vendredi 21 avril 2023 · 07h54

Une fois de plus, partie à BXL en urgence – 21 et 22 avril 23

(Souvenir du 21 avril, écrit et publié à Paris, le 2 mai. Ecrit ne me souvenant pas que j’avais déjà écrit ceci, sur le train le lendemain-même (craignant sans doute, à raison, que j’oublierais), tant pis, je verrai plus tard ce que je ferai. je supprimerai probablement ce texte-ci, vrai doublon.)

Une fois de plus partie à BXL en urgence. Quand? Que consulter? Mon carnet? Où est-il? Non rien, aucune note. Ma mémoire… Aucune idée. Si. Ma mère un soir ne voulait pas aller au lit et puis quand elle est montée, une fois mise en pyjama, est redescendue et quand Angélique a dit qu’elle partait, qu’elle prenait son train, a  voulu la suivre, est descendue à l’entrée avec elle, qui a alors appelé JP pour le prévenir. Plus tard, elle m’expliquera qu’elle a alors dû ruser : a dit à ma mère qu’elle pouvait venir avec elle mais qu’il fallait qu’elle mette son manteau, qu’elle ne pouvait pas sortir en pyjama, ma mère s’est aussitôt dirigée vers le porte-manteau et A en a profité pour s’éclipser. A refermé la porte que ma mère s’est mise à tambouriner, furieuse. A a alors rappelé JP, lui a dit de venir en urgence. JP était épuisé déjà au lit, pour une fois, il est à nouveau en crise de polyarthrite, a couru comme il a pu jusque là, trouvé attroupement autour maison mère, mère à la fenêtre à hurler, est rentré, dans le couloir a mis une demi-heure à la calmer, elle furieuse d’être enfermée, furieuse contre lui, il me dit qu’il a pour la première fois eu l’impression de voir ce dont il s’agit dans la démence, sont arrivés finalement à monter. est arrivé à la mettre au lit. Est redescendu. Je me souviens maintenant de nos messages WhatsApp envoyés. L’effroi traversé. 

C’était le 21 avril.
Dialogue à 3, trialogue: 
[22:31, 21/04/2023] Jean-François : Oh my God, JP vient d’appeler, il court chez maman parce qu’elle veut partir avec Angélique, ça a l’air grave
[23:03, 21/04/2023] Jean Pierre: Pas sorti de l’auberge .
[00:03, 22/04/2023] Eoik: Angélique vient de rentrer chez elle. On se parle demain. Dormez
[07:01, 22/04/2023] Eoik: Je viendrai probablement. Ce soir ou demain. Je ne sais pas très bien pourquoi j’attendrais demain. Peut-être pour un moment en famille avant départ de Jules en vacances demain.

Dialogue avec JP
[23:19, 21/04/2023] Eoik: Si Angélique le souhaite, qu’elle dorme là, OK ?
[23:25, 21/04/2023] Jean Pierre: Bah non puisqu’elle est partie prendre son train il y a une heure et que j’ai dû courir ici parce que maman voulait partir avec
[23:27, 21/04/2023] Eoik: Tu as essayé de m’appeler, con de téléphone muet après 23h. Bon je suis là
[23:28, 21/04/2023] Eoik: J’attends des nouvelles
[23:28, 21/04/2023] Eoik: Quand c’est possible….

Dialogue avec Angélique
[23:19, 21/04/2023] Eoik: Angélique,
Je ne sais pas ce qui se passe, mais n’hésitez pas à dormir là si nécessaire.
Véronique
[23:57, 21/04/2023] Angélique: Bonsoir Véronique, on verra ça demain je viens tout juste de rentrer à la maison.
[00:01, 22/04/2023] Eoik: Je suis désolée. On s’appelle demain pour parler de ce qui se passe. Reposez vous bien.
[00:01, 22/04/2023] Angélique : D’accord à demain
[00:01, 22/04/2023] Angélique : Bonne nuit
[00:01, 22/04/2023] Eoik: À vous aussi. Merci.

