mardi 13 mai 2014 · 11h42

Je te parlais de Flamme éternelle, l’exposition de Thomas Hirschhorn au Palais de Tokyo

Dear Annick,

Il fallait que je te parle de Flamme éternelle, l’exposition gratuite au Palais de Tokyo, https://flamme-eternelle.com,  de Thomas Hirschhorn.  Jules ça l’a rendu fou. Il disait que c’était le paradis. Il disait  « On aurait dit qu’il n’y avait pas de loi
C’était le chaos.
J’ai  de nouveau eu le sentiment très fort que tout était possible.
J’ai pensé que maman allait le sentir aussi,  qu’elle allait sentir que j’avais raison, que tout était possible. » Il disait ça à son père, dans la voiture,  au retour. « Qu’il y aurait pu y avoir la révolution. »

Il y avait du papier, de grands panneaux, où on pouvait écrire, dessiner – mais aussi sur les fauteuils, sur les tables. C’est la première chose que Jules a voulu faire, écrire, dès le premier pas dans l’exposition. J’avais un feutre. Il a écrit tu sais, ces trucs classiques, « Jules a écrit ici, pour l’éternité ».  Mon feutre n’était pas très bon. Jules a alors dit que la prochaine fois il faudrait apporter du bon matériel. Puis, plus loin, il y a eu le polystyrène. En quantité gigantesque. Dont les gens pouvaient faire ce qu’ils voulaient. Des scies et du gros scotch marron étaient mis à disposition. De même d’ailleurs que des feutres. Jules disait « je suis amoureux du polystyrène. Je ne m’imaginais pas qu’on pouvait faire de telles choses avec du polystyrène. Est-ce que j’ai du polystyrène à la maison… »

La seule chose qui a assombri son bonheur son espoir son exaltation, c’est d’apprendre que cette exposition n’aurait qu’un temps. Que ça allait s’arrêter.
Il voulait y retourner le plus vite possible. L’annoncer à tous ses amis. Prévenir le Conseil d’école (il est délégué de sa classe) qu’il fallait faire une sortie là.

Passablement bouleversé donc. Son père aussi. Alors tu vois, si tu pouvais venir avec Ramona, ce serait bien. Si nous pouvions y retourner ensemble, ce serait bien.

Love

Véronique

 

 

nb : l’expo didi-hub : bien, mais,
c’est dommage qu’il n’ait pas obtenu de pouvoir passer l’entièreté de son choix de films en boucle sur le lieu de l’expo, ainsi qu’il l’avait demandé, et aussi que le Palais de Tokyo n’aie pas autorisé qu’on  puisse marcher sur les films (alors que lui voulait qu’on puisse le faire!)
et à côté de thomas hirsh., ça tient plus vraiment la route

——– Message d’origine ——–

mardi 13 mai 2014 · 15h19

Comment faire pour que la flamme continue de brûler?

L’événement Flamme éternelle a balayé de mon esprit ce qui n’en constitua pourtant pas moins un, la veille,  celui de la rencontre Nouvelles histoires de fantômes avec Didi-H. et Arno Gisinger.

C’est que Flamme éternelle a tellement touché Jules et Frédéric.  Et la réaction de Jules, rare et belle, et juste,  splendide dans sa spontanéité, a immédiatement mobilisé ma responsabilité : Comment faire pour que la flamme continue de brûler. Ne s’éteigne pas. Trouve à s’entretenir. Aujourd’hui et pour les siècles des siècles (comme il l’écrivait dans l’expo). Qu’il puisse continuer à croire… que tout est possible…  Qu’il y a du tout possible. Quand j’ai si souvent moi-même péché contre mon désir. Qu’il m’arrive si facilement – et de façon un peu vicieuse  – de proclamer que telle ou telle action « ne servira à rien » ou « ne marchera pas ».

Est-ce que je n’ai pas trop cru que tout était possible?  Ce qui m’aura trop vite confrontée à… ce que j’aurai pris pour mon impuissance – qui trouvait là à se constituer – là où  il aurait fallu reconnaître le réel, l’impossible du réel,  l’impuissance étant toujours préférée à  l’impossible, en tant qu’elle table sur le maintien imaginaire de celui ou de celle qui l’aurait la puissance ou la toute-puissance (ah, comment est-il possible d’écrire aussi mal? ) Le réel lui vous laisse seul.e. D’où l’intérêt du possible « pas tout ». Pas-tout m’est possible, pas-tout qui n’est pas tout, mais qui n’est pas rien. De sorte que l’impossible puisse continuer de faire le fond de commerce du désir.

