samedi 1 juin 2013 · 18h04

« Plier une feuille de papier, l’aplatir et écrire là-dessus en continu avec l’encre de Chine,

« Plier une feuille de papier, l’aplatir et écrire là-dessus en continu avec l’encre de Chine, avec les variations décrites dans 1) 2) 3). Déplier ensuite. Apparitions de fissures. Textes dispersés. Coupures n’importe où. Plusieurs pliages sont possibles, du très serré au très troué . [… ] C’est une très ancienne idée. Chaque pliage donne avec le même texte des peintures différentes, et la coupure dans les mots est aussi chaque fois différente» .

( « je me suis crevé les yeux, ou je vois avec une canne blanche d’aveugle…»), prééminence de la vue effacée , diminution qui n’est pas sans entraîner aussi celle de la main ( « Main dans la poche, bête comme les pieds, juste ce qu’il faut pour étaler la peinture. Comme n’importe qui, etc . » )  


« Chaque fois d’autres zones, d’îlots relativement préservés surnageront dans des émiettements allant jusqu’aux lettres mutilées. Coupe du pliage, sorte de cut-up, mais non linéaire ou horizontal, mais étoilement, en étoilement décentré, étoilant partout, dans toutes les directions [… ]»
 

« Après des centaines de passages, l’œil n’est plus bon à rien, à l’aveugle, la plume tâtonne et bute presque sans discontinuité, casse les mots et les lettres [… ] Prédilections dénudées. Champs labourés sans fin, pierres et blocs remontant du fond, heurts du sol et les singularités de leur poids et de leur voix. J’ai peur.»

L A CONNAISSANCE DES TEXTES . LECTURE D’UN MANUSCRIT ILLISIBLE (CORRESPONDANCES ) de Simon Hantai , avec Jacques Derrida et Jean-Luc Nancy  – Galilée , « Écritures/Figures» , 156 p. –   Cité par Ginette Michaud, psychanalyste, dans la revue Spirale n° 182, http://id.erudit.org/iderudit/17865ac

jeudi 13 juin 2013 · 21h09

Hantaï – Nancy : L’exposition qui n’a pas eu lieu. alors le livre d’une correspondance.

« Simon Hantaï, connu comme un des plus grands peintres français des années 1960 à 1990, avait décidé de ne plus peindre ni exposer. En revanche il lisait des philosophes et entretenait des rapports avec certains, soucieux qu’il était des enjeux de son art. Au fil d’années de conversations et d’un travail commun autour d’un livre de Derrida, Jean-Luc Nancy avait essayé d’ouvrir une voie vers un projet qui n’aurait pas abouti à une « exposition » mais à une mise au jour, à une monstration du travail et de la pensée de Hantaï. Celui-ci en vint à approuver ce projet qui commençait en même temps à pouvoir être pratiquement mis en œuvre. Mais sa disparition, en 2008, suspendit l’entreprise dès son premier pas.

Le chemin qui y avait mené n’en était pas moins consigné dans un certain nombre de lettres par lesquelles Hantaï avait accepté de répondre à la demande de Jean-Luc Nancy : parler de son travail et de son histoire, dire ce qui, pour lui, faisait l’essentiel de la peinture. Un motif domine ses déclarations : l’effacement de l’’auteur’, du ‘créateur’, l’impersonnalité de l’acte d’où surgit l’œuvre. Ce retrait farouche du ‘moi’ le tenait à l’écart aussi bien de la scène artistique publique que du marché de l’art et des revendications théoriques, des mouvements ou des tendances. »

Simon Hantaï Jean-Luc Nancy, Jamais le mot créateur (Correspondance 2000-2008)

Au verso : « Jean-Luc – un musicien m’a envoyé ce dessin. Il travaille sur des Faltenstudien 126 en musique. Les coussins sont des gros sacs accrochés dans l’atelier à Paris et à  Meun. Leurs déformations donnent les coupures et les formations. Panses et Meuns . Don intelligent et reçu avec joie. Affections, Simon »
Au verso : « Jean-Luc – un musicien m’a envoyé ce dessin. Il travaille sur des Faltenstudien 126 en musique. Les coussins sont des gros sacs accrochés dans l’atelier à Paris et à Meun. Leurs déformations donnent les coupures et les formations. Panses et Meuns. Don intelligent et reçu avec joie. Affections, Simon»

« Quelque part, dans une lettre j’ai fait allusion au matelas chez Lacan. Cette toile était vraiment un matelas par terre que j’ai rempli de peinture. » (Cette toile, ...del Parto, est actuellement exposée au Centre Pompidou)
« Quelque part, dans une lettre j’ai fait allusion au matelas chez Lacan. Cette toile était vraiment un matelas par terre que j’ai rempli de peinture. »

Notes à propos de ce carton:

A propos de la tabula « del Parto », actuellement exposée au Centre Pompidou, voir le très bel article de Lunettes rouges :  http://lunettesrouges.blog.lemonde.fr/2013/05/29/des-couleurs-naissent-et-meurent-hantai/

Quant au « matelas de Lacan », Hantaï se réfère probablement à  l’image empruntée par Lacan du point de capiton  – qui dans le matelas presse et cloue en certains endroits le dessus et le dessous :  « point de capiton par quoi le signifiant arrête le glissement autrement indéfini du signifié » (Ecrits p. 805)

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