mardi 7 août 2018 · 20h05

Deux notes sur la féminité, extraits (Rose-Paul Vinceguerra)
— Surmoitié, ravage et rien

(…)

Où est donc la femme ? Elle est « entre », entre le centre de la fonction phallique et cette absence au centre d’elle-même, faute d’un signifiant qui la représenterait. C’est dans le rapport à cet irreprésentable qu’une femme peut éprouver ce que Lacan va nommer une « Autre jouissance ». Une jouissance Autre que la jouissance phallique limitée. Une jouissance, dont une femme ne dit rien, et par laquelle elle s’éprouve pourtant Autre à elle- même. Une jouis-absence, au cœur de soi mais étrangère à soi. C’est en effet dans un au-delà du terme phallique incarné par un homme que cette jouissance s’éprouve, en un lieu où l’interdit n’aurait plus cours. La jouissance sort là des limites de la représentation de l’Autre comme sexué et le phallus, s’il en est la condition, n’en est pas la cause. À cet égard, ni l’objet qu’une femme est pour un homme, ni le phallus comme jouissance sexuelle solidaire d’un semblant ne sont suffisants pour approcher le réel. Le phallus ne sature pas le rapport d’une femme au réel et si on considère comme réelle cette jouissance, alors il faut supposer que les femmes sont plus du côté du réel que du semblant. Ce qui accompagne ici une femme est ignorance, absence de signification, ou encore solitude. Si la symbolisation de la femme en effet manque, cette jouissance en défaut de paroles a à voir avec le point de manque où s’origine la privation réelle pour celle-ci. En cela, les femmes peuvent passionnément aimer le rien dans une passion mortifère qui peut tout engloutir et que Lacan nomme surmoitié. [...]  Lire la suite >

mercredi 8 août 2018 · 11h46

L’objet voix, extrait (Rose-Paule Vinciguerra)

Comment enfin dans l’analyse, le sujet est-il confronté à la voix ? C’est sous la forme d’une voix venant de l’Autre de la façon la plus radicale, sous la forme d’un « Que veux-tu ? » qu’il la rencontre, en fin d’analyse notamment. À partir de là, pour le sujet, pourra s’opérer un retournement sur lui-même faisant apparaître le point où sa jouissance la plus têtue insiste. Ce Che vuoi ?, dit Lacan, est l’ouvre-bouteille d’un flacon dont le contenu est à découvrir [46]. Dans l’analyse, ce Che vuoi ? va confronter le sujet à la béance du désir de l’Autre concernant son être, à celle de son propre désir en tant qu’Autre. Il renvoie au sujet sa propre demande sur son désir. Comme le héros de Cazotte [47], habité par une volonté de savoir, le sujet en analyse voit s’ouvrir la fenêtre de son fantasme et un sonore Che Vuoi ? le renvoie à ses rapports éprouvants et dangereux avec la jouissance.   Il faudra donc, en fin d’analyse, que le sujet confronté à cette question, reconnaisse le manque de garantie de l’Autre, pour que l’objet cause du désir puisse surgir. Ce manque de l’Autre et donc du sujet va s’incarner dans le moins phi de la castration et il devient alors possible au sujet de se repérer avec l’objet a comme perdu mais valant comme symbole du manque.   Concernant la voix, objet séparé du corps, c’est comme franchissement du vide de l’Autre qu’elle s’élève en fin d’analyse, dans ce qui s’éprouve de risque vivant. Comme Orphée revenant des Enfers, la voix, s’arrachant sur ce vide de l’Autre, franchit l’Achéron.   Ajoutons une remarque latérale : lors de son élaboration ultérieure, dans « L’étourdit » notamment [48], Lacan a avancé qu’en fin d’analyse, c’est surtout à la voix du surmoi en tant que féminin, à une jouissance au-delà de l’Œdipe que le sujet a à s’affronter. Le dire de la sphinge dans la prosopopée que Lacan invente est celui d’un surmoi que Lacan nomme « surmoitié ». En disant « Tu m’as satisfaite » [49], la sphinge invite l’humain à la rejoindre… par la castration réelle ou la mort [50]. C’est, en un sens, à cette jouissance non symbolisée, dont on ne peut rien dire, qu’un sujet est confronté en fin d’analyse.   Comment y faire obstacle ? En faisant « se réfuter, s’inconsister, s’indémontrer, s’indécider » ces dits de la sphinge, dit Lacan. En faisant notamment qu’ils apparaissent inconsistants, c’est-à-dire tels qu’on ne puisse leur répondre par oui ou par non, car l’exigence de consistance consiste à fermer l’inconscient.   Ces dits doivent aussi « se compléter ». Il y a là une difficulté.