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(formation du symptôme, suite: « maman,  y a un truc marrant,  c’est que quand la maîtresse a effacé un truc au tableau et qu’il reste encore quelque chose,  qu’il reste encore des marques, c’est,  c’est…  insupportable. Au point que je n’arrive pas à en détacher les yeux,  que je voudrais presque me précipiter pour terminer d’effacer, pour bien tout nettoyer.   ça peut aussi arriver avec des taches sur la table.. ».)

vendredi 16 mai 2014 · 11h43

Didi-Huberman, ses Histoires de fantômes lors de la conférence

et l’incessance,

Didi-Huberman, ses Histoires de fantômes lors de la conférence :

que m’y a-t-il plu ? (en vérité, le travail, le travail et sa lenteur, le travail et sa démesure)  la question de la méthode, l’Atlas Mnemosyme comme méthode, instrument de pensée. de par sa matérialité, la place qu’il prend dans le monde; son existence matérielle ( vs l’immatérialité de mes « matériaux » sur l’internet). cette existence appréhendable directement par les sens, dans leur multiplicité – les yeux, bien sûr, la vue, mais le toucher aussi, la main, l’odorat peut-être, etc.
matérialité qui aura la vertu d’imposer la coupure, la découpe (de limiter l’infinitude…).

parmi les milliards d’images accumulées par aby warburg pendant des années, n’en avoir élu, choisi que quelques-unes. quelques-unes, qui tiennent dans les pages d’un livre, l’Atlas Mnemosyme, dans cet espace-là (qu’a-t-il de particulier cet espace ? de ne s’offrir pas comme infini, comme partout plein. mais au contraire comme fini, et donc appréhendable par la pensée de l’autre, du fait qu’il l’est par le corps de façon directe : l’oeil et les mains qui tiennent le livre (ou qui embrassent les cut-ups que Didi-Hu présente de ses films « préférés »). ça n’est pas démesuré.

le corps à affaire avec l’infini bien sûr, a affaire et sait y faire. mais pour passer à l’autre, de l’un la jouissance doit renoncer à un peu d’elle-même, consentir à un moment de mesure. car dans sa démesure, la jouissance de l’autre n’est pas accessible, voire me menace.

l’œuvre est ce qui permet le passage de l’ un à l’autre. de l’un et de l’autre, les infinis s’opposent, se rejettent. c’est l’extraction, le choix qui permettent le don d’un peu. et ce peu peut alors s’épanouir, grossir de la jouissance de l’autre, de celui qui reçoit.

je ne peux pas-tout te donner. car tout n’est jamais que le lieu de ma jouissance, qui, en que telle, toute, n’est pas partageable. seulement un peu, un bout (lequel pourra bien risquer devenir tout pour toi).

J’aime que se confrontent matérialité et pensée. Cette matérialité qui vient rendre pas-tout possible à la pensée, la confronte à son impossible. (à la pensée, en effet, tout est possible. c’est à se réaliser, à affronter sa réalisation dans le monde, hors de la cabeza,  qu’elle se confronte à son impossible et s’accomplit, pas-toute. A la pensée, tout est possible = ça ne cesse pas de s’écrire….  en pensées / c’est l’incessance, sa jouissance, son flot, flux des pensées qui s’oppose à ce qu’elle s’arrête. (à la pensée tout est possible, ce qu’il faut c’est que ce tout possible, cette incessance,  reste l’inépuisable source, cause, de mon désir jusques au moment où je passe à sa réalisation, et même lorsque je me trouve confrontée à l’horreur de son impossible, que je rencontre alors, et qu’il me faut apprendre à honorer) l’arrêt ne s’impose que du moment où je prends en main sa transmission à un autre qui n’est plus seulement imaginaire, soit que je lui parle, soit que je cherche à lui écrire. la parole aussi bien que l’écriture seuls ont la vers-tu d’actualiser l’impossible, le réel (de ce qui ne cesse pas de ne pas s’écrire. / C’est la question à laquelle je n’ai pas cessé de me confronter depuis que j’écris dans un blog ou les choses peuvent pourraient ne pas cesser de s’écrire. or l’incessance, la jouissance, est au monde ce qui se partage le moins bien, sinon dans celle de la consommation (pourquoi ?) d’où mon blog est raté, immangeable, imbuvable. )

