j’irais bien à la piscine

Une piscine a débordé, considérablement. Nous arrivons au bord, Jules et moi. J’ai envie de rentrer dans l’eau, voir si elle n’est pas trop froide, traverser la piscine, voir de l’autre côté. L’eau n’est pas trop froide, je peux la pénétrer, Jules heureusement ne me suit pas.

Je suis rentrée dans l’eau dont le mouvement s’est rapidement amplifié, a considérablement monté. Il y avait moyen de s’accrocher à l’eau et je le faisais. Il fallait s’accrocher très fort, en fait. Parce que l’eau vous saisissait, vous emportait, dans un mouvement tournoyant, montant considérablement, puis, soudainement se relâchant, vous relâchant, vous laissant retomber dans le vide, vous rattrapant, vous relâchant… Je songeais, je disais, que ça valait toutes les attractions foraines du monde. C’était énorme et à chaque fois différent, ne laissant pas le loisir de s’habituer au mouvement.

– Hier, Chester faisait de beaux saltos arrières. C’était vraiment comme si ça lui plaisait de se laisser entraîner physiquement par ce qu’il désirait attraper, le petit bout de peluche mauve que Jules faisait tournoyer au bout d’une sorte de cane à pêche. A un moment, Chester bondissait dans le mouvement tournoyant du bout de peluche, son corps, son grand corps pris, soulevé dans les airs, retourné vers l’arrière. Ça évoquait aussi les jeux des dauphins dans l’eau.  Il a d’ailleurs été question de cirque, hier, aussi, mais je ne sais plus à quel moment. Et j’avais songé aux peintures de mon père. A moins que je n’y ai songé ce matin, en sortant du rêve. –

L’eau avait considérablement monté, formait une immense boule, qui nous faisait monter très haut au-dessus de la terre que nous apercevions. C’était à Bruxelles, dont je reconnaissais les bâtiments étrangement reproduits à l’identique plusieurs fois et s’étirant, en de longs rayons qui irradiaient en étoile depuis la boule d’eau. J’ai peut-être reconnu l’Atomium et l’église Sainte-Marie. L’eau était aussi de l’air. C’est ce que je croyais quand je pensais que j’étais dans un rêve. Je songeais à cette matière dans laquelle je virevoltais, qui n’était que de l’air, l’air me paraissait un élément signifiant, dans les deux sens du terme: signifiant vide, rien et signifiant l’R, l’air de Mu-ller, mon nom.

– Aussi, le meurtre, la mort affreuse, il y a peu de temps d’un enfant de trois ans, mis par ses parents, son père, dans une machine à laver. –

Dans la boule, il y avait du monde. Aussi une femme, auprès de laquelle je me retrouvais quelquefois entraînée dans le mouvement tournoyant de l’eau, assez longuement. Avec qui je m’entendais bien. Avec qui j’espérais m’entendre. C’était rassurant d’être ensemble. Je me demandais si nous n’allions pas nous embrasser.

A la fin du rêve, Frédéric et Jules sont également entrés dans l’eau qu’on essayait de vider. J’étais triste pour Jules qu’il soit pris là-dedans.

À ce moment-là, différentes manœuvres sont mises en œuvre donc, pour vider l’eau, mises en œuvre par les terriens (les personnes au sol). Ces manœuvres paraissent dangereuses. Il est question d’un filet en fer ou d’une ossature en fer qui prenne la place de l’eau. L’eau soutenant en l’air les personnes et l’ossature en fer étant destinée à remplacer ce soutien. Le danger étant de se retrouver plaqué contre le fer, parce que s’il n’y a plus d’eau, son mouvement de tempête est toujours là, fait toujours rage. Un homme recherche ce danger dans une sorte de masochisme. Cherche à son corps soit plaqué contre le soutien en fer, contre la grille, de façon à en être marqué.

