Re: comédies américaines

Ah,  c’est très intéressant tout ça. C’est marrant, on (dulce + jujujuman) a vu tous1 ces films récemment, et je ne me souviens de rien du tout, ou presque. Je crois que je devrais les revoir. Je vous parle de ma mémoire ici, pas des films. Je perds totalement la mémoire, c’est ça qui m’occupe le plus pour le moment. 

 

Curb your enthousiasm, oui, je m’en souviens bien. Peut-être pour ça que j’aime tellement les séries, parce que ça dure longtemps et qu’on a vraiment le temps de s’imprégner de l’histoire, des personnages. Je me souviens du moment où j’ ai découvert Lost, ma première série. Tous les jours, je devais attendre dulce, le soir, pour mater la suite. Et pendant toute la journée, j’y pensais, ça me manquait. Les voix en particulier, certaines voix me manquaient. Ça a été surtout vrai pour Lost.

 Curb your enthousiasm, y a eu des moments où c’est devenu super grinçant, limite insupportable. On n’était plus très sûr d’avoir envie de le voir. Puis, ça s’est rétabli (même si moi, j’ai continué à me méfier), c’est ressorti du désespoir, je crois, réémergé. 

Pour ce qui est de la mémoire, y a l’âge bien sûr,  y a un symptôme, de je sais pas encore dire de quoi, puis y a aussi que c’est pas du tout ma culture. J’ai beau vivre avec D. depuis 10 ans,  c’est toujours pas ma culture.  Et chaque fois qu’il me propose ce genre de truc, je me dis OK, bon,  voyons voir ce qu’il a encore à me proposer. Et je regarde, je ris,  je trouve ça bien ou pas, mais ça reste très vague, je crois que je n’ai pas encore intégré ça comme étant à retenir, ça glisse. Je rigole et ça glisse. Ça s’en va.

Je demande peut être des œuvres qu’elles me bouleversent. Et rire ne fait pas partie, n’est pas programmé chez moi comme étant bouleversant. Tout de moins ce rire là, un peu gras. J’attends probablement plus classiquement d’être dramatiquement bouleversée. Il faudrait que je trouve le moyen de re-programmer ça. Et la drôlerie a quelque chose qui va ou qui vient d’au-delà du bouleversement. 

J’ai dit aussi que je perdais la mémoire parce que je ne parlais pas assez. Je n’ai jamais beaucoup parlé – sauf avec certaines femmes, et là j’étais devenue vraiment bavarde, pipelette -, parce que je suis seule. Je ne me plains pas. Je constate. Solitude entraîne perte de l’usage de la parole, perte des mots. Je ne me plains pas : tout ça m’est beaucoup trop proche pour que je m’en plaigne. J’ai un attachement à moi.

Je perds les mots et je dois trouver comment les retenir. Ou comment les laisser partir. Qu’est-ce qui dans les mots qui partent ne me retient pas ? Et qu’est-ce qui reste ? Qu’est-ce qui me retient dans ce qui reste ? Que faire de ce reste ? J’ai parfois eu le pressentiment que c’était de cet ordre là. Quelque chose de cet ordre-là. Que je tenais  au manque des mots (hystérie). Mais ce manque qui s’impose à moi, que je défends par devers moi, que restera-t-il de lui. Qu’est-ce qui reste quand ce qui reste n’est pas des mots. Et. Comment ce reste fait-il lien avec le reste du monde, et avec ce qui reste du monde au monde qui n’est pas des mots.  

C’est la question du lien qui est importante. Pour moi, la seule. Et comment abandonner ou au contraire prendre très au sérieux la question de ce qui reste après (la deuxième seule, importante question), après la vie. 

Mais là, je suis encore pleinement en vie. Et je peux très bien rigoler à un film qui n’est au départ  « pas de ma culture » et l’intégrer à ma culture. En modifier le fonctionnement. Parce que le rire, finalement, comme le disait déjà Freud, le rire fonctionne avec au départ de ce qui manque aux mots. Bon,  enough.

Des chercheurs ont réussi une expérience de télépathie, via ordinateur

Notes:
  1. Step Brothers, You Don’t Mess with the Zohan, Fun, Zoolander, Anchorman 1 et 2, Very Bad Trip, Bruno, Borat, Ron Burgundy, Pineapple Express. []

Re: Fémininisme

« Reply #10 on: September 05, 2014, 10:09:09 pm »
 

Laissons la parole aux femmes du forum, j’ai pas grand chose à dire non plus (pour moi le féminisme est une perte de temps dans la grande lutte contre le Capital)

suis pas très féministe, désolée. ne m’y suis jamais beaucoup intéressée (ma curiosité sur les rapports hommes/femmes s’étant très très vite vu happée par la psychanalyse). cependant le hasard veut que je lise simone de beauvoir en ce moment, Mémoires d’une jeune fille rangée, et l’affreuse histoire de son amie zaza, aussi talentueuse que l’est Simone de Beauvoir, un peu moins désirante probablement, mais qui n’aura pu affronter les interdits de ses parents, interdits liés principalement au fait qu’elle est une femme. elle interrompt des études qui la passionnent, renonce aux amitiés jugées trop intellectuelles, se plie aux mondanités auxquelles sa condition (féminine et de classe) la contraignent pour finir par mourir de chagrin quand ses parents refusent qu’elle épouse pradelle (merleau-ponty) (au prétexte qu’il est un enfant illégitime). à lire ça, on se rappelle que le féminisme a été une lutte nécessaire qui m’aura permis aujourd’hui de jouir des libertés qui sont les miennes. mais je n’ai jamais beaucoup frémi à l’idée de la liberté en général non plus.

Re: féminisme (2)

Simon Leys, dans ce merveilleux petit livre de lui que je lis en ce moment, Le studio de l’inutilité, rapporte que G. K. Chesterton attachait un prix particulier à la notion d’amateur qu’il comptait pour supérieure à celle du professionnel. « Aucune activité humaine vraiment importante ne saurait être poursuivie d’une manière simplement professionnelle.« 

Chesterton reporta ce contraste amateur/professionnel à la comparaison généraliste/spécialiste. A ses yeux, les activité habituellement dévolues aux femmes ont sur celles des hommes la supériorité de la connaissance généraliste sur le savoir du spécialiste.

