vendredi 12 décembre 2014 · 16h51

le silence de la mère

Vous apportez un éclairage nouveau sur le ravage maternel, lorsque vous indiquez, page 59, qu’une fille peut connaître une forme de laisser tomber de la part de sa mère. Il s’agit non pas d’une absence de soin, de paroles blessantes ou de rejet, mais d’une certaine forme de silence.
Il y a «tout ce que la mère ne peut dire et qui prend toute sa puissance» et «la fille se trouve alors aux prises avec cette jouissance muette». Comment, une cure analytique, qui est une expérience de parole, permet-elle de traiter cette modalité du ravage maternel très spécifique?*

Femmes lacaniennes - Une analyse de la question féminine dans le discours de Lacan sur la psychanalyse et de ses effets sur l'approche de la cure psychanalytique. L'auteure montre qu'en ouvrant des perspectives inédites, le psychiatre a permis un renouvellement de l'acte et de la position du psychanalyste. ©Electre 2014
Femmes lacaniennes, Rose-Paule Vinciguerra – Une analyse de la question féminine dans le discours de Lacan sur la psychanalyse et de ses effets sur l’approche de la cure psychanalytique. L’auteure montre qu’en ouvrant des perspectives inédites, le psychiatre a permis un renouvellement de l’acte et de la position du psychanalyste. ©Electre 2014

Rose-Paule Vinciguerra (à propos de son livre Femmes lacaniennes) : Ce ravage n’est pas celui qu’évoque Freud autour de la revendication phallique de la fille et qui est «insatisfaction pré-castrative» comme le dit Lacan. (( Lacan J., Le Séminaire, livre X, L’angoisse, Paris, Seuil, 2004, p. 233)) Il met en jeu la jouissance Autre et énigmatique de la femme qu’est la mère. C’est là sans doute que la mère est la plus puissante, elle en devient réelle. Et comment une fille y répondrait-elle si ce n’est par un surmoi dévastateur, une surmoitié ((Lacan J.,«L’étourdit», Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p.468.)), dont les dits poussent à s’arracher à toute limite, sans appui, sans garantie. Mais il n’y a pas d’Autre de l’Autre pour répondre à l’exigence de cet appel – pas plus d’ailleurs qu’il n’y a de nomination de l’être d’une femme ni de référent substantiel à son corps. À cet égard, les analystes ont à éviter l’illusion de la réparation faite par le «bon parent» venant à la place du parent traumatique.

Une interprétation analytique peut cependant, en apportant le signifiant équivoque qui manque, contrer le réel, inscrire un bord, là où une expérience de jouissance se répète inlassablement.

La fin de l’analyse témoignerait donc de la façon particulière dont a pu se taire cette voix de la surmoitié, ce point de jouissance rebelle à quelque assomption de l’énonciation. La passe peut rendre compte de cela.

* SOURCE : Interview de Rose-Paule Vinciguerra pour son livre Femmes lacaniennes sur le site de l’ECF.

mardi 7 août 2018 · 20h05

Deux notes sur la féminité, extraits (Rose-Paul Vinceguerra)
— Surmoitié, ravage et rien

(…)

Où est donc la femme ? Elle est « entre », entre le centre de la fonction phallique et cette absence au centre d’elle-même, faute d’un signifiant qui la représenterait. C’est dans le rapport à cet irreprésentable qu’une femme peut éprouver ce que Lacan va nommer une « Autre jouissance ». Une jouissance Autre que la jouissance phallique limitée. Une jouissance, dont une femme ne dit rien, et par laquelle elle s’éprouve pourtant Autre à elle- même. Une jouis-absence, au cœur de soi mais étrangère à soi. C’est en effet dans un au-delà du terme phallique incarné par un homme que cette jouissance s’éprouve, en un lieu où l’interdit n’aurait plus cours. La jouissance sort là des limites de la représentation de l’Autre comme sexué et le phallus, s’il en est la condition, n’en est pas la cause. À cet égard, ni l’objet qu’une femme est pour un homme, ni le phallus comme jouissance sexuelle solidaire d’un semblant ne sont suffisants pour approcher le réel. Le phallus ne sature pas le rapport d’une femme au réel et si on considère comme réelle cette jouissance, alors il faut supposer que les femmes sont plus du côté du réel que du semblant. Ce qui accompagne ici une femme est ignorance, absence de signification, ou encore solitude. Si la symbolisation de la femme en effet manque, cette jouissance en défaut de paroles a à voir avec le point de manque où s’origine la privation réelle pour celle-ci. En cela, les femmes peuvent passionnément aimer le rien dans une passion mortifère qui peut tout engloutir et que Lacan nomme surmoitié.