De quoi doivent-ils « se compléter » ? [...]  Lire la suite >

mercredi 8 août 2018 · 11h53

l’amour surmoitié

Si on peut, en guise de conclusion, parler d’une «clinique» de l’amour 14 c’est du fait que l’amour ne se déploie pas exclusivement sous la bannière d’Éros, dans la «douce moitié» où le partenaire pourrait combler les aspirations narcissiques du sujet, mais, et plus fondamentalement, comme «surmoitié», – ainsi que Lacan le signale dans L’Étourdit : «C’est là surmoitié qui ne se surmoite pas si facilement que la conscience universelle». 15   Le Surmoi partenaire de l’Amour, Vicente Palomera, https://www.disparates.org/iota/wp-content/uploads/040.pdf   14. J’emploie l’expression introduite par François Leguil dans un conférence à Nantes, le 3 octobre 1987 : «La « clinique » de l’amour et la folie», Travaux 3, Groupe d’études de Nantes, 1988. 15. LACAN, J. «L’Étourdit», Scilicet n°4, Paris, 1973, p. 25.
mercredi 8 août 2018 · 12h30

Le Surmoi partenaire de l’Amour
— Vicente Palomera

 Amour et culpabilité  

La clinique psychanalytique permet de constater que  les liens de l’amour avec ce qui le conditionne sont  loin d’être aussi puissants que ceux qu’il a avec cet  Autre, obscur, derrière lequel pointe le surmoi.  Jekels et Bergler ont souligné cette évidence sur le plan clinique dans un article :  « Übertragung und  Liebe » 1 .  Dans son  Séminaire VIII, Le transfert,  Jacques Lacan, tout en en conseillant la lecture, le  résume par une thèse et une anecdote.  

La thèse est la suivante : «Ce n’est pas simplement  que l’amour est souvent coupable, c’est qu’on aime  pour échapper à la culpabilité»  2 , ce qui revient à  dire que si l’amour est coupable, c’est parce qu’il  implique  la  demande  d’être  aimé  (Geliebtwerdenwollen)  par celui qui pourrait nous  rendre coupable. Il s’agit alors de voir comment  cette thèse s’articule avec le fait que la demande  d’être aimé est demande que l’Autre dévoile son  manque  3 .   [...]  Lire la suite >

mercredi 8 août 2018 · 18h25

les deux surmois

L’explication fait suite : le discours de la sphynge est celui du surmoi féminin. Lacan a posé, nous l’avons vu, l’inexistence du rapport sexuel entre deux moities qui seraient homme et femme; il pose ici l’existence de deux surmois, qu’il dénomme « surmoitiés » : d’une part, le surmoi homme, bien connu comme étant le surmoi paternel de Totem et Tabou, d’autre part le surmoi féminin décrit par la bouche de la sphynge. Celle-ci ordonne au « petit-homme » de la satisfaire, de la comprendre, puis de devenir Tirésias ; autrement dit, de devenir un ami, puis une femme, et de faire l’Autre. Tirésias, transformé en femme, est invité à cette place de l’Autre. L’invitation de la sphynge est celle du semblant, à savoir

feindre d’être au-delà de la mesure phallique, et cela pour une jouissance supplémentaire, qui n’a rien à faire avec l’Autre barré. Cette jouissance-là est une jouissance sans représentation, en dehors du symbole phallique, une jouissance non symbolisée, non signifiantisée, non inscriptible en S (Abarré). [...]  Lire la suite >

samedi 11 août 2018 · 08h24

De la sphinge grecque à la surmoitié (Joëlle Fabrega)
— ...lorsque le sujet féminin fait appel à l’homme à partir de sa jouissance