« Le préjugé moderne qui consiste à dénoncer l’étroitesse des tâches domestiques suscite son indignation… il passe en revue tout l’éventail des besognes ménagères qui requièrent tour à tour, ou simultanément, les talents et l’initiative d’un homme d’État, d’un diplomate, d’un économiste, d’un éducateur et d’un philosophe, et il conclut : ‘Je conçois volontiers que toutes ces choses puissent épuiser l’esprit, je n’imagine pas comment elles pourraient jamais le rétrécir. La mission d’une femme est laborieuse, mais elle est telle parce qu’elle est gigantesque, et non parce qu’elle serait mesquine. Je plaindrai Mme Jones en raison de l’énormité de sa tâche, je ne la plaindrai jamais en raison de sa petitesse.' »

De mon côté, j’ai toujours eu envie de prendre la défense des tâches ménagères, jamais encore en ces termes mais plutôt partant  de ce « minimum mystique » que Chesterton attribue aux enfants et aux poètes –  » à savoir, la conscience de ce que les choses sont, point à la ligne. Si une chose n’est rien d’autre qu’elle-même, c’est bien : elle est, et c’est ça qui est bon.‘ »

 

Frédéric Lordon – La révolution n’est pas un pique-nique

[e t Frédéric Lordon1 de sous-titrer son exposé : »Analytique du dégrisement » — Or ça, je ne lui trouve rien de dégrisant à son analyse : que du contraire : pour ma part ça m’a bien COMPLÈTEMENT grisée…]

j’ai trouvé là, http://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/la-revolution-n-est-pas-un-pique-153918 , le texte complet.

 Notes : Continue la lecture

Notes:
  1. Frédéric Lordon est Directeur de recherche au CNRS, économiste passé chez les philosophes. Développe un programme de recherche spinoziste en économie politique et en sciences sociales. A récemment publié Capitalisme, désir et servitude (La Fabrique, 2010), D’un retournement l’autre, comédie sérieuse sur la crise financière (Seuil, 2011) et La société des affects (Seuil, 2013)   []

dans l’éclipse du croire

L’ironie, que lui opposer sinon une forme du croire. Et la certitude. Or, la certitude n’est pas communicable. N’est pas un sentiment sur lequel on peut compter, est capricieuse. Les conditions de son apparition ne sont pas connues. En son absence, la croyance peut faire fonction. Emportant le doute avec elle.

La certitude ne se révèlera jamais plus longtemps qu’un moment (dans un déchirement). Elle fonde l’acte de l’artiste. A l’occasion, fond sur le regardeur.

L’ironiste, lui, connaît bien la certitude mais ne supporte pas les semblants du croire.

La certitude n’est pas loin d’offrir les caractères de l’hallucination.

Du croire, aujourd’hui, Dieu ne s’offre plus comme garant de la certitude.

Mehdi Belhaj Kacem et la théorie du complot

extraits:

que la thématique du complot se confond peut-être bien avec la littérature elle-même… identité du littéraire moderne et de la persécution… théorie oblique du complot

la question de la phrase… je suis obsédé par cette question de la phrase. et plus exactement à ce qu’à mes risques et périls j »appellerais les phrases héroïques… questionnement sur l’héroïsme venu à la lecture de Philippe Lacoue-Labarthe… espèce d’antonin artaud de l’université  … héroïsme qui est celui de baudelaire ou de benjamin … « qu’on peut soutenir que la littérature moderne ne naît non pas avec le roman mais avec l’auto-biographie…  » la question autobiographique s’est mêlée à un délire du complot … héroïsme moderne … lien entre héroïsme autobiographique et thématique du complot … Benjamin : la modernité doit se placer sous le signe du suicide ; suicide n’est pas un renoncement mais une passion héroïque … c’est la conquête de la modernité dans le domaine des passions et c’est vers cette époque que l’idée du suicide a pu pénétrer les masses laborieuses … on se dispute une gravure qui représente le suicide d’un ouvrier anglais par désespoir de ne pouvoir gagner sa vie… 

tous ces littérateurs ont été pauvres…

« DES PHRASES QUI SAUVENT LA PEAU » : ENTRETIEN AVEC MEHDI BELHAJ KACEM

Continue la lecture

Re: livres du moment / Artistes sans oeuvres et Rien ne s’oppose à la nuit

j’ai terminé, il y a quelques temps, la lecture de jean-yves jouannais, Artistes sans œuvres, aussitôt reprise pour ne pas le perdre de suite, ce livre que j’avais aimé. je l’ai perdu quand même, je suis faite de sable.

cette nuit j’ai pensé, parce que je pense à n’importe quoi, pendant que dorine faisait voyage en ritaline, que le livre aurait aussi bien pu s’appeler Artistes sans noms, puisque c’est d’eux aussi bien qu’il est question dans ce livre, des noms que ne se font pas toujours les artistes. livre qui m’a soutenue le temps de sa lecture, car il absout, ou le tente, tant de l’œuvre que du nom. c’est-à-dire de l’absence d’œuvre que de l’absence de nom.

« L’homme parfait est sans moi, l’homme inspiré est sans œuvre, l’homme saint ne laisse pas de nom. »

jouannais rêve d’une histoire de l’art qui s’attacherait à des « immatériaux », dit-il, a l’idée, au geste, à l’énergie (mais comment l’écrire sans l’écrire une idée qui n’est encore qu’idée et qui deviendra autre chose dès lors qu’elle sera écrite? parce que c’est ça son idée, enfin l’une de ses idées, tenir compte de toutes les idées non-écrites, désigner comme artiste celui qui encore n’a que l’idée, seulement n’aura jamais que l’idée.)

