Dans le De bello gallico (VI, 13), décrivant la société gauloise du Ier siècle, Jules César
rapporte ceci des druides celtes : « Un grand nombre de jeunes gens viennent s’instruire chez [eux], beaucoup viennent de leur propre chef se confier à leur enseignement, beaucoup sont envoyés par leurs parents et leurs proches. On dit qu’ils apprennent là par coeur un très grand nombre de vers : certains restent donc vingt ans à leur école. Ils sont d’avis que la religion interdit de confier cela à l’écriture ».
[…]
Les études, en Irlande, duraient douze ans, vingt ans en Gaule d’après César, et la matière de l’étude, uniquement orale et versifiée, comportait, outre la récitation des scéla («récits»), le droit, la généalogie, la poésie et tout ce qui concernait la spécialisation. Pourtant les Celtes n’ignoraient pas l’écriture […] Mais l’écriture était interdite en tant qu’archive ou moyen de transmission du savoir traditionnel parce que, par rapport à la parole, elle est morte et fixe éternellement ce qu’elle exprime. Tous ses emplois ne peuvent être que magiques ou incantatoires. Le gaulois, langue sacrée et savante, a disparu avec toute sa littérature parce qu’il
n’a jamais été une langue écrite et, sans la christianisation qui a propagé l’étude des écritures, l’irlandais aurait subi le même sort ou au moins n’aurait presque rien laissé de sa littérature mythologique. Le droit irlandais considère encore comme seule preuve concluante «la mémoire concordante » de plusieurs personnes.
[…]
Le livre EST donc le problème ; le livre est même tout le problème ou plutôt
l’industrialisation du livre avec tout ce que, dès son origine, elle implique et qui, peu à peu, s’enchaîne dans un ensemble de dispositifs de plus en plus contraignants : la standardisation, le formatage, les conventions, les collections, le marketing, les publics, les critiques, les auteurs, les autorités, les genres, les éditions critiques, originales, princeps, etc. C’est le livre et ses principes de « fixation », de figement temporel, qui rendent intéressants la recherche des antécédents aux écrits qu’il enferme.
[…]
Or, la littérature, comme nous le savons tous, même si nous ne voulons pas toujours
accepter toutes les conséquences de ce savoir, existait bien avant le livre et, dans beaucoup de régions du monde encore – mais là encore notre ethnocentrisme culturel occidental nous aveugle souvent – existe sans aucun recours au livre. [...]
dans la série les écrits volent les paroles restent
27 février 21 / réflexions sur la possibilité de guérison par les corps cétoniques et le « pas-sans-l’autre »
Samedi
Revenus de Donnery. Mal dormi. Crise de haine de moi.
Trop de téléphone (internet). La nuit le matin le jour. De nouveau trop cherché quel régime, quoi manger. Quoi s’interdire, quoi s’autoriser. Avoir grossi à Donnery. Croire avoir grossi. Avoir « eu faim », avoir mal bouffé, s’être permis des extras. Et puis il y a deux jours par hasard, avoir appris le lien entre sucre et Alzheimer. Et la possibilité de guérison par les corps cétoniques. Et avoir fait des recherches là-dessus, trop.*
Diabète du cerveau. Insulino-résistance. Zones du cerveau qui ne sont plus nourries. Qui pourraient se nourrir de corps cétoniques. Que le corps alors en produise. Comment ? Par le régime cétogène et la suppression de tous les sucres ? Par le jeûne ? Avoir eu de l’espoir, espéré guérir. Avoir cherché encore. Probablement s’être découragé, avoir craint le régime même. Ses conséquences. Les conséquences de cette contrainte, de l’auto-surveillance, de la privation. Ce qui vous emmène malgré vous à faillir, à la culpabilité, à l’obsession. Pensé qu’il valait mieux voir un médecin et que soit confirmé ce diagnostic que je m’applique d’Alzheimer. Si je n’en n’étais pas affectée, le soulagement, alors. [...] Lire la suite >