Matérialité aussi de la parole et présences des corps et des voix dans le cabinet du psychanalyste. La coupure du psychanalyste, de son interprétation ( peut-elle s’exercer n’importe où ??? quoi qu’il en soit fonctionnera-t-elle comme interprétation par celui qui l’est,  coupé,  l’analysant)

Me revient ce terme que Jules a utilisé à plusieurs reprises en sortant de l’exposition Flamme  :  « C’était du Grand N’importe quoi » – et la jubilation avec laquelle il disait ça. N’importe quoi…. Mes vieilles amours,  préoccupations. quelques livres, tout de même, de Thierry de Duve, à Flamme éternelle; mais curieusement mis à l’écart, dans une bibliothèque presque vide. j’aurais dû les déplacer…

(moi ça me brûle de partout et j’ai des brûlures d’estomac)

(pourtant la nostalgie du papier (se justifie-t-elle?) est-ce nécessairement la bonne voie?)

Chercher Jules à l’école.

13- 16 mai 2013

 

Aby Warburg Atlas Mnemosyne Planche 42 b
Aby Warburg Atlas Mnemosyne Planche 42 b
Aby Warburg Atlas Mnemosyne Planche 42 a
Aby Warburg Atlas Mnemosyne Planche 42 a

 

harun-farocki NOUVELLES HISTOIRES DE FANTÔMES au Palais de Tokyo 2014-05-11 16.15.31

Georges Didi Huberman Schéma de l'exposition et liste des films
Georges Didi Huberman Schéma de l’exposition et liste des films

image-mirm-ir   2014-05-11 17.40.20

 

 

2014-05-11 18.49.22 

vendredi 16 mai 2014 · 12h25

il n’y a de tout que de jouissance,

pour y revenir. encore.

/ là, où Jules a raison / où ? / tout
est possible
dit-il
quel est ce tout?
le tout nécessaire
la nature du tout est d’être
nécessaire
la nécessité c’est le tout Et au tout Il ne peut être renoncé.
le tout,  fondamentalement, est la singularité même.
et il n’y a de tout que d’un.

car il n’y a de tout que de jouissance,
et à aucun d’un,  il ne doit être renoncé (au nom de l’autre qui n’encaisserait pas l’un? )

ce qui m’a amenée à renoncer à tout. en vérité, la raison. tout n’est qu’un mouvement, un flux, et ne s’obtient jamais de l’autre.

mon erreur aurait été de croire qu’il n’y a de tout que signifiant. le tout dont parle Jules n’est pas le tout signifiant (même s’il tentera de se confondre avec lui). (c’est du tout signifiant que justement il n’y a pas. la jouissance elle, mouvement, est toute, toute entière contenue dans ce qui échappe au signifiant, au tout signifiant.)

STOP. ne plus aller plus loin.

(car du pas-tout signifiant la jouissance est toute. de l’objet séparé. de l’Un objet séparé. L’autre (le spectateur, le lecteur) peut l’avaler. Car sa bouche n’est pas infinie, ni plus que son appétit.)  (pourquoi la flamme peut avoir des intermittences (avoir la flemme) (se montrer flemmarde))

l’erreur des générations passées.

vendredi 16 mai 2014 · 12h57

rêvolution

Pour moi, le plus intéressant de l’œuvre de Didi-hub, Nouvelles histoires de fantômes, exposée au Palais de Tokyo, ça a été la rencontre qui a eu lieu le vendredi 9  (voir description ici), avec les films suivis de la discussion. Cela même justement que Hirschhorn offre lui comme œuvre, avec sa Flamme éternelle.  Un dispositif qui offre à chacun de vivre un moment de « tout possible »

(comme le disait Jules et que je n’avais pas compris.)

(un moment de « tout possible » et que ça ne soit ni péché ni interdit – ce qui pour certains  revient à penser l’impensable,

du conceptuel en acte.

(d’où l’impression possible de tout possible. et qu’un enfant d’aujourd’hui, 2013, 2014, ne s’y voie pas arrêté, interdit par les idéaux surmoïques d’hier.  et qu’un enfant y soit celui qui enseigne à ses parents. et que ça passe, parce qu’ils l’aiment.)

ces idéaux du beau et du bien qui parfois nous contraignirent aux passage à l’acte, quand ils ne nous acculaient pas,  le plus souvent, à l’impuissance.