« Combien de songes, de systèmes de pensée, d’intuitions et de phrases véritablement neuves ont échappé à l’écrit? Combien d’intelligences sont-elles demeurées libres, simplement attachées à nourrir et embellir une vie, sans fréquenter jamais le projet de l’asservissement à une stratégie de reconnaissance, de publicité et de production? »

« … Simplement pour vitales qu’elles soient, ces sommes immatérielles, ces idées inécrites, ces poésies vécues ne peuvent parier que sur la mémoire, le mythe, pour traverser les époques, ayant refusé, avec violence, ironie ou innocence, la logique industrielle et mortifère du musée comme de la bibliothèque. »

ce que je voudrais c’est renoncer, renoncer tranquille à la mémoire et au mythe, à la traversée des époques; ne plus souffrir de ce désir; de la mort et de l’oubli. mais j’ai eu beau livre ce livre, eu beau le lire et relire, ce qu’il tente de soulager, l’espoir dont il dit si bien qu’il gonfle, retombe aussitôt le livre refermé.

j’ai eu la chance d’ouvrir alors un autre livre, si beau, si terrible, si triste. dont je dois déjà rechercher le titre et le nom de l’auteur. [un temps assez long] . Delphine de Vigan : Rien ne s’oppose à la nuit. un ravage. une écriture où l’auteur va à la rencontre de la descente en folie de sa mère, de son suicide inéluctable.

 

 

malade de pensée / l’impression est toujours forte

Malade de pensée.
Cherche en ce moment à quoi me raccrocher. L’impression que me font mes lectures1  est toujours forte. Mais je ne sais que faire de cette force ni ce qu’elle signifie.
De quoi s’agit-il de quoi s’agit-il ? Que fais-je ? Peut-être cherchai-je seulement à me raccrocher au monde.
S’il me fallait parler / témoigner de ce qui
M’affecte
Torture
Le plus
Il s’agirait probablement de mes pensées
Elles qui me sont le plus familières
Elles qui sont la matière de mon malheur
Lequel ne doit pas être si grand dira-t-on dès lors
C’est que j’y suis enfermée
Et un peu plus de jour en jour
De jouir en jouir
Une forêt de pensées forêt vierge dont j’espère probablement pouvoir extraire l’une ou l’autre liane que je puisse alors tendre à un autre, autre être humain
AUTRE ÊTRE HUMAIN
Et que ferions nous alors une fois que nous serions à deux voire plus la main sur ma liane
Et la liane trahit la pensée trahit la forêt vierge

« Combien de songes, de systèmes de pensée, d’intuitions et de phrases véritablement neuves ont échappé à l’écrit? « 

C’est ce à quoi je pensais ce matin. Les pensées, elle s’abattent sur moi comme des boules de neige
Aucune ne se laisse entendre tout à fait
Toutes sont incomplètes
Me. Bombardent
Alors, cette pensée-là, en particulier, le hasard veut, ou autre chose que le hasard, le fait qu’elle se sustente de la pensée d’un autre, du résidu de la pensée d’un autre, aura voulu que je la saisisse mieux qu’une autre, à cause de son sentiment d’étrangeté ; l’étrangeté me sauve de ma mêmeté, j’aurai pu la saisir, ses mots me seront apparus plus distinctement parce qu’ils étaient d’un autre,
non totalement encore recouverts par la boue des miens, non assimilés, ces mots donc de Jouannais, que je reprenais hier ici, je m’ en suis saisie, j’ai pensé
À cela, que l’écrit est une liane, et ma pensée une forêt vierge, en 3D
Et ce passage de la 3D à la linéarité, c’est le travail justement où un artiste un auteur se distingue.

Évidemment, quiconque rendrait compte de la forêt vierge

Or, il ne s’agit pas non plus uniquement de 3D et de couches successives se superposant
Mais de bombardement de boules de neige et peut-être cette image-là me vient-elle à l’esprit à cause de ce titre d’un film Le bombardement de boulettes géantes, que je n’ai pas vu.

Et j’ai pensé que j’étais malade. Et que s’il y avait quelque chose dont je devais témoigner, peut-être, c’était de cette ma maladie.

Songeant à la 3D et aux couches successives
Me demandant comment
M’est revenu en mémoire cette installation de Bill Viola, regardée au Grand Palais l’année dernière

image

image

Et revoyant ces photos sur Google Images, à Bill Viola, j’ai pensé que celles-ci disaient bien la sensation physique de ces pensées dans ma tête, et de ce qu’elles font à tout mon corps (dont je pourrais aussi bien ne pas sortir) (mais l’écrire vous l’écrire à un TRUMAIN est la luette est la lucarne d’où la lueur touche dans ma cellule) :

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Et celles-ci, pouvaient rendre compte de leur bombardement

image

Or ici on voit que pour rendre compte de la pensée, de ma pensée, j’use d’images qui en élimine la matière tout en la lui accordant, car elle est de matière justement défaite, inconnue, cette matière des mots, où les couches seraient constituées de phrases ou de bribes de phrases, non point prises dans la linéarité qui pourtant les caractérise mais dans la planéité d’un voile léger qui en recouvrirait d’autres et seraient recouverts par d’autres, voilà l’image que celle de Viola inventait dans mon esprit pour rendre compte justement de mon état d’esprit, de ces pensées mouvantes, logeant toujours au bord du sens comme au bord du gouffre.

Et au travers de tout cela l’appel de la mort, comme la voix des loups. Mais pourquoi. C’est l’appel, comme celui des sirènes. C’est que le chant est si beau des loups, si terrible. Et que j’aime les choses terribles. Ici, se situe l’aveu. Les choses terribles et terriblement aimables n’ont pas leur place dans le monde extérieur. La pensée seule leur offre logis.
Mais cela ne suffit pas. Il faut connaître l’origine et la matière de ces chants des loups.

Continue la lecture

Notes:
  1. aussi bien que les conférences que j’écoute, dont je poste les vidéos ici. []

c’est pas-tout qui est politique

pas-tout est politique (c’est pas-tout qui est politique)
(l’universalisme du tout ne convient à rien)
au politique également il convient un concept incomplet (qu’il s’affiche comme tel, annonce la couleur)

pour ma part, le politique concerne le vivre ensemble, la polis, le comment faire pour vivre-ensemble
et ne saurait se réduire à un moment révolutionnaire qui n’arrivera pas et dont le fantasme emprisonne la pensée et  inhibe l’action.

