Tout ce que j’écris, j’y tiens. Hélas,

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8h, juste réveillée. 3 gouttes de CBD hier. Des rêves. Pensée sortie de la nuit : Tout ce que j’écris, j’y tiens. Hélas, tout ce que j’écris, j’y tiens. Je n’arrive pas à faire de tri. Une sorte de méconnaissance de la valeur. Ou de refus ?  Quoique ce soit qui sorte de moi et qui arrive sur le papier, je le garderais. Comme s’il s’agissait toujours de moi. Comme s’il allait s’agir de moi. Comme si enfin il s’agirait de moi. Dit comme ça, est-ce que c’est anal? C’est anal ça? Le caca de Freud dont l’enfant ne veut pas se défaire, et puis qu’il offre. Comme si c’était précieux. Comme si c’était plus moi que moi. Comme si ça pourrait tenir lieu de moi. (C’est l’espoir que ça en vienne à former quelque chose, le portrait ou l’avatar qui me manque. Le portrait imaginaire.) En même temps que c’est lié à ce qui reste, à ce qui va rester. Lacan disait pourtant que ce n’est pas les écrits qui vont rester, mais les paroles. Faute de paroles, alors les écrits. Ce qui de moi ne passe pas à la parole, je l’investis dans n’importe quelle écriture, je l’investirais. Tout ce que j’écris, j’y tiens, comme s’il s’agissait de ma chair. Corps de lettres. A quoi je tiens aussi : au moment où ça sort, où ça s’écrit, la façon que ça a de résonner, le seul rythme des doigts sur le clavier, qu’il s’agisse du téléphone ou de l’ordinateur. La voix dans la tête, cet entendre, et le rythme, le tapotement, la petite musique. Ca, donne de la valeur à ce que j’écris, indûment. Je ne me rends pas compte. Que la sorte de plaisir que je prends n’est pas ce qui fera la valeur de ce que j’écris. Tandis que rien, fondamentalement, ne compte, pour moi. C’est que rien ne compte. Et puis, il y a cette idée aussi, héritée de ma pratique de la psychanalyse, que derrière ce que l’on dit, quoique l’on dise, n’importe quoi, il pourrait toujours y avoir… un secret caché, un trésor. Que c’est là véritablement que ce qui compte se terre. A moins que. A moins que. Comme j’en avais l’intuition l’autre jour, je ne préfère camoufler ce à quoi je tiens plus particulièrement à l’abri de tout le reste, en mimant l’indifférence. Car il y a bien des moments où je sens une terrible brûlure. Et donc, tout aplanir. Faire semblant, de rien.

Voir aussi, https://www.disparates.org/iota/2023/05/le-discours-melancolique-marie-claude-lambotte/, sur les signifiants essentiels de la mélancolie, sur lequel je retombe pas hasard :

Certains de ce qu’elle appelle les « signifiants essentiels » de la mélancolie me sont très familiers, comme par exemple le tout et le rien, le tout ou rien, dont j’ai beaucoup fait état ici. Le destin est de moi une figure moins approchée (si ce n’est peut-être au travers de la lecture du livre d’Imre Kertész, Etre sans destin1, qui m’a tellement frappée), l’avant/l’après n’est pas non plus repéré par moi — cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas —, même si c’est quelque chose que probablement j’espère, j’attends, je convoque, je tente de concevoir, qu’il y ait quelque chose un jour qui puisse faire rupture dans le fleuve morne des jours, de la perpétuelle présence, et qui s’est rarement présenté (si: le jour du diagnostic, si le jour du lapsus « Fréronique », d’autres sans doute, que je n’ai plus en tête). un événement qui historicise. L’apparent caché, il me semble que je vis tout le temps avec. Si nous parlons de la même chose, elle et moi, Marie-Claude Lambotte et moi-même, l’apparent caché (de l’inconscient) est bien l’objet de ma visée, de mon désir, se trouve derrière toutes les petites réalité de la vie et lui donne tout son prix. Son seul prix. L’insaisissable qui me lie à la vie. (Cela dit, l’ « apparent caché », je ne comprends pas cette nomination, cette appellation.) La réalité comme une surface plate : en effet. Où toutes les choses se valent : en effet, depuis le début de l’écriture du blog, j’essaie de trouver ce qui fera qu’une chose vaudra plus qu’une autre. Il y a eu toute cette recherche sur l’indifférence de la pulsion. Il y a ce que mon écriture même révèle, trahit: toute chose est par moi est soupçonnée comme susceptible de receler un trésor, cela qui est induit par la psychanalyse, d’ailleurs, par la supposition de l’inconscient. L’écriture n’est qu’un outil au service du dévoilement de ce trésor. D’où mon trop grand respect pour ce que j’ai écrit, mon incapacité à jeter, à juger de ce que je fais, une confiance trop absolue à ce qui se révèle malgré soit : si cela a été écrit, est-ce qu’il n’y a pas quelque chose à débusquer derrière? Que toutes les choses se valent, pour moi, c’est ça.

Autoportrait en listes de courses

Même une liste de courses, difficile de m’en séparer. Je suis folle, je suis folle, je suis folle. Elle a pour moi de la valeur. Témoigne de mon combat. Donne au moins autant qu’autre chose une idée de qui je suis, de ce qui m’occupe, me préoccupe. Les combats du quotidien. Le combat perpétuel avec le surmoi, avec ce qui oblige et ce qui empêche. A chaque item barré de la liste, une petite victoire. Cette fierté mal placée. Mais quand on en est arrivé à ne plus rien pouvoir faire.

Ce que j’écris ici : hypothèses.

Or, il faudrait arriver à une forme de tri. Rien ne ressemble autant à une liste de courses qu’une autre liste de courses. A une to do list qu’une autre to do list.

On n’arrive pas toujours à la liste de courses. En soi, elle constitue déjà un exploit. Comme un billet d’entrée qu’on établit pour rentrer dans le monde de la mesure, via l’écriture.

Oui, c’est ça, l’écriture offre un arrêt. Ecrire donne l’espoir d’arrêter quelque chose du flux de la pensée, du flux incessant et oublieux. « Tachypsychie » avait dit le psychiatre à Emmanuel Carrère dans Yoga.

Je rêve de quelque chose qui se fixe, d’où ma grande immobilité.

Hypothèses.

Quand je (re-) commence à faire des listes, c’est que je reprends ma vie en main.

Et puis, la liste de courses se tient à hauteur du besoin. Du réel. On peut toujours compter sur le réel.

11h11 Impression d’avoir une crise cardiaque. Salle d’attente psy. Étais en retard, venue à vélo, roulé aussi vite que possible dans le froid. Est-ce d’avoir fumé, quelle idiote.

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