Pendant tout le rêve, je sais que c’est un rêve, ce qui ne fait que renforcer sa réalité. Tout le temps, je sens, je pense, je constate que ce qui arrive, m’arrive au corps. Je pense même que, comme je sais que je pense, que dans le rêve c’est d’une pensée qu’il s’agit, que mon corps s’exerce réellement aux mouvements qu’il fait (comme l’entraînement des sportifs à qui l’on recommande de penser à leurs mouvements, leur assurant que cela vaut un entraînement réel, ce qui aurait été scientifiquement prouvé.) Je pense donc que mon corps fait réellement le mouvement. Et je me dis qu’il n’y a que la jouissance, de mon corps à ce moment-là, qu’il n’y a pas moyen de penser, je me dis qu’il n’y a que la jouissance qu’il y a.

moyen-âge

le rêve donne quelques indices de que nous sommes au moyen-âge . il fait sombre, il fait sale. longeons des murs, comme longerions des murailles, sommes en hauteur comme si grimpions une tour. la fenêtre qui s’ouvre dans le mur découvre son épaisseur. il est fait de gros moellons. les fenêtres sont fermées par des volets, des battants en bois, mais ne comportent pas de vitre. quand les personnages apparaissent, ils sont plutôt vêtus de longues tuniques, sombres. le mobilier est très sommaire, rudimentaires. ce sont de très pauvres gens qui habitent là-  dont il est important de noter l’in-différence.

cet aspect du moyen-âge, pauvreté dangerosité m’a fait penser à François Villon et à sa biographie que j’avais prêtée à mon père. il m’en avait lu des extraits et surtout parlé du peu de prix qu’avaient les vies dans les rues à cette époque là.

donc, nous sommes au moyen âge et je donne l’âge de ma mère qui n’est pas exactement  le sien, 80, et le mien qui n’est pas tout a fait le mien non plus, « + de 40, dis-je ». je donne une sorte de moyenne. son âge valant 2 x le mien.

ca m’a fait penser à ce que je disais de la façon dont j’entendais le temps ralentir quand j’étais dans le lit de mes parents, à la place de ma mère.

dans mes petites recherches sur le schème kantien suite à un cours de Miller, j’avais été intriguée par la place du temps, ayant moi-même avec le temps de grandes difficultés. Miller rapportait l’écriture du schème de Kant à celle du fantasme, situant le réel de la jouissance du côté de l’intuition et le symbolique du côté de l’entendement. Le schème de Kant, pour lequel il aurait inventé une capacité de l’âme, le schématisme, agissant à la façon du fantasme en reliant, nouant des catégories qui autrement seraient sans rapport.

L’intuition  relève des contingences spatio-temporelles,  tandis que l’entendement, le concept,  est spontané, relèverait d’une nécessité intérieure du sujet, de déterminations conceptuelles.

« Le schème kantien, dit Lacan, on peut arriver à le réduire à la Beharrlichkeit, à la permanence, à la tenue, dirais-je vide, mais à la tenue possible de quoi que ce soit, dans le temps. »

On voit bien que le concept puisse être considéré comme a-temporel, « le mot est le meurtre de la chose », c’est aussi, nous dit Lacan, ce qui lui apporte l’éternité. Le mot d’une  chose la fait être de tout temps. Mais ce qui m’a intriguée, c’est que le temps puisse avoir maille à partir avec la jouissance, avec le réel.  étonnant ça ne l’est pas si l’on considère le réel du temps, mais ça le devient si l’on se dit que ce serait la jouissance  qui apporte le temps, qui introduit au temps. le schème, nous donc dit lacan, est-ce qui permet la tenue des choses dans le temps – ce qui revient par ailleurs à réduire la réalité au fantasme, si l’on suit ici miller.

17, dimanche, JOUR

Dimanche, 12:26.

Il fait froid  (0 degré).

