dimanche 3 avril 2016 · 11h41

« Revenir à la racine du corps »

la semaine dernière, j’écrivais :

A certains égards, il me semble, et un peu rapidement dit, que la psychanalyse vous laisse en fin de parcours, seul(e) avec votre corps, sans avoir la moindre idée finalement d’un quoi faire (même si Lacan dit avoir rêver qu’elle puisse déboucher sur une nouvelle érotique) avec lui. Bien sûr, il s’agit d’une ouverture. Bien sûr, il ne s’agit plus que de liberté et d’invention. Comme un nouvel amour.

qui me paraît résonner avec ce que je lis ici :

« Revenir à la racine du corps » (( Jacques Lacan,  Le Séminaire, livre XIX, …ou pire, Seuil, p. 236., « Quand nous revenons à la racine du corps, si nous revalorisons le mot de frère, […] sachez que ce qui monte, qu’on n’a pas encore vu jusqu’à ses dernières conséquences, et qui, lui, s’enracine dans le corps, dans la fraternité du corps, c’est le racisme». )) est en effet l’enjeu princeps de l’expérience d’une psychanalyse, nous explique Yves-Claude Stavy : une convocation à cerner non pas le réel, mais un réel pris dans la singularité d’une cure. Ce réel relève de l’existence d’une marque : bout de langue dès longtemps isolé, sans pourquoi, hors discours, – et qu’emporte le symptôme avec lui, malgré l’interprétation la plus rigoureuse permise par la structure que suppose l’hypothèse inconscient.

La marque est un incurable, un précipité qui marque le corps – vivant d’un corps « qu’on a, mais qu’on n’est pas », impossible à confondre avec la supposition d’être inhérente au seul fait qu’on parle (parl-être, dira Lacan) :

  • Il y a ce qui relève de l’existence d’une marque de jouissance dans le corps, que répercute le symptôme, («  le mystère du corps parlant », dira Lacan dans son séminaire Encore)
  • et il y a ce qui relève de la supposition d’être, inhérente à la structure du discours que suppose l’hypothèse inconscient.

Invention sinthomatique

L’expérience d’une psychanalyse poussée jusqu’à son terme isole ce versant réel du symptôme témoignant d’une jouissance opaque, dans le corps, à rebours du versant organisé du symptôme qu’offre la structure discursive.

Il y a une jouissance autiste du corps : non pas du sujet, mais d’un corps qui se jouit d’une marque, et dont la rencontre « tout ce qu’il y a de plus hétéro », nous rend dès lors non pas différents des autres, mais « Autre-à-soi-même ».

L’enjeu du tout dernier enseignement de Lacan relève d’une exigence éthique, débouchant sur une responsabilité intransposable d’un cas à un autre cas : tenir compte d’un « il y a » d’existence, dont ne rend pas compte la structure des discours.

Pour Lacan, le racisme est haine de cette ex-sistence hors discours, sans Autre, sans être. D’où la référence de Lacan, en guise de conclusion de son SéminaireOu pire, à l’enjeu de « revenir à la racine du corps ». On peut aller, à l’extrême, jusqu’à parler de fraternité de sujet en tant que chaque sujet dépend d’un discours. Mais il n’y a pas de fraternité de corps.

« Revenir à la racine du corps » convoque chacun à la responsabilité d’une sinthomatisation à nulle autre pareille, d’un réel incurable, dont on a la charge. C’est un savoir-y-faire avec la jouissance non plus seulement mentale, mais d’un corps : jouissance qui excède la jouissance phallique, – elle, hors corps. C’est un savoir-y-faire à renouveler sans cesse, afin qu’ainsi, il ne cesse pas de résonner avec l’existence d’un bout de réel ayant dès longtemps marqué l’énigme du vivant du corps qu’on a, le temps d’une vie.

lundi 11 avril 2016 · 14h59

l’enfer (des choses à faire), etc.

la semaine en un clin d’œil

mardi 5 avril

08:30

plusieurs jours que je fais du taï chi tous les jours. les deux derniers, c’était en fait la nuit. même 2 fois par nuit. des inquiétudes me réveillent. pour en venir à bout, je me lève, je fais ça. c’est efficace. je fais plutôt de la méditation, ça fait moins de bruit. pas que le taï chi fasse du bruit mais le plancher craque. enfin, ce matin, 7 heures, j’ai fait les onze (qi gong), qui se font debout mais sur place –  y a moyen de trouver un endroit où le plancher ne craque pas.

9:14 maintenant, je pourrais ne pas dormir. mais si je dors, ça va être délicieux.

9:26

TO DO

cheveux, coco/argile ( 10:58)
RV coiffeur
RV dentiste
stage conte ? (12:10)
mail réponse N (13:49)
stage 24 ?
RV coiffeur jules
RV dermato Jules
Rothko
À manger ce soir ?
cours 24 : 19 à 22h

mercredi 6 avril

MY LIFE AS A TO DO LIST

Tél RV coiffeur (fait à 12:12) ; Tél RV coiffeur Jules (fait à 12:18) ; Tél RV dentiste (fait à 12:26) ; Tél RV dermato Jules (fait à 12:35) ; Tél RV ophtalmo (fait à 13:05) ; Tél opticien (fait à 12:58) ; 24 : Les filles de Jade ; stage 24 ? ; Rothko ; imprimer Rothko ; chercher passage ; À manger ce soir ?

 

jeudi 7 avril

7h44

taï chi – on sait que c’est une façon d’aller vers un mysticisme sans Dieu, une façon d’aller vers la le vide, de couper court avec les élucubrations du fantasme en mettant au jour ce que le corps éprouve comme jouissance dans sa rencontre avec le signifiant, en l’écoutant physiquement. également écoutant, éprouvant cette part de vie dans le corps, indépendante, elle, du signifiant et dont le territoire s’inscrit allègrement en dehors de ses limites, des limites connues de la peau. en se contentant d’éprouver cette jouissance que le langage, que le discours ne peuvent assimiler conduisant l’inconscient symbolique (ce qu’il n’est pas partout) à élucubrer des comportements, des croyances, des tactiques inextricables, d’une complexité hallucinante, qui n’ont d’autre fonction que de recouvrir ce manque signifiant, à la rencontre duquel les pratiques comme le taï chi ou la méditation se proposent d’aller directement. et, pour le dire d’une façon cavalière, n’usant plus du signifiant que pour chevaucher ce manque. cet usage du signifiant comme simple selle devant bientôt lui-même être abandonné. et le manque monté à cru.

dit-elle.

chercher à dire que la tentative de maîtrise de sa vie par le seul usage du signifiant, du discours, conduit forcément à des malaises, à des horreurs. 

