j’ai écrit ce texte en commentaire à un texte d’Ahn Mat qui m’avait d’abord laissée sans voix. je ne trouvais pas, je n’ai pas trouvé les mots pour lui dire mon admiration. il y parle du retour à la vie de son père, de sa sortie du coma après un AVC. ce dont son père parle en écrivant : « étrange résidu de vie et de mort ».
c’est là : https://lesnuitsechouees.blogspot.com/2026/07/675.html?m=1
merveille de ce qui est décrit ici, où je reconnais tant de choses que je n’écrivis pas moi-même et qui reviennent.
la faim de ce regard « d’avant le nom des choses ».
« Tu regardes nos visages. Tu regardes les objets. Tu regardes ta main longtemps, comme si elle t’était rendue et que tu n’étais pas encore sûr de vouloir la reprendre. »
la reprise de l’écriture, au feutre sur un tableau effaçable. cette écriture tremblée, la même, si semblable. les infirmières avaient utilisé de grandes feuilles de soin, c’est là-dessus qu’il écrivait, mon père. je retrouve quelquefois ces feuillets, je ne sais pas exactement où elles sont rangées. assez vite, il y avait dessiné aussi, c’était son métier, peintre. ce sont des pages pleines d’humour, de curiosité pour les autres, de générosité.
cela me frappe aussi chez le vôtre, sa générosité, son intérêt pour les soignants, ses remerciements.
« Tu écris : le Vietnam est numéro un. »
ce qui se reconnaît de ce que vous nommez : l’irréductible.
et de ce retour parmi vous, votre écriture qui se rapproche de sa nécessité et de ce qui se contient de l’amour dans une main qui se tend. une main qui se tend, venue de la grandeur d’un geste inventé et qui se passe de mots.
Le mots sur lesquels Ahn Mat conclut, l’écriture comme une main qu’on tend, m’ont rappelé ceux de Lacan sur l’amour et le miracle de la main qui répond :
« Cette main qui se tend vers le fruit, vers la rose, vers la bûche qui soudain flambe, son geste d’atteindre, d’attirer, d’attiser, est étroitement solidaire de la maturation du fruit, de la beauté de la fleur, du flamboiement de la bûche. Mais quand, dans ce mouvement d’atteindre, d’attirer, d’attiser, la main a été vers l’objet assez loin, si du fruit, de la fleur, de la bûche, une main sort qui se tend à la rencontre de la main qui est la vôtre, et qu’à ce moment c’est votre main qui se fige dans la plénitude fermée du fruit, ouverte de la fleur, dans l’explosion d’une main qui flambe – alors ce qui se produit là, c’est l’amour. »
Jacques Lacan, Le Séminaire, Livre VIII (1960-1961), Le transfert, Paris, Le Seuil, 1991, p. 67