Sommes F et moi réfugiés au lit. Me suis fait un thé au lait Anichaï. Mais il ne me paraît pas très parfumé. Peut-être trop vieux. Ou bien, je dois encore travailler à développer mon goût. Ajouté un demi bâton de cannelle, mais lui décidément était trop vieux. Je viens de lire que c’est un thé qui contient du gingembre. J’aurais dû en rajouter, j’en avais envie. Devrais avoir le courage de me laver les cheveux. Sortir, aussi, ce serait pas mal.

Du point de vue du sevrage, je crois que c’est OK,  je n’en ai pas pris longtemps finalement de l’Anafranil. Sinon que rêvé toute la nuit. Cette fois mes parents voulaient se séparer, ma mère voulait partir,  était partie. Je travaillais à la Commission européenne. Ma mère était venue se réfugier dans mon bureau. En très mauvais état, dévastée je dirais, considérablement vieillie. Logeait à Mainvault également (maison de l’oncle qui vient de mourir). Désemparée, je finissais par appeler Depels. Nous parlions de nous voir. Je ne suis pas sûre qu’il m’aie bien conseillée. J’expliquais à mon frère qu’il fallait leur faire comprendre,  comprendre à ma mère, que s’ils se séparaient, ils vieilliraient trop vite,  et devraient être placés. Ce qu’ils ne voulaient pas. Je montrais à JP un petit bijou, une légère chaîne en argent, qu’il fallait que mon père offre à ma mère pour la convaincre de son amour.

Hier, c’était bien un peu pénible. Énervée, et ces courbatures. Rien d’insurmontable. J’avais prévenu les autres autour de moi, interdit de me contredire ni d’user de la moindre ironie à mon égard. Demandé d’obéir aussi à quelques ordres. Ils ont été parfaits. Pour un mal de tête, suis arrivée à éviter l’aspirine en prenant un Earl Grey au miel.  Bu du Rooibos le midi en mangeant.

Soir,  sommes sortis manger des sushis. Bu deux verres de vin blanc. M’autorise à boire à l’extérieur et à l’intérieur les jours de fête.

Acheté des livres sur le Japon.

Ah oui,  téléchargé également deux applications pour apprendre de le japonais. L’une pour l’oral, l’autre pour l’écrit.

Soir, tout de même, nous avons fait des travaux, installé le chauffage dans la chambre:

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le trou dans le cv

Confusément réveillée ce matin dans le souvenir du principe de réalité. Très simplement venu là comme s’il ne m’avait jamais quittée. Son concept. Allons, me dis-je, vraiment de ma vie n’ai-je rien fait d’autre que de m’inquiéter de la postérité, n’aurais-je travaillé, voulu œuvrer,  que dans l’appréhension que tout ce que j’ai vécu, in fine si attachant, soit oublié, disparaisse ? Une fois remise de cet instant-de-voir, ce propos supportait  d’être nuancé et repartais-je à la recherche des grandes raisons de ma vie.

Le principe de réalité n’est-il pas cela qui régit nos vies, à quoi je n’ai jamais su me plier, auquel j’ai cherché par tous les moyens d’échapper ? Ce qui pourrait expliquer que mon expérience soit si difficilement transmissible,  que je doive rester muette et l’inconfort de ça, basée qu’elle est sur une insoumission forcée au principe de réalité. Ne devrais-je enseigner à l’enfant sa dure existence, y a-t-il lieu de le mettre en garde, rien ne sert-il de l’effrayer ? Comment lui donner des armes dont je ne dispose pas ? A moins que je ne trouve le moyen de le lui présenter d’une façon non-effrayante , quand il m’aura toujours plongée dans une angoisse à laquelle je n’ai pu que me soumettre mais qui m’a donné l’imagination nécessaire pour le contourner. Et comment le justifier, ce contournement du principe de réalité, quand il est peut-être à la base de  toute éducation. – Qui es-tu ? – Celle-là qui n’a rien, qui reçoit.- Cela n’est pas conforme au principe de réalité !- Mais le contourne. Et me serai-je obstinée, par mon travail, lecture, écriture, analyse, à trouver les mots qui donnent meilleure figure à cette non-conformité. Je ne suis pas une rebelle. L’eussé-je été, j’aurais pu revendiquer ma différence. Publiquement, il m’a fallu m’en défendre.