09:59

sinon, j’ai encore passé des heures hier soir à consulter des blogs qui m’expliquent comment me débarrasser de mon henné, le mien fonçant de plus en plus, qui plus est prenant est une teinte violine totalement non-souhaitée (la formule du henné que j’utilisais ayant changé), tandis que par en dessous une quantité me semble-t-il considérable de cheveux blancs pousse, rendant presque regretté l’aspect tout au plus négligé jusque-là des repousses face à ce qu’elles me révèlent aujourd’hui des inéluctables transformations physiques qu’elles entraînent, et ce sentiment, que c’est là, maintenant, sous mes yeux, que ça se passe, que je me transforme, pour de bon. j’entre dans un nouveau corps. un nouveau corps plutôt vient-il me recouvrir. (enfin, c’est décidé, je deviendrai donc un poil beaudelairienne et colorierai mes cheveux, mais, je m’accrocherai à cela : toujours au naturel (il en faut des limites); et puis, je les voudrai dorénavant plus clairs, c’est blonde que je décide de terminer ma vie – n’ayant pas eu le cran de le faire du temps de ma jeunesse perdue ( j’espère que je n’irai jamais beaucoup plus loin dans la jeunissisation)).

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14:05, lessive + Rothko
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midi, au sortir du taï chi

vendredi 8, 11:12

heureuse de trouver sur internet la description de ces deux postures. jusque là, je croisais mes jambes plus ou moins au hasard avec plus ou moins de bonheur. là, je suis parée :

Le demi-lotus

le Siddhasana (en sanskrit सिद्धासन / siddhāsana signifiant «posture parfaite » ou « posture de l’adepte ») ou demi lotus [1] est une posture assise exposée dans l’Hatha Yoga Pradipika [2] de Yogi Svatmarama. Celle-ci consiste à placer fermement le talon du pied gauche contre le périnée et le talon du pied droit juste au-dessus de l’organe sexuel. Dans la pratique du Hatha Yoga, il faut se tenir bien droit, appuyer le menton sur la poitrine et regarder fixement l’espace entre les sourcils. C’est par excellence une posture utilisée dans la pratique de la méditation (Dhyāna) et des exercices respiratoires (Pranayama).

↑ Cette posture assise est généralement conseillée dans la pratique de Zazen associée au Bouddhisme zen implanté en Occident car celle-ci est plus facile à tenir que la position du lotus (Padmasana)
↑ Hatha Yoga Pradipika. Svatmarana, Pancham Sinh (I, 37 à 45)

La position birmane

S’installer en posture birmane est relativement simple. Il faut s’asseoir en posant ses mollets à plat devant soi, l’un devant l’autre, généralement le mollet gauche devant le droit, mais rien ne vous empêche de faire l’inverse si vous vous sentez plus à l’aise ainsi. Les pieds sont posés à plat également, la plante tournée vers vous. Les genoux touchent le sol, sauf si vous n’y arrivez pas, auquel cas il ne sert à rien de vous contraindre. Cette posture offre une certaine stabilité très agréable, mais elle demande tout de même un peu plus de maintien volontaire que le lotus. Elle est toutefois bien plus accessible et bien plus simple à endurer lorsque les séances de méditation se font longues.

Samedi 9 avril.

9:30, au lit
rétrospectivement, cette semaine : peu de « maux » par rapport à la semaine dernière, mais beaucoup de mots, d’inquiétudes. de nuits trouées de réveils en sursaut. principalement autour du livre et de mes cheveux. j’aurai bu, peut-être, un peu plus également. et essayé de trouver le moyen de combattre ces inquiétudes avec le taï chi.

9:54, toujours au lit
de ces inquiétudes, je suis coutumière, c’est elles qui m’ont conduite à écrire.
cette nuit, à moitié endormie, plusieurs fois me lance dans des prières, des « je vous salue marie…  » (dont la litanie tente de chasser, de repouser, au rouleau compresseur, par leur absence même de signification, les pensées envahisseuses). plusieurs fois aussi, me dis que je veux mourir. c’est plus fort que moi, cela me troue de l’intérieur. le matin, en semaine, quand je me rendors après le départ de J, pour me re-réveiller à 10 h, je suis alors lavée de ça (mais trop gonflée de sommeil).

10:33 mini câlin avec F. il s’est levé, pour une fois avant moi.

11:55 amusante et vivifiante conversation avec F à propos de ça (qui n’est pas drôle) : http://www.liberation.fr/debats/2016/04/01/entre-amis_1443422

revendique le droit d’écrire n’importe quoi et mal.

hier, Speak low when you speak love de Wim Vandekeybus, très mauvais. ennuyeux, long, aucun propos, infantile. danseurs beaucoup trop musclés, et leurs muscles beaucoup trop exhibés. chanteuse gnangnan au possible. j’avais vu, il y a 30 ans le premier spectacle de Wim Vandekeybus, c’était flamboyant, de l’énergie pure. n’en subsistent que muscles et tatouages.

12:14 ces inquiétudes. je ne suis pas sûre que ce soit leur contenu qui compte, qu’il y ait moyen d’en traiter le contenu, de les traiter par leur contenu. autrefois, je disais « mauvaises pensées », « pensées chewing-gum ». j’estimais alors que la teneur de ces pensées n’avait aucune espèce d’ importance. que ça voulait penser et que n’importe quoi pouvait faire office. que c’était pulsionnel. cette façon de voir les choses n’étant pas parvenue à traiter le problème, au contraire des antidépresseurs, j’hésite à le ré-attaquer de cette façon.
et si, contrairement à ce que j’ai voulu considérer jusqu’à présent, ces pensées étaient un tant soit peu nécessaires, pourquoi faut-il qu’elles me fassent mal. ne pourrais-je les assumer simplement pour ce qu’elles sont : je réfléchis. ça fait partie du processus, de la vie. je me réveille la nuit, je réfléchis. pourquoi faut-il que cette réflexion soit inquiète. 

bien sûr, s’agissant du livre avec JC par exemple, l’idée, c’est que je n’y arriverai jamais. donc ici, probablement, la question du contenu compte-t-il : je me trouve engagée dans quelque chose dont je ne vois pas comment je vais arriver à me sortir tête haute, comment je vais me sortir sans m’être une fois de plus complètement rabaissée. ayant à la fois manqué d’intelligence et à ma parole.