l’art se coltinerait le même impossible, l’impossible du vivre-ensemble. (il peut ouvrir des moments de possible aussi bien que révéler la cruauté de l’impossible, de même que la part de responsabilité de tout un chacun)

le crédit

nous sommes de retour à paris depuis hier. je me réveille, il est 4h20. c’est plus ou moins la même heure tous les jours. je songe à ce documentaire sur la création de l’argent que j’ai commencé à regarder l’autre jour dans la voiture en route vers Orléans. il s’y confirme ce que j’avais appris dans Demain, que la monnaie fiduciaire, les pièces et billets que nous connaissons, ne forme qu’une partie infime de l’ensemble de l’argent (j’ai retenu 8%), le reste, la monnaie scripturale, n’étant que chiffres inscrits dans les ordinateurs des banques privées. et que donc, effectivement, l’argent ne naît que du crédit accordé par les banques. ce n’est qu’à partir du moment où une banque décide de me croire (d’où son nom, de crédit), de croire que je suis capable de produire l’argent que je souhaite lui emprunter, ce n’est qu’à partir du moment où elle en inscrit le montant dans ses ordinateurs (d’où son nom, à cette monnaie, de scripturale) que cet argent se met à exister, cet argent donc qu’elle me prête, elle-même ne le possédant pas, elle-même ne devant pas le posséder (elle ne doit en disposer que de 8%, si j’ai bien retenu, c’est le fonds de garantie), tandis qu’en échange de son prêt, le prêt de cet argent qu’elle ne possède pas, elle me fera payer des intérêts. dans ce documentaire, il est également question de la naissance de l’argent, lequel ne descend pas du troc, comme on a tendance à le croire, mais du crédit. l’échange, le prêt, était autrefois basé uniquement sur la confiance, sur le parole donnée. l’exemple y est donné, très parlant (que je reprends ici de mémoire, en ayant changé les noms), de l’échange que paul et pierre veulent faire, paul produisant des patates et pierre des tomates. paul veut des tomates, pierre les lui en prête, en échange, paul lui promet qu’à la saison des patates, il lui donnera des patates. pierre a fait crédit à paul, il a cru en lui, il lui a fait confiance. pendant longtemps, cette seule parole donnée à suffi à lier les hommes. jusqu’à ce qu’il faille inventer l’écriture pour inscrire ces comptes… (et là, j’arrête de spoiler, parce que j’ai arrêté de regarder, parce qu’on passait devant un magasin où il fallait que j’achète un truc, donc je suis vite descendue de la voiture.)
tout ça m’a rappelé  cette interview d’Agamben, lue il y a quelque temps, où il explique son idée, selon laquelle, le capitalisme est une religion comme une autre et en faisant ce rapprochement entre le crédit  de  la « banque de crédit » et le credo, la croyance de la religion. 

NB:  par ailleurs, le terme « fiduciaire », qui désigne donc la monnaie que l’on peut tenir en main, celle qui circule, celle qui est créé par les banques centrales et dont nous avons tendance à croire qu’elle constitue l’ensemble de la masse monétaire, ce terme de fiduciaire provient du latin, fiducia, la confiance).

il est 5h22. je vais me recoucher.

Pendant ce temps sur Stromboli: Concernant l’athéisme,

 

Concernant l’athéisme, il me semble pour ma part fondamentalement mieux intégré qu’on ne le dit. Le capitalisme mondial (qui en est né) en offre d’ailleurs un visage,  particulier sans doute,  mais particulièrement bien répandu.  Dieu est mort, tout s’achète. Il n’y a plus rien demander à personne,  tout s’acquiert. Et voici viendre les communautés du self-service. Cependant si Agamben considère  l’argent  comme  la nouvelle religion,  c’en est bien sûr une forme larvée. La religion traditionnelle offrait du tiers, les actuelles offrent de l’un (aussi bien des uns-corps à sacrifier).  La mort de Dieu, l’effondrement qui s’en est suivi des valeurs et de la loi,  ça a  aussi été la mise en flottement du sujet et du langage dont Dieu était le garant. Nous sommes devenus des objets de la science, nouvelle garante absolue et universelle qui évacue sans remords de l’homme la question du sujet,  sa condition d’être parlant,  sa conscience et son inconscience. L’objet idéal de la science étant tout de même le cadavre (qui ne cesse d’ailleurs d’offrir des preuves de sa perspicacité – voire les travaux de la police scientifique dans les séries où c’est le travail des médecins légistes qui finit toujours par offrir le fin mot de l’affaire).  Aussi, entre parenthèses, nous voyons-nous chaque jours dépossédés de nos corps.
Les religions actuelles ont toutes peu ou prou intégré cela.  Et toutes peu ou prou tentent à leur façon de ré-humaniser la condition faite à l’humain par la science et le capitalisme.
//Aujourd’hui, je pense qu’il y a deux terrains de lois possibles : celles du corps et celles du langage. Et d’innombrables terrains pour l’absolument hors-la-loi : le corps et le langage la, où ils se rencontrent.  //
Il y aurait beaucoup à dire encore, sans doute, mais j’ai été assez longue et lourde comme ça. J’arrête. Donc oui, je suis d’accord, l’athéisme pourrait bien être la question à reprendre. 

http://stromboli.st/SMF/index.php?topic=424.msg20934#msg20934

tu penses que je peux mettre ça sur stromboli

le problème de la france, c’est qu’elle accorde beaucoup trop d’importance à l’esprit, au discours
et qu’elle a entraîné tout le monde occidental à sa suite
que je commence à me dire
je me demande quand ça a commencé d’ailleurs
est-ce que ce serait pas la faute à jésus des fois
si ça se trouve
non mais
suffit de regarder l’afrique ou l’asie,
ces gens sont autrement raffinés, autrement plus proches de leur corps
évidemment, de point de vue de la puissance, ils sont totalement à la ramasse
je pense donc je suis, franchement, j’en reviens
ts
on voit ce que ça a donné
et puis les français manquent totalement de sens de l’humour
pire que les allemands en fait
les anglais c’est autre chose, ils sont pas totalement bernés par la puissance du verbe et ça les fait marrer.
les français ont l’ironie, ouais. ça ils ont, ils sont forts. mais c’est juste du dépit.
les français sont dépités
je pense donc je suis mais je fous rien. ou alors la révolution, violente.
faudrait qu’ils commencent à faire moins les fiers, à se remettre un peu en cause, eux, et leur foi inaliénable dans le langage, ces purs esprits, qu’ils reviennent un peu sur terre, qu’on rigole
non, c’est tout dans la tête et il faudrait que tout le monde pense comme eux en plus
qu’il y a d’autres moyens de communiquer, d’autres façons d’être intelligent
est-ce que je suis anti-intellectuelle primaire
non, je pense juste qu’il y a d’autres façons de penser qu’avec la pensée
tu peux vomir sur la religion, élise, mais ce en quoi toi tu crois, la france et la grandeur de sa pensée
gentiment dit : ça me fait rigoler un peu

en tout cas, moi, c’est là où j’en suis

ceci est un essai de dire tout haut ce qu’il n’est même pas sûr que je pense tout bas, ce qui m’effleure l’esprit,

au point où j’en suis

mais, je n’en démords pas sur ceci : aujourd’hui, le pouvoir appartient à celui qui domine le langage

ou : le langage, ce qu’on en a fait : un instrument de pouvoir

le langage et ses lois

😉


pas reçu de réponse à ce mail envoyé à F, mal formulé, mais qui m’a permis d’apercevoir certaines choses. pas envoyé sur Stromboli non plus.

