lundi 8 mai 2006 · 10h20

rêve, le cargo demi-tour

10h20

il y a urgence, il y a mercredi, bientôt, la séance. peu de souvenirs, pas un cauchemar en tous cas. un truc affairé, ce que j’en écris déjà ré-inventé:

immense bateau immense peut-être cargo
il avance, il doit faire demi-tour (il le doit vraiment, c’est probablement une question de vie ou de mort, une question cruciale)
il fait demi-tour une première fois, manœuvres gigantesques
en fait, état de guerre, désordre total, insurrections, je ne trouve pas le mot. guerre n’est pas le mot. guerre civile, guerilla, guérilla urbaine. feux, saccages, rues
demi-tour avorté, repart sur route première
des jeunes, comment est-ce qu’on les a appelés, pendant les « événements récents en france », canaille? racaille? non, je ne sais plus. canaille, c’est une terme pour moi devenu lacanien, qui ne peut pas du tout désigner ces personnes. enfin, eux dont j’oublie le mot qui les a désignés, essaient de me fourguer, vendre, sommes dans salle de machine
– avez-vous vu récemment à la télévision le film, c’est ça, un bateau coulait, nombreuses personnes enfermées, allaient essayer de s’en sortir, circulaient dans le bateau, rencontraient partout où ils allaient mort et désolation, le bateau était renversé -,
les jeunes donc essaient de me vendre des fringues de magasins qu’ils en ont profité pour pille. je leur réponds vêtement par vêtement, très calmement, décide de prendre leurs offres au sérieux, fais comme si aurais pu être intéressé,e si ça m’avait convenu et rejette un à un tous les vêtements. à la fin, leur explique, à ceux qui sont restés avec moi, le dramatique de la situation, mais, je ne me souviens plus de quoi il s’agit, de quelque chose de vraiment grave, qu’ils ne savaient pas. s’en vont, savent. je remonte. tout est désert.
le bateau fait demi-tour, demi-tour immense, manœuvre immense. je suis furieuse. folle furieuse. seule et folle furieuse. je ne sais pas qui comment quoi a décidé de ça, comment ça s’est fait. je veux arrêter ça. ce n’est pas du tout que je sois contre le demi-tour, mais pas de cette façon. pas que ça se fasse et que ça soit décidé par d’obscurs dirigeants que je décide de débusquer. je devine où ils se cachent probablement. ils sont dans les machines, et les machines sont disposées en profondeur, cachées, en demi-cercle autour de moi. je suis au centre d’une immense plate-forme ronde, déserte, au bord de laquelle, dans un demi-cercle, accrochés au bord, dans des cabines (blanches et bleues), sont  cachés « les maîtres » (c’est-à-dire ceux qui ont ordonnés en secret, secrètement, sans en rien dire à personne), que je dois débusquer[...]  Lire la suite >

mardi 17 mai 2011 · 21h40

JOYCE LE SYMPTOME, I – extrait

« C’est bien ce qui se constate dans ce qui fait de Joyce le symptôme, le symptôme pur de ce qu’il en est du rapport au langage, en tant qu’on le réduit au symptôme – à savoir, à ce qu’il a pour effet, quand cet effet on ne l’analyse pas – je dirai plus, qu’on s’interdit de jouer d’aucune des équivoques qui émouvrait l’inconscient chez quiconque.

Si le lecteur est fasciné, c’est de ceci que, conformément à ce nom qui fait écho à celui de Freud, après tout, Joyce a un rapport à joy, la jouissance, s’il est écrit dans lalangue qui est l’anglaise – que cette jouasse, cette jouissance est la seule chose que de son texte nous puissions attraper. Là est le symptôme. Le symptôme en tant que rien ne le rattache à ce qui fait lalangue elle-même dont il supporte cette trame, ces stries, ce tressage de terre et d’air dont il ouvre Chamber music, son premier livre publié, livre de poèmes. Le symptôme est purement ce que conditionne lalangue, mais d’une certaine façon, Joyce le porte à la puissance du langage, sans que pour autant rien n’en soit analysable, c’est ce qui frappe, et littéralement interdit – au sens où l’on dit – je reste interdit. [...]  Lire la suite >

mardi 7 septembre 2021 · 08h21

un chien maltraité n’ayant rien à dire sur son sort, n’ayant plus droit à la parole – voué à disparaître (le retour du Fort-Da)