(…)

Il ne s’agit plus dans ce ravage de ce que Freud appelle la mauvaise relation à la mère et pas non plus du reproche que la fille fait à celle-ci de l’avoir fait naître châtrée, ni du dommage que la fille pense avoir subi de la part de sa mère. La fille, dit Lacan, attend plus de substance de sa mère que de son père et c’est là qu’est le ravage. Sub-sister, c’est ce qui supporte une existence. Ainsi, la fille demande-t-elle à la mère de faire exister son corps, d’y faire support. Mais cette substance qu’elle en attend se fonde en fait sur un « ravissement », sur un rapt. Le corps de la fille est « ravi » car la féminité est impossible à partager (le signifiant de la féminité est un signifiant forclos). On ne peut donc pas dire avec Freud et même avec le premier Lacan qu’il suffise de se régler sur la fonction paternelle pour régler ce ravage. Ainsi le point de vue freudien est-il transformé.
Aussi bien, la liberté qu’a une femme de pouvoir se situer dans la jouissance non phallique, sa liberté à l’égard du semblant a-t-elle comme contrepartie le ravage qu’elle subit de la relation à sa mère, de la relation à la jouissance Autre qui a habité la femme qu’est sa mère. Ici, la mère ravageante est celle qui lâche l’enfant. Lâcher, laisser tomber, ça ne veut pas dire nécessairement priver l’enfant de soins mais c’est laisser prévaloir une forme de silence absolu dans le rapport à celui-ci. Ce silence va au-delà même de paroles meurtrissantes et de toute signification. La fille est alors aux prises avec cette jouissance muette qui n’a pas d’inscription symbolique.
Il faudra donc que la fille, quand elle est névrosée et en analyse, fasse le partage entre ce en quoi elle a été prise dans les filets de cette jouissance de la mère en tant que femme, jouissance impossible à symboliser et ce en quoi elle y a répondu comme elle a pu, par renforcement de l’identification phallique parfois mais souvent par la mise en jeu d’un circuit pulsionnel mortifiant, effet d’un surmoi, essentiellement féminin. À charge alors pour celle-ci de faire « se réfuter, s’inconsister, s’indécider, s’indémontrer »(20) les dits terribles de ce surmoi, de départager pour inventer le désir qui l’habite. C’est là sans doute une des difficultés les plus aigues de fin d’analyse pour une femme et l’analyste a à supporter ce que cet affrontement à la jouissance la plus sombre comporte parfois d’insoutenable pour le sujet.

« Tu m’as satisfaite  petit homme. Tu as compris, c’est ce qu’il fallait.  Va, d’étourdit il n’y en a pas de trop pour qu’il te revienne l’après  midit. Grâce à la main qui te répondra à ce qu’Antigone tu l’appelles, la  même qui peut te déchirer  de ce que j’en sphinge mon pas toute, tu  sauras même vers le soir te faire l’égal de Tiresias et comme lui, d’avoir fait l’Autre , deviner ce que je t’ai dit ».

C’est là surmoitié qui ne se surmoite pas si  facilement que la conscience universelle.

Ses dits ne sauraient se  compléter, se réfuter, s’inconsister,  s’indémontrer, s’indécider qu’à partir de ce qui ex-siste des voies de son dire.  