Le lendemain 22

Avec JF et JP
[09:48, 22/04/2023] Eoik: Je ne dis rien mais c’est pas parce que je suis pas disponible hein. C’est pour vous laisser libres… Je fais un repassage en attendant que F se réveille.
Prenez soin de vous
[09:50, 22/04/2023] Eoik: Je repasse en écoutant mon amie Zen,
https://open.spotify.com/track/1G1oCTDm0nyCphILI32egN

Avec JF
[10:45, 22/04/2023] Eoik: Je ne sais pas ce qui est nécessaire
[10:49, 22/04/2023] Jean-François: Ecoute, je ne sais pas. Cet après-midi on risque de laisser maman seule pendant quelques heures. Enfin pas seule il u aura Dirk, et puis moi, plus tard. Je veux dire, c’est sans doute gérable sans toi aujourd’hui mais c’est toujours mieux avec
[11:00, 22/04/2023] Eoik: Je pense surtout à la nuit. Il n’y aura personne ce soir, ce week-end.
Cet après-midi, c’est gérable
[11:00, 22/04/2023] Eoik: Je crois
[11:00, 22/04/2023] Jean-François: Oui je crois aussi
[11:01, 22/04/2023] Jean-François: Viens ce soir alors
[11:01, 22/04/2023] Eoik: Tu m’accueilles avec une tartine ?
[11:03, 22/04/2023] Jean-François: D’acc
[11:04, 22/04/2023] Eoik: Bon, j’attends encore un peu
[11:04, 22/04/2023] Eoik: Pour décider
[11:44, 22/04/2023] Jean-François: J’ai laissé C.I. et carte bancaire dans le petit tiroir
[11:45, 22/04/2023] Eoik: Thanks !
[11:49, 22/04/2023] Eoik: Je peux arriver à 19 moins le quart ou à quart
Si tu veux tu te reposes ce soir ?
[13:28, 22/04/2023] Eoik: Je peux t’appeler ?
[13:29, 22/04/2023] Jean-François: Ok
[14:03, 22/04/2023] Jean-François: Véro, je t’ai acheté pain, fromage, rodenbach, mousse d’aubergine…
[14:19, 22/04/2023] Eoik: Miam miam !
[17:24, 22/04/2023] Eoik: Tu as pu te reposer ?
[17:29, 22/04/2023] Jean-François: Je me repose maintenant
[22:24, 22/04/2023] Jean-François: Comment ça se passe?
[22:26, 22/04/2023] Eoik: Ça va ça va, tranquille
C’est de nouveau elle qui m’a dit qu’elle voulait aller au lit !
Elle termine à la salle de bain

Avec Angélique
[12:24, 22/04/2023] Eoik: Bonjour Angélique,
Je suis disponible si vous le souhaitez.
Véronique
[12:26, 22/04/2023] Eoik: J’aurais surtout bien aimé vous entendre parler de la façon dont ça se passe avec ma mère.
Je vais à Bruxelles tout à l’heure,
V
[13:41, 22/04/2023] Eoik: Donc JF a eu Mme N, mais elle dit que c’est à vous de fixer le prix. Pour elle 50 + 4, c’est OK, mais c’est à vous de dire !
[13:52, 22/04/2023] Angélique : C’est ok
[13:53, 22/04/2023] Eoik: Super, merci !

Donc, je suis partie parce que nous avons craint qu’Angélique ne veuille plus venir s’occuper de ma mère, en raison de ce qui s’était passé et du fait qu’elle était une fois de plus arrivée à minuit chez elle. Or, quand je lui ai parlé le lendemain, vers midi, il s’est avéré que pas du tout, elle ne voulait pas du tout arrêter, se faire remplacer. « J’ai des personnes beaucoup plus difficiles que ça. Elle est facile, il faut seulement avoir de la patience avec elle. Je suis avec vous. » Nous avons reparlé des nuits, de la possibilité pour elle de rester la nuit, et avons convenu que dorénavant en cas de situation comme celle de la veille,  elle resterait là, pour une somme vraiment modique. Le problème semblait régler, mais mon billet de train était déjà pris, je suis donc partie, pensant ne rester que le temps du week-end et soulager un peu mes frères (il n’y a pas d’aides qui viennent le week-end).  Je suis finalement restée jusqu’au jeudi soir. 

Sur le train pour Bruxelles, que lisais-je ? Le discours mélancolique de Marie-Claude Lambotte, je crois. A vérifier. 