Avant que d’y retourner vérifier chez Freud, brièvement, qu’ai-je retenu du principe de réalité, 20 voire 30 ans après l’avoir lu ? En un mot, et évitant de m’avancer plus avant, je dirais les papiers. Le monde des papiers, la paperasserie. Bien sûr, il faut confronter cela à ce qu’il en est pour Freud. Mais, l’angoisse insurmontable, en ce qui me concerne, c’est là qu’elle trouve sa cause. Les impôts, les factures, les enveloppes à ouvrir, le courrier à lire, les comptes à faire; plus loin, les rendez-vous à prendre, les coups de fil à donner, etc.

Alors, pourquoi a-t-il fallu que je retourne ce matin à ce concept freudien auquel je n’ai jusqu’à présent jamais beaucoup pensé, dont je n’ai jamais beaucoup usé ? Mystère. Sans doute étais-je tentée de rapprocher d’un concept existant quelque chose qui chez moi ne s’inscrit qu’en creux et qui remettait en cause l’idée de n’avoir vécu, travaillé, que pour la postérité. Car il y a un travail,  actuel et difficile, qui consiste à vouloir éviter que l’enfant soit confronté aux difficultés auxquelles j’ai été confrontées. Puis, probablement, y a-t-il eu ce rêve dont je souviens maintenant de quelques bribes :

« J’allais me mettre au travail. Je cherchais à me remettre au travail. ( C’est ça le principe de réalité, non ? Ce sera de là qu’il est revenu.)  Il était exigé que j’aille voir tous les commerçants de mon arrondissement qui était curieusement le onzième, tous les clients potentiels, soit tous les habitants, et que je recueille leurs données administratives. Il me semble que cela était exigé par une comptable, dans le cadre de la reprise de mes activités rémunératrices. Frédéric me l’avait déjà dit mais je n’avais pas voulu le croire. J’avais alors été voir cette vieille comptable, dont Frédéric préférait qu’on ne la consulte plus, afin qu’elle me conseille et éventuellement remette mes papiers sur les rails, aussi des impôts. J’avais alors songé que je pourrais, plutôt que de recueillir toutes ces adresses, rapidement faire un site professionnel où je renseignerais dans mes clients tous ceux pour lesquels j’ai travaillé dans une agence en Belgique. Il s’agissait un peu d’un curriculum vitae ( voilà, c’est ça, le principe de réalité, le curriculum vitae, voilà ce que c’est aujourd’hui, le principe de réalité ) et je m’effrayais du trou qu’il comportait depuis mon arrivée en France. »

journal n° 9, extrait (my suffragette-attitude)

JAM : Pas du tout, on ne peut pas jouir sans entraves, on ne jouit que par les entraves (signifiantes). Un mot d’ordre, s’il y en avait un, ce serait plutôt «Bien-dire».

Ce que tu fais

Ton symptôme, ton œuvre,  ce que tu fais.
La nuit,  c’est ce que tu fais.
Le symptôme seul fait.
Il faut toujours être un peu analyste.
Travailler l’obscur, où les lois sont différentes.
Travailler l’obscur. Là où il n’y a pas de loi.
Écrit de nuit.

Tu crains ton absence de persévérance. Ton symptôme au moins ne te décevra pas.

Sans titre

(car quand je chipote, je ne doute plus)

le supplice du nom

Fort empêchée d’écrire en ce moment, à cause du travail1.

Il y a deux ou trois jours : rêve.