__

le « tout est possible » de l’enfant Jules interprète l’impuissance de sa mère, lui dit : il y a de quoi jouir, tout petit.  une révolution en effet.)

vendredi 16 mai 2014 · 13h27

lapsus en cascade

Je dis : Non, j’ai pas encore mis mon mode d’emploi.

Puis, je dis : Oh, j’ai dit : J’ai pas encore mis mon mode d’emploi au lieu de dire : J’ai pas encore mis mon nom, j’ai dit mode d’emploi pour nom.

Puis, je regarde l’écran et je me dis : Oh, non, c’est pas mon nom qui manque, c’est mon Mot de passe.

lundi 19 mai 2014 · 08h06

l’oublié
— — ce dont je ne me souviens pas du tout à cause de quoi je suis toujours en dessous de ce que je pourrais faire (bien=réel) —

Rêve du 18 au 19 mai 2014

« Sur une scène. Une scène de l’école – pas celle avec un grand E, la petite, celle des Dames (de Marie) ; non, la plus petite, celle des Filles (de la Sagesse). Je faisais des spectacles là quand j’étais petite, de la danse. J’ai beaucoup rêvé de cette scène, des coulisses, des loges… Mais dans le rêve, il s’agit de théâtre. Je suis la « principale » (comme en danse).

Je suis sur scène, je dois commencer, mais je ne me souviens de rien.

Je commence donc en trichant, en cherchant dans mon texte, un texte qui se trouve là sur le bord de la scène, à la frontière des coulisses, dans un livre épais et coloré, dont la reliure s’est relâchée et des femmes, pardon des feuilles (lapsus calami) se détachent. Je cherche mon texte, je ne le trouve pas vraiment. Je lance des phrases que je lis, sans les comprendre. Elles sont d’ailleurs incompréhensibles, mais ce n’est pas ce qui m’inquiète. Ce qui m’inquiète c’est que je pense que le public n’appréciera pas — ni les autres qui sont sur scène -, que je lise mon texte et que je le fasse mal, sans conviction. Sans retrouver ce que je pouvais faire auparavant.

Jusque-là, on croyait que j’étais une bonne actrice.

Je dois me souvenir d’une scène en particulier. Ou plutôt d’un mouvement, d’une pose (posture) même (en araignée ?) Elle a peut-être quelque chose de sexuel. Je m’en souviens un peu, mais pas suffisamment. Je fais n’importe quoi. Je suis à peu près sûre que ça ne peut pas passer (auprès du public). Anne B. essaie de m’aider. Elle devient ma partenaire, mais rien n’y fait. Je ne me souviens pas de ce que je faisais.

Je quitte la scène principale, j’entraîne Anne dans une arrière-scène. J’abandonne donc les autres, qui comptaient sur moi. À l’arrière, avec Anne, j’essaie des choses. Je suis comme greffée à elle, sur son dos. Je Totalement dépendante d’elle. Je m’inquiète beaucoup de ce que le public va penser. À l’avant, ils se débrouillent, ils inventent quelque chose en se passant de moi.

J’explique alors à quelqu’un qu’il m’est impossible de reproduire une scène que j’ai bien faite, bien jouée, parce que si je l’ai bien jouée, c’est que j’ai cru qu’elle était réelle – qu’il ne s’agissait pas d’une scène de théâtre. Et cela, je ne peux pas le refaire, je ne peux pas refaire ce que j’ai déjà fait parce que c’était bien fait, parce que si je l’ai bien fait, c’est que c’était réel, que ce n’était pas du théâtre. Ce qui est embêtant au théâtre. C’est ce qui me fait perdre toute confiance en moi et me rend ultra-dépendante du regard des autres, seuls à même de juger si je fais bien ou pas1.