 

samedi 22 avril 2023 · 06h42

Samedi 22 avril 2023, 6h42

(texte retrouvé après l’avoir ré-écrit et publié ici. Une fois que j’aurai terminé de publier la semaine entière, je rassemblerai les deux textes. Le blog me sert à compiler. A ordonner. A m’imaginer moins seule, à me mettre en présence d’un lecteur. M’offre la structure dont je remplis les trous au départ de ce que j’arrive à prendre comme note. Au départ de ce qui s’écrit, de ce qui trouve à s’écrire : notes, messages whatsapp, mails.  Après, pour le bienfait du récit, libre à moi de trouver quoi éliminer, supprimer, préciser. Sur le moment même, certaines émotions trouvent à peine un mot pour être dites, que je reconnais ensuite. S’obliger à ces mots, ces bribes. A ce qui se saisit.)

Paris, samedi 22 avril 2023. 
6h42. 
Ça aurait été l’anniversaire de papa, tiens.

Endormie cette nuit pensant que ma mère mourait. Enfin, mis beaucoup de temps à m’endormir.

Malheur hier.

[21/04 à 22:31] Jean-François : Oh my god, JP vient d’appeler, il court chez maman parce qu’elle veut partir avec Angélique, ça a l’air grave
[21/04 à 23:03] Jean Pierre: Pas sorti de l’auberge .
[22/04 à 00:03] Eoik: Angélique vient de rentrer chez elle. On se parle demain. Dormez

Tard le soir, comme il rentre de chez ma mère, Jean Pierre me raconte qu’Angélique l’avait appelé catastrophée parce que maman voulait partir avec elle. Ensuite l’a rappelé pour lui dire de venir très vite parce qu’elle était sortie, partie pour prendre son train et que  maman était de l’autre côté de la porte, à tambouriner. Jean Pierre qui était déjà au lit épuisé, malgré son état, a couru, quand il est arrivé maman criait à la fenêtre. Attroupement des voisins qui commentent Vous faites bien de la garder à la maison (c’est de l’ironie ?) JP entre, met du temps à la calmer, elle est furieuse, furieuse d’être enfermée, elle parvient à monter. A la salle de bain, elle enlève et remet 3 x son dentier.

JP me dit qu’elle est au lit, qu’il croit qu’elle dort, qu’il a attendu 5 minutes en bas.
Il me parle tandis qu’il marche avec peine. Il dit que ça fait 3 x qu’elle l’appelle, Angélique, depuis qu’elle travaille pour ma mère.
Il me dit que Jean-François va très mal. 
On se dit au revoir. Qu’on se rappelle. 
Ensuite je parle à J-F qui avait un moment « disparu », m’inquiétant plus que de raison.
Ils sont à bout, surchargés de boulot.

Je ne sais pas si comme moi, ils s’endorment en pensant qu’elle va mourir, qu’elle meurt. Qu’elle est morte. Que tout cela est trop douloureux.

Avec JP, la question de la maison de repos a été à nouveau évoquée.  Je suis inquiète de l’état dans lequel elle arriverait là. Je songe au fait que la deuxième maison visitée la semaine dernière affirmait qu’elle ne recourait jamais à la contention chimique ou physique. Je me dis que je dois poser la question à Tours et Taxis.

Je pense qu’elle est peut-être morte et que je vais l’apprendre dans 3, 4 heures.

Ce matin, Jules va à son cours d’EP (éducation physique)

 

Il a passé la présélection de VF. Pas C. Ni je ne sais quelle autre prépa dans un lycée. L’entretien et la présentation de ses travaux  aura lieu dans un mois. Parfois je me dis que la seule chose que je puisse faire, c’est continuer à écrire, avec la constance que je lui souhaiterais à lui. Mais c’est à lui de trouver comment faire, comment « gérer » comme il dit. En tout cas, il ne sacrifiera pas ses vacances pour ça. Il part une semaine dans la Creuse quelque part. Et puis une semaine à Nantes. Ou le contraire.

Le fait que des amis à lui soient pris dans plus d’établissements que lui est « difficile pour son ego ».

Il essaie de se faire à l’idée qu’il pourrait n’être pris nulle part. 

VF serait certainement ce qu’il y a de mieux pour lui. Mais il n’est pas boursier (et ils prennent 80% de boursiers). Les chances sont minces décidément.

« Essaie de te rapprocher de toi. Ne regarde pas trop ce que les autres font. Tu es apprenti. Essaie de te rapprocher de ton intention, et s’il n’y en n’a pas, besides celle de devenir une star , essaie de te rapprocher de ce qui compte pour toi. C’est un beau métier dans lequel tu t’engages. Qui permet de traiter les choses essentielles.
N’écoute pas la tentation de te dire Je ne suis pas bon, tous sont meilleurs que moi. 
Rejette ça.
Adhère à la particularité de ce que tu es… »

Non-envoyé. Prendre le temps de lui écrire, absolument.

