dimanche 1 juin 2014 · 11h26

De l’utilité des fictions par Jeanne Joucla

Une enfance de rêve (1), le dernier livre de Catherine Millet, se lit d’une traite.

On est saisi, sidéré, par la lecture de ces quelques 280 pages où la franchise de l’auteur n’a d’égal que son talent à re-susciter autour de souvenirs factuels toute la palette des impressions et émotions qui accompagnèrent son enfance et son adolescence.

Une enfance de rêve arrive aisément à la hauteur de ces chefs d’œuvre que sont Si le grain ne meurt d’André Gide ou Les mots
de Jean-Paul Sartre. Avec leur enfance racontée par eux-mêmes, le destin de ces grands hommes s’en trouva, on le sait, comme éclairé de l’intérieur. Il en va ainsi pour celui de la directrice d’Art press qui nous livre quelques uns des moments clés d’une «composition du sujet » dont sut si bien parler Lacan. [...]  Lire la suite >

dimanche 1 juin 2014 · 12h28

la chute dans la vie

la chute de l’homme dans la banalité, sa « seconde chute » selon Heidegger, est une chute dans la vie (assomption meurtrière où nous sommes à la fois « les auteurs et les victimes »).

« Nous sommes devenus des êtres individués, c’est-à-dire non divisibles en eux-mêmes et virtuellement indifférenciés. Cette individuation dont nous sommes si fiers n’a donc rien d’une liberté personnelle, c’est au contraire le signe d’une promiscuité générale. »

« Tous télé-guidés » par Jean Baudrillard

 

 

 

(l’image, sa fiction POUR échapper au réel, où nous sommes tombés) [...]  Lire la suite >

dimanche 1 juin 2014 · 14h08

et l’idée d’écrire La vie sexuelle de Catherine M. s’est imposée

Et puis, cet ouvrage achevé je me suis trouvée pour la première fois dans ma vie professionnelle sans plus de gros chantier. J’étais disponible et l’idée d’écrire La vie sexuelle de Catherine M. s’est imposée. Elle appartenait à ce genre de pensées plus ou moins frivoles grâce auxquelles, de temps à autre, nous nous dégageons d’un quotidien pénible ou ennuyeux. Nous projetons de faire quelque chose plus tard, dans un futur hypothétique qui nous comblera ou nous grandira, mais ce quelque chose reste flou. Nous ne prenons jamais la peine de le préciser. Il pourrait rester une chimère parmi les autres qui périodiquement ressurgirait de façon fugace et nous accompagnerait toute notre vie, entretenant, jusqu’à ce que le décompte approche de son terme, l’espoir d’une autre vie. Mais voici que j’envisageai sérieusement cette chose : écrire une autobiographie qui ne tiendrait compte que de ma vie sexuelle. (A dire vrai «sérieusement » est un mot un peu trop fort car je ne pouvais envisager cette entreprise qu’à courte vue sans la distinguer ni tout de suite ni totalement du fantasme.)
Catherine Millet, Jours de souffrance, « Sur la plage » , p. 254. [...]  Lire la suite >

vendredi 6 juin 2014 · 10h41

Je suis seule ce matin et j’aime ça.

vendredi 6 juin 2014

Je suis seule ce matin et j’aime ça. Hier, j’ai commencé d’aller mieux lorsque j’ai décidé d’étudier, de ré-étudier la grammaire et l’orthographe,  dans l’espoir de me trouver, faire un nouveau métier  dans l’édition – la correction d’orthographe, voire la réécriture, cela pouvant, éventuellement, s’étendre à la conquête d’un métier, comme celui, que découvrais hier, de secrétaire de rédaction multimédia, ou encore -mais cela me paraît beaucoup moins à ma portée, de journaliste multimédia.  Malgré moi, cette décision de partir à la conquête d’une orthographe impeccable, de me replonger dans la grammaire,  m’a réjouie; et moi qui me trouvais au matin décidément bien dépressive, malheureusement dépressive, désespérément dépressive, me surprenais soudain joyeuse. [...]  Lire la suite >

dimanche 8 juin 2014 · 15h01

au final, il ne restera plus que le don de son corps pour signifier son existence

08-06-2014 14-47-34

là : http://www.flamme-eternelle.com/JOURNAL36.pdf

« Cinquante-deux jours à ce rythme, ce sera dur?

Dur, non, mais nécessaire. Tout d’abord, je n’ai rien d’autre à faire. Et surtout, comme l’ont démontré les Occupy Wall Street ou les manifestants sur la place Maïdan à Kiev, je vais donner mon corps, ma présence. C’est quelque chose dont je me sens capable. C’est le fait des gens qui doutent de la démocratie représentative et d’un système de délégation essoufflé. Au final, il ne reste plus que le don de son corps pour signifier son existence. Je serai peut-être fatigué, de mauvaise humeur, mais je serai là. » [...]  Lire la suite >

dimanche 22 juin 2014 · 21h58

Le but n’est pas d’en finir avec le sens. Il n’est même pas de s’entendre : il est de parler à nouveau.

2014-05-15 16.25.17

« Il n’y a pas de sens pour un seul, disait Bataille. Ce qui fait sens, c’est ce qui ne cesse pas de circuler et de s’échanger, comme la monnaie en effet, mais comme une monnaie qui aurait une valeur incommensurable à aucune équivalence. Le sens est partagé où il n’est pas.