Puis, je suis donc de nouveau à l’avant-scène, mais auprès de Laure Naveau, cette fois. Elle fait des choses bien, très bien, avec d’autres psychanalystes. A l’une d’entre elles, dont le prénom serait Christiane, il est demandé de jouer quelque chose, de raconter une certaine histoire. C’est moi, je crois, qui le lui demande. Elle était venue, avait parlé d’une fable, bien connue croyait-elle, et je lui demandais si elle voulait bien la raconter. Elle le fait, très bien. Elle raconte une histoire au départ de petites scènes, de petites loges qui bordent la scène (il a été hier question de loges maçonniques, mais… et j’ai songé à mon père, qui n’avait pas voulu être maçon, et à cet ami, qui lui, oui, mais dans quelle circonstance avais-je alors pensé à ça?), elle passe de l’une à l’autre, comme son récit progresse, chaque loge comme une case de bande dessinée. Ça se termine avec Laure Naveau (et moi). Fin de la pièce.

Applaudissements.

Saluts. Le public veut nous voir de plus près. Nous demande de nous rapprocher. Ce que nous faisons. Il est composé de nombreux psychanalystes de l’École.

Nous retournons dans le public, quittons la scène. J’attends des retours sur ma contre-performance, mais rien. JPD est là. J’espère qu’il va m’ignorer, malheureusement non.

*

Je me suis réveillée en pensant qu’il fallait que je raconte ce rêve à un psychanalyste. Qu’il semble bien qu’il y aie quelque chose que j’aie complètement oublié, que j’essaie de retrouver, sans succès. A cause de quoi, je suis toujours en-deçà de ce que je pourrais faire. Et qui est cause que le lien au texte se perd, et l’incompréhension s’installe. Ne sachant ce qui se perd, ce qui s’est perdu, ce qui serait à retrouver, qui n’était pas du jeu, je suis obligée de me lier à un(e) autre. de trouver à qui m’apparier/m’appareiller.

Donc, c’est curieux. Parce que c’était réel, parce que c’était peut-être sexuel, parce que ça m’aurait donné du plaisir, je l’ai oublié. Et parce que je l’ai oublié – la pose, le mouvement, le geste, la posture – , je ne peux plus rien faire et c’est comme si je n’avais plus de corps, puisque je suis obligée de me greffer à une autre (homosexuelle), un double, je dois passer à l’arrière plan, dans l’ombre.

J’avais lu un texte récemment de Laure Naveau, que je ne suis pas arrivée à retrouver, où elle parlait de thèmes qui avaient également été importants pour moi (péché de la tristesse, Spinoza, Nietzche…) Je m’étais demandée si ce n’était pas plutôt chez elle, comme analyste, que je devais aller, plutôt que de retourner chez MHB. Dommage que je ne retrouve pas ce texte. Laure Naveau est aussi l’épouse de Pierre Naveau, auteur pour moi d’un texte, travail très important, entendu plus de dix ans auparavant, sur le travail, les travailleurs après Auschwitz.

Il y a aussi cette autre psychanalyste dans le rêve, dont je ne me souviens que du prénom : Christiane, qui raconte une fable en passant par des loges (loges de coulisses? maçonniques?), des loges où elle se loge, qui ont chacune leur décor. La fable se termine sur Laure Naveau et moi.

Christiance : c’est le nom d’une meilleure amie, quand j’avais vingt ans. une allemande.

Est-ce qu’il s’agirtait de Christiane Alberti? Comme Alberti? Qui écrivit Vies de peintres? Vies des meilleurs peintres… Ah non, ça n’est pas Alberti, c’est Vasari. Alberti, lui, c’est la perspective. La vie d’Alberti est racontée dans le livre de Vasari. Il a inventé la perspective géométrique et a écrit un traité sur la peinture ( Della pittura).

Vies de peintres. Vie de Lacan de Miller (dont j’avais établi le cours sur internet).  Ou encore cette Vie et oeuvre de mon peintre de père qu’il me demanda sur son lit de mort et que j’ai dû renoncer à écrire, je crois (seulement arrivée à faire, au lendemain de sa mort un site internet : https://www.jacquesmuller.com – que je devrais reprendre2… ) Tandis que je persiste ici à tisser la doublure dont parle Thomas Clerc à propos de Maurice Sachs :

 » le paradoxe de cet homme qui vénère la chose écrite est son incapacité à produire un texte en vue de le montrer. Impossible à rendre publique, l’écriture est sa doublure alors qu’elle devrait être son manteau. »

Telle serait ma position. La doublure écrit la doublure. Or ne suffit-il pas de retourner le manteau pour que se donne à lire ce qui s’abritait dans les envers soyeux du manteau. Peut-être ce que fait l’écriture de ce rêve.

(Je fais beaucoup de rêves depuis quelques jours, depuis que j’ai commencé le traitement homéopathique d’ailleurs.)