 

 

 

 

 

 

 

 

samedi 22 avril 2023 · 18h00

Sur le train pour BXL, 22 avril, 18:00

18 heures. Sur le train pour Bruxelles, une fois de plus. J’arriverai pour donner son souper à ma mère.

Je me force à écrire. Je ne sais ce qui se laissera écrire. Je sais que je le dois : sinon : tout à l’oubli. Tout au trou.

Je pars alors que la situation est déjà considérablement améliorée puisque qu’Angélique restera dorénavant à la maison la nuit quand il se passe des choses trop difficiles pour la modique somme de 10 euros de plus. Elle n’est pas du tout inquiète. Elle dit qu’il ne faut que de la patience avec maman. Que ça ne lui fait pas peur, qu’elle a des personnes beaucoup plus difficile que ça. Elle était très rassurante. Je craignais, nous craignions tous qu’elle ne veuille plus s’occuper de maman. Mais, non, pas du tout.  

Il y a cette mention sur son profil WhatsApp : Dieu est amour. 

Je lis sur la mélancolie, le bouquin de Lambotte. 

Cette nuit extrêmement inquiète. D’abord pour maman, puis mon fils. Mais j’ai pris 6 ou 7 gouttes de CBD et je me suis finalement endormie. Réveillée trop tôt, persuadée que j’apprendrais bientôt la mort de ma mère. (Je ne sais que dire de cette pensée à la mort de ma mère que je lui souhaite parfois quand la situation devient trop horrible. Pensée pire, encore, cette nuit. Pensée folle. Dont je veux trouver le moyen de faire état. Pour Jules, cette idée que je ne l’avais pas armé pour cette terre, qu’il s’engageait dans un métier impossible. Ce sont des pensées d’angoisse. Que dire des particularités de cette angoisse, de l’éventualité de la mort de ma mère.)

Après le coup de fil d’Angélique, incroyable soulagement. 

J’aurais pu ne pas venir, du coup. Mais le billet était pris et comme ça, je soulage un peu mes frères. Et je vois ma mère. 

 

18:38 

Suite à ce que je lis sur la mélancolie, je me dis : à quoi pourrais-je m’intéresser, d’autre que moi ? 

 

23:05 

Elle assise sur son lit, lit.  

dimanche 23 avril 2023 · 07h19

dimanche 23 avril 7h19
— message à JC

7h19. 
Déjà 50 minutes de Twitter… 
C’est parce que Jam est de retour…  

Comment ne pas fumer. Boire encore un café. Je suis au salon fenêtres ouvertes pour aérer. J’ai planqué les cigarettes. Je me demande si maman ne pourrait pas oublier qu’elle fume. 

 
Cher J-C,

Je suis de nouveau à BXL. Je me permets de te demander si nous pouvons à nouveau nous parler. 
J’aurais besoin de noter ce que tu m’as dit, qui m’a beaucoup aidée. Dont je voudrais encore affiner la transmission à mes proches. 

Un jour quand j’étais ici, à plusieurs reprises ma mère m’a demandé si quelqu’un savait qu’elle existait.

Est-ce que quelqu’un sait que j’existe ?
Est-ce que tu crois que quelqu’un sait que j’existe ? 

J’essaie d’écrire ce qui lui arrive. Autant que possible, d’écrire ce qui se passe.  
Tu sais que le pire est peut-être encore à venir.

Parfois je l’avoue j’ai envie de m’installer là.  
Ma venue est toujours efficace… Cela m’étonne moi-même et je voudrais l’être autant à Paris ! 
Mais, tu m’aides. Ça c’est incroyable comment tu m’aides bien.

Je ne t’appelle pas plus, parce que je suis trop consciente de ma propre diminution intellectuelle, que je combats comme je peux.  

Au revoir Cher ami précieux. Je te dis ça tout épistolairement. Il fut une époque où les gens s’écrivaient ce genre de choses, je pense qu’elle m’aurait été plus agréable. 

V

Rosanvallon, tu l’as sans doute entendu : la Constitution est prise à la lettre. C’est l’esprit qui est laissé sur le carreau.

