mardi 13 mai 2014 · 11h42

Je te parlais de Flamme éternelle, l’exposition de Thomas Hirschhorn au Palais de Tokyo

Dear Annick,

Il fallait que je te parle de Flamme éternelle, l’exposition gratuite au Palais de Tokyo, https://flamme-eternelle.com,  de Thomas Hirschhorn.  Jules ça l’a rendu fou. Il disait que c’était le paradis. Il disait  « On aurait dit qu’il n’y avait pas de loi
C’était le chaos.
J’ai  de nouveau eu le sentiment très fort que tout était possible.
J’ai pensé que maman allait le sentir aussi,  qu’elle allait sentir que j’avais raison, que tout était possible. » Il disait ça à son père, dans la voiture,  au retour. « Qu’il y aurait pu y avoir la révolution. » [...]  Lire la suite >

mardi 13 mai 2014 · 15h19

Comment faire pour que la flamme continue de brûler?

L’événement Flamme éternelle a balayé de mon esprit ce qui n’en constitua pourtant pas moins un, la veille,  celui de la rencontre Nouvelles histoires de fantômes avec Didi-H. et Arno Gisinger.

C’est que Flamme éternelle a tellement touché Jules et Frédéric.  Et la réaction de Jules, rare et belle, et juste,  splendide dans sa spontanéité, a immédiatement mobilisé ma responsabilité : Comment faire pour que la flamme continue de brûler. Ne s’éteigne pas. Trouve à s’entretenir. Aujourd’hui et pour les siècles des siècles (comme il l’écrivait dans l’expo). Qu’il puisse continuer à croire… que tout est possible…  Qu’il y a du tout possible. Quand j’ai si souvent moi-même péché contre mon désir. Qu’il m’arrive si facilement – et de façon un peu vicieuse  – de proclamer que telle ou telle action « ne servira à rien » ou « ne marchera pas ». [...]  Lire la suite >

vendredi 16 mai 2014 · 11h43

Didi-Huberman, ses Histoires de fantômes lors de la conférence

et l’incessance,

Didi-Huberman, ses Histoires de fantômes lors de la conférence :

que m’y a-t-il plu ? (en vérité, le travail, le travail et sa lenteur, le travail et sa démesure)  la question de la méthode, l’Atlas Mnemosyme comme méthode, instrument de pensée. de par sa matérialité, la place qu’il prend dans le monde; son existence matérielle ( vs l’immatérialité de mes « matériaux » sur l’internet). cette existence appréhendable directement par les sens, dans leur multiplicité – les yeux, bien sûr, la vue, mais le toucher aussi, la main, l’odorat peut-être, etc.
matérialité qui aura la vertu d’imposer la coupure, la découpe (de limiter l’infinitude…). [...]  Lire la suite >

vendredi 16 mai 2014 · 12h25

il n’y a de tout que de jouissance,

pour y revenir. encore.

/ là, où Jules a raison / où ? / tout
est possible
dit-il
quel est ce tout?
le tout nécessaire
la nature du tout est d’être
nécessaire
la nécessité c’est le tout Et au tout Il ne peut être renoncé.
le tout,  fondamentalement, est la singularité même.
et il n’y a de tout que d’un.

car il n’y a de tout que de jouissance,
et à aucun d’un,  il ne doit être renoncé (au nom de l’autre qui n’encaisserait pas l’un? )

ce qui m’a amenée à renoncer à tout. en vérité, la raison. tout n’est qu’un mouvement, un flux, et ne s’obtient jamais de l’autre. [...]  Lire la suite >

vendredi 16 mai 2014 · 12h57

rêvolution

Pour moi, le plus intéressant de l’œuvre de Didi-hub, Nouvelles histoires de fantômes, exposée au Palais de Tokyo, ça a été la rencontre qui a eu lieu le vendredi 9  (voir description ici), avec les films suivis de la discussion. Cela même justement que Hirschhorn offre lui comme œuvre, avec sa Flamme éternelle.  Un dispositif qui offre à chacun de vivre un moment de « tout possible »

(comme le disait Jules et que je n’avais pas compris.)

