samedi 3 octobre 2026 ^écrire tout petit

Publié le Catégorisé comme brouillonne de vie

pas mieux ; je ne sais pas comment on fait pour écrire tout petit, comme on parlerait tout bas, dans le noir. qu’il n’y ait qu’un murmure et derrière, le bruit d’un ruisseau – plutôt qu’un sifflement d’oreille.

« Selon Nunez, « l’usage proportionné de la force ne doit jamais inhiber l’action pour rétablir l’ordre » »

je me suis levée car je voulais écrire à A. Savelli.

je suis terrassée par la violence de ce qui se passe aux abords des lycées. par la violence de la police. je voudrais que ça s’arrête. je voudrais que les jeunes arrêtent de s’exposer comme ça. je ne comprends pas qu’ils puissent prendre de tels risques. est-ce que j’ai honte de ma lâcheté ? peut-être qu’il le faudrait. ça me caractérise tellement, ce fait de ne pas y croire, à l’action, de ne pouvoir entamer le moindre combat.
mais qu’est-ce qui les pousse ou qu’est-ce qui leur permet?1 et que puis-je en savoir.
j’ai un tout petit peu marché hier, j’en croisais, des jeunes, j’avais envie de m’adresser à eux, de leur dire ma sympathie, de les interroger. je pensais qu’il faudrait pouvoir porter un signe distinctif qui dise sa solidarité avec eux.
enfin, quant à moi, j’ai l’idée que leur combat risque de n’avoir aucun résultat. que les forces adverses sont trop importantes.
mais F, lui, est persuadé du contraire, dit que ce n’est pas à eux d’arrêter, aux jeunes, mais à la police. or, on l’entend bien, quand ils se mettent à parler, que c’est par leur hiérarchie qu’ils sont poussés à faire ce qu’ils font.
les larmes me viennent aux yeux rien qu’à écrire à propos de tout ça.
la vue hier de ce policier qui secoue le bras d’un enfant, le bras qu’il a cassé d’un enfant. les rires. le policier qui se vante d’avoir crevé 3 yeux.
on a trop vu ça, ces dernières années. on le voit trop, partout. qu’est-ce que cela nous fait. que ça arrive sur tant de caméras, que ça soit tant filmé, que ça soit tant vu. que ce soit de mieux en mieux toléré, bientôt vanté, promu. je parle de ce que cela fait à nos consciences. je parle de la montée de l’ED. et qu’il paraisse n’y avoir aucun recours possible contre cette volonté d’exercer sa capacité à faire du mal, cette volonté de s’en prendre au plus faible, de l’atteindre dans sa chair, d’exercer son sadisme… cette absence de retenue… je n’arrive pas à finir ma phrase…
je pense toujours qu’il faut supporter de le savoir, même quand on n’y peut rien, que c’est le minimum du courage à avoir.
est-ce qu’ils savent qu’ils sont soutenus ? est-ce que ça passe, la sympathie, la solidarité, l’amitié qu’on éprouve pour eux.elles ? non. si.
je suis à bout. sans courage aucun.
mais non, bien sûr, pas uniquement à cause de ça. mais ça travaille.

écrire tout petit, donner seulement une idée de l’obscurité de mes pensées. un sang noir, un sang d’encre.

« J’en ai éborgné trois », dit ce policier toulousain cachant son identifiant après avoir appuyé sur les blessures d’un enfant.

Témoignage d’Hadrien Clouet sur FB

« Quelques éléments que je voudrais partager sur le tir qui a touché un adolescent au visage, en marge d’un blocage de lycée.
Les images filmées et diffusées par les médias montrent un policier tirer volontairement, à moins de deux mètres et à hauteur de visage, une grenade lacrymogène avec un lanceur Cougar.
Le Lanceur Cougar n’est pas la plus connue des armes à disposition de la police, puisque le grand public connaît plutôt les LBD40 (depuis les gilets jaunes) ou encore les flashballs. C’est pourtant une arme de guerre (catégorie A2), ici largement mésusée.
Puisque j’observe les pratiques policières en manifestation depuis quelques années, il me semble nécessaire de donner quelques éclaircissements qui montrent, selon moi, un acte d’une exceptionnelle gravité.
Contrairement au LBD 40, dont la balle en mousse est conçue pour se déformer et amortir (très relativement) le choc, une grenade lacrymogène est un bloc de plastique très rigide de près de 400 grammes. Il est propulsé horizontalement par ce qu’on appelle un DPR (Dispositif de Propulsion à Retardement), prévu pour envoyer la grenade à une vitesse élevée, à une distance de 50 mètres. Dans le cas de ce tir, l’énergie du projectile n’a pas eu le temps d’être réduite, et l’impact au visage équivaut physiquement à recevoir un pavé projeté à plus de 115 km/h.
Sur le plan légal, ce tir est manifestement une violation des règles d’engagement. La grenade lacrymogène est une arme conçue pour diffuser du gaz et s’ouvrir en l’air (d’où le DPR). Il n’est absolument pas prévu pour tirer à bout portant ni à hauteur de tête.
Le constructeur comme le ministère de l’Intérieur imposent un tir en cloche (parabolique). Utiliser cette arme en tir tendu, de manière horizontale et à bout portant, constitue un détournement délibéré (et illégal !) de sa fonction.
Sur le plan juridique, il ne fait pas de doute qu’on parlera de violences volontaires commises par une personne dépositaire de l’autorité publique, avec arme, et peut-être que la circonstance aggravante d’être à proximité d’un établissement scolaire sera retenue. Si les fractures entraînent une incapacité totale de travail supérieure à 8 jours, la peine encourue est de 7 ans de prison. Si ce lycéen subit une infirmité permanente ou une mutilation irréversible, cet acte pourrait devenir un crime passible de 15 ans de réclusion.
L’argument que je vois fleurir un peu partout est celui de la légitime défense. Que ce soit pour le tireur lui-même ou par procuration pour protéger l’un ou l’autre de ses collègues, il est totalement inopérant. Face à un adolescent seul au corps à corps, l’usage d’une arme à feu de cette catégorie, détournée en tir tendu à bout portant au visage, ne répond à aucun critère de nécessité absolue ni de proportionnalité alors que d’autres moyens physiques de contrôle ou de mise à distance étaient manifestement possibles. Selon les articles de presse, que l’adolescent ne participait pas au blocage, et aurait pris à partie par les FDO parce qu’il filmait la scène.
Le maintien de l’ordre ne peut pas être une zone de non-droit où l’on mutile les manifestants.
Je rappelle enfin qu’en droit, la force ne doit être réservée qu’aux cas de nécessité absolue, lorsque la dissuasion ou le dialogue n’ont pas suffit.
Vous pouvez consulter les informations de la LDH, consulter des sites comme Au Poste pour avoir des informations précises sur le maintient de l’ordre.
Edit : suite à l’enquête de Loopsider, suppression d’un paragraphe. »

Pierre Benat, sur Facebook
  1. as-tu oublié qui tu étais ? alors, de ce qui les possède aujourd’hui, que leur restera-t-il dans quelques années ? la question m’en effleure un instant.
    n’étais-je moi-même, jeune, effrayée à l’idée de possiblement perdre un jour cette fougue, cette certitude, ce courage, mais lesquels, est-ce que j’en sais encore quoique soit ? ou est-ce que c’est-ce qui me travaille toujours par en dessous, résistant toujours à mes propres efforts de maîtrise, ce qui a tant contribué à mon isolement, parce que justement je n’ai jamais cédé à… je ne sais pas du tout de quoi je parle ici. ↩︎
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