Silvia Federici, Caliban et la sorcière

« Au Moyen Âge, les femmes étaient artisanes, elles avaient leur place dans les corporations. Paysannes, elles produisaient dans les communs une agriculture vivrière. Elles étaient guérisseuses, accouchaient les parturientes et faisaient aussi « passer » les grossesses non désirées. Elles disposaient d’un savoir ancestral transmis de génération en génération. L’histoire omet aussi de rappeler que les paysan-nes d’alors vivaient en lien avec la Nature, instance supérieure à laquelle ils devaient respect et bienveillance.

La chasse aux sorcières qui débute alors et persécute les femmes durant deux siècles est historiée comme une période de superstition collective née dans l’Église qui, jetant son dévolu sur les femmes, brûle les impies. Pas si simple.

[…]

Pour Silvia Federici, cette période marque le moment où la classe dominante se procure, à l’extérieur, les moyens de développer sa richesse et de réprimer les luttes. Les savoirs ancestraux doivent êtres dénigrés : l’État officialise une connaissance qui se théorise, s’étudie, s’écrit. Les femmes qui soignaient doivent être réprimées au profit des pratiques des médecins et de la science officielle qui se déploient. Les croyances impies en les signes de la nature doivent être méprisées, rendues dangereuses : la croyance culpabilisante et asservissante de la religion prend le pas sur l’animisme et les croyances naturalistes.

[…]

Les 13e et 14e siècles sont pour l’historienne des temps de découverte politique forts. Les fabliaux rapportent des portraits de femmes combattives, exprimant leurs désirs, à mille lieues de l’iconographie suivante de femmes faibles, discrètes et soumises à l’autorité paternelle puis maritale.

Au Moyen Âge se développe le principe d’une société monétaire tournée vers le commerce et l’exportation de denrées. Dans une société rurale, agricole, dont les terres sont cultivées par la communauté — femmes et hommes dans les communs — le peuple est en lien et en lutte : refus de la taxation, de la mise à disposition des denrées… »

https://blogs.mediapart.fr/helene-duffau/blog/080416/caliban-et-la-sorciere-femmes-corps-et-accumulation-primitive

  • Caliban et la sorcière. Femmes, corps et accumulation primitive est publié aux éditions Entremonde.

discipline « Reply #1

Online eoik

« Reply #1 on: October 26, 2016, 02:31:14 pm »

j’ai parfois l’impression que si j’arrivais à être un peu plus disciplinée (je rêve de me concocter des horaires auxquels je me plierais tous les jours que dieu fait, des horaires du style de ceux du lycée (je ne suis jamais allée plus loin)), je serais beaucoup plus équilibrée.

et vous, avez-vous des états d’âme par rapport à la discipline. êtes-vous plutôt naturally borned disciplined ou la tenez-vous en horreur ?

Re: discipline « Reply #10

« Reply #10 on: October 28, 2016, 11:51:59 pm »
 

je tape « discipline » dans google. je tombe sur « un ensemble de règles ». je suis très étonnée. je relis. « le mot discipline renvoie à un ensemble de règles. »

à la réflexion, je me demande à quoi je m’attendais.

étymologie, tout de même, « du latin disciplina, issu de discipulus, disciple, élève, lui-même dérivé de discere, apprendre. » plus proche déjà de ce que j’imaginais.

aussi, instrument : « Une discipline est un objet servant à se flageller. »

et dans les contraires de discipline, je trouve bien : désordre.

 
sinon : Georges Bataille : « Tout problème, en un certain sens, est un problème d’emploi du temps. »
 
puis, cette formule de Benjamin Constant : « Constant dans l’inconstance »,  reconnue mienne dès que je l’ai découverte…
 (l’inconstance s’oppose à la discipline et la constance va bien au-delà)

Re: discipline « Reply #16

 
« Reply #16 on: October 30, 2016, 10:23:45 am »
 

merci beaucoup pour vos réponses. tous les deux au fond, mais Juliet aussi, vous vous en sortez avec des projets.  il vous faut quelque chose à accomplir à l’intérieur d’un délai.

s’agissant de l’écriture, c’est quand elle est hors projet, que tu as, dis-tu Élise, la tentation de la discipline. ah non,  je te relis : tu ne parlais pas de l’écriture, mais de « travailler pour faire ce que tu dois faire », sans autre précision. a priori donc, hors projet, hors délai (si ce n’est l’ultime. c’est alors que la discipline te manque.

toi, Guy, tu ne fais pas la distinction entre les tâches qui te tiendraient à cœur, la musique, par exemple, et des contraintes administratives. tel que tu l’as présenté, tu traites cela de la même façon : ce qui doit être fait, doit être fait (c’est sans état d’âme,  mais le plus vite possible néanmoins (pourquoi ?) ) j’aime beaucoup l’expression : je n’ai besoin que de savoir l’heure.

donc, dans une certaine mesure, le projet vous sert de discipline.

c’est certainement ce qui me manque. et pendant longtemps ce à quoi j’ai tenté d’échapper (rien au monde de plus angoissant qu’un délai à tenir, qu’un projet à accomplir). pour tromper cette angoisse,  je suis obligée à chercher à faire sans faire.

je m’aperçois aussi, à vous lire, qu’au bout du compte, ce que je fais ou veux faire est toujours lié à un soin que je prends de moi-même. bien sûr, j’en ai un peu honte.  j’écris, c’est pour m’aider. je fais du taï chi, c’est pour m’aider. même la cuisine, c’est encore pour m’aider. grande malade. je suis toujours dans une notion d’apprentissage et d’amélioration (d’amélioration non pas par rapport à un Bien quelconque, mais pour tenir le coup . je travaille sur moi

et j’ai renoncé à accomplir, achever, terminer.