*
* *

  1. Ce qui m’a fait songer au Maurice Sachs de Thomas Clerc, son « obsession pour la valeur », écrit-il, « Suis-je bon? Suis-je mauvais? » ( IN Maurice Sachs, le désoeuvré). ↩︎
  2. Et qui a récemment perdu, à cause du fournisseur d’accès Gandi, son nom de domaine en .be tandis que j’ai dû acheter le .com, ce qui lui a fait perdre toute sa notoriété sur internet. ↩︎
vendredi 23 mai 2014 · 16h29

où il se confirme qu’il est bien nécessaire que tout soit possible

Je disais donc :

 

« le tout nécessaire
la nature du tout est d’être
nécessaire                                                         la nécessité c’est le tout   Et au tout                      il ne peut être renoncé
car le TOUT,  fondamentalement, est la singularité même.
il n’y a de tout que d’un.                         de jouissance, il n’y a que d’un,                                                                               Seul.

il n’y a de tout que de jouissance,
et à aucune d’aucun,  il ne doit être renoncé (au nom de quel Autre qui n’encaisserait pas l’Un? ) « 

 

~ ~ ~ ~

la modalité du nécessaire selon Lacan, dite la modalité de « ce qui ne cesse pas de s’écrire »  (le symptôme)  ( que jusques il y a peu j’appendais à la pensée: en pensée, en effet, « ça » ne cesse pas de s’écrire), ici, ce nécessaire, je le dis tout, je le dis jouissance : la jouissance, en lettres de jouissance, non en lettres symboliques, s’écrit toute, sans cesse.

et,                                                 « ce qui ne cesse pas de ne pas s’écrire« , par quoi Lacan désignait le réel,                      ça ne cesse pas de ne pas s’écrire en lettres symboliques, en mots, dans le symbolique, dans le langage.

tandis que, ce qui ne cesse pas de ne pas s’écrire dans le symbolique (impossible) ,  ne cesse pas de s’écrire en lettres de jouissance

un rien et un tout ici s’opposent. rien symbolique, tout réel.

 

 

~ ~ ~ ~

 

blablabla

« Y a ce qui peut ne pas cesser de s’écrire / jouissance hors sens, écriture de l’un, écriture de n’importe quoi, et donc possibilité de l’écriture, et donc question du moment de l’advenue du sens, et donc intérêt de cette écriture, qui est écriture de jouissance,  que l’obsessionnel fantasmatiquement translate en écriture symbolique, qui ne se paye que de mots : son tout s’écrit, où l’Autre ne manque de rien.

Là et hors sens, ça s’écrit.
Paradoxe – à quel moment le sens adviendrait-il ? Au moment où ça cesse de s’écrire en lettres de jouissance pour s’écrire dans le langage, dans le symbolique. Quel est ce moment? C’est le moment où ça se donne à lire, par l’autre. Dans la contingence. Au moment où ce qui ne cesse pas de s’écrire cesse de s’écrire, où le manque  apparaît dans la lecture de l’autre, advient la possibilité du sens, pris ici comme moment hors jouissance, pris ici dans sa perte, comme place creusée du désir.»

+

_________________________________________________________________

« puisque ce n’est que des lettres que se fonde le nécessaire, comme l’impossible, dans une articulation qui est celle de la logique. Si ma façon de situer les modes est correcte, à savoir que ce qui ne cesse pas de s’écrire, le nécessaire, c’est cela même qui nécessite la rencontre de l’impossible, à savoir ce qui ne cesse pas de ne pas s’écrire, qui ne peut s’aborder que par les lettres. » JL

 

dimanche 1 juin 2014 · 11h26

De l’utilité des fictions par Jeanne Joucla

Une enfance de rêve (1), le dernier livre de Catherine Millet, se lit d’une traite.

On est saisi, sidéré, par la lecture de ces quelques 280 pages où la franchise de l’auteur n’a d’égal que son talent à re-susciter autour de souvenirs factuels toute la palette des impressions et émotions qui accompagnèrent son enfance et son adolescence.

Une enfance de rêve arrive aisément à la hauteur de ces chefs d’œuvre que sont Si le grain ne meurt d’André Gide ou Les mots
de Jean-Paul Sartre. Avec leur enfance racontée par eux-mêmes, le destin de ces grands hommes s’en trouva, on le sait, comme éclairé de l’intérieur. Il en va ainsi pour celui de la directrice d’Art press qui nous livre quelques uns des moments clés d’une «composition du sujet » dont sut si bien parler Lacan.

