samedi 26 juin 2010 · 06h04

J. LACAN, Le désir et son interprétation – Hamlet 2

[séance du 11 mars 1959]

Nous voici donc depuis la dernière fois dans Hamlet. (( Texte provenant du site gaogoa, à l’adresse :  http://gaogoa.free.fr/Seminaires_HTML/06-DI/DI11031959.htm )) Hamlet ne vient pas là par hasard, encore que je vous aie dit qu’il était introduit à cette place par la formule du être ou ne pas être qui s’était imposée à moi à propos du rêve d’Ella Sharpe.

J’ai été amené à relire une part de ce qui a été écrit d’Hamlet sur le plan analytique, et aussi de ce qui en a été écrit avant. Les auteurs, du moins les meilleurs, ne sont pas  sans faire état de ce qui en a été écrit bien avant. Et je dois dire que nous sommes amenés fort loin, quitte de temps en temps à nous perdre un petit peu, non sans plaisir, et que le problème est de rassembler ce dont il s’agit pour ce qui est de notre but précis. [...]  Lire la suite >

samedi 26 juin 2010 · 09h53

Hamlet dans L’interprétation des rêves de S. Freud

Extrait de L’Interprétation des rêves de Sigmund Freud (PUF)

« Le rêve de la mort de personnes chères »

Une autre de nos grandes œuvres tragiques, Hamlet de Shakespeare, a les mêmes racines qu’Œdipe-Roi. Mais la mise en œuvre tout autre d’une matière identique montre quelles différences il y a dans la vie intellectuelle de ces deux époques et quel progrès le refoulement a fait dans la vie affective de l’humanité. Dans Œdipe, les fantasmes-désirs sous-jacents de l’enfant sont mis à jour et sont réalisés comme dans le rêve; dans Hamlet, ils restent refoulés, et nous n’apprenons leur existence – tout comme dans les névroses – que par l’effet d’inhibition qu’ils déclenchent. Fait singulier, tandis que ce drame a toujours exercé une action considérable, on n’a jamais pu voir clair quant au caractère de son héros. La pièce est fondée sur les hésitations d’Hamlet à accomplir la vengeance dont il est chargé; le texte ne dit pas quelles sont les raisons ou les motifs de ces hésitations; les multiples essais d’interprétations n’ont pu les découvrir. Selon Gœthe, et c’est maintenant encore la conception dominante, Hamlet représen­terait l’homme dont le pouvoir d’agir directement est paralysé par un développement excessif de la pensée (« il se ressent de la pâleur de la pensée »). Selon d’autres, le poète aurait voulu représenter un caractère maladif, irréso­lu et neurasthénique. Mais nous voyons dans le thème de la pièce qu’Hamlet ne doit nullement nous apparaître incapable d’agir. Il agit par deux fois: d’abord dans un mouvement de passion violente, quand il tue l’homme qui écoute derrière la tapisserie; ensuite d’une manière réfléchie même astucieuse, quand, avec l’indifférence totale d’un prince de la Renaissance, il livre les deux courtisans à la mort qu’on lui avait destinée. Qu’est-ce donc qui l’empêche d’accomplir la tâche que lui a donnée le fantôme de son père? Il faut bien convenir que c’est la nature de cette tâche. Hamlet peut agir, mais il ne saurait se venger d’un homme qui a écarté son père et pris la place de celui-ci auprès de sa mère, d’un homme qui a réalisé les désirs refoulés de son enfance. L’horreur qui devrait le pousser à la vengeance est remplacée par des remords, des scrupules de conscience, il lui semble qu’à y regarder de près il n’est pas meilleur que le pécheur qu’il veut punir. Je viens de traduire en termes conscients ce qui doit demeurer inconscient dans l’âme du héros; si l’on dit après cela qu’Hamlet était hystérique, ce ne sera qu’une des conséquences de mon interprétation. L’aversion pour la sexualité, que trahissent les conversations avec Ophélie, concorde avec ce symptôme. Cette aversion qui devait grandir toujours davantage chez le poète, dans les années qui vinrent, jusqu’à atteindre son point culminant dans Timon d’Athènes. Le poète ne peut avoir exprimé dans Hamlet que ses propres sentiments. Georges Brandes indique dans son Shakespeare (1896) que ce drame fut écrit aussitôt après la mort du père de Shakespeare (1601), donc en plein deuil, et nous pouvons admettre qu’à ce moment les impressions d’enfance qui se rapportaient à son père étaient particulièrement vives. On sait d’ailleurs que le fils de Shakespeare, mort de bonne heure, s’appelait Hamnet (même nom qu’Hamlet). [...]  Lire la suite >

samedi 26 juin 2010 · 11h03

J. LACAN, Le désir et son interprétation – Hamlet 1

– séance du  4 mars 1959 –

Je crois (( Texte provenant du site gaogoa, à l’adresse http://gaogoa.free.fr/Seminaires_HTML/06-DI/DI04031959-2.htm)) que nous avons poussé assez loin l’analyse structurale du rêve modèle qui se trouve dans le livre d’Ella Sharp pour que vous voyiez au moins à quel point ce travail nous apportait sur la route de ce que nous essayons de faire, à savoir ce que nous devons considérer comme le désir et son interprétation.

Bien que certains aient dit n’avoir pas trouvé la référence à Lewis Caroll que j’avais donnée la dernière fois, je suis surpris que vous n’ayez pas retenu la double règle de trois, puisque c’est la-dessus que j’ai terminé à propos des deux étapes de la relation du sujet à l’objet plus ou moins fétiche, la chose qui s’exprimait finalement comme grand I, l’identification idéale – que j’ai laissé ouverte non sans intention pour la première des deux équations, pour celle des lumières des sandales de la sœur. Celle où à la place du I  nous avons i. [...]  Lire la suite >

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