Dans sa conférence de 1932 sur la féminité, Freud conseillait : « si vous voulez en apprendre davantage sur la féminité, interrogez votre propre expérience, adressez-vous aux poètes ou attendez que la science soit en état de vous donner des renseignements plus approfondis et mieux coordonnés ». C’est dire sur quels bords aléatoires se situe la position féminine, jamais assurée de savoir faire avec une privation réelle de signifiant, privation qui est sa marque pourtant distinctive. Les femmes savent pourtant pallier cette difficulté en usant des ressources offertes par l’expérience millénaire, ou encore de la poésie faite par les hommes sur elles. Mais elles butent aujourd’hui sur la croyance que la science pourrait les aider à dire leur être et ne trouvent là qu’un être réduit à l’apparence ou à l’inverse elles espèrent, comme le font les petites filles, l’amour qui obvierait à la précarité du semblant. Peines (d’amour) perdues. Il revient à la psychanalyse de déjouer l’illusion de remèdes éphémères et de parier sur des accommodements aussi singuliers que le sont les femmes. Ceux-ci ne se cherchent, ne se forgent et ne se trouvent, au cas par cas, qu’à travers ce qui de la parole de celles-ci peut faire advenir un dire.

(1) Lacan J., « La science et la vérité », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 877.
(2) Lacan J., Le Séminaire, livre IV, La relation d’objet, Paris, Seuil, p. 153.
(3) Lacan J., « D’une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose », Écrits, op.cit., p. 557.
(4) Lacan J., Le Séminaire, livre V, Les Formations de l’inconscient, Paris, Seuil, 1998, p. 185.
(5) Lacan J., « Subversion du sujet et dialectique du désir », Écritsop.cit., p.822.
(6) Lacan J., « La signification du phallus », Écritsop.cit., p. 694.
(7) Lacan J., « L’étourdit », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 465.
(8) Lacan J., « Propos directifs pour un Congrès sur la sexualité féminine », Écritsop.cit., p. 733.
(9) Lacan J., « La signification du phallus », op. cit., p 695.
(10) Ibid., p. 694.
(11) Lacan J., Le Séminaire, Livre XIV, « La logique du fantasme » [1966-1967], leçon du 1er mars 1967, inédit.
(12) Lacan J., « Jeunesse de Gide ou la lettre et le désir », Écritsop.cit., p. 750.
(13) Lacan J., « Note sur l’enfant », Autres écrits, op. cit., p. 374.
(14) Lacan J., « Propos directifs pour un Congrès sur la sexualité féminine », op.cit., p. 730.
(15) Lacan J., Ibid.
(16) Lacan J., « La lettre volée », Écrits, op.cit., p 31
(17) Laurent Eric, « Positions féminines de l’être », Quarto, n°90, juin 2007, p. 28-33.
(18) Lacan J., Le Séminaire, Livre XX, Encore, Paris, Seuil, 1975, p. 68.
(19) Lacan J., « L’étourdit », op.cit., p 465.
(20) Ibid., p. 468.

http://www.causefreudienne.net/deux-notes-sur-la-feminite/

 

mercredi 8 août 2018 · 11h46

L’objet voix, extrait (Rose-Paule Vinciguerra)

Comment enfin dans l’analyse, le sujet est-il confronté à la voix ? C’est sous la forme d’une voix venant de l’Autre de la façon la plus radicale, sous la forme d’un « Que veux-tu ? » qu’il la rencontre, en fin d’analyse notamment. À partir de là, pour le sujet, pourra s’opérer un retournement sur lui-même faisant apparaître le point où sa jouissance la plus têtue insiste. Ce Che vuoi ?, dit Lacan, est l’ouvre-bouteille d’un flacon dont le contenu est à découvrir [46]. Dans l’analyse, ce Che vuoi ? va confronter le sujet à la béance du désir de l’Autre concernant son être, à celle de son propre désir en tant qu’Autre. Il renvoie au sujet sa propre demande sur son désir. Comme le héros de Cazotte [47], habité par une volonté de savoir, le sujet en analyse voit s’ouvrir la fenêtre de son fantasme et un sonore Che Vuoi ? le renvoie à ses rapports éprouvants et dangereux avec la jouissance.
 
