samedi 7 juillet 2018 @ 7h57

Paris, sur le départ

Paris, sur le départ
Ma merveille, mon exception absolue, mon goitre, le creux de mon rocher, l’imprudence de ma main, mon bois, ma tranchée, mon espace thé, mon sexe, l’oubli, l’écart, doigts et orifices, tes ténèbres, ton chant, ton charme, mon chat. Ta forêt, les nuages de ton sourire où je grimpe et m’installe, ton innocence, ta vérité, la clarté de tes prunelles. Je ne t’aime pas plus que ça.
Mes dents dans ta joue ta peau entre mes doigts la sueur de mes mains de mes pieds à toi dédiée. Tout cet embarras des collines. Ton mensonge. Mon manque adoré, ton sexe long. Toi, blond. Tes solides dents. Tu ouvres la fleur de mon sexe.  Comment tu m’ouvres, comment ça s’ouvre.  Ta confiance, ton attente douce, sur mon sexe la douceur de ton gland, tes baisers, ce rien que tu n’essaies. Je palpe le brouillard de ton absence. Je t’oublie. Te remémore, te chasse, t’oublie encore. Tes cuisses. Mon excavation. Mon antre, ma défaite.
Mon désordre ma haine mon épilation.
Ma beauté soyeuse, mon élan.
Mon éternité, ma gageure, mon hortensia.
Mon vernis. Mon sang, ma tonte.
Mon oncle.
Mon pays.
Ma perte. Mon désespoir. Ma lunette.
Ma chaussette.
Ma femme.
Ma fournée.
Ma brosse à dents de l’extrême.
Torrent, nacre, beauté. Mon fou. Japon étranglé.
Ma ouate.
Non Envoyé.
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dimanche 8 juillet 2018 @ 5h53

Boissac, 8 juillet 2018

Tous ces mots écrits hier à Paris comme nous faisions la valise pour venir ici, à Boissac, près du château de Ligoure où a lieu le stage de tai chi, où je suis avec Édouard.

Le soleil se lève, je suis dans le jardin. Je fume. Je ne sais pas comment j’arrêterai cette fois. Depuis quelques temps, j’ai recommencé à me réveiller tôt, vers 4 heures. Il ne fait pas si chaud, si tôt.

Ce qui me manque peut-être le plus c’est de lui écrire. Là, je lui dirais, tu sais Nathan, j’ai recommencé à fumer, et à boire, beaucoup.

Et tous ces mots, d’hier. Ce sont eux qui commandent à mon désir, eux qui le provoquent, de m’y laisser aller. C’est ce qu’il me semble.

A l’instant, j’ai envie de me laver les dents, laver le visage, fumer encore une cigarette, rester dehors, n’avoir pas froid. Écrire des choses qui soient les bonnes, qui soient ce que je dois écrire, pour satisfaire mon désir d’écrire. Aimerais trouver à écrire ce qu’il faut pour satisfaire mon désir d’écrire et que ce ne doive plus été adressé. J’aimerais un bain très chaud, puis des massages à l’huile. Il faut que je songe au fait que j’ai pu me passer de cigarette. Que j’ai pu me passer de N. Que j’ai vécu sans lui. Quand nous arrivions hier en voiture, que nous pénétrions le pays, roulant depuis la gare de pour venir ici, il me semblait tellement me rapprocher de lui, je lui aurais écrit : Tu es là, tu es partout, je te sens, et il m’aurait répondu dans ce sens, et nous nous serions beaucoup exaltés (faut-il un sens, non, un s à exalté ?).

Les lettres d’amour.

Si nous étions davantage séparés, Édouard et moi, je l’aimerais plus. Je ne sais comment recréer cette séparation. Je me demande si mon exaltation épistolaire ne tient qu’au fait que mes parents se soient rencontrés ainsi, par correspondance, et si je peux me sortir de ça.

Publié dans Hélène Parker, Un amour (a letter . a litter) | Commentaires fermés sur Boissac, 8 juillet 2018
lundi 16 juillet 2018 @ 7h30

Lundi 16 juillet 2018, Paris, 7h30

Voilà bientôt un mois que je n’écris plus à N. Le 18, ça fera un mois. Il me manque beaucoup, de l’écrire m’en viennent les larmes aux yeux. De l’écrire et de ne pouvoir lui écrire, de ne pouvoir le lui écrire. J’ai été à deux doigts de l’appeler hier soir. Il y a des moments où c’est vraiment difficile, où sa proximité est vraiment trop forte. Et il me semble parfois que ça ne m’arrivera plus d’être joyeuse. Je vous écris d’une part parce que c’était un bel amour, dont vous n’avez pas su grand chose, et qui finira bien par s’oublier, que je finirai bien par oublier, ce que je trouve injuste. Et d’autre part, parce que je n’arrive pas à l’oublier, et qu’il le faudrait, parce que face à son souvenir, dans son souvenir, Édouard ne fait pas le poids, ne supporte absolument pas la comparaison. Je ne vois pas que je puisse jamais m’abandonner à lui comme j’ai pu le faire pour N. Je ne vois pas que mon cœur puisse jamais tressaillir à sa vue, fondre dans le son de sa voix ou dans des bras, je ne pense pas sentir jamais  vers lui l’élan joyeux où j’étais pour N. Nous avons eu trop de bonheur ensemble. Et je l’ai si fortement désiré, si follement, si physiquement. Et il y a eu un tel plaisir, mon corps si pris par lui, et lui écrire a été un tel bonheur, un tel amour, une telle évidence. Vous disiez névrose obsessionnelle, amour d’un côté, désir de l’autre, ce n’est pas ce que j’ai ressenti, et si vous aviez une petite indication de lecture, j’en serais bien aise. Je ne vous a pas dit à quel point, il m’a semblé que c’était un amour de tai chi, de chi. C’est ce que je voulais vous écrire, mais je dois faire la valise maintenant. Croyez, qu’il me paraît toujours aussi présent, même si je me bats pour combattre les sensations physiques, le désir. Même si je repousse de toute mes forces la pensée de lui, à lui. Mon amour pour lui a été un ruissellement, c’est ce que je combats. Pleurer, même, serait encore l’aimer. Un ruissellement, une coulure, et le corps veut encore et il n’est pas le seul, qui ne comprend pas. J’essaie de reporter mes sensations avec Édouard, mais ça ne marche pas très bien, et l’amour ne suit pas. L’amour ne suit pas du tout. Édouard a toujours pensé que je l’aimais, même quand je lui disais le contraire. Il a été ébranlé dans cette certitude quand il a eu des doutes à propos de N, quand il a soupçonné son existence. Maintenant, il veut redevenir mon mari, et moi, je songe au sexe de N, à nul autre pareil, à ses doigts, à sa légèreté, son sourire d’enfant, et ça s’ouvre en moi, ça s’écoule, et  je retiens des larmes, qui me débordent. Nous n’avons connu que cela. Et il aurait mieux valu que nous puissions aller jusqu’au bout, l’épuiser, car je ne vois pas comment effacer ce souvenir, cette inscription, qui s’est si longtemps (un an maintenant, rien, que nous nous sommes rencontrés) soutenue de pensées, de lettres, de quelques coups de fil et de belles rencontres (2 hôtels, une semaine de stage) où tout s’est magiquement passé. Et mon corps avec lui n’a connu que certitude.

Publié dans Hélène Parker, Un amour (a letter . a litter) | Commentaires fermés sur Lundi 16 juillet 2018, Paris, 7h30
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