1. D’abord seule
Pendant longtemps, de plusieurs façons, je cherche à arriver à l’une ou l’autre piscine.

2. Plutôt à plusieurs
Finalement, il est décidé que nous y irons, à la piscine, à plusieurs. Nous partons du château (enfance).

3. Un nouveau chemin
Plutôt que d’aller vers l’une de celles que j’avais déjà repérées, il est décidé, par le groupe, que nous irons vers une autre, dont je n’ai pas souvent fait l’épreuve du trajet.

4. A droite, le connu, le château de l’enfance. A gauche, la ville de ma mère, l’inconnu
Celle que je connais, c’est plutôt vers la droite – le chemin qui descendait du château au village à travers les prairies, un chemin toujours le même, souvent re-parcouru en rêve. La direction que nous prenons, c’est plutôt vers le fond à gauche. Impression de Poperinge (ville de ma mère).

5. Bloquée côté spectateur. Impossibilité de se déshabiller. Noir
Arrivons à la piscine. Diverses tentatives pour arriver jusqu’à la piscine même, l’eau. Cela paraît impossible (en fait, ça le restera pour moi, jusqu’à la fin). Le genre d’obstacle que nous rencontrons, c’est par exemple que les vestiaires sont plongés dans le noir ou introuvables ou ressemblent plutôt à une salle de spectacle, côté spectateurs. Nous sommes dans les fauteuils des spectateurs, la salle est plongée dans le noir, il n’est pas facile, ou plutôt il ne m’est pas facile de trouver ma place, une fois que j’en trouve une, comment me déshabiller en présence de tous ces gens. Comment font les autres? Ils le font.

D’autres donc, les autres, parviennent à l’eau. J’ai à un moment un aperçu de la piscine, du bain, de haut.

6. Coulisse, courant, mécanisme – au cœur de pulsion… Moulin à eau de Vanneau
Je m’engage finalement dans quelque chose qui devrait me mener vers la piscine. J’ai un doute. Je me demande si je ne suis pas embarquée sur le côté, sur le bord du chemin. En effet, je suis plutôt dans la coulisse. Je suis très exactement dans la, les coulisse(s). Couchée à plat ventre, encagée, sans aucune possibilité de me dégager. Je suis dans l’eau d’une roue qui entraîne l’eau de la piscine, qui entraîne le mécanisme de la piscine. Le courant est fort, inéluctable.

7. Le tour, la roue, la chute
Pour le moment, je suis dans le mouvement ascendant. Mais à un moment, je passerai forcément dans le mouvement descendant – la chute. Je suis dans le premier demi-tour de la roue. Dans son deuxième demi-tour, je ne pourrai que tomber, et la chose paraît aussi dangereuse que de tomber, par exemple, du haut du Niagara.

8. L’angoisse
Quelqu’un m’aperçoit prise dans ce mécanisme. La question c’est : est-ce qu’on arrivera à l’arrêter, le bloquer à temps? L’angoisse me réveille.

Difficile de ne pas retrouver trace ici de mes élucubrations autour de la pulsion. Trace en forme de confirmation. La pulsion est un mécanisme, duquel on se dégage difficilement, dans lequel on est pris comme dans le tour d’un supplice, dont le mouvement est celui d’un aller-retour, et dont le retour, le deuxième demi-tour, est difficile, angoissant.

Piscine, mettons la jouissance :