(Envoyé par Messenger. Je n’étais pas là quand il m’a rappelée. Je n’ai pas rappelé moi-même.)

lundi 24 avril 2023 · 08h06

lundi 24 avril, 8h6

Bjr, 

Je suis l’amie de FM, je m’appelle Véronique.  

Ma mère est atteinte d’alzheimer et vit seule chez elle. 

Elle a des aides qui viennent plusieurs fois par jour.  

Des événements récents, un cambriolage et le fait qu’elle soit maintenant enfermée dans la maison ce qui l’empêche de passer sa tête à l’extérieur et de renifler l’air de la rue et saluer éventuellement l’un ou l’autre passant, semblent avoir aggravé la maladie, m’obligeant à venir séjourner chez elle, où je suis maintenant, plusieurs fois récemment. Mes frères, qui habitent à Bruxelles, sont au bord du burnout. 

Nous voulons éviter de la mettre en maison de retraite. 

Parce que les repères de sa maison, les murs, les meubles, paraissent êtres les seuls qui lui restent.  Et notre présence quand nous sommes là, la connaissance que nous avons de ses habitudes, scrupuleusement entretenues depuis des années. 

Je ne trouve pas de littérature sur cette maladie. 

Un article parle de maladie de l’oubli, de suicide mental.  

Je ne sais pas s’il y a des trucs pour la ré-intégrer dans le monde.  

Je constate qu’elle apprécie les moments où je la mets au lit par exemple, où l’on circule dans la maison, où l’on est dans des choses très quotidiennes sur lesquelles il lui reste encore des mots à mettre, à dire. Et des choses à faire.

« Est-ce qu’il y quelque chose que je vais faire maintenant avec toi ? » me demandait-elle lors de mon précédent séjour. 

À un autre moment, où son trou d’oubli paraissait s’être enfoncé de plusieurs lieues, elle m’a demandé si quelqu’un savait qu’elle existait, plusieurs fois. 

« Est-ce que quelqu’un sait que j’existe? » 

J’essaie de lui demander des choses. De l’aide pour la vaisselle, par exemple. 

Elle s’en étonne et s’en satisfait.  

Est-ce qu’il existerait des jeux ? 

La conversation est difficile. Elle n’a pas confiance en elle et il me semble qu’en ce moment elle comprend de moins en moins. Il arrive que je parvienne à la surprendre, si j’arrive à lui poser une question sans présumer de sa maladie, en la traitant comme une personne « normale », comme elle était avant. Quand nous sommes à trois, c’est plus facile. Du moment qu’on fasse attention à ne pas trop l’exclure, je dirais. 

Tout cela serait plus facile si elle vivait avec l’un d’entre-nous, dans un environnement plus familial, mais ce n’est pas comme ça. 

Les aides ont tendance à l’infantiliser, à faire les choses à sa place. C’est plus rapide, mais c’est une perte pour elle. 

Elle a été très seule pendant des années.  

J’ai lu des choses affreuses sur l’évolution de cette maladie. 

Ma mère est née en 1935. 

Je sais que Frédéric avait pu parler avec vous de sa mère. 

Il y a 2 maisons de retraite qui paraissent possibles. L’une se réclame de Montessori, dans l’autre j’ai vu des vieux rire et venir me parler. La deuxième, m’a parue plus souhaitable. Mais que font-ils avec les pensionnaires difficiles ? Dans quel état sont-ils derrière les portes fermées de leur chambre ? Dans la premier, ils disaient n’avoir jamais recours à des contentions chimiques ou physiques. Mais un avis Google disait que les soignants directs n’étaient pas du tout motivés, ignoraient tout des dossiers, n’étaient nullement impliqués dans l’esprit Montessori qui n’animait finalement que l’équipe de direction.  

Enfin… 

Je ne sais même pas que vous demandez. 

S’il existe une littérature, des axes de recherche, peut-être ?  

Véronique  

Suite à la conversation par Messenger qui s’en est suivie, j’ai annoté quelques photos avec les noms des personnes qui y figuraient, et écrit quelques papiers où je dis les grands faits de sa vie rapidement, de sorte qu’en cas d’oubli, et si elle était seule, elle puisse s’y référer. Elle a alors circulé avec ces papiers et s’est endormie dans le canapé au son de Mozart et les lisant. Dans sa main gauche, une photo d’elle et de mon père, de moi bébé. C’est ce qui a motivé les photos que j’ai faites.

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