[…]

Lacan va régulièrement se saisir de la figure de la sphinge, notamment dans les Séminaires « La logique du fantasme », D’un Autre à l’autre et L’envers de la psychanalyse. Mais c’est dans « L’étourdit » qu’il lui donnera sa valeur finale de surmoi féminin qu’il appellera « la surmoitié » (( Lacan J., « L’étourdit », Autres écrits, op. cit., p. 468.)).

Éric Laurent, dans son bel article « Positions féminines de l’être »  (( Laurent É., « Positions féminines de l’être », Quarto, n° 90, juin 2007, p. 28.)), commente la prosopopée de la sphinge lacanienne. Il y montre comment Lacan associe dans « L’étourdit » la position féminine à une position surmoïque lorsque le sujet féminin fait appel à l’homme à partir de sa jouissance. « Tu m’as satisfaite, petit homme […]. Grâce à la main qui te répondra à ce qu’Antigone tu l’appelles, la même qui peut te déchirer de ce que j’en sphynge mon pastoute, tu sauras même vers le soir te faire l’égal de Tirésias et comme lui, d’avoir fait l’Autre, deviner ce que je t’ai dit. » ((  Lacan J., « L’étourdit », op. cit., p. 468.)) Cet appel est une exigence de jouissance, mais c’est aussi la proposition d’accéder à un savoir (( Où l’on voit la parenté, que l’on retrouve dans les textes antiques, entre la sphinge et les sirènes.)). À tenter l’homme d’en faire l’égal de Tirésias, la sphinge fait miroiter la possibilité de la comprendre, de la deviner. Mais croire la saisir peut revenir à se faire détruire. Lacan fait donc de cette exigence de jouissance une exigence surmoïque (( Lacan introduit là un surmoi spécifiquement féminin à distinguer du surmoi paternel freudien et du surmoi maternel kleinien.)). [...]  Lire la suite >

dimanche 19 août 2018 · 18h15

Le caprice féminin, Frank Rollier (extrait)

[…]

A la fin du paragraphe, Kant note entre parenthèses quatre mots en latin : « Sic volo, sic jubeo », « Ainsi je le veux, ainsi je l’ordonne », dont J.-A. Miller retrouvera l’origine chez Juvénal. À Rome à partir du premier siècle (années 90), Juvénal écrit une série de satires dans lesquelles il dénonce l’hypocrisie des puissants, les mauvais exemples que donnent les parents à leurs enfants, la corruption et la luxure de la société impériale. Dans la satire VI, il s’en prend avec véhémence à la femme mariée, dépeinte comme étant toujours insupportable, sinon dépravée. Il tente de dissuader un ami qui songe à se marier et, entre autres exemples, rapporte cette saynète entre une femme et son mari, sans en préciser le contexte : « Cet esclave, en croix ! » ordonne la femme à son mari, lequel rechigne à obtempérer, pas tant par humanité que par souci de son patrimoine humain. Il essaie de discuter : « Mais quel crime a-t-il commis pour mériter un tel supplice ? Où sont les témoins, le dénonciateur ? On ne saurait prendre trop de temps quand il y va de la mort d’un homme ! ». Ce à quoi elle réplique : « oh le sot ! Un esclave, est-ce donc un homme ? Il n’a rien fait, soit ! Mais je le veux ! Je l’ordonne ! Hoc volo, sic jubeo – Comme raison, que ma volonté suffise ! » (( JUVENAL., « Satires », p 67, Les belles lettres, Paris, 2002. )) [...]  Lire la suite >

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