(je commençais à voir hier que ce qui me manque dans cette affaire, c’est l’idée de maîtriser la bête, le texte. j’ai l’impression qu’il ne cesse de m’échapper de partout, que rien ne fera que je puisse en retenir quoi que ce soit (pour mon propre compte). qu’est-ce qui dès lors pourrait s’en transmettre à un autre. comment en restituer la « substantifique moelle ». qu’écrit-on dans l’immaîtrise. (quand on songe qu’il ne s’agit ici que de ré-écriture !) il ne m’est donné que d’apercevoir.)

14:29 je pensais avoir RV avec le coiffeur aujourd’hui, à 13h15. d’après la coiffeuse c’était hier. j’en suis terrassée, je retourne me coucher. faiblesse, faiblesse, faiblesse. faiblesse et paresse.

15:03 écrit une demi-heure. là, reposer une demi-heure. boire mon café, fermer les yeux.

16:09 pourquoi faut-il que l’on reste toujours consciencieusement en-dessous de ce qu’on attend de soi. (sans toutefois se risquer à descendre trop bas).

dimanche

10:04:2016_18:03:15
10:04:2016 @ 18:03:15

lundi,

nuit de dimanche à lundi, 4:41
trop bu hier soir
suis une empêchée, fondamentalement
ces derniers jours, prends trop la mouche, m’énerve trop, trop quart de tour, trop violente. et me déteste (tout de suite, dès que j’élève la voix) pour ça, ce qui me rend d’autant plus agressive.
hier, enfin grosse discussion autour du fait que nous n’allons pas à République. finalement F dit, le problème, c’est que nous le voulons trop (et moi, suis très étonnée de ça, qu’il dise ça, parce que pensais qu’il ne voulait pas. il dit, le problème, c’est que si on y va, on devrait y aller tout le temps).
alors, nous serions deux empêchés qui nous empêchons mutuellement très bien.
pourquoi.

Je voudrais ne plus m’énerver.

Je suis simplement tout le temps angoissée.

Je ne veux jamais ce que je veux.

04 :55

nous nous aimons parce que nous nous empêchons très bien.

j ne doit pas croire être ce qui nous empêche. il faut qu’il le sache, qu’il comprenne que nous avons besoin d’être empêchés. or, ce qu’il y a, ce que j sait, c’est que fondamentalement nous ne voulons pas du reste du monde. c’est que nous devons nous faire violence pour sortir. le problème, c’est que nous nous aimons. nous nous apportons beaucoup de joie et nous sommes frileux vis-à-vis de l’extérieur. et puis, parfois, nous étouffons. et je m’énerve.

05:13 moi, quand je veux quelque chose, je ne le veux surtout pas. longtemps, aimer, ça a été comme ça aussi. aimer, c’était ne pas aimer. jusqu’à jules. aimer jules ça a été aimer jules.

il doit y avoir une explication à tout ça.

le problème, c’est les mots. il n’y en a pas un mot qui ne veuille dire ce qu’il dit et son contraire. aimer jules se passait bien des mots. les mots sont venus en plus, mais pas au départ.

(alors quand je dis que je ne veux pas pas ce que je veux, c’est que que peut-être, ce que je veux, c’est que de façon ultime mon vouloir s’accomplisse comme non-vouloir, c’est-à-dire comme mot. il faut pouvoir faire un pas de côté, cesser de chercher à accomplir le mot, qui veut toujours dire son contraire, cesser de chercher à accomplir son équivocité. c’est difficile, parce que le désir de l’équivoque est inconscient. c’est à l’inconscient qu’il est égal de dire qu’une chose soit l’une et son contraire. ça ne compte pas pour lui. pour lui, il y a ce qu’il y a. et cela, qu’en sait-on.)

5:51 le pas de côté, ça peut être l’irruption soudaine de violence, la touche de réel de la colère. ça peut, j’imagine. mais, il vaut mieux que je trouve autre chose.

9:32 j’ai beaucoup écrit n’importe quoi cette nuit. c’est dommage. on peut faire dire n’importe quoi aux mots.

la situation est que je suis en plein je-ne-veux-pas. la situation c’est : que j’ai des choses à faire et que je ne veux pas. pour moi faire, autre chose que rien, c’est angoisser. j’ai des choses à faire, donc j’angoisse. je dois vivre avec ça. Et je dois essayer de faire moins de bruit avec ça. que ça me déborde moins. Parce que ça me rend très triste pour j et f.

12:10 oui, je n’ai plus besoin réfléchir à rien,  tout compris,  sais tout. je ne supporte pas de faire quoi que ce soit. plus précisément : je ne supporte pas de devoir faire quoi que ce soit.

15:07 faire ce que je dois faire m’engoisse (m’anfer).

16:01 seule l’écriture dans le blog me soulage, me guérit. parce qu’il n’est pas ce qu’il doit. parce que sa forme cloche. parce que je ne le dois pas. parce que je dois même m’en empêcher. crainte de biche d’ailleurs à l’idée que si je n’avais pas à m’en empêcher, si j’y étais autorisée, au blog, autorisée, attendue, obligée : je n’y arriverais plus. ça, je ne veux quand même pas le croire. mais ne pas l’écrire, n’y écrire pas, c’est l’enfer aussi. 

mercredi 13 avril 2016 · 09h08

écrire et ne rien faire (comme disait ma grand’mère : ce qui est fait n’est plus à faire) _ en-trop et vouloir de l’Autre symbolique

mercredi 13 avril, 09:08

je vois maintenant que je n’écris ici que parce que je ne dois pas le faire. l’enfer, n’est pas seulement le faire, c’est le devoir faire. c’est l’enfer du devoir (( j’emprunte ici le titre d’un livre de Denise Lachaud, L’enfer du devoir – Le discours de l’obsessionnel publié chez Denoël, Coll. Espace analytique, 1995. )). c’est quand le faire devient devoir, attendu par l’Autre.

