Bonjour,
Je suppose que vous n’allez pas me répondre.
Je ne sais pas ce que vous aurez trouvé le plus ennuyeux. L’expression de ma suspicion vis-à-vis de la supposée vôtre, ou ce que je bafouille à propos d’IsraëlPalestine.
Que pourrais-je jamais faire d’autre que bafouiller.
Le doigt finira toujours par se rzpointer sur moi, n’est-ce pas?
J’aurai beau dire : « Ils ont sauvé des juifs », la culpabilité de mon père, j’imagine, me poursuivra. La mienne, aujourd’hui. La mienne quand je dénonce ce qui se passe à Gaza.
Il faut trouver un lieu où ces jugements n’existe plus.
Ce lieu existe dans mon cœur.
Il faut trouver le moyen de l’étendre.
Vous ne me lisez pas, je le sais bien.
Vous auriez lu, ici,
https://jacquesmuller.com/trafic/trafic-jacques-tati-muller
Ce que j’ai écrit à propos de mon père :
« Lui riait, il riait volontiers. Il y avait pourtant chez lui une volonté de ne pas se moquer, d’interroger ce qui fait rire, et il se méfiait de la critique. Parler d’un regard au ras du réel, c’est cela. Un regard « réaliste », ce serait ça. Un regard qui sorte du jugement. Que le regard offre une délivrance du jugement. D’où aussi, la possibilité de la désesthétisation chez lui. Voir en peintre, c’est assumer de voir autrement, c’est assumer la particularité de son regard. Dire qu’il se méfiait de la critique ne veut pas dire bien sûr qu’il ait été insensible aux injustices sociales. Il en était profondément affecté. Et il a dessiné les hommes à terre, la chute. Il s’est soucié de l’homme à la rue, dans les marges. Son trafic incorporait cette dimension sociale, s’affrontait à la détresse. »
Nous comprenons que ce procès fait à l’accusation ne tient pas (seulement) au drame d’Auschwitz, mais à la nature du langage à la condition de l’être parlant.
Kafka ne parle de rien d’autre.
Enfin, c’est comme ça que je le lis.
C’est rare qu’on rejoigne cette vérité, qui est comme un volcan dont on ne fait que subir les retombées et dont la lave nous fige en statues épouvantées. Rien ne sert de courir, il faut se tenir au cœur du volcan. Et cracher.
Ha ha. Cette fille est folle.
J’ai une amie sur FB, juive, qui dit que seul.e.s les juif.ve.s sont autorisé.e.s selon elle à parler de ce ce qui se passe à Gaza.
Allons !
Je ne sais pas s’il y eut jamais de société p’us paranoïsante que la nôtre.
Je suis seule, triste et honteuse.
Mais ce sont les Palestiniens qui souffrent beaucoup trop. Et si nous ne pouvons pas l’empêcher, nous devons le penser. Ça, ce qui arrive.
Moi, je parle toute seule, vraiment toute seule.
Un cinéaste de Jénine disait : Nous les Palestiniens, on va se débrouiller, on va s’en sortir, il disait ça il y a 6 mois, mais vous, vous qui voyez, qui êtes ici, qui voyez et n’y pouvez rien, vous, faites en sorte d’apprendre à vos enfants ce qu’il faut pour que ça ne se reproduise plus.
Que pouvons-nous dire ?
Chacun est condamné à soliloquer dans son coin, sa barbe.
Et nous ne pouvons pas nous entendre parce que vous pensez que la menace est islamiste et que je veux jeter tous les juif.ve.s à la mer. Alors que ce que je veux, et je l’ai déjà dit, c’est que juif.ve.s et musulman.e.s vivent ensemble dans un pays où ils aient tous les mêmes droits, où ils soient tous égaux devant la loi.
date d’écriture : mercredi 4 juin
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