Extraits de L’envers de la biopolitique, Une écriture pour la jouissance, Eric Laurent, « Jouir à corps perdu », p.119-

Lacan, dans son Séminaire XXIII (=Le sinthome), procède, à partir de la jouissance masochiste de Joyce, à une double relecture de la clinique de la perversion et de celle de la sublimation. Il avait à différents moment dans son enseignement, souligné combien ces deux modes de satisfaction de la pulsion dégagés par Freud, apparemment opposés l’un à l’autre, interrogeaient tous les deux la jouissance phallique. Il y avait, dans les deux cas, un accès à la satisfaction directe de la pulsion, sans en passer explicitement par la castration et son agent paternel. Aussi Lacan a-t-il proposé diverses formules pour éclairer ces paradoxes, jusqu’à trouver une nouvelle écriture avec les nœuds, qui permet de se passer de la fonction du père, saisie à partir de sa jouissance, de sa père-version. L’écriture de la jouissance dans la logique des sacs et de cordes permet d’accrocher le parlêtre à sa jouissance sans avoir recours à la castration. [...]  Lire la suite >

lundi 7 avril 2025 · 17h51

Samuel Beckett, lettre à Axel Kaun, 1937

Alors que j’erre sur internet — et ailleurs — , je tombe1 sur un court extrait d’une lettre de Beckett en allemand, écrite en juillet 1937, suffisamment saisissant — il y est question de déchirer la langue, de la trouer, de la discrédire à défaut de l’immédiatement détruire — pour que je veuille la chercher et trouve alors dans sa traduction anglaise. Il y est aussi question du mot, de Gertrude Stein (préférée à Joyce) et de sa méthode à la Feininger :

9/7/37 6 Clare Street Dublin IFS

Cher Axel Kaun,

(…)

Il m’est en effet de plus en plus difficile, pour ne pas dire absurde, d’écrire en bon anglais. Et de plus en plus, ma propre langue m’apparaît comme un voile qu’il faut déchirer pour parvenir aux choses (ou au Néant) qui se cachent derrière. La Grammaire et le Style. Pour moi, ils me paraissent devenus aussi incongrus qu’un costume de bain victorien ou le calme imperturbable d’un vrai gentleman. Un masque. Espérons que viendra le temps – Dieu merci, il est déjà venu dans certains milieux – où l’on usera de la langue avec le plus d’efficacité possible là où à présent elle est le plus efficacement détournée. Comme nous ne pouvons pas éliminer la langue d’un seul coup, nous ne devrions au moins ne rien négliger qui puisse contribuer à la faire sombrer dans le discrédit. A la percer trou après trou, jusqu’à ce que ce qui se cache derrière – que ce soit quelque chose ou rien – commence à s’écouler au travers ; je ne peux imaginer de but plus élevé pour un écrivain d’aujourd’hui. Ou bien la littérature doit-elle rester seule dans les vieilles habitudes paresseuses abandonnées depuis si longtemps par la musique et la peinture ? Y a-t-il quelque chose d’une paralysante sainteté dans la nature vicieuse du mot, que l’on ne retrouve pas dans les éléments des autres arts ? Y a-t-il une raison pour que cette terrible matérialité de la surface du mot ne puisse être dissoute, comme par exemple la surface sonore, déchirée par d’énormes pauses, de la septième symphonie de Beethoven, de sorte qu’à travers des pages entières, nous ne puissions plus percevoir qu’un chemin de sons suspendus dans des hauteurs vertigineuses, reliant d’insondables abîmes de silence ? Une réponse est demandée. Je sais qu’il y a des gens, des gens sensibles et intelligents, pour qui le silence ne manque pas. Je ne peux que supposer qu’ils sont malentendants. Car dans la forêt des symboles, qui n’en sont pas, les petits oiseaux de l’interprétation, qui n’en n’est pas, ne sont jamais silencieux. [...]  Lire la suite >

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