écrire ici, c’est ne rien faire… de ce que j’ai à faire.

je ne peux pas continuer comme ça, faut vraiment que je trouve le moyen de faire ce que j’ai à faire.

du faire, l’enfer s’écrit plutôt dans l’à-faire. le faire en soi seul est supportable. c’est l’avoir à faire qui ne l’est pas. l’angoisse s’insinue dans le délai entre l’à-faire et le moment du faire. elle tient à la prescription symbolique de l’à-faire (celle qui ira plus tard l’inscrire  dans une liste (de choses à faire, la to do list)).

Tout ce qui concerne l’angoisse et l’objet tourne autour du manque. Du fait même d’être
définie par Lacan comme le « manque du manque », on voit comment il n’y a pas
d’angoisse sans le manque dont elle vient signaler la disparition.
Marcus André Vieira, « La voix, la résonance et la balle » (( Papers nº 10, AMP  2014-2016 ))

c’est l’à-faire, qui situe la chose à faire dans un projet, en dehors du faire, qui l’inscrit comme goal, comme but, qui la sépare d’elle-même, qui crée l’angoisse. dans le faire même, je disparais, je fais place au faire. c’est dans l’à-faire que je sépare le faire de moi-même comme objet à-faire et que j’apparais, ou réapparais comme voulant faire, séparée de ce que je veux faire.  il s’agit de la séparation entre désir et jouissance. dans le faire, c’est jouissance, dans le désir, c’est jouissance ajournée, impossible, qui s’incarne dans l’angoisse : dans ma chair j’incarne alors ce qui à l’Autre manque (et le complète). ce que l’angoisse redoute c’est la disparition de cet être, ma disparition comme sujet et la dissolution du fantasme (dans lequel j’incarne ce qui manque à l’Autre).

pour autant, le faire du blog n’est pas sans tension, n’est pas sans se faire sans une certaine urgence, étant illicite (je n’y suis pour personne). mais ce n’est jamais que quelque chose qui ne se fait que parce qu’elle ne doit pas se faire. je suis juste infoutue de faire ce que je dois faire.

si le blog a pu paraître plus intéressant quand j’ai cessé les antidépresseurs, c’est peut-être parce que là, pour une fois, je faisais ce que je devais faire. c’était bien le minimum pour retrouver le goût, le goût tout court, et puis l’envie, le désir et la possibilité de faire. le minimum pour sortir de la chape de fatigue. or, on dirait bien que du coup je me suis retrouvée rattrapée par l’angoisse, qui elle veut que je ne fasse surtout rien, qui fait de ma vie un enfer.

c’est ce qui m’apparaît à la suite de ce qui s’est passé la semaine dernière.

je dois arrêter de ne pas faire ce que je dois faire.

NB: j’ai bel et bien l’impression de prendre tout à l’envers (psychanalytiquement parlant).

vendredi 15 avril 2016 · 10h41

blog quantique

publié sans retour relecture

« Alors, il y a une opposition entre ontologie et jouissance. L’ontologie fait sa place à ce qui peut être, et au fond elle implique, elle comporte aussi bien le possible, alors que la jouissance elle est du registre de l’existant. »
Miller, L’être et l’un, cours du 11 mai

le langage, le discours, le symbolique, qui créent la signification, obligent à l’univocité. l’à-faire, comme je le disais hier, n’existe que dans le discours, en fonction de mon engagement dans le discours. et il y a un moment de l’à-faire où la chose ne se fait pas, où la chose se fera… dans le futur. c’est le discours, le symbolique qui crée la possibilité que le chose se fasse ou pas, qui ouvre le futur, qui introduit au temps.

le temps est un réel que le réel lui-même n’envisage pas. le réel est hors temps. dans le réel, la chose se fait ou ne se fait pas mais quand elle se fait elle n’est pas grosse de la possibilité de ne pas se faire. dans le réel, il n’y a que ce qu’il y a. rien ne manque, comme dit Lacan (voir comment rapprocher ce rien qui ne manque du manque de manque de l’angoisse).

c’est dans l’univers du symbolique, de la mesure que deux états contraires se superposent, viennent à être (( ce qui ne veut pas dire qu’ils existent. ce qui existe, c’est ce qu’il y a. a la limite, ce qui existe là, c’est ce double état.)).

quand j’opte pour l’un des deux états d’une chose, envisagée donc du point de vue de la procrastination, de l’impossibilité de faire, quand j’opte pour l’un des deux états, je vais faire cette chose, je la fais être dans le futur, je la déporte, c’est à ce moment-là que je la sépare de moi, et que je mets au monde son état contraire. si je décide de faire une chose, je mets au monde les deux possibilités, celle qu’elle se fasse, celle qu’elle ne se fasse pas. c’est comme sujet du verbe, du désir, du langage, que j’accomplis cela, cette séparation, où je projette une chose et son ombre dans le futur. à certains égards, je rentre avec le chat (de Shroedinger)  (( Dans cette expérience de pensée, on fait dépendre l’ouverture de la capsule de cyanure, et donc la mort du chat, de l’envoi dans la boîte d’une particule qui a deux états possibles ( + ou –), l’un de ces états déclenchant l’ouverture de la capsule. L’état de cette particule est indéterminé au sens de la mécanique quantique. Il s’ensuit donc que la mort du chat est indéterminée tant que la boîte est fermée. )) dans un état quantique, où les deux états coexistent. je suis dans la boîte à la fois morte et vivante. c’est sortir de cette boîte qui est difficile. car, ce n’est qu’au moment où la boîte est ouverte que le chat, qui donc dans la boîte était mort et vivant, devient mort ou vivant.

 

c’est la transition du monde symbolique au monde réel qui est difficile, risquée.

