Lundi 16 juillet 2018, Paris, 7h30

Publié le Catégorisé comme Hélène Parker, Un amour (a letter . a litter)

Voilà bientôt un mois que je n’écris plus à N. Le 18, ça fera un mois. Il me manque beaucoup, de l’écrire m’en viennent les larmes aux yeux. De l’écrire et de ne pouvoir lui écrire, de ne pouvoir le lui écrire. J’ai été à deux doigts de l’appeler hier soir. Il y a des moments où c’est vraiment difficile, où sa proximité est vraiment trop forte. Et il me semble parfois que ça ne m’arrivera plus d’être joyeuse. Je vous écris d’une part parce que c’était un bel amour, dont vous n’avez pas su grand chose, et qui finira bien par s’oublier, que je finirai bien par oublier, ce que je trouve injuste. Et d’autre part, parce que je n’arrive pas à l’oublier, et qu’il le faudrait, parce que face à son souvenir, dans son souvenir, Édouard ne fait pas le poids, ne supporte absolument pas la comparaison. Je ne vois pas que je puisse jamais m’abandonner à lui comme j’ai pu le faire pour N. Je ne vois pas que mon cœur puisse jamais tressaillir à sa vue, fondre dans le son de sa voix ou dans des bras, je ne pense pas sentir jamais  vers lui l’élan joyeux où j’étais pour N. Nous avons eu trop de bonheur ensemble. Et je l’ai si fortement désiré, si follement, si physiquement. Et il y a eu un tel plaisir, mon corps si pris par lui, et lui écrire a été un tel bonheur, un tel amour, une telle évidence. Vous disiez névrose obsessionnelle, amour d’un côté, désir de l’autre, ce n’est pas ce que j’ai ressenti, et si vous aviez une petite indication de lecture, j’en serais bien aise. Je ne vous a pas dit à quel point, il m’a semblé que c’était un amour de tai chi, de chi. C’est ce que je voulais vous écrire, mais je dois faire la valise maintenant. Croyez, qu’il me paraît toujours aussi présent, même si je me bats pour combattre les sensations physiques, le désir. Même si je repousse de toute mes forces la pensée de lui, à lui. Mon amour pour lui a été un ruissellement, c’est ce que je combats. Pleurer, même, serait encore l’aimer. Un ruissellement, une coulure, et le corps veut encore et il n’est pas le seul, qui ne comprend pas. J’essaie de reporter mes sensations avec Édouard, mais ça ne marche pas très bien, et l’amour ne suit pas. L’amour ne suit pas du tout. Édouard a toujours pensé que je l’aimais, même quand je lui disais le contraire. Il a été ébranlé dans cette certitude quand il a eu des doutes à propos de N, quand il a soupçonné son existence. Maintenant, il veut redevenir mon mari, et moi, je songe au sexe de N, à nul autre pareil, à ses doigts, à sa légèreté, son sourire d’enfant, et ça s’ouvre en moi, ça s’écoule, et  je retiens des larmes, qui me débordent. Nous n’avons connu que cela. Et il aurait mieux valu que nous puissions aller jusqu’au bout, l’épuiser, car je ne vois pas comment effacer ce souvenir, cette inscription, qui s’est si longtemps (un an maintenant, rien, que nous nous sommes rencontrés) soutenue de pensées, de lettres, de quelques coups de fil et de belles rencontres (2 hôtels, une semaine de stage) où tout s’est magiquement passé. Et mon corps avec lui n’a connu que certitude.

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