vendredi 1 mai 2020 · 16h41

Bernard Stiegler : « Retourner le confinement en liberté de faire une expérience »

« Ecrivains confinés, écrivains libérés » (5). Le philosophe revient sur ses années de détention (pour braquage de banques) entre 1978 et 1983, et les conditions par lesquelles il a pu en faire vertu.

Par Bernard Stiegler Publié le 19 avril 2020 à 13h30 – Mis à jour le 19 avril 2020 à 20h05

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, lorsque j’appris au mois de février 1983 que j’allais être libéré dans les jours suivants d’une peine de réclusion que je purgeais au centre de détention de Muret [Haute-Garonne], passé le premier moment de la joie de me savoir bientôt revenir auprès des miens, j’en vins presque aussitôt à me demander comment j’allais maintenir ce qu’il y avait de meilleur dans la situation carcérale qui avait été la mienne depuis quatre ans et huit mois que j’explorais ce que j’appelais la vertu de la prison.

Ayant eu l’année précédente deux permissions de sortir, j’avais tout de suite compris que la libération pouvait tout aussi bien devenir une aliénation plus grande – plus grande que celle qui m’avait conduit en prison. Durant la période carcérale, et avec le soutien de Gérard Granel [philosophe, 1930-2000], j’avais méticuleusement élaboré une discipline extrêmement stricte, laquelle, au fil des ans, m’apporta des satisfactions de plus en plus intenses – évidemment au prix de peines, mais il en va toujours ainsi (comme dans l’escalade ou le marathon). [...]  Lire la suite >

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