La temporalité du récit emprunte un va-et-vient entre le plus jeune âge et la toute jeune flle… Nous y voyons la même subversion du temps que celle rencontrée dans des séances de psychanalyse, expérience que traversa l’auteur. Ce n’est pas le temps du calendrier qui mène l’écriture de Catherine Millet, mais plutôt comment des impressions, en germe très précocement, trouvèrent à se développer, puis à s’inscrire, logiquement, chez le sujet adulte.
Ou encore, comment ses «fictions intimes» se déposèrent ou non au gré des événements.

Ironie du titre, n’est-ce pas en rêvant – en rêvassant plus exactement – que Catherine enfant résista vaillamment aux échos presque quotidiens de la mésentente entre ses parents? N’est-ce pas la lecture, propice à se distancier du quotidien, qui lui ouvrit des horizons autres que ceux qui lui étaient promis ? N’est-ce pas cette capacité à se «dédoubler» comme l’auteur le souligne, qui permit à
l’enfant de ne pas être dévasté par la folie maternelle?

En contrepoint de cette émergence de la conscience de soi, c’est celle d’une angoisse de mort tenace que nous narre C. Millet: la contingence d’une lecture, Contes et légendes du Moyen Âge français et ses héros disparus, mit la fillette «sous l’emprise d’images […] crépusculaires […] et d’histoires prises dans un lourd climat de fatalité.» (4) Peu de temps après, suite à un incident survenu au cours d’une chamaillerie avec son jeune frère – des
ciseaux lui éraflent la gorge – elle s’évanouit : «Quelque chose avait eu lieu dont j’avais été absente […] J’avais été au cœur d’un événement incompréhensible […] Dans les semaines
qui suivirent je me mis à parler de la mort avec insistance. […] Je vivais ainsi dans un état d’alerte permanent qui m’isolait des autres.» (5) Cette peur, nous dit C. Millet, «a pénétré jusqu’à une profondeur d’où elle est désormais indélogeable » (6).

Catherine converse avec Dieu. Son goût du savoir trouve, entre autres, à s’épanouir lors de leçons de catéchisme qualifiées de gaies et enthousiasmantes ; beaucoup moins des rencontres avec les abbés et autres confesseurs qui « faisaient partie de ces figures d’autorité auxquelles les enfants n’accordent aucun crédit […] ce qui n’était pas trop grave parce que je me débrouillais bien mieux directement avec Dieu » (7). Ainsi c’est sous le regard de Dieu «qui voit tout » qu’au moment de l’endormissement «des pensées qui m’avaient agitée ou les questions qui s’étaient présentées à moi pendant la journée s’inscrivaient dans ma tête aussi clairement que les lignes d’écriture sur les pages quadrillées de mes cahiers, et Dieu pouvait les lire. » (8) Ce monologue vespéral pouvait être entrecoupé d’images clandestines liées à la découverte subreptice d’une activité masturbatoire, imaginaire où s’ancrèrent les fantasmes ultérieurs.

Qui des mots ou des images influenceront le plus la petite fille ? Les uns disputent aux autres la première place. Les «impressions » laissées par les lectures ou les films avaient cette particularité d’être comme «transposées» dans la vie courante et vice versa : « Un
même continuum englobait [les] récits que je lisais, les histoires qui me maintenaient en haleine devant l’écran de télévision, ma vie telle que je me regardais déjà la vivre, et ma vie future que j’envisageais avec la même confiance que tout le reste ». (9)

Ce que l’auteur appelle sa vie «dédoublée», loin de «s’absenter du monde pour rejoindre un monde imaginaire [supposait] au contraire d’être hyperprésent dans le monde, sensible au plus petit détail qui le constitue » (10). C’est ainsi qu’à l’acmé d’une terrible crise maternelle que nous ne dévoilerons pas ici, Catherine, spectatrice, se déplaçait «déjà dans le récit de la scène […]. Il arrive que le regard se fixe sur le visible pour permettre à la conscience de se dérober; on ne peut être présent à l’intérieur d’une image» (11).

Flash back sur une enfance, le récit de Catherine Millet s’il éclaire ce qu’elle a fait de sa vie, nous éclaire nous aussi lecteurs, sur la nôtre.