Je m’engage dans l’accomplissement d’une chose. du point de vue de cet engagement, que la chose se fasse ou pas, est important, c’est mon être de sujet que je mets en jeu. or, c’est dans le réel que la chose a lieu ou pas, aura lieu ou pas, sortira de ce double état. la procrastination, c’est l’impossibilité de sortir de la boîte. c’est vouloir rester dans les 2 états. double état qui n’est pas sans apporter son lot de satisfactions, de jouissance. que l’on considère seulement ce que je fais dans ce blog (où je ne fais pas ce que je dois faire). là où les deux états co-existent, faire et ne pas faire, un état est rejoint qui ressemble à l’état primitif, d’avant la scission (de la chose qui se fait en la chose à-faire dans le futur), avec mes tergiversations mentales je fais exister ce double état, je lui donne une consistance, une unité, je jouis. et pendant ce temps, toutes les choses que je devrais faire ne se font pas.

c’est sortir de cet état symbolique d’indétermination quantique qui est difficile. enfin, on voudrait que les choses soient auasi simples que ça. car j’étais venue pour expliquer qu’il fallait que j’arrête, le blog, pour dire que j’arrêtais. pas pour dire ça.

Mais, maintenant, il est 8 heures et dans 3 heures faut qu’on parte pour le Japon.

nb: c’est Lacan qui m’a mise sur cette piste de l’expérience du chat de Shroedinger, il en est déjà question dans ce blog.

mardi 26 avril 2016 · 12h02

kyoto, 26 avril

japon

je vois avec mon front, je vois avec mes arcades sourcilières, la droite, la gauche, je vois, je veux voir, avec mes pommettes, mes joues, leurs creux, les lèvres. avec la lèvre supérieure, je vois avec la lèvre inférieure, ma langue, je vois, j’entends, posée légère sur le palais, juste derrière les dents de devant, incisives, je vois avec mes dents, du haut, elles entendent, du bas, avec le fond de la gorge, mon cou, mes mâchoires. je vois, j’entends, je sens. avec mes paupières, mes cernes, le coin de mes yeux, leur globe, mes oreilles, le cartilage, mes tempes. toute la peau de mon visage, dans l’ombre douce de mes paupières baissées. mon amour, je vois, j’entends, je sens. je me souviens, j’oublie, je me remémore. je vois par le crâne, le sommet du crâne, l’occiput, la nuque, les clavicules, cela coule le  long de mes clavicules, sternum, poitrine, poumons, les côtes s’ouvrent,  accueillent, rendent. le ventre voit, lit, imprime, interprète. caresse, tâte, malaxe, respire, joue. reçoit, dessine, remercie. me remercie, de lui laisser la parole. il m’imagine.

c’est la nuit, je suis étendue, je ne dors pas. Kyoto Century Hotel. j’écoute mon corps résonner au monde. ça s’étale, ça s’étend, ça reprend. ça s’écoule. ça me restitue. ça va au monde et j’y suis.

c’est comme ça que je vois, que je veux voir encore, dans l’oubli des mots

dans l’épaisseur du ventre, comme une coupe ouverte, pleine qu’elle est de la substance la plus accueillante, je vais, déposée sur le coccyx, passée par le sacrum, les lombaires, les dorsales, les côtes, le monde ici se resserre, tout ce qui est au monde se resserre se resserre là, ça repart dans les bras, par les fesses ça coule aux  jambes, le creux des genoux la plante des pieds l’extrémité des orteils le bout des doigts l’œil matière parmi la matière

le monde me sait au monde et grand est le consentement

dimanche 15 mai 2016 · 15h23

Comment la psychanalyse pourrait-elle s’écrire dans le monde chinois ? partie II

Extraits de la thèse de Lu Ya-Chuan publiée sur http://www.lacanchine.com/Lu_01.html (voir partie I) :

Le Souffle – le Qi 氣 : esprit et matière

Le corps étant considéré dans la médecine chinoise comme un foyer d’énergie, il est un lieu d’interaction avec son environnement naturel. Renfermant la notion d’« énergie » ou « souffle », le Qi 氣 désigne à la fois tout constituant matériel du corps, mais aussi l’immatériel, le spirituel, l’agent des changements dont ce dernier est le lieu, une force vitale et existentielle, telle ou telle fonction à l’œuvre dans le corps, spécialisée le cas échéant dans un domaine ou un autre.

Une généralisation aussi poussée du sens a fini par faire dire qu’en médecine chinoise tout est souffle. Une pareille formulation du Qi 氣 a le mérite de ne pas dissocier la dimension substantielle, celle des «composants» du corps humain et de son fonctionnement.

Loin de représenter une notion abstraite, ce souffle du Qi 氣 , source de l’énergie, est ressenti par le plus profond de l’être jusqu’à sa chair. À la fois esprit et matière, il assure la cohérence organique de la fonction des êtres vivants à tous les niveaux.

Pour reprendre le formule d’Anne Cheng :

« L’unité recherchée par la pensée chinoise tout au long de son évolution est celle du souffle,  influx ou énergie vitale qui anime l’univers entier. Ni au-dessus ni en dehors, mais dans la vie, la pensée est le courant même de la vie. Toute réalité, physique ou mentale, n’étant rien d’autre qu’énergie vitale, l’esprit ne fonctionne pas détaché du corps70. »

jeudi 19 mai 2016 · 11h50

le monde

Qu’est-ce qui est le réel ? Cette  question est devenue instante dans  la philosophie à partir de  Descartes. Celui qui a eu là-dessus l’aperçu le plus net, le plus  clair, le mieux centré, c’est le  nommé Heidegger, dans un article  de 1938 qui s’appelle  « L’époque des  conceptions du monde » et qui  souligne que c’est à partir  de Descartes qu’à proprement  parler le monde est devenu une  image conçue, une image conçue  par le sujet  (( Heidegger emploie le mot de  Bild, qui est à  proprement parler l’image spéculaire ; quand on parle de l’image  originaire, on dit  Urbild)) , et que c’est à partir de Descartes que tout  ce qui est là, le discours  philosophique nous invite à  le rassembler.

Le discours  philosophique nous invite au rassemblement de tout ce qui  est, au rassemblement de ce qu’on appelle en terme  technique l’étant (pas avec un  g ,  avec un  t , les canards, c’est nous).  Tout ce qui est, à partir de  Descartes – au moins pour les  philosophes, mais c’est solidaire de  tout un ensemble – devient  dans et  par la représentation.