Il faudra donc, en fin d’analyse, que le sujet confronté à cette question, reconnaisse le manque de garantie de l’Autre, pour que l’objet cause du désir puisse surgir. Ce manque de l’Autre et donc du sujet va s’incarner dans le moins phi de la castration et il devient alors possible au sujet de se repérer avec l’objet a comme perdu mais valant comme symbole du manque.
 
Concernant la voix, objet séparé du corps, c’est comme franchissement du vide de l’Autre qu’elle s’élève en fin d’analyse, dans ce qui s’éprouve de risque vivant. Comme Orphée revenant des Enfers, la voix, s’arrachant sur ce vide de l’Autre, franchit l’Achéron.
 
Ajoutons une remarque latérale : lors de son élaboration ultérieure, dans « L’étourdit » notamment [48], Lacan a avancé qu’en fin d’analyse, c’est surtout à la voix du surmoi en tant que féminin, à une jouissance au-delà de l’Œdipe que le sujet a à s’affronter. Le dire de la sphinge dans la prosopopée que Lacan invente est celui d’un surmoi que Lacan nomme « surmoitié ». En disant « Tu m’as satisfaite » [49], la sphinge invite l’humain à la rejoindre… par la castration réelle ou la mort [50]. C’est, en un sens, à cette jouissance non symbolisée, dont on ne peut rien dire, qu’un sujet est confronté en fin d’analyse.
 
Comment y faire obstacle ? En faisant « se réfuter, s’inconsister, s’indémontrer, s’indécider » ces dits de la sphinge, dit Lacan. En faisant notamment qu’ils apparaissent inconsistants, c’est-à-dire tels qu’on ne puisse leur répondre par oui ou par non, car l’exigence de consistance consiste à fermer l’inconscient.
 
Ces dits doivent aussi « se compléter ». Il y a là une difficulté. De quoi doivent-ils « se compléter » ? Sans doute d’un signifiant manquant jusqu’alors et qui soit susceptible de les déplacer ! C’est la tâche de l’interprétation de fournir ce signifiant qui fera « se compléter » les dits du surmoi. Et cela, précise Lacan, « à partir de ce qui ex-siste des voies de son dire ». Au-delà de ses dits, en effet, et à travers la voix du surmoi, le dire de la sphinge est « satisfais-moi ». Il va donc falloir savoir déchiffrer et deviner d’où s’origine ce dire du « satisfais-moi » enjoignant au sujet de rejoindre cette jouissance illimitée. À cette Autre jouissance, on ne peut que répondre : « il n’y a pas d’Autre de l’Autre ». Le dernier mot qui conviendrait à l’exigence de cet appel, personne ne peut le donner. Au « Jouis » du surmoi, on ne peut répondre que par « j’ouis ».
 
Ainsi, la fin de l’analyse témoignerait de la façon particulière dont chacun a su « faire taire » la voix inarticulée, ce point de jouissance « inassumable » au cœur de l’énonciation, d’une façon autre que par la voie du fantasme qui croit seulement qu’il s’en échappe.
 
La voix dont parle la psychanalyse n’est donc pas la voix modulée que l’on entend. Elle n’est pas en rapport à la musique mais en rapport à la parole, distincte des sonorités, articulée. Lorsqu’elle résonne dans le vide de l’Autre, c’est celle d’un sujet qui a su faire taire un « Viens » envoûtant et menaçant et prendre appui sur son propre dire en acte pour advenir. Ainsi, la voix peut-elle s’isoler comme « noyau de ce qui, du dire, fait parole » [51].
 