quand j’écris, il me semble que je pourrais ne pas cesser d’écrire, idem quand je fais du taï chi, et tout le reste finalement.  enfin, c’est toujours le même problème qui ressort : je fais ce que je fais au moment où je le fais, en dehors de ça, je ne tiens à rien.

la discipline, les horaires, m’aideraient à passer d’une chose à l’autre sans l’inconfortable sensation de vertige que j’éprouve entre deux activités.

voilà. j’ai des activités (comme les enfants), pas de projets. sinon des projets à long, très long terme (puisque je ne supporte pas le terme).

la mort, m’est un peu égal, quand elle n’est pas souhaitable. vieillir par contre est très embêtant.

la question du temps apparaît donc centrale pour chacun d’entre nous.

(^_-)
 
« Last Edit: November 01, 2016, 07:36:55 pm by eoik »

Re: discipline « Reply #25

Re: discipline 
« Reply #25 on: November 01, 2016, 07:34:50 pm »
 

ces histoires de projet me rappellent Bataille.  je l’avais découvert vers l’âge de 22 ans. lui qui m’avait permis de me départir,  dépêtrer, m’éloigner du projet la tête haute.

là, une consultation rapide de Google me rappelle que si Bataille ne voulait plus du projet, cela partait chez lui d’une volonté d’en finir avec le langage (dans lequel il semblait  pourtant bien installé, un poisson dans l’eau) et celle d’aller vers d’autres formes de communication, directes, non médiées.

décidément quelque chose qui continue de me diviser. même si je ne pense plus qu’on puisse quitter le langage. au moins cesser d’en vouloir comme seul habitat et inclure dans son emploi la conscience de ce qui ne lui obéit pas et qui existe. vivre dans des mondes déchirés. au cœur de la fêlure de ces mondes qui s’engendrent et s’ignorent. (car  le réel auquel Bataille voudrait atteindre de façon non-médiée est encore un réel né de la rencontre avec le langage, que le langage n’est pas seul à atteindre, n’atteint pas seul, ce à quoi il faut faire place dans l’usage du langage, dans le discours courant.)

http://www.revue-klesis.org/pdf/Klesis-Varia-III-4-La-nudite-totale-chez-Georges-Bataille-Avargues.pdf

« D’une  façon  analogue,  cette  quête  vise  à  mettre  en  cause  la  fiction  du langage  ;  fiction  qui,  incontestablement,  constitue  le  narcotique  le  plus  ancré dans  nos  existences  humaines.  Si  le  langage  est  à  mettre  à  bas,  c’est  parce  qu’il forme  une  médiation  entre  moi  et  le  monde,  et  donc  un  obstacle  à  leur rencontre.  En  effet,  toute  mise  en  mot  modifie,  transforme,  et  en  un  certain  sens trahit  l’expérience.  Parce  que  le  langage  a  pour  fonction  de  catégoriser  et d’établir  des  distinctions  à  ce  qui  n’en  a  pas  nécessairement  dans  l’expérience, ou,  au  contraire,  à  créer  des  liens  là  où  ils  sont  inexistants 9 ,  ils  ne  peuvent  que gâcher  l’expérience  en  question.  En  outre,  et  parce  que  l’on  échoue,  en  tant qu’humains,  à  sortir  de  la  mise  en  mots,  Bataille  définit  le  langage  comme  une cage  dont  les  barreaux  nous  sépareraient  du  monde.  C’est  dans  ce  contexte  qu’il exprime,  et  ce  via  une  écriture  poétique  qui  se  veut  ―  tragiquement  ―  une révolte  du  langage  au  sein  du  langage,  la  souffrance  de  sa  captivité  dans  les bornes langagières et la nécessité absolue d’en sortir :

«  je  ne  peux  plus  souffrir  /  ma  prison.  /  Je  dis  ceci  /  amèrement:  /  mots  qui m’étouffent,  /  laissez-moi,  /  lâchez-moi,  /  j’ai  soif  /  d’autre  chose  (…)  /  Je  hais cette vie d’instrument  /  je  cherche une  fêlure, /  ma fêlure,  /  pour  être brisé  »10.

Pour  parvenir  à  sortir  de  cette  cage,  il  s’agit  tout  d’abord  de  convenir,  comme Bataille,  que  le  «moi»  n’est  qu’une  fiction  langagière,  qu’une  belle  coquille vide.  Puis,  une  fois  comprise  et  acceptée  la  non  existence  du  «moi», l’exigence  du  non  savoir  nous  exhorte  à  briser  l’illusion  de  l’ego  pour  s’ouvrir absolument  au  monde  qui  nous  entoure.  Or,  cette  ouverture,  que  Bataille nomme  tour  à  tour  fêlure,  déchirure,  brisure,  ne  peut  être  catalysée  que  par l’atteinte  de  la  nudité  totale. « 

8 Autrement dit au jugement que l’existence n’a aucun sens : que le monde tel qu’il est ne devrait pas être et que le monde tel qu’il devrait être ne peut exister.
9 Voir F. Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, Paris, Livre de Poche, 1972 : « Les mots et les sons ne sont-ils pas des arcs-en-ciel et des ponts illusoires entre ce qui est éternellement séparé ? ».
10 L’expérience intérieure, p. 71.

relectures

19.XI.16

7h30

Réveillée, levée, bu grand verre d’eau tiède, ne sais pas bien quoi faire, assise au salon dans le noir, ne peut pas faire de bruit, tout le monde dort. 

Hier, et ça m’a pris la journée, retournée sur le blog. Avais plus allumé l’ordi depuis longtemps. Y ai relu des textes sur le retard.  Sur Duchamp et le retard.
 
( Dans la foulée, trouvé un beau texte sur l’internet à propos du retard et des deux Marcel, Proust et Duchamp. Il y est également question de Socrate.)
 