Pour en saisir la nouveauté, il  faut penser que l’idée de  se  représenter, l’idée du monde  comme  représentation au sujet était  tout à fait absente de la philosophie  scolastique et  de  l’idéologie médiévale, où si le  monde se soutenait, c’était en tant  que créé par le Créateur, avec un  grand  C . Ce n’était pas un monde  représenté  par et  pour le sujet,  c’était un monde créé  par et aussi  pour la divinité, et plaçant sous le  signifiant Dieu la cause suprême.  

vendredi 20 mai 2016 · 10h49

Sur L’Envers de la biopolitique d’Éric Laurent, par François Regnault

Sur L’Envers de la biopolitique d’Éric Laurent, par François Regnault

« Vous créez un frisson nouveau »
Victor Hugo, à propos des Fleurs du mal de Baudelaire

 

Sans doute, ce livre* est-il un excellent exercice d’orientation.

« Qu’est-ce que s’orienter dans la pensée », c’est une question que pose Kant en 1786, et pour laquelle il requiert la différence de la droite et de la gauche (en aucun sens politique, je vous prie de le croire). L’Envers de la biopolitique d’Éric Laurent, c’est « Comment s’orienter dans la psychanalyse ? »  En quoi, celui qui dira que si la psychanalyse ne le concerne pas alors ce livre non plus, fera l’erreur de ne pas voir que c’est justement parce que ce livre s’oriente dans la psychanalyse, qu’il peut renverser la biopolitique, laquelle aujourd’hui nous commande, nous manipule, nous asservit, nous, et au premier chef, notre corps. Qui gagnerait à l’ignorer ?

Éric Laurent n’est donc pas de ces psychanalystes – s’il y en a – qui ne lisent que des ouvrages de psychanalyse (affaire de boutique, en somme), il en lit bien d’autres. En quoi, il ne s’enferme dans aucune psychanalyse passée qui voudrait se présenter comme scolastique, encore moins ignorer les tournants de son « endroit » et les détours de son « envers ».

« Ce livre veut montrer que Lacan propose pour la psychanalyse une orientation sur le statut du corps dans notre civilisation de la jouissance. » [p.19]

En quoi encore, et j’en finis avec les en quoi, il tient compte de l’orientation que Jacques-Alain Miller donne à présent à la psychanalyse (au-moins-un à le faire s’il n’est pas le seul, comme on en conviendra) ; ce qui veut dire qu’à tenir compte du « dernier Lacan», la psychanalyse avance, comme elle a déjà avancé depuis Freud avec Lacan, et comme il convient qu’elle avance, si elle n’a pas d’avenir illusoire.

Je pense souvent à ce propos au Théâtre Nô, dont les fans occidentaux nous font croire que ce sont des cérémonies ultra-codées depuis l’origine, dont notre théâtre serait incapable, alors que sous couvert d’une fidélité supposée immémoriale, cet art japonais évolue en vérité de Maître en Maître, sans rien d’universitaire. Plût au ciel qu’il en aille toujours de même avec la psychanalyse, si elle évolue, non sous des Maîtres, elle, mais au moins d’Analyste en Analyste comme je crois et constate qu’elle fait.

lundi 23 mai 2016 · 11h55

le vide au corps

Enthousiasmant article de François Regnault, découvert sur Lacan Quotidien et repris ici, à propos du livre d’Eric Laurent, Sur L’Envers de la biopolitique – Une écriture de la jouissance. La bonne nouvelle en est délicieuse et j’en ai commandé le livre avant même que d’avoir terminé la lecture de l’article.

Il est rare que j’arrive à réagir à ce que je lis et qui me bouleverse. Cette fois,  je me risquerai cependant, en m’en tenant à cette seule phrase : « Corps vide au regard de la jouissance, car en tant qu’Un, il ne contient rien, c’est un sac, dont les organes sont réservés, si vous voulez, à la médecine. »

Si je puis me permettre, donc, et au risque de me montrer ridicule, il n’en va pas partout ainsi. Pour l’expérience que j’en ai, via ma pratique du taï chi  et le peu de recherche que j’ai fait, le corps, en Chine, s’il relève également du domaine de la médecine, de la médecine chinoise, inséparable de sa pensée, y est d’abord le premier lieu du souffle, du Ki.  Un lieu que tout un chacun est amené dès la naissance à investir  aussi bien imaginairement, réellement que symboliquement : on y rencontrera tant des montagnes et des fleuves, que des organes réels et des circuits ancestraux d’énergie. L’intérieur du corps y est lieu premier du réel et de sa jouissance.  Laquelle est loin de s’arrêter à celle du seul sujet. Du coup, dirait-on, elle n’en plus nécessairement mauvaise, ce que d’ailleurs pressent, prédit, l’enseignement de Jacques-Alain Miller, et qui pour ma part fait la part de la bonne nouvelle. Elle est jouissance, elle apporte le bien être, elle est voie de connaissance – laquelle en passe, sans qu’aucune primauté lui soit accordée, par le signifiant.  Et je me risquerais à dire que c’est le signifiant qui est alors instrumentalisé, dont il est usé comme outil de reconnaissance, en vue d’une cartographie du corps. Mais, un signifiant dégagé de l’idéal, de l’identification et de la maîtrise, proche de la lettre dans l’instant même de son écriture, inséparable du mouvement qui la trace et du support qu’elle affecte. Il  ne s’agit que de nommer, et de reconnaître, de ressentir  ce qui dans le corps jouit de cette nomination. Nommer et renommer, inscrire et réinscrire, connaître et reconnaître, à chaque fois pour la première fois, célébrer cette alliance « toujours nouvelle et qui n’a pas changé » où un corps reçoit  la marque du signifiant et en jouit. Chinoisement écrite, la  bonne nouvelle de Regnault,  ça donnerait : d’un autre point de vue, depuis une autre dimension : trauma est délice (pour peu que le sujet lui lâche un peu la grappe, si j’ose dire). Vide, le corps, il l’est. Il y a le vide au corps. Mais la jouissance qu’on en éprouve ne l’est certes pas.  Seulement, il  manque le terme de ce qu’elle serait, puisqu’elle n’est pas dialectique. Aussi, la médecine chinoise n’appartient-elle pas aux instruments biopolitiques du pouvoir.