1. D’abord seule

2. Ensuite, plutôt à plusieurs (contingence, rencontre)

3. Du coup, n’est plus la même, de jouissance.

4. Plus vraiment du côté de l’enfance, du connu, mais de la mère (sans chemin).

5. Bloquée un temps dans le fantasme (corrélé à l’objet du père) : l’impossible objet regard. Qui rend impossible le déshabillage.
A ce point devoir être l’objet du regard, mais l’objet d’un regard impossible, objet qui incarnerait le regard même, un objet dont la beauté puisse définitivement faire voile sur l’au-delà du regard, impossible  : ce n’est jamais ça – histoire de ma vie, jusqu’à un certain moment de mon analyse. L’incarnation de cet objet empêche certainement tout rapport amoureux (le déshabillage) puisqu’il cherche à incarner le point d’impossibilité même de ce rapport. Devoir être belle au point que ce voile, en quoi consiste la beauté, puisse occulter tout de qu’il en est du désir, de l’angoisse donc, que cette beauté même, sa vue, le regard, provoque. La beauté est re-présentation du regard. Mais si le regard est pris au sérieux, c’est-à-dire pris dans ce qu’il comporte de réel, c’est-à-dire de jouissance et de désir, de trou à la re-présentation justement, il s’avère impossible. D’où, mon impossibilité, pendant des années, à me montrer. Voir, oui, du haut de ma tour – être vu – impossible – quels que soient les compliments que je reçoive quand j’étais forcée à sortir. Quand j’acceptais de faire illusion. (On en est encore là, du côté du point 1, du D’abord seule, en arrêt sur le bord du désir)

6. Prise dans la coulisse… les coulisses de l’inconscient ou la glissière de la pulsion. C’est l’eau de la piscine, mais une eau sur laquelle je n’ai aucun contrôle, qui s’avère même mortifère.

Ce tour, cette roue, je l’ai déjà rêvée, presque sous cette forme. C’est la roue attachée à mon nom. La roue de mon nom.

Roue des supplices/délices.
Mon nom, Müller, Meunier. Et son moulin, au pied duquel je ne dors pas.

Jacques Muller, Dans la rue, 1972
Jacques Muller, Dans la rue, 1972

Müller, mélangez-en les lettres, vous y trouverez la « rue« , cette rue où je ne sors pas, cette rue comme une roue de supplices, de délices.

On notera que la rue est à mon père, ne dit-on pas qu’il est le « peintre de la rue, de la ville », et  son martyr à ma mère – son vieux rêve, ce fantasme secret : être martyr, pour sa religion, brûlée sur des charbons ardents, fidèle à sa foi, à Jésus.

 

Martyr bound naked to a wheel, which is revolved over iron spikes Martyrs bound to the circumference of a great wheel, and rolled down a precipice

 

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La descente aux limbes, Bruegel. Gravure, peu après 1560-1500 Illustration de l’article : La descente aux limbes, Bruegel. Gravure, peu après 1560 (détail: le supplice de la « roue d’enfer » ou « supplice des orgueilleux », voir : http://lespierresdusonge.over-blog.com/page-1436963.html)

Lien : http://www.fromoldbooks.org/Gallonio-TorturesAndTorments/index2.html

Notes:
  1. Eh non,  le mot travail ne vient pas du latin tripalium, instrument de torture à trois pieux. Voir Tripalium: une étymologie écran : http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-luce-morlie/280911/tripalium-une-etymologie-ecran-archive []
copy/right-left

vous savez pourquoi je m’en fous de ces histoires de copyright copyleft, c’est parce qu’il faut bien qu’il continue d’y avoir des lois non-écrites. hein. de la cité les lois non-écrites. que la possibilité encore me soit laissée de faire ma petite antigone – à moi, à tous.

première leçon du Séminaire XXIII Le sinthome, « la difficulté d’arracher l’obsessionnel à l’emprise du regard »

« Lacan indique dans la première leçon du Séminaire XXIII Le sinthome, « la difficulté d’arracher l’obsessionnel à l’emprise du regard », ce regard de l’Autre qui fonctionne comme un Maître, comme Jacques-Alain Miller a pu l’évoquer, et qui lui permet de situer son propre regard : un regard auquel il se mesure en permanence. Raison pour laquelle Lacan évoque ici la fable de La Fontaine dans laquelle la grenouille voulait se faire aussi grosse que le bœuf. »

https://www.lobjetregard.com/2016/08/22/sous-lemprise-du-regard-par-fabian-fajnwaks/

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