

un noël inoubliable
les orphelins remplaçables.
et puis il y a quelques jours, mercredi, j’ai rêvé que j’étais orpheline. non, pas moi, une petite fille, blonde. c’était un peu moche car les adultes pouvaient choisir les enfants et les garder pour la matinée ou l’après-midi, à leur convenance. ensuite ils les ramènent et peuvent en reprendre un, le même ou un autre si l’enfant qu’ils avaient choisi avait été un peu difficile, ne leur convenait pas. j’éprouvais un sentiment bizarre à cette idée que les adultes choisissent les enfants et donc en rejettent certains. les enfants passent les nuits à l’orphelinat. la seule chose que doivent faire les adultes, c’est conduire les enfants à l’école puis les récupérer. je me dis que les enfants ne passent pas beaucoup de temps avec eux mais que c’est sans doute mieux que rien. quelque chose se passe dans l’école avec les enfants en présence des adultes. image isolée d’une petite fille de dos, avec de longs cheveux blonds, très raides, coupé cut, très droits, dans l’obscurité, devant une porte vitrée.
j’ai terminé la lecture de 1666, et ça me met de mauvaise humeur.

Ma guerre
J’ai une assez longue analyse derrière moi, et elle se poursuit.
J’ai eu la chance de trouver sur ma route récemment un groupe de l’ACF, Escapades, mis en place par G. C. J’ai été invitée à y participer, et ma foi, j’y trouve beaucoup de bonheur. Je connaissais un peu les personnes qui en forme le noyau de base pour les avoir rencontrées sur Twitter, l’année où Miller nous y a invités. Je me suis occupée de mettre en place un blog qui reprend quelques un de nos mails, puisque ce groupe est basé sur des rencontres, des visites, des spectacles, autour desquels des mails s’échangent. C’est moi également qui avais l’année dernière repris sur un blog, un autre blog, le cours de Jacques-Alain Miller.
Récemment également l’école s’est confrontée à des événements d’une actualité brûlante, Syrie, Libye, BHL, Rafah Nached, et cela ne peut se faire, on le voit, on l’a vu, sans qu’elle ne ne taise cette autre terrible guerre, Israël-Palestine, sans qu’elle ne se souvienne de 40-45 et de l’holocauste, sans qu’elle n’arrive à éviter la question de antisémitisme. Je le dis brièvement, de mon point de vue. je me suis dit : peut-être qu’il n’y a pas moyen de se faire une opinion sur l’actualité sans une remise à plat, sans une confrontation à ces questions-là.
Un mot sur ma guerre.
Elle a sa lettre dans le prénom de ma mère, lut gar de : Lutgarde : l’art de lire G. l’art de lire le point G.
Une mémoire, celle de mon père, qu’il rappelait jour après jour. Sa façon a lui d’aller vers l’autre, de le rencontrer, de sympathiser : lui parler de la guerre. Les gens se rencontrent dans la guerre, dans la conversation autour de la guerre, c’est comme un feu, trouble. Très peu dans sa peinture. Un soldat, peut-être, un tank. Il était jeune. Ils ont caché une famille de juifs. Et c’est le père, Sterling, qui a initié mon père à la peinture. Au départ d’images que mon père lui ramenait. Notre nom était allemand. Mon oncle fou. Ma tante se coupe les tresses à l’entrée des troupes allemandes dans Bruxelles.
Ma guerre pourtant manque absolument d’histoire, ou l’a arrêtée. 40. 14. Deux dates. Comme je m’en suis aperçue à la lecture d’un texte de R. Warschawsky, quand je l’ai traduite de l’anglais pour un numéro de la revue Quarto. 40-45, 14-18, les seules dates que je retienne. L’une, son double. L’une, sa répétition.
Double L de mon nom. L-L. Plus tard, double i. Miller. Müller. à une lettre près, un i, un u, un point, deux points, un tréma.
Un réveil, l’autre nuit : muller et muller. S1 et S2, l’holophrase. Son nom, de mon père. Le mien. Le même, mais comment séparer le même.
J’ai le projet d’écrire un livre sur lui. Jacques Muller, une vie à l’œuvre.
Je me suis mise en tête de donner un nom à mon père. En manque-t-il. Sans quoi, je ne peux en avoir un. C’est assez logique, non.
Sans titre

(Rudolf Dischinger ~ 1904-1988 // Allemagne ~ Nouvelle objectivité /// Neue Sachlichkeit)