[…] il s’agit de ceci : ce qui fait sens, c’est l’un qui parle à l’autre, de même que ce qui fait l’amour, qu’un(e) le fasse à l’autre. Et que l’autre soit tour à tour et simultanément, sans qu’il y ait de fin à ces allées-et-venues. Le but -s’il faut parler de but- n’est pas d’en finir avec le sens. Il n’est même pas de s’entendre : il est de parler à nouveau. » (je retrouve cette photo, je ne ne sais plus de qui est le texte, photographié dans un journal de Flamme éternelle) [...]  Lire la suite >

mardi 24 juin 2014 · 09h27

« j’aime le Scotch»

planning du matin (lundi) 1. 1 heure boulot cfb (par devoir) 2. 1 heure écriture naissance j (pour mémoire) 3. 1 heure écriture th flamme (pour mémoire) 4. 1 heure écriture millet/millot (pour mémoire) 5. grammaire 6. courses (par devoir) 7. fond d’écran aléatoire(iota) 8. tumblr photo 9. faire réapparaître les citations sur la homepage (iota) 10.modifier la css des blockquote (iota) 11. chercher du boulot (ou une formation?) (j’adore me former) (se former c’est gai) 12 . que faire pour trouver du boulot?

«avoir une idée,
ce n’est pas de l’idéologie,
c’est de la pratique» (godard)

Thomas Hirshhorn, vous utilisez le scotch, des matériaux pauvres?

C’est une esthétique qui insiste sur la non-plus-value des choses elles-mêmes, leur côté non-intimidant, mais aussi sur la possibilité d’employer des éléments vus dans d’autres occasions. Chaque fois, je réfléchis à la possibilité qu’un matériau puisse faire un lien avec un autre matériau, une autre couleur ou une autre forme dans un autre univers, pas seulement dans l’art. Lorsque je dis « j’aime le Scotch », ce n’est pas simplement en tant que matériau, j’aime la décision de travailler avec du Scotch, d’être fidèle à un matériau pour lequel je me suis décidé, quitte à faire face aux critiques. J’insiste avec ça et je suis heureux de voir que mes matériaux ne sont jamais « gonflés » par une technique, c’est toujours du fait-main. On a travaillé de la même manière que ceux qui font des chars pour le carnaval. Cette notion du précaire est importante ; la durée limitée, qui n’est pas simplement de l’éphémère, tout cela parle de l’urgence, de la nécessité, et pas simplement de la finalisation parfaite. L’œuvre ne doit pas répondre qu’au critère de qualité mais au critère d’énergie. [...]  Lire la suite >

samedi 28 juin 2014 · 23h34

La passion de l’égalité par Alexandre Costanzo

Dans un passage fameux de L’Ethique, Spinoza écrit : « Nous ne savons pas ce que peut un corps». Si cette formule a été longuement commentée, si, dans une filiation passant notamment par Nietzsche, elle se rattache par ailleurs à la pensée de Gilles Deleuze, je voudrais ici essayer de la confronter à l’œuvre de Jacques Rancière. « Nous ne savons pas ce que peut un corps» écrivait Spinoza, nous ne savons donc pas grand—chose mais je dirais que nous savons au moins qu’il  « peut ». Et c’est de puissance précisément dont je voudrais parler. Qu’est-ce que la puissance ? Et n’est-ce pas cela que l’on peut rencontrer finalement sous une forme bien singulière dans l’œuvre de Jacques Rancière ? Car ce que je me demande au fond en parcourant ses ouvrages, c’est : quel est le trésor qu’il aura rencontré ? Quel est le trésor que rencontre un philosophe et dont il assume le gardiennage? Et en regardant de plus près ses tout premiers ouvrages, on constate qu’il y a de curieux de personnages qui y circulent, une mère analphabète qui apprend à lire et à écrire à ses enfants, des couturières ou des gantières des environs de Grenoble, un jeune typographe qui connaît l’hébreu, un serrurier qui, ne sachant pas bien lire, désigne la lettre 0 comme la ronde et appelle équerre la lettre L. On rencontre également un homme qui connaît au moins son prénom, l’usage de ses outils et une prière grâce auxquels il pourra vérifier que son fils sait de quoi il parle en rentrant de l’école. On trouve ainsi des ouvriers de toutes sortes, des artisans, un maître ignorant ou encore la première phrase du Télémaque de Fénelon: «Calypso ne pouvait se consoler du départ d’Ulysse… ». Jacques Rancière nous parle aussi de ces nuits où, après leurs journées de labeur, à la lumière d’une lampe à huile, des ouvriers se mettent à lire et à écrire, s’éprennent de poésie pour les uns, de philosophie pour les autres. Il nous parle de cercles, de spirales dans lesquels des vies se trouvent enfermées, mais aussi de quelques arbres et d’un carré de ciel que regarde par la fenêtre, au détour de ses heures de travail un menuisier qui, sans doute à cause de ce petit carré, se décide à marcher avec des souliers plutôt que des sandales ou des sabots. Ce sont là quelques uns des paysages et des personnages, des tableaux ou des situations, que l’on découvre dans ses premiers livres. Or je dis que ces scènes sont pauvres, qu’il n’y a pas grand-chose d’autre à découvrir, mais qu’il n’est pourtant question de rien d’autre que de puissance. Que peut un corps? Nous savons au moins qu’il peut, et c’est cette puissance que je voudrais fixer en m’attardant sur le Maître ignorant. Or voici comment tout cela commence : par la lenteur et le bricolage, la patience aussi, en tâtonnant à l’aveuglette, en butant et en trébuchant, et puis en recommençant. [...]  Lire la suite >

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