Sur les traces de l’oubli. Dimanche 3 mai 2015

Publié le Catégorisé comme brouillonne de vie Étiqueté Aucun commentaire sur Sur les traces de l’oubli. Dimanche 3 mai 2015

9h51

On ne dirait pas que je vais faire le concours d’entrée d’assistant sociale le 19.

Hier. Réveil à 9h30. Levée, pris petit-déj habituel dans le canapé. Lu Libé. Articles sur les objets connectés et le Quantified Self. Un article très bien de Evgeny Morozov, chercheur d’origine biélorusse établi aux États-Unis, « Les technologies sont des concentrés d’idéologies ».

Ensuite, quand Frédéric s’est levé, rapidement passé au salon, où il nous a embrassés Jules et moi, puis retourné au lit, peut-être avec un café, je l’y ai suivi parce que j’avais froid et que je comptais lire, lire je ne sais plus quoi, mon livre du moment je crois, Rose (L’Aubépine) de Robert Coover (publié chez Seuil, dans la Collection Fiction & Cie), qui raconte de toutes les façons possibles, la traversée par les Princes de l’aubépine pour retrouver et réveiller, Belle la princesse endormie depuis cent ans).

« Elle sent l’aneth, la citronnelle, la lavande et la menthe, auxquels s’ajoutent la poussière et des odeurs moins plaisantes, et elle reconnaît l’odeur de l’enfance : les ajoncs mêlés d’herbes aromatiques qui jonchaient le sol du grand hall, où elle était souvent restée à jouer sous les tables à tréteaux pendant que les adultes mangeaient. Qu’elle entend à présent au-dessus d’elle, riant à gorge déployée. Elle ouvre les yeux et voit le singe debout sur sa poitrine, entre ses seins, il lui fait une grimace de sous la couronne miniature retenue sous le menton par un lien. Il pince un mamelon rose avec ses doigts minces et osseux, le soulève et le secoue comme une cloche, tandis que ses lèvres s’écartent en une grimace sardonique, et elle en ressent les ondes jusqu’au plus profond de son ventre, où réside une douleur sourde et lancinante. Sa mère et son père et tous leurs amis et leurs chevaliers et les domestiques du château sont rassemblés autour d’elle, ils dominent le spectacle, le plaisir se lit sur leurs visages graisseux, ils s’esclaffent et rient et se tapent les cuisses. »

En lisant, je me suis légèrement endormie, continuant d’entendre Jules et Frédéric à côté de moi. Un mot plus haut que d’autres m’a réveillée, je me suis levée et décidée, je crois, à prendre un bain. Il n’y avait presque plus de bain mousse (Le petit Marseillais), j’ai pensé qu’il fallait que je le note, mais je ne l’ai pas fait. Là, j’ai senti que les vacances commençaient à s’éloigner, que revenait le temps des listes et des courses hebdomadaires sur simplymarket.fr. Dans l’eau, je me suis longtemps frottée avec une crème exfoliante au coriandre, songeant que c’était peut-être spécifiquement féminin, ce long massage, ce geste, gratuit, dont le plaisir même est destiné à un immédiat oubli.

Au sortir de l’eau,  je me suis passée de la crème sur tout le corps. Un crème au gingembre, à l’odeur vieillotte. C’est cette odeur que je recherchais. Qui revenait de je ne sais plus où. Peut-être du château d’Assenois.

Ensuite, comme il était midi passé, je suis rapidement allée à la cuisine voir quels légumes me préparer. Frédéric jouait de la musique, je me suis donc décidée de faire à manger pour tout le monde. Des pâtes à l’encre de seiche, une sauce avec du poisson en boîte (dont j’ai oublié le nom), du brocoli à la poêle avec des pignons de pin, et même un petit restant de lentilles.

En fait, c’est faux, je me suis trompée, c’est après le repas que j’ai pris un bain. Et pendant que je prenais ce bain, Frédéric est venu me demander s’ils devaient m’attendre pour aller chercher des Comics. J’ai dit oui. J’y avais réfléchis et m’étais dit que j’irais de mon côté chercher de l’encre Rotring noire. Et l’un ou l’autre vêtement, peut-être. 