 
[46] Lacan J., « Subversion du sujet et dialectique du désir »,…
[47] Cf., Cazotte, Le diable amoureux, Paris, Gallimard,…
[48] Lacan J., « L’étourdit », Autres écrits, Paris, Le…
[49] Ibid.
[50] Laurent É, « Positions féminines de l’être », cours…
[51] Lacan J., D’un Autre à l’autre, op. cit., p. 351.
 
https://www.cairn.info/revue-la-cause-freudienne-2009-1-page-134.htm
 
mercredi 8 août 2018 · 11h53

l’amour surmoitié

Si on peut, en guise de conclusion, parler d’une «clinique» de l’amour 14 c’est du fait que l’amour ne se déploie pas exclusivement sous la bannière d’Éros, dans la «douce moitié» où le partenaire pourrait combler les aspirations narcissiques du sujet, mais, et plus fondamentalement, comme «surmoitié», – ainsi que Lacan le signale dans L’Étourdit : «C’est là surmoitié qui ne se surmoite pas si facilement que la conscience universelle». 15
 
Le Surmoi partenaire de l’Amour, Vicente Palomera, https://www.disparates.org/iota/wp-content/uploads/040.pdf
 
14. J’emploie l’expression introduite par François Leguil dans un conférence à Nantes, le 3 octobre 1987 : «La « clinique » de l’amour et la folie», Travaux 3, Groupe d’études de Nantes, 1988.
15. LACAN, J. «L’Étourdit», Scilicet n°4, Paris, 1973, p. 25.
mercredi 8 août 2018 · 18h25

les deux surmois

L’explication fait suite : le discours de la sphynge est celui du surmoi féminin. Lacan a posé, nous l’avons vu, l’inexistence du rapport sexuel entre deux moities qui seraient homme et femme; il pose ici l’existence de deux surmois, qu’il dénomme « surmoitiés » : d’une part, le surmoi homme, bien connu comme étant le surmoi paternel de Totem et Tabou, d’autre part le surmoi féminin décrit par la bouche de la sphynge. Celle-ci ordonne au « petit-homme » de la satisfaire, de la comprendre, puis de devenir Tirésias ; autrement dit, de devenir un ami, puis une femme, et de faire l’Autre. Tirésias, transformé en femme, est invité à cette place de l’Autre. L’invitation de la sphynge est celle du semblant, à savoir feindre d’être au-delà de la mesure phallique, et cela pour une jouissance supplémentaire, qui n’a rien à faire avec l’Autre barré. Cette jouissance-là est une jouissance sans représentation, en dehors du symbole phallique, une jouissance non symbolisée, non signifiantisée, non inscriptible en S (Abarré). Telle est ici présentée la jouissance dite féminine, totale et pure : c’est la jouissance de l’Autre, J(A). Voici ce qui est nouveau dans « L’Etourdit » : il existe une jouissance hors graphe. On peut constater que cette jouissance correspond à celle du père primitif. [Ilexistex.nonphix] est équivalent à [pastoutx.phi de x]. Notons que dans Encore, la jouissance féminine sera décrite comme jouissance supplémentaire, et la jouissance de l’Autre deviendra la jouissance de l’Autre sexe.
A cet endroit du texte de « L’étourdit », Lacan fait intervenir le psychanalyste. « Ces dits (du surmoi féminin) ne sauraient se compléter, se réfuter, s’inconsister, s’indémontrer, s’indécider qu’à partir de ce qui ex-siste des voies de son dire » : c’est-à-dire que ces dits soient marqué de la barre de la castration, ramené à S(Abarré). Eric Laurent en fait le commentaire suivant : par rapport à la demande de jouissance féminine, la fonction du psychanalyste est de restaurer le rapport au S(Abarré), au « il n’y pas d’Autre de l’Autre »; la place du psychanalyste est de répondre au surmoi féminin en le renvoyant « à la vraie logique de la position féminine qui est de dénoncer les semblants qui visent à toute consistance de l’Autre ». Notons que cette réponse permet la « patoutisation »…
 

La jouissance au fil de l’enseignement de Lacan, Jean-marie JADIN, Marcel RITTER

 
samedi 12 octobre 2024 · 06h09

de 2012 le perdu mois de mai + je vis dans un bureau de police

Sam., 12 oct. 24 , 06:09,

D’hier la journée encore passée sur l’ordinateur.