 

1 Catherine Millet, Une enfance de rêve, Flammarion, 2014.
2 Ibid., p. 119.
3 Ibid., p. 123.
4 Ibid., p. 126.
5 Ibid., p. 130.
6 Ibid., p. 133.
7 Ibid., p. 138.
8 Ibid., p. 161.
9 Ibid., p. 251.
10 Ibid., p. 253.
11 Ibid., p. 263.

 

Source : Lacan Quotidien n°399

dimanche 1 juin 2014 · 12h28

la chute dans la vie

la chute de l’homme dans la banalité, sa « seconde chute » selon Heidegger, est une chute dans la vie (assomption meurtrière où nous sommes à la fois « les auteurs et les victimes »).

« Nous sommes devenus des êtres individués, c’est-à-dire non divisibles en eux-mêmes et virtuellement indifférenciés. Cette individuation dont nous sommes si fiers n’a donc rien d’une liberté personnelle, c’est au contraire le signe d’une promiscuité générale. »

« Tous télé-guidés » par Jean Baudrillard

 

 

 

(l’image, sa fiction POUR échapper au réel, où nous sommes tombés)

« Plus on avance dans l’orgie de l’image et du regard, moins on peut y croire. »

« Tous télé-guidés » par Jean Baudrillard

Catherine, spectatrice, se déplaçait «déjà dans le récit de la scène […]. Il arrive que le regard se fixe sur le visible pour permettre à la conscience de se dérober; on ne peut être présent à l’intérieur d’une image»

« De l’utilité des fictions »  par Jeanne Joucla citant ici Catherine Millet dans Une enfance rêvée.

dimanche 1 juin 2014 · 14h08

et l’idée d’écrire La vie sexuelle de Catherine M. s’est imposée

Et puis, cet ouvrage achevé je me suis trouvée pour la première fois dans ma vie professionnelle sans plus de gros chantier. J’étais disponible et l’idée d’écrire La vie sexuelle de Catherine M. s’est imposée. Elle appartenait à ce genre de pensées plus ou moins frivoles grâce auxquelles, de temps à autre, nous nous dégageons d’un quotidien pénible ou ennuyeux. Nous projetons de faire quelque chose plus tard, dans un futur hypothétique qui nous comblera ou nous grandira, mais ce quelque chose reste flou. Nous ne prenons jamais la peine de le préciser. Il pourrait rester une chimère parmi les autres qui périodiquement ressurgirait de façon fugace et nous accompagnerait toute notre vie, entretenant, jusqu’à ce que le décompte approche de son terme, l’espoir d’une autre vie. Mais voici que j’envisageai sérieusement cette chose : écrire une autobiographie qui ne tiendrait compte que de ma vie sexuelle. (A dire vrai «sérieusement » est un mot un peu trop fort car je ne pouvais envisager cette entreprise qu’à courte vue sans la distinguer ni tout de suite ni totalement du fantasme.)
Catherine Millet, Jours de souffrance, « Sur la plage » , p. 254.

(…) Ainsi , si je suis certaine que la première pensée d’un livre qui s’intitulerait « La vie sexuelle de Catherine M. » surgit avant la crise dont il est question dans ces pages, je ne peux toutefois guère la dater. Ni dire quand je m’en ouvris pour la première fois. Il m’arrive de questionner mon entourage pour tenter de réveiller mes propres souvenirs, mais, interrogé, Jacques ne se souvient pas plus que moi. Ce qui est certain, c’est qu’elle se cristallisa pendant la crise.
Ibid. p. 255

C’est donc alors qu’elle se détache de sa vie sexuelle débridée (à moins que ce ne soit cette vie qui se détache, d’elle, comme une peau), que l’idée d’écrire La vie sexuelle de Catherine M se « cristallise » . Cette vie alors soupçonnée d’avoir entraîné ce qui ne pouvait d’abord pas s’appeler infidélité, faute d’appartenir à son vocabulaire, mais qui devenait ça : l’infidélité de son mari, de Jacques, qui la chasse d’une sorte de paradis, où il n’est pas sûr que ce ne soit sa mère qui l’ait envoyée – cette parole : « elle doit coucher avec tout le monde ! », lui causant l’insupportable souffrance, causée par un seul, que ce livre s’attache à décrire, à comprendre.

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