dimanche 1 janvier 2023 · 18h27

Les poètes du spleen par Élisabeth Rallo-Ditche
— Valse mélancolique et langoureux vertige

par Élisabeth RALLO-DITCHE, Professeure des Universités, Aix-Marseille Université, le 15/04/2020

HARMONIE DU SOIR

Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir ;
Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !

Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir ;
Le violon frémit comme un cœur qu’on afflige ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.

Le violon frémit comme un cœur qu’on afflige,
Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir ;
Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige.

Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir,
Du passé lumineux recueille tout vestige !
Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige……
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir !

Leopardi, Baudelaire et Pessoa accordent beaucoup d’importance aux impressions acoustiques, Leopardi et Pessoa plus encore que Baudelaire, qui est un « voyeur-voyant » et un poète proche de la peinture. Mais ses impressions auditives sont fondamentales, en ce qu’elles se réfèrent, comme pour les autres, à des sons particuliers, à une musique souvent populaire, à une musique chantée, et à des souvenirs musicaux le plus souvent revécus sous le signe de la perte. De plus, les effets de ces musiques et de l’émotion qu’elles suscitent sont voisins, comme on le verra. Le vers de Baudelaire « Valse mélancolique et langoureux vertige ! », dans Harmonie du soir, associe quatre éléments que l’on voudrait étudier chez les « poètes du spleen ».

mercredi 22 avril 2026 · 18h34

je veux commencer en évoquant le vide, le manque

je veux commencer en évoquant le vide, le manque
qu’il ne s’agirait plus de chercher
à recouvrir ou à combler
mais bien au contraire
de découvrir, d’élargir

je parlerais d’une faille
qui ne se laisse pas facilement apercevoir
qui se camoufle

je dis qu’il s’agit de
de la traquer de la pelleter de l’épousseter partout où elle se dissimule se dissémine
de ramener son sable en un seul endroit,
et des matières accumulées
entassées
soigneusement détourer l’espace
— pour alors se tourner vers vous, genoux enfoncés dans le sable, un petit signe de la tête —,
et présenter son vide au jour

une faille
non universelle, personnelle
dont la particularité même la constitue
une faille de départ, sans cause
irrémédiable
irréparable

irréparable

irréparable
comme la forme d’une plante
d’une fleur par exemple
à l’endroit où elle n’est pas le reste du monde, où elle s’en sépare

(irréparable en ce qu’elle se constitue de ce qu’elle est, de sa matière même, de son existence dans sa différence d’avec le reste du monde, sa séparation)

son plein est son trop

de cette faille parvenir à s’extraire, de son fond se hisser
se poser à son bord
vivre là

car elle est la souffrance inaperçue
la source de la honte
elle est le manque en trop du monde
elle est irréparable blessure

il faut vivre
en dehors de soi

25 déc 25
22 avril 26 (anniv papa, Jacques ❤️ 🖤 💔 🩶 🩶 )

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