(un moment de « tout possible » et que ça ne soit ni péché ni interdit – ce qui pour certains  revient à penser l’impensable[...]  Lire la suite >

vendredi 16 mai 2014 · 13h27

lapsus en cascade

Je dis : Non, j’ai pas encore mis mon mode d’emploi.

Puis, je dis : Oh, j’ai dit : J’ai pas encore mis mon mode d’emploi au lieu de dire : J’ai pas encore mis mon nom, j’ai dit mode d’emploi pour nom.

Puis, je regarde l’écran et je me dis : Oh, non, c’est pas mon nom qui manque, c’est mon Mot de passe.

lundi 19 mai 2014 · 08h06

l’oublié
— — ce dont je ne me souviens pas du tout à cause de quoi je suis toujours en dessous de ce que je pourrais faire (bien=réel) —

Rêve du 18 au 19 mai 2014

« Sur une scène. Une scène de l’école – pas celle avec un grand E, la petite, celle des Dames (de Marie) ; non, la plus petite, celle des Filles (de la Sagesse). Je faisais des spectacles là quand j’étais petite, de la danse. J’ai beaucoup rêvé de cette scène, des coulisses, des loges… Mais dans le rêve, il s’agit de théâtre. Je suis la « principale » (comme en danse).

Je suis sur scène, je dois commencer, mais je ne me souviens de rien.

Je commence donc en trichant, en cherchant dans mon texte, un texte qui se trouve là sur le bord de la scène, à la frontière des coulisses, dans un livre épais et coloré, dont la reliure s’est relâchée et des femmes, pardon des feuilles (lapsus calami) se détachent. Je cherche mon texte, je ne le trouve pas vraiment. Je lance des phrases que je lis, sans les comprendre. Elles sont d’ailleurs incompréhensibles, mais ce n’est pas ce qui m’inquiète. Ce qui m’inquiète c’est que je pense que le public n’appréciera pas — ni les autres qui sont sur scène -, que je lise mon texte et que je le fasse mal, sans conviction. Sans retrouver ce que je pouvais faire auparavant. [...]  Lire la suite >

vendredi 23 mai 2014 · 16h29

où il se confirme qu’il est bien nécessaire que tout soit possible

Je disais donc :

 

« le tout nécessaire
la nature du tout est d’être
nécessaire                                                         la nécessité c’est le tout   Et au tout                      il ne peut être renoncé
car le TOUT,  fondamentalement, est la singularité même.
il n’y a de tout que d’un.                         de jouissance, il n’y a que d’un,                                                                               Seul. [...]  Lire la suite >

dimanche 1 juin 2014 · 11h26

De l’utilité des fictions par Jeanne Joucla

Une enfance de rêve (1), le dernier livre de Catherine Millet, se lit d’une traite.

On est saisi, sidéré, par la lecture de ces quelques 280 pages où la franchise de l’auteur n’a d’égal que son talent à re-susciter autour de souvenirs factuels toute la palette des impressions et émotions qui accompagnèrent son enfance et son adolescence.

Une enfance de rêve arrive aisément à la hauteur de ces chefs d’œuvre que sont Si le grain ne meurt d’André Gide ou Les mots
de Jean-Paul Sartre. Avec leur enfance racontée par eux-mêmes, le destin de ces grands hommes s’en trouva, on le sait, comme éclairé de l’intérieur. Il en va ainsi pour celui de la directrice d’Art press qui nous livre quelques uns des moments clés d’une «composition du sujet » dont sut si bien parler Lacan.