De fil en aiguille, dans mes pérégrinations, tombée sur de vieux rêves de mai 2006  que j’ai tenté de retravailler, tant leurs analyses sont  mal foutues. Leur analyse et leur présentation. Je sais qu’à l’époque je n’aurais pas pu faire mieux. Je ne pense d’ailleurs pas pourvoir faire beaucoup mieux aujourd’hui. Il me semble toujours, il finit toujours pas me sembler que je n’arrive pas à saisir de conclusion. J’analyse, je développe. A chaque fois, il me semble qu’un « donc » se dessine, se profile qui reste fantomatique, insaisissable, décourageant. Là, je ne sais pas si je dois tenter de les reprendre à nouveau, ou laisser tomber.

Je cherche une voie à mon assiduité. Je n’en n’ai plus aucune, pas la moindre. Pour ça que je rêve de discipline.

« D’autre part, si vous être trop spacieux sans focalisation suffisante, vous n’êtes pas centré et vous pouvez facilement vous évader et faire du tort à vous-même et aux autres. Être spacieux sans focalisation crée un esprit qui saute continuellement d’une chose à l’autre – une forme de déficit d’attention – et ne ralentit pas suffisamment pour observer réellement ce qui se passe et comment accomplir ce qui doit vraiment être fait. »

Hier, j’ai finalement rouvert dans Word, un autre texte, plus récent, que je ne suis pas encore arrivée à finir.   Un texte en réaction à un propos d’Élise sur Stromboli, à propos du travail et de la pente, ce que j’appelle là  » la pente », reprenant un terme à lui dans son bouquin

Possiblement, je n’ose plus atteler ma pensée à quoi que ce soit. Peur de ses emballements aussi bien que de ses blocages. Je me vide.

S’agissant de ma mémoire. C’est parce que je la perds que j’ai arrêté les antidépresseurs, mais je n’ai plus du tout confiance en elle. Dès qu’il y a quelque chose qu’il faudrait retenir, je panique, je cherche de quoi noter. Dans ce que je relisais hier sur le blog, j’ai trouvé des traces déjà de ces perturbations. En plusieurs endroits, je cherche le nom de quelqu’un, qui ne me revient d’abord pas, puis qui finit par me revenir. De ces hésitations, de ces trous, j’ai toujours voulu laisser la trace. Je n’aurais pas pu renoncer à cela, renoncer à faire état de mon « manque à savoir ».  J’aurais trouvé cela malhonnête et surtout, il m’aurait semblé y perdre quelque chose, y perdre ce qui m’importe : parler depuis l’absence de maîtrise, faire état des trous, des manques, et que ça parle depuis là.  L’oubli cependant m’inquiète.  J’ai tenté de le traiter en symptôme.  Au départ, il ne s’agissait que de celui des noms propres (que j’ai beaucoup analysé, m’appuyant du texte de Freud sur l’oubli des noms propres). Mais il s’est ensuite étendu bien au-delà.  Et je ne cesse de rebuter sur cette perte des mots, sans que je sache quand ça a commencé ;  si ça a commencé un jour, oui, il me semble, que ça n’a pas été comme ça de toute éternité. Il s’agit bien d’une perte.  Qu’on attribuera pour partie à l’âge ( ou à une tu-meurs au cerveau) mais que j’impute également à un manque d’exercice, à force de solitude. Ça a toujours fait partie des raisons pour lesquelles j’ai voulu écrire, continuer d’écrire dans le blog : m’exercer, continuer de m’exercer au maniement du langage. Quand j’y renonce, c’est que cela me paraît vain. Et que je m’effraie de cette aspiration par le désir d’écrire, qui tourne à l’obsession, que je considère malade.  Et que je veux retourner, aller plus loin encore,  dans l’oubli du langage.  D’où mes longs silences, et sur le blog.  Mon intérêt pour le zen, le taï chi, la méditation. 

// Et puis, c’est toujours quand je suis sur le point d’écrire quelque chose que j’arrête. D’écrire quelque chose d’autre, et que je n’y arrive pas. Que j’arrête. Jusqu’à l’oubli. Pour le redécouvrir, alors, plus tard, neuf et légèrement modifié. //

Ce qui est sûr c’est que hors-corps le langage est mort.

Y avait ça qui traînait dans mes tiroirs. Qu’on n’aille pas croire que j’y parle à un(e) autre que moi. J’essaie de mettre au clair des trucs et ça ne marche pas comme je veux. Surtout, je ne pense pas que j’arrive à rendre ça  potable à quiconque ne s’intéresse pas un tant soit peu à la psychanalyse. Ça m’a travaillée, fatiguée, inquiétée, excitée, tenue éveillée, jusqu’à trop. Jusqu’à ce que ça devienne trop et que je doive l’oublier, oublier que je ne suis pas arrivée à écrire ce que je voulais, qui est resté je ne sais où, quelles limbes. Là, j’ai pris suffisamment de distance que pour pouvoir le publier. C’est-à-dire que je l’ai oublié. Dépitée seulement de n’y être, une fois de plus, pas arrivée, et que ça doive me rester (encore) en travers de la gorge.

Le travail c’est la plus belle chose qu’on puisse inventer.
Je pense que le Surmoi du vingtième si§cle (on fait tous partie ici de la même génération) est en train d’exploser pour notre bonheur à tous.

tu as très bien intégré le surmoi contemporain : Travaille!

(Arbeit macht frei)
Kidding!
je sais très bien que tu n’en fous pas une)
Kidding, Kidding !

C’est compliqué de parler du travail (surtout à toi, tout embué d’idéal). 

Mais est-ce qu’il n’y avait pas quelque chose dans Pommereulle, dans ton Pommereulle, qui préconisait de se laisser aller à sa pente, de se donner les moyens de se laisser aller à sa pente. Et que ça puisse trouver sa place dans le monde…

« Au fond il est plus difficile de se laisser aller à sa pente que l’inverse.« 

J’aimais bien ça. 

Je dis ça, parce que le travail et la pente, ça ne se recouvre pas nécessairement.  Cela nécessite un ajustement… que tu écrivais :

« Cela suppose une traversée de l’existence qui retourne les conditionnements et les envoûtements, pour abolir la séparation avec soi-même.« 

Cette séparation d’avec soi-même, qu’il s’agit de rejoindre, c’est la séparation d’avec le monde et  c’est la séparation d’avec le travail.

