma mère, elle nous angoissait tant, c’est qu’elle est une femme, elle aura beau eu, recouvrir ce trou, de son silence, de sa bonté, du don d’elle-même, rien n’y fait.
il y aura eu quelque chose de l’ordre de l’horror feminae.
inventer une autre parole. ne pas faire à  l’instar.
de la difficulté-même, se réjouir.

chez nous, ça a été ça, les hommes parlaient. c’est les hommes qui parlaient.

jeudi 3 novembre 2005 · 09h48

olala, de l’histoire et autres calembredaines

du travail encore trop. la nuit trouée par l’idée que je dois fermer ici, faute de temps.

mon histoire? je la connais, à  un siècle ou deux près. je retiens plein de choses, pas les chiffres. idem pour les noms de pays. ça tient à  ma structure, l’hystérie. enfin, c’est ce que je crois, ai longtemps cru. condamnée à l’atemporel.
entendais à  la radio hier deleuze, encore, dans son abécédaire, parlant de ce que ce serait pour lui, être de gauche : penser le monde, pouvoir penser au-delà  de son quartier.*
lui, n’avait pas pensé à  moi.
le monde, j’y pense, je le conçois, mais à  moins d’un grand effort, il est ici et maintenant et de toujours et de partout. c’est ce qui m’a poussé à  dire que l’histoire, c’était la castration.
la hache de l’histoire vient ordonner. je n’arrête pas de la retourner sur moi et puis aussi aux alentours, rien n’y fait : les morceaux se recollent par miracle, le chaos redevient magnifique. à noter aussi que l’inconscient non plus ne connaît pas le temps. c’est ce que j’appelle être hystérique :
d’une part maintenir le savoir, 1 certain savoir, auquel il est nécessaire de croire, dans l’Autre, de préférence masculin et assez souvent mort ( S barré –> S1, Sbarré dans le désir de S1, S1 dans l’Autre). d’autre part, vouloir promouvoir seulement ce qui à  la hache échappe (S barré sur petit a, petit a le secret, la vérité). le silence n’y suffit pas.

je me réfère ici à  ce que Lacan donne comme le discours de l’hystérique :

 Sbarré  S1
a // S2

S2 : le savoir, à  la place de la perte, mais aussi de la jouissance.

* je cite de mémoire et m’en excuse… on trouvera ici le texte exact : :// G comme Gauche – L’Abécédaire de Gilles Deleuze, 1988

lundi 25 mai 2026 · 10h19

Je lis un livre de Jane…

note trop rapide – Je lis un livre de Jane… Encore un. Il s’agit de son enfance. Père… espion. Ils voyagent. C’est comme être enfant de diplomates. Je l’ai souvent dit, mais j’ai un problème avec l’histoire et la géographie, depuis l’enfance, toujours, ça n’a jamais marché. Ça n’est pas faute d’avoir essayé, ou faute d’intérêt. Je ne crois pas. Mon monde ne parvient qu’au prix d’efforts constants à sortir de l’ici et du maintenant. Il n’y avait que Lacan qui ait réussi à faire une petite différence là-dedans. Sinon, je suis tout le temps dans le temps de l’inconscient, lui ne connaît ni le jour ni l’heure, n’est-ce pas. Le temps du rêve. Je me suis demandé si cela tenait à la façon dont je ne parvenais pas à retenir les noms propres. Cela tient, j’imagine. Ni les noms propres ni les dates. Je pense qu’ils agissent de la même façon. Du coup, j’ai pensé qu’ils agissaient de la même façon. Ce sont eux qui sortent de l’indifférentation, ce sont eux qui font la différence. Enfin Jane (manque de son nom propre), elle voyage dans des pays que je reconnais un peu, où je n’ai bien sûr jamais été, et une grande part de son enfance se passe dans un pays dont je ne devine ou ne repère pas les noms. J’écris ça vite comme ça, peut-être moins pour mettre en avant le manque que ce qui reste, ce qui se fait avec le reste, ce qui est à ma portée. Je me suis battue pour changer, depuis la plus tendre enfance, j’ai souffert de ma différence, mais, comme je le disais hier encore à mon fils, j’ai cru à mon intelligence aussi. J’ai curieusement tenu à elle.

Jane…. Sautière ? Et ce nom me revient, et c’est comme si c’était pas ce nom, que je me trompais, que ce nom n’existait pas. Je vais réfléchir encore un peu. Ça fait penser à « sauter », et je dois dire que j’y avais songé, que ça pourrait coller avec l’idée que je me fais d’elle. « Sauter, sautiller ». Donc, peut-être bien. Je vois très bien son visage par contre. Ses visages. J’ai vu plusieurs photos. Et le titre du livre? J’ai quelquefois pensé que ses livres avait des titres difficiles. Elle n’est pas la seule. Que sait-on d’un livre tant qu’on n’a pas perçu l’énigme de son titre. Rien, à jamais, peut-être. Jane Sautière. Bien possible. Elle n’explique pas d’où vient son prénom, l’anglais du prénom. Enfin, pas dans les livres que j’ai déjà lus.

Je devrais relire le début de ce livre. Corps flottants.1

« Je me laisse gagner par la chaleur du soleil sur le visage et, lorsque je rouvre les yeux, quelques taches noires apparaissent dans l’angle de mon œil droit. C’est étonnant puis inquiétant. Je cherche à fixer ce petit archipel qui se déplace à chaque mouvement de l’œil. J’apprendrais que ce sont des fragments de l’enveloppe du vitré. Ils flottent et projettent des ombres sur la rétine. J’ai su ensuite qu’on pouvait aussi les appeler « spectres ».

Je vois l’ombre – insaisissable – de ces corps flottants, toujours dérobés, toujours là. Encore un dérèglement dû à l’âge. Ce qui me paraît évident. Mon âge devient celui des corps flottants qui ont peuplé mon existence et qui demeurent présents et irréels.

Chercher d’abord les lieux, face à la faillite de la mémoire, les formes sensibles (j’allais dire inconvenantes) qui viennent, sans projet, sans censure, sans aucune perspective, aller comme une bête sur des traces. Affronter le vieillissement, ce qui s’écroule, pour chercher dans les formes imprescriptibles, originaires. C’est ce que j’écris pour commencer.

Et puis ?

J’ai vécu au Cambodge de juillet 1967 à juillet 1970, de quinze à dix-huit ans. « 

  1. Un mot m’inquiète au fond dans cette description du début : le vitré. Je profite de la publication sur le blog pour faire une recherche sur Internet. Je me demande, est-ce qu’il ne s’agit pas du blanc de l’œil comme du blanc d’œuf ?

    ↩︎
Top