dimanche 12 juin 2016 · 07h17

Surtout rien

Je pense que ma vie aura été, jusqu’à présent, dominée par un seul et même objet : l’objet rien. Enfin, qu’il ait été le seul, je n’en sais (bien sûr) fichtre rien, mettons que cela reste à découvrir. Y eût-il autre chose que rien, se peut-il qu’il y eût jamais autre chose que rien. A tout le moins, à lui seul cet objet domina-t-il largement ma vie psychique, cet objet que j’ai pris coutume d’appeler  l’objet surtout-rien. Le démontrer, risque de n’être pas-rien. A quoi donc, je devrais échouer. A moins que je n’arrive à faire en sorte qu’il n’en fût rien et qu’écrire sur rien fût bel et bien rien. Comme il convient, fût jamais rien. En quoi consisterait ma seule chance d’y arriver. D’arriver à rien.

Cet objet, je l’ai découvert comme tel chez Lacan, chez le psychanalyste Jacques Lacan, c’est à lui qu’en revient la paternité, lui qui l’a repéré, délinéé, ainsi baptisé. C’était selon lui l’un des objets de prédilection de l’hystérique. Qu’on ne s’attende pas ici à ce que je sois jamais précise dans mes références à la psychanalyse, dans aucune d’ailleurs de mes références, qu’on se le tienne pour dit. La psychanalyse, la psychanalyse lacanienne a tenu une grande place dans ma vie, jusqu’à une certaine époque, qui remonte, mettons à dix ans, mettons, à la grosse, à la louche, et dont il n’est jusqu’à présent rien sorti, d’ailleurs, et comme il se doit, sinon moi. Moi, qui tâche de m’en sortir. Je ne tiens à donner à mon travail aucun caractère scientifique, il s’agit, avec cet objet rien, d’un objet de jouissance, et cet objet ne souffre pas la science. Il en réchappe. J’ai mes références, mais elles sont lointaines, elles datent de cette époque où je consacrais ma vie à l’étude et à la pratique de la psychanalyse, cette vie est derrière moi. J’ai suffisamment souffert de n’en avoir rien tiré, rien su tiré. Echec quant à mon être au monde, réussite, triomphe du point de vue donc de mon petit objet. Je ne retournerai donc pas aux livres une xième fois pour vérifier ce que j’assère ici, je ne retournerai pas m’y perdre, je m’y suis longtemps cherchée, rien, je n’ai trouvé que cet objet à la force fatale qui possède ma vie l’englobe, qu’elle-même contient farouchement, sur laquelle elle tend à se résorber.  Je ne retournerai pas une xième fois aux livres et aux auteurs pour trouver la vérification, la justification, du fonctionnement dont je suis seule à pâtir, qui ne s’écrit pas qu’en mots et dont je vérifie l’existence quotidiennement, en ma chair, dirais-je. A Lacan revient d’avoir nommé cet objet, de l’avoir inventé, l’objet dont je veux parler, il ne l’a pas connu, c’est un organe à moi. Je parle de mon rien. Des livres lus, je ne veux ramener ici que la marque indélébile qu’ils ont inscrite en moi. Elle seulement compte. Je ne suis l’objet que de traces. D’empreintes. Laissées sur et dans ma chair, car je ne vois pas comment nommer autrement la rencontre entre certains livres, des paroles, des lettres, des mots, fussent-ils d’auteurs, et ce lieu de résidence de ma vie, mon corps. Cet autre objet considérable qui lui, n’est certes pas-rien. J’appelle chair sa surface d’inscription, très loin de se réduire à la peau. Ou alors celle du dedans tant que du dehors, toute surface parcourable, inscriptible jusqu’à un certain point, même de la façon la plus ténue, l’évocation d’un filet d’air. C’est en cela qu’il est important à un moment de ne pas retourner aux livres, de ne pas ramener l’exacte citation, car les livres ramènent toujours la marque de leur auteur, leur corps, où l’on aurait bien cherché, trouvé, gardé asile de longs temps, mais cela ne tient qu’un temps, comme toute chose, car on a le sien de corps, support d’uniques inscriptions et qui parle, lui, tout seul. De lui dont on ne sait rien, qu’on reconnaît à peine, de lui dont on ne sait rien et que l’objet rien cherche, héroïque, si ça se trouve, à lui seul, à représenter, à nous rappeler à son bon vouloir, du corps inscriptible, de la livre écrite, chair aux mots illisibles, bord de lèvres.
Eventuellement, donc, on trouve là, à tout le moins on en écrit, une racine du rien. Au corps ténu. Abandonné, illicite, innommé. Cela étant dit, on n’a encore rien dit, puisque telle est la nature du dit : rien. Et du rien : dit. Rien dit d’abord le rien dit, du corps.
Corps, racine du rien, et dit sa matière, matière de rien. (Et cette matière, au corps, est jouissance. ce pourquoi on ne peut rien en dire (si ce n’est que ça s’écrit / sicenèksassécrit).
(Bon, tout ça bien sûr est psychanalyse, lacanienne certes, mais aussi millé-rienne.)

*

Dit ainsi, cela paraît joli. Au monde, il n’en est rien. Au monde, dans le monde, avec le monde, ce rien n’a rien à faire.  De quel monde parlé-je ? De celui où nous vivons et tel qu’il est conçu et organisé par le langage.  Non que le rien n’y agisse, mais il en est le rebut.  Dès lors que faire? Puisqu’on le voit bien, ce rien est inéliminable.  Que faire, sinon du monde réduire l’empire, soulever le voile de ce qu’il est : représentation (rien de si sérieux qu’il n’y paraît). Et du rien du réel au monde radoucir les traits.