La temporalité du récit emprunte un va-et-vient entre le plus jeune âge et la toute jeune flle… Nous y voyons la même subversion du temps que celle rencontrée dans des séances de psychanalyse, expérience que traversa l’auteur. Ce n’est pas le temps du calendrier qui mène l’écriture de Catherine Millet, mais plutôt comment des impressions, en germe très précocement, trouvèrent à se développer, puis à s’inscrire, logiquement, chez le sujet adulte.
Ou encore, comment ses «fictions intimes» se déposèrent ou non au gré des événements.

Ironie du titre, n’est-ce pas en rêvant – en rêvassant plus exactement – que Catherine enfant résista vaillamment aux échos presque quotidiens de la mésentente entre ses parents? N’est-ce pas la lecture, propice à se distancier du quotidien, qui lui ouvrit des horizons autres que ceux qui lui étaient promis ? N’est-ce pas cette capacité à se «dédoubler» comme l’auteur le souligne, qui permit à
l’enfant de ne pas être dévasté par la folie maternelle?

En contrepoint de cette émergence de la conscience de soi, c’est celle d’une angoisse de mort tenace que nous narre C. Millet: la contingence d’une lecture, Contes et légendes du Moyen Âge français et ses héros disparus, mit la fillette «sous l’emprise d’images […] crépusculaires […] et d’histoires prises dans un lourd climat de fatalité.» (4) Peu de temps après, suite à un incident survenu au cours d’une chamaillerie avec son jeune frère – des
ciseaux lui éraflent la gorge – elle s’évanouit : «Quelque chose avait eu lieu dont j’avais été absente […] J’avais été au cœur d’un événement incompréhensible […] Dans les semaines
qui suivirent je me mis à parler de la mort avec insistance. […] Je vivais ainsi dans un état d’alerte permanent qui m’isolait des autres.» (5) Cette peur, nous dit C. Millet, «a pénétré jusqu’à une profondeur d’où elle est désormais indélogeable » (6).

Catherine converse avec Dieu. Son goût du savoir trouve, entre autres, à s’épanouir lors de leçons de catéchisme qualifiées de gaies et enthousiasmantes ; beaucoup moins des rencontres avec les abbés et autres confesseurs qui « faisaient partie de ces figures d’autorité auxquelles les enfants n’accordent aucun crédit […] ce qui n’était pas trop grave parce que je me débrouillais bien mieux directement avec Dieu » (7). Ainsi c’est sous le regard de Dieu «qui voit tout » qu’au moment de l’endormissement «des pensées qui m’avaient agitée ou les questions qui s’étaient présentées à moi pendant la journée s’inscrivaient dans ma tête aussi clairement que les lignes d’écriture sur les pages quadrillées de mes cahiers, et Dieu pouvait les lire. » (8) Ce monologue vespéral pouvait être entrecoupé d’images clandestines liées à la découverte subreptice d’une activité masturbatoire, imaginaire où s’ancrèrent les fantasmes ultérieurs.

Qui des mots ou des images influenceront le plus la petite fille ? Les uns disputent aux autres la première place. Les «impressions » laissées par les lectures ou les films avaient cette particularité d’être comme «transposées» dans la vie courante et vice versa : « Un
même continuum englobait [les] récits que je lisais, les histoires qui me maintenaient en haleine devant l’écran de télévision, ma vie telle que je me regardais déjà la vivre, et ma vie future que j’envisageais avec la même confiance que tout le reste ». (9)

Ce que l’auteur appelle sa vie «dédoublée», loin de «s’absenter du monde pour rejoindre un monde imaginaire [supposait] au contraire d’être hyperprésent dans le monde, sensible au plus petit détail qui le constitue » (10). C’est ainsi qu’à l’acmé d’une terrible crise maternelle que nous ne dévoilerons pas ici, Catherine, spectatrice, se déplaçait «déjà dans le récit de la scène […]. Il arrive que le regard se fixe sur le visible pour permettre à la conscience de se dérober; on ne peut être présent à l’intérieur d’une image» (11).

Flash back sur une enfance, le récit de Catherine Millet s’il éclaire ce qu’elle a fait de sa vie, nous éclaire nous aussi lecteurs, sur la nôtre.

