Rêve du 18 au 19 mai 2014
« Sur une scène. Une scène de l’école – pas celle avec un grand E, la petite, celle des Dames (de Marie) ; non, la plus petite, celle des Filles (de la Sagesse). Je faisais des spectacles là quand j’étais petite, de la danse. J’ai beaucoup rêvé de cette scène, des coulisses, des loges… Mais dans le rêve, il s’agit de théâtre. Je suis la « principale » (comme en danse).
Je suis sur scène, je dois commencer, mais je ne me souviens de rien.
Je commence donc en trichant, en cherchant dans mon texte, un texte qui se trouve là sur le bord de la scène, à la frontière des coulisses, dans un livre épais et coloré, dont la reliure s’est relâchée et des femmes, pardon des feuilles (lapsus calami) se détachent. Je cherche mon texte, je ne le trouve pas vraiment. Je lance des phrases que je lis, sans les comprendre. Elles sont d’ailleurs incompréhensibles, mais ce n’est pas ce qui m’inquiète. Ce qui m’inquiète c’est que je pense que le public n’appréciera pas — ni les autres qui sont sur scène -, que je lise mon texte et que je le fasse mal, sans conviction. Sans retrouver ce que je pouvais faire auparavant.
Jusque-là, on croyait que j’étais une bonne actrice.
Je dois me souvenir d’une scène en particulier. Ou plutôt d’un mouvement, d’une pose (posture) même (en araignée ?) Elle a peut-être quelque chose de sexuel. Je m’en souviens un peu, mais pas suffisamment. Je fais n’importe quoi. Je suis à peu près sûre que ça ne peut pas passer (auprès du public). Anne B. essaie de m’aider. Elle devient ma partenaire, mais rien n’y fait. Je ne me souviens pas de ce que je faisais.
Je quitte la scène principale, j’entraîne Anne dans une arrière-scène. J’abandonne donc les autres, qui comptaient sur moi. À l’arrière, avec Anne, j’essaie des choses. Je suis comme greffée à elle, sur son dos. Je Totalement dépendante d’elle. Je m’inquiète beaucoup de ce que le public va penser. À l’avant, ils se débrouillent, ils inventent quelque chose en se passant de moi.
J’explique alors à quelqu’un qu’il m’est impossible de reproduire une scène que j’ai bien faite, bien jouée, parce que si je l’ai bien jouée, c’est que j’ai cru qu’elle était réelle – qu’il ne s’agissait pas d’une scène de théâtre. Et cela, je ne peux pas le refaire, je ne peux pas refaire ce que j’ai déjà fait parce que c’était bien fait, parce que si je l’ai bien fait, c’est que c’était réel, que ce n’était pas du théâtre. Ce qui est embêtant au théâtre. C’est ce qui me fait perdre toute confiance en moi et me rend ultra-dépendante du regard des autres, seuls à même de juger si je fais bien ou pas1.
Puis, je suis donc de nouveau à l’avant-scène, mais auprès de Laure Naveau, cette fois. Elle fait des choses bien, très bien, avec d’autres psychanalystes. A l’une d’entre elles, dont le prénom serait Christiane, il est demandé de jouer quelque chose, de raconter une certaine histoire. C’est moi, je crois, qui le lui demande. Elle était venue, avait parlé d’une fable, bien connue croyait-elle, et je lui demandais si elle voulait bien la raconter. Elle le fait, très bien. Elle raconte une histoire au départ de petites scènes, de petites loges qui bordent la scène (il a été hier question de loges maçonniques, mais… et j’ai songé à mon père, qui n’avait pas voulu être maçon, et à cet ami, qui lui, oui, mais dans quelle circonstance avais-je alors pensé à ça?), elle passe de l’une à l’autre, comme son récit progresse, chaque loge comme une case de bande dessinée. Ça se termine avec Laure Naveau (et moi). Fin de la pièce.
Applaudissements.
Saluts. Le public veut nous voir de plus près. Nous demande de nous rapprocher. Ce que nous faisons. Il est composé de nombreux psychanalystes de l’École.