*

Donc, d’abord, ce rien l’exhumer de dessous les jupes du monde où il croupit, enseveli sous un fatras de comportements insensés, un bric à brac de sentiments lourds et non-autorisés, l’attirer prudemment vers un peu de lumière –  quelques mots, quelques images précautionneusement choisis -, prenant garde qu’il ne s’y dissipe (puisqu’il n’est, sinon littéralement, pas de ce monde (d’un autre, celui qui n’est pas à portée du langage, dont il témoigne, par la négative)).

mercredi 29 juin 2016 · 12h35

Le philosophe Giorgio Agamben : « La pensée, c’est le courage du désespoir »

Article publié par Télérama le 10/03/2012, propos recueillis par Juliette Cerf : http://www.telerama.fr/idees/le-philosophe-giorgio-agamben-la-pensee-c-est-le-courage-du-desespoir,78653.php

Le capitalisme ? Une religion. L’homme ? Un animal désoeuvré. La loi ? Trop présente.  Le philosophe italien analyse avec sagacité notre société et ses dérives « biopolitiques ».

[…]

La théologie est maintenant très présente dans votre réflexion. Pourquoi ?

Les dernières recherches que j’ai entreprises m’ont montré que nos sociétés modernes, qui se prétendent laïques, sont au contraire gouvernées par des concepts théologiques sécularisés qui agissent avec d’autant plus de puissance qu’ils ne sont pas conscients. Nous n’arriverons jamais à saisir ce qui se passe aujourd’hui sans comprendre que le capitalisme est en réalité une religion. Et, comme le disait Walter Benjamin, il s’agit de la plus féroce des religions car elle ne connaît pas d’expiation… Prenez le mot « foi », d’habitude réservé à la sphère religieuse. Le terme grec qui lui correspond dans les Evangiles, c’est pistis. Un historien des religions qui essayait de comprendre la signification de ce mot se promenait un jour dans une rue d’Athènes. Tout à coup, il vit écrit sur une enseigne : « Trapeza tes pisteos ». Il s’approcha et se rendit compte qu’il s’agissait d’une banque : trapeza tes pisteos veut dire « banque de crédit ». Ce fut une illumination.

Que nous révèle cette histoire ?

mardi 19 juillet 2016 · 11h19

Demain, le film

Passons sur une esthétique pub parfois agaçante (extrêmement agaçante, NdE) , l’efficacité du propos l’emporte. Il y a cinq chapitres : et si l’on réinventait la nourriture, l’énergie, l’économie, la démocratie, l’éducation ? Le puzzle éclaté des milliers d’initiatives prend forme et permet de croire que c’est possible. Et puis il y a les « héros » : pas de bon documentaire sans bons personnages. Parmi eux, le Britannique Rob Hopkins impose son humour et son esprit aussi incisif que constructif. En 2006, ce professeur de permaculture a lancé le mouvement Villes en transition à Totnes, dans le sud de l’Angleterre, pour sensibiliser ses habitants au problème du pic pétrolier et organiser, sur place, un basculement dans une autre ère énergétique et économique. — Télérama, http://www.telerama.fr/cinema/films/demain,503766.php

En quatre chapitres : agriculture, énergie, économie, démocratie et éducation, le film montre des plans B, portés par des citoyens et quelques politiques visionnaires, sans minimiser les rapports de force, le poids des lobbies et de tout ce qui fait qu’un système vicié tient encore debout. Il montre aussi que ce système vide le monde de sa diversité biologique, mais aussi créative, économique et politique. Ce que nous faisons subir à la terre, nous nous l’infligeons aussi à nous-mêmes. —TerraEco  http://www.terraeco.net/Demain-docu-des-possibles,62627.html

 

lundi 1 août 2016 · 11h17

le crédit

nous sommes de retour à paris depuis hier. je me réveille, il est 4h20. c’est plus ou moins la même heure tous les jours. je songe à ce documentaire sur la création de l’argent que j’ai commencé à regarder l’autre jour dans la voiture en route vers Orléans. il s’y confirme ce que j’avais appris dans Demain, que la monnaie fiduciaire, les pièces et billets que nous connaissons, ne forme qu’une partie infime de l’ensemble de l’argent (j’ai retenu 8%), le reste, la monnaie scripturale, n’étant que chiffres inscrits dans les ordinateurs des banques privées. et que donc, effectivement, l’argent ne naît que du crédit accordé par les banques. ce n’est qu’à partir du moment où une banque décide de me croire (d’où son nom, de crédit), de croire que je suis capable de produire l’argent que je souhaite lui emprunter, ce n’est qu’à partir du moment où elle en inscrit le montant dans ses ordinateurs (d’où son nom, à cette monnaie, de scripturale) que cet argent se met à exister, cet argent donc qu’elle me prête, elle-même ne le possédant pas, elle-même ne devant pas le posséder (elle ne doit en disposer que de 8%, si j’ai bien retenu, c’est le fonds de garantie), tandis qu’en échange de son prêt, le prêt de cet argent qu’elle ne possède pas, elle me fera payer des intérêts. dans ce documentaire, il est également question de la naissance de l’argent, lequel ne descend pas du troc, comme on a tendance à le croire, mais du crédit. l’échange, le prêt, était autrefois basé uniquement sur la confiance, sur le parole donnée. l’exemple y est donné, très parlant (que je reprends ici de mémoire, en ayant changé les noms), de l’échange que paul et pierre veulent faire, paul produisant des patates et pierre des tomates. paul veut des tomates, pierre les lui en prête, en échange, paul lui promet qu’à la saison des patates, il lui donnera des patates. pierre a fait crédit à paul, il a cru en lui, il lui a fait confiance. pendant longtemps, cette seule parole donnée à suffi à lier les hommes. jusqu’à ce qu’il faille inventer l’écriture pour inscrire ces comptes… (et là, j’arrête de spoiler, parce que j’ai arrêté de regarder, parce qu’on passait devant un magasin où il fallait que j’achète un truc, donc je suis vite descendue de la voiture.)
tout ça m’a rappelé  cette interview d’Agamben, lue il y a quelque temps, où il explique son idée, selon laquelle, le capitalisme est une religion comme une autre et en faisant ce rapprochement entre le crédit  de  la « banque de crédit » et le credo, la croyance de la religion. 

NB:  par ailleurs, le terme « fiduciaire », qui désigne donc la monnaie que l’on peut tenir en main, celle qui circule, celle qui est créé par les banques centrales et dont nous avons tendance à croire qu’elle constitue l’ensemble de la masse monétaire, ce terme de fiduciaire provient du latin, fiducia, la confiance).

il est 5h22. je vais me recoucher.

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