Nous y sommes allés en voiture, à Saint-Germain. En plus de mon encre Rotring chez Gibert, j’ai trouvé un jean bleu foncé pour Jules chez Gap.

Je m’attache à écrire tous ces noms parce que je m’efforce de m’en souvenir. Je m’attache à un exercice de mémoire.

Il me semble être accoutumée à oublier les noms propres, les marques, or hier, j’avais longtemps oublié, au moment du repas, le mot « lentilles », un mot donc des plus communs, ce qui m’avait effrayée, et à l’instant je me souviens du mot « maquereau », autre nom commun s’il en est, du nom du poisson en boîte oublié plus haut.

Au retour de leurs magasins de comics, Jules et Frédéric sont allés chez Marks & Spencer et je suis allée boire l’apéro en face du Champo – l’on y donnait un film des frères Coen,The Big Lebowski. J’ai pensé à Dominique et que je n’avais aucun souvenir de ce film, sinon celui de son titre tracé de ma main sur l’étiquette blanche d’une cassette VHS. 

Assise à une petite table ronde face que Champo, donc, j’ai commencé à écrire. Ce qui avait été, par ailleurs, la raison principale, mais jusqu’ici oubliée, pour laquelle j’avais accompagné F et J : j’avais pensé que je pourrais écrire installée à un café, en les attendant.

Il me semble que je suis tracassée ces temps-ci, d’abord par l’oubli bien sûr, et la vieillesse, mais également par cette idée que je cherche à former selon laquelle je n’écrirais pas faute de trouver où le faire, à quelle place, à quel endroit.  Cette place pour écrire, de même que celle que prend la chose écrite même, la place qu’elle prend, la place qu’elle m’impose de prendre dans le monde et celle qu’elle prend au monde, cette place de la chose écrite s’avérant l’objet impossible, l’objet de mon impossible quête et donc de mon désir .

Cela m’avait été remémoré dans la journée,lorsque j’avais aperçu une photo de l’économiseur d’écran de mon ordinateur, une photo de ce texte écrit à l’exposition de…. « Art must take space » (si mon souvenir est bon). Ou « Art must take place » (il faut que je vérifie). Je ne sais pas où écrire, ni sur quel support écrire. C’est la matérialité de l’écriture qui m’insupporte et elle pourtant que je désire. Je m’étais alors décidée d’essayer d’écrire dans un petit carnet, au bistrot donc.  Or au bistrot, précisément, ce petit carnet je l’avais oublié. Il ne me restait plus qu’à écrire sur mon smartphone, support le plus discret qu’il soit que je sois jamais parvenue à trouver pour écrire.

Enfin, j’étais au bistrot, je buvais une Maredsous, je m’apprêtais à écrire, quand je me rendis compte que j’avais oublié à propos de quoi j’avais projeté d’écrire. Je tâchai d’écrire à propos de la mort de Claude, mais ce fut un échec total. Fort heureusement Fred et Jules sont rapidement arrivés, me délivrant de cette tentative infructueuse. Nous sommes rentrés. Je ne pensais plus à rien. Arrivés à la maison, Ju a rapidement ouvert un paquet de chips, fort bon(ne)s (chips: masculin en Belgique, féminin en France) etje me suis mise à « faire du Facebook » (selon l’expression consacrée par l’usage).

Ensuite Frédéric a préparé à manger pour lui-même et J, de la viande, tandis que je me réchauffais un bol de soupe et me confectionnais une salade de roquette/tomate.

A table, F m’a demandé pourquoi j’étais silencieuse, je ne sais pas.

Après le repas, Jules et F ont regardé deux épisodes des Simpsons. Moi, je ne sais plus ce que je faisais, je lisais le journal, je crois, rien d’intéressant je crois. Des articles sur les geeks.. Ensuite J. a été se coucher, moi aussi. J’ai lu Rose et me suis endormie vers 23h20.

Là, il est 12:57, il est temps donc que je me dépêche, que j’abrège.

Pendant la journée, nous avons également été amenés à mettre de l’ordre tous ensemble pendant 15 minutes, en usant d’un minuteur. C’est une méthode assez efficace, économe en temps et en énergie.

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