Nous retournons dans le public, quittons la scène. J’attends des retours sur ma contre-performance, mais rien. JPD est là. J’espère qu’il va m’ignorer, malheureusement non.
*
Je me suis réveillée en pensant qu’il fallait que je raconte ce rêve à un psychanalyste. Qu’il semble bien qu’il y aie quelque chose que j’aie complètement oublié, que j’essaie de retrouver, sans succès. A cause de quoi, je suis toujours en-deçà de ce que je pourrais faire. Et qui est cause que le lien au texte se perd, et l’incompréhension s’installe. Ne sachant ce qui se perd, ce qui s’est perdu, ce qui serait à retrouver, qui n’était pas du jeu, je suis obligée de me lier à un(e) autre. de trouver à qui m’apparier/m’appareiller.
Donc, c’est curieux. Parce que c’était réel, parce que c’était peut-être sexuel, parce que ça m’aurait donné du plaisir, je l’ai oublié. Et parce que je l’ai oublié – la pose, le mouvement, le geste, la posture – , je ne peux plus rien faire et c’est comme si je n’avais plus de corps, puisque je suis obligée de me greffer à une autre (homosexuelle), un double, je dois passer à l’arrière plan, dans l’ombre.
J’avais lu un texte récemment de Laure Naveau, que je ne suis pas arrivée à retrouver, où elle parlait de thèmes qui avaient également été importants pour moi (péché de la tristesse, Spinoza, Nietzche…) Je m’étais demandée si ce n’était pas plutôt chez elle, comme analyste, que je devais aller, plutôt que de retourner chez MHB. Dommage que je ne retrouve pas ce texte. Laure Naveau est aussi l’épouse de Pierre Naveau, auteur pour moi d’un texte, travail très important, entendu plus de dix ans auparavant, sur le travail, les travailleurs après Auschwitz.
Il y a aussi cette autre psychanalyste dans le rêve, dont je ne me souviens que du prénom : Christiane, qui raconte une fable en passant par des loges (loges de coulisses? maçonniques?), des loges où elle se loge, qui ont chacune leur décor. La fable se termine sur Laure Naveau et moi.
Christiance : c’est le nom d’une meilleure amie, quand j’avais vingt ans. une allemande.
Est-ce qu’il s’agirtait de Christiane Alberti? Comme Alberti? Qui écrivit Vies de peintres? Vies des meilleurs peintres… Ah non, ça n’est pas Alberti, c’est Vasari. Alberti, lui, c’est la perspective. La vie d’Alberti est racontée dans le livre de Vasari. Il a inventé la perspective géométrique et a écrit un traité sur la peinture ( Della pittura).
Vies de peintres. Vie de Lacan de Miller (dont j’avais établi le cours sur internet). Ou encore cette Vie et oeuvre de mon peintre de père qu’il me demanda sur son lit de mort et que j’ai dû renoncer à écrire, je crois (seulement arrivée à faire, au lendemain de sa mort un site internet : https://www.jacquesmuller.com – que je devrais reprendre2… ) Tandis que je persiste ici à tisser la doublure dont parle Thomas Clerc à propos de Maurice Sachs :
» le paradoxe de cet homme qui vénère la chose écrite est son incapacité à produire un texte en vue de le montrer. Impossible à rendre publique, l’écriture est sa doublure alors qu’elle devrait être son manteau. »
Telle serait ma position. La doublure écrit la doublure. Or ne suffit-il pas de retourner le manteau pour que se donne à lire ce qui s’abritait dans les envers soyeux du manteau. Peut-être ce que fait l’écriture de ce rêve.
(Je fais beaucoup de rêves depuis quelques jours, depuis que j’ai commencé le traitement homéopathique d’ailleurs.)
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- Ce qui m’a fait songer au Maurice Sachs de Thomas Clerc, son « obsession pour la valeur », écrit-il, « Suis-je bon? Suis-je mauvais? » ( IN Maurice Sachs, le désoeuvré). ↩︎
- Et qui a récemment perdu, à cause du fournisseur d’accès Gandi, son nom de domaine en .be tandis que j’ai dû acheter le .com, ce qui lui a fait perdre toute sa notoriété sur internet. ↩︎