J’ai importé sur le blog les notes Evernote de 2012 et me suis lancée dans la relecture du mois de mai1 qu’arrivée en fin de journée, j’ai trouvé très maigre. Avec l’impression de n’en n’avoir rien ramené qui tienne le coup jusqu’à aujourd’hui, interrogeant probablement encore cette pratique persistante du carnet chez moi. J’ai cherché de quoi le nourrir davantage, mais n’ai même pas retrouvé de photo de ce mois-là. Probablement perdues me suis-je dit à regret. Et donc ce matin encore, me lève pleine d’angoisse, me proposant de vérifier dans mes emails si je ne trouverais pas d’autres traces écrites, d’autres dépôts écrits de ce mois disparu.

Il y a dans ce mois un rêve (du 11 mai) dont je n’ai rien retenu si ce n’est qu’un crime a lieu dans un bureau de police et que la police tarde à intervenir et un moment où je parle du fait que j’essaie d’être gentille avec Frédéric et de la façon dont l’opposition gentil/méchant aura pour moi réglé ma vie. Peut-être constamment réglé ma vie.

Je vis dans un bureau de police.

Tu vois?

Je soupçonnais alors « méchant » de ne valoir que comme signifiant.

C’est-à-dire de ne valoir que pour le lien de ses sonorités, vides de toute signification, avec certains événements « traumatiques » de ma vie : entendre des événements pour lesquels je ne dispose alors, je ne dispose d’abord, et peut-être à jamais, de moyens de l’insérer dans la trame narrative, significative de ma vie, auxquels donc je ne me lie que par le son, vide de signification (si cela peut faire explication de ce qu’est un signifiant, j’en doute), de ce que j’entends alors, de ce que j’entends au moment de l’événement.

Je ne suis plus si sûre aujourd’hui qu’il ne s’agisse que d’un lien signifiant, meaning : il me semble que ça s’est au contraire tout de suite chargé de significations, chargé de grandes missions significatrices, significationnelles, chargé de porter sur ce qui arrive et sur ce que je fais et sur ce que le monde fait une grille (courte), binaire, de significations : gentil/méchant. ou ou. ni ni. ou/et. etc. je pense que ça a donc à voir avec la sorte de surveillance constante où je suis de moi-même. la surveillance de moi-même et du monde, le bureau de police où j’habite où la police trop souvent cependant tarde à intervenir. car le fait est que la police n’intervient jamais, si je ne prends pas les choses en main, si je ne prends pas sur moi, la police n’intervient pas, bref, c’est à moi, de la faire, la police. n’est-ce pas là ce qui cherche à me régler, n’est-ce pas là que j’habite, dans un regard sur moi, un regard qui présume du regard que l’autre porte sur moi et qui conclut négativement, qui me condamne toujours. Il arrive que ce regard se reporte sur le monde.

la fonction première du langage: le jugement.

J’ai fait hier une recherche dans le blog, sur ce « signifiant », « méchant« , et je suis tombée sur une étrange assertion : méchante == le point d’où je me verrais « aimable par ma mère »…..

ma mère qui nous aimait même méchants. inconditionnellement. de là, j’aurais glissé à l’idée qu’elle nous aurait spécialement aimés méchants. pas de plus grand amour que d’aimer les méchants. ceux que personne n’aime. les réprouvés. (quand tout montre que c’est faux que tout le monde aime les méchants, les méchants sont aimés, les méchants ont furieusement tendance à être aimés, le fait est qu’il s’y acharnent, à se faire aimer, hors-la-loi).

Je ne sais à quoi je pensais alors.

Est-ce que je pensais à l’oncle Jean?

Qu’est-