Tout ça pour dire que je préfère la pente au travail. Même si c’est encore tout un travail que de se faire à sa pente. Mais un travail particulier. En finesse et en délicatesse. Afin que la pente restât pente, échappe à la conversion (en grand’route sur morne plaine) que le travail tentera de lui imposer afin de la rendre présentable.  Un travail donc qui ne s’appliquât jamais qu’à ouvrir à la pente quelques menus détours, des sinuosités, afin qu’elle fût moins courte, moins casse gueule, mais restât pente toujours, c’est-à-dire liée à ce qui nous dépasse.

Si le surmoi, Travaille! (=Jouis!) fonctionne aussi bien, c’est qu’il y a une indifférence de la pulsion (capable de se satisfaire de n’importe quel objet). Il faut donc pouvoir la distinguer de la pente, laquelle se soutient de la marque, marque qu’elle imprime à la pulsion. Cette marque de la séparation d’avec soi dont il était question plus haut.  Non-indifférente pente donc. Or la marque, la marque fondamentale d’un sujet, c’est bien ce qui au monde se partage le moins, ce qu’il y a de plus secret. Au monde de moins communément partagé, reluisant, accepté.

On dit que le désir est le désir de l’Autre. La jouissance, elle, fondamentalement n’est jamais que celle de l’Un, de l’Un-tout-seul. Toujours peu ou prou liée à la honte. Si aujourd’hui on s’attache tant à se montrer jouissant (« Regardez-moi jouir », c’est qu’il s’agit de se montrer jouissant de la bonne manière : c’est-à-dire : médiatisable. Or tout ce qui passe par les médias, y passe dépourvu, lavé de la marque. La jouissance médiatisée : celle qui essaie de se faire passer pour non-coupable , conforme. 

Pour ça que la plupart préfèrent s’en tenir à la marque commune : comme sujet (du verbe), je suis l’objet d’une jouissance (qui me dépasse et dont je ne veux rien savoir).

Chacun préférera se vivre comme sujet du langage, se placer, se garder sous sa coupe  plutôt que d’assumer sa jouissance (hors langage).

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14 janvier 2017, 7h45

[quote author=Polyfoam fanatic link=topic=108.msg22258#msg22258 date=1484322117]Et enfin, « je veux juste un peu de fiction construite, à partager avec des gens pour qui j’ai quelqu’intérêt », je ne vois pas où est le problème. Non pas que t’ai dit qu’il y a un problème, surtout que c’est la partie non barrée de ton post.[/quote]

« juste un peu de fiction »… il n’y a que mon esprit fantasque qui s’y oppose. il a tendance à s’emballer, à partir dans le grand n’importe quoi, je le refrène un max. autrefois, je l’écoutais à loisir et j’ai pu croire qu’on ferait de choses, lui et moi. ensemble. bon, j’ai dû me rendre à l’évidence, lui, tout ce qu’il aime, c’est le blabla, c’est d’s’écouter et d’m’empêcher de dormir. du coup, j’ai essayé d’avoir barre sur lui, on s’entend plus si bien. je l’ai un peu maltraité, c’est possible. mais enfin c’est une sale bête. et puissante. sans égard pour ma personne. et comme je lui refuse les grands espaces, les longues envolées, que je lui tiens la bride vraiment très court, on tourne vachement en rond, on piétine. bon. ça va un peu mieux quand  j’écris de petits textes comme celui-ci, ça nous fait du bien, c’est comme de prendre un peu l’air, un petit bol d’air matinal. on fait ça ensemble. on tient précautionneusement chacun un bout de la laisse, on écoute la petite voix, on avance.

enfin.

jusqu’à quel point nous sommes possédés par notre esprit, c’est un truc incroyable. je sais qu’il faut que je parle pour moi, mais. je la ressens dans tout mon corps, cette emprise. cette brûlure, cette tension.

il y a des moyens de le faire taire, je trouve des moyens de le faire taire, mon esprit. se lever, agir, quand c’est possible, essayer de m’insinuer dans des routines quotidiennes. dans les bons jours, entendre de ces routines les airs merveilleux, comme dans le film de Jarmush. écrire, mais ça c’est une question aussi d’espace, de coquille (où se recroqueviller), et de temps, du temps volé, arraché à son cours habituel, soustrait, la nuit s’y prête quand ses monstres ne font pas trop leur grosse voix. la nuit. le petit matin. il y a la relaxation aussi, le taï chi. il y a la voix, la parole. mais prudente, prudente faut-il qu’elle soit la parole, quand, dans des jours comme ces jours-ci, c’est l’angoisse qui a pris ses quartiers. quartiers d’hiver. qu’elle a noué corps et mots. du coup, les mots c’est nitro (glycérine). et quand on les  risque hors de soi, qu’ils passent le sas de la bouche,  pénètrent le monde, ces ondes qui nous quittent, tandis que  nous devenons  tout ouïe – tatilleiux et pointillon – à l’accueil qui leur sera fait. à ces bouts de chair qui découvrent la voix, cet éveil qui nous éveille. la vie intérieure qui encore s’accroît. et pour peu que dehors à nos mots l’accueil tourne à l’écueil, dedans c’est tumulte bientôt.  jusqu’à ce plus rien n’obéisse et qu’éventuellement  ce soit la plus enfouie, la plus sourde d’entre les sombres pensées qui surgisse hors de son antre, hébétée, idiote, et qui au hasard presque s’empare de la voix qu’elle n’a jamais connue (sinon d’ouï-dire) pour surgir hors de la bouche, y rugir des insanités au milieu de la plus totale consternation et la sienne propre. que le silence tombe et que je n’aie moi-même plus rien à écrire (hébétée, idiote, fendue, à terre).

quand pourtant, il y en aurait des choses à dire. sur ce silence. qui tombe. ce qui s’atteint alors. et sur ce qui se contracte, se referme.  j’en finirai sur une toute autre note. sur une note chinoise. j’ai, cet été, été prise par de tels accès, stupéfiants, de colère. eh bien, j’en ai été guérie par la médecine traditionnelle chinoise d’internet, qui avait traité cela de la façon la plus plate :  il s’agissait d’une crise de foie, de bile.  j’ai fait ce qu’il fallait : j’ai cessé tous les excitants,  pris des plantes pour me nettoyer le foie et les colères ont disparu.

tout ça peut paraître ne pas tenir debout (mais ça tient couché).