 

1 Catherine Millet, Une enfance de rêve, Flammarion, 2014.
2 Ibid., p. 119.
3 Ibid., p. 123.
4 Ibid., p. 126.
5 Ibid., p. 130.
6 Ibid., p. 133.
7 Ibid., p. 138.
8 Ibid., p. 161.
9 Ibid., p. 251.
10 Ibid., p. 253.
11 Ibid., p. 263.

 

Source : Lacan Quotidien n°399

dimanche 1 juin 2014 · 12h28

la chute dans la vie

la chute de l’homme dans la banalité, sa « seconde chute » selon Heidegger, est une chute dans la vie (assomption meurtrière où nous sommes à la fois « les auteurs et les victimes »).

« Nous sommes devenus des êtres individués, c’est-à-dire non divisibles en eux-mêmes et virtuellement indifférenciés. Cette individuation dont nous sommes si fiers n’a donc rien d’une liberté personnelle, c’est au contraire le signe d’une promiscuité générale. »

« Tous télé-guidés » par Jean Baudrillard

 

 

 

(l’image, sa fiction POUR échapper au réel, où nous sommes tombés)

« Plus on avance dans l’orgie de l’image et du regard, moins on peut y croire. » [...]  Lire la suite >

dimanche 1 juin 2014 · 14h08

et l’idée d’écrire La vie sexuelle de Catherine M. s’est imposée

Et puis, cet ouvrage achevé je me suis trouvée pour la première fois dans ma vie professionnelle sans plus de gros chantier. J’étais disponible et l’idée d’écrire La vie sexuelle de Catherine M. s’est imposée. Elle appartenait à ce genre de pensées plus ou moins frivoles grâce auxquelles, de temps à autre, nous nous dégageons d’un quotidien pénible ou ennuyeux. Nous projetons de faire quelque chose plus tard, dans un futur hypothétique qui nous comblera ou nous grandira, mais ce quelque chose reste flou. Nous ne prenons jamais la peine de le préciser. Il pourrait rester une chimère parmi les autres qui périodiquement ressurgirait de façon fugace et nous accompagnerait toute notre vie, entretenant, jusqu’à ce que le décompte approche de son terme, l’espoir d’une autre vie. Mais voici que j’envisageai sérieusement cette chose : écrire une autobiographie qui ne tiendrait compte que de ma vie sexuelle. (A dire vrai «sérieusement » est un mot un peu trop fort car je ne pouvais envisager cette entreprise qu’à courte vue sans la distinguer ni tout de suite ni totalement du fantasme.)
Catherine Millet, Jours de souffrance, « Sur la plage » , p. 254.

(…) Ainsi , si je suis certaine que la première pensée d’un livre qui s’intitulerait « La vie sexuelle de Catherine M. » surgit avant la crise dont il est question dans ces pages, je ne peux toutefois guère la dater. Ni dire quand je m’en ouvris pour la première fois. Il m’arrive de questionner mon entourage pour tenter de réveiller mes propres souvenirs, mais, interrogé, Jacques ne se souvient pas plus que moi. Ce qui est certain, c’est qu’elle se cristallisa pendant la crise.
Ibid. p. 255

C’est donc alors qu’elle se détache de sa vie sexuelle débridée (à moins que ce ne soit cette vie qui se détache, d’elle, comme une peau), que l’idée d’écrire La vie sexuelle de Catherine M se « cristallise » . Cette vie alors soupçonnée d’avoir entraîné ce qui ne pouvait d’abord pas s’appeler infidélité, faute d’appartenir à son vocabulaire, mais qui devenait ça : l’infidélité de son mari, de Jacques, qui la chasse d’une sorte de paradis, où il n’est pas sûr que ce ne soit sa mère qui l’ait envoyée – cette parole : « elle doit coucher avec tout le monde ! », lui causant l’insupportable souffrance, causée par un seul, que ce livre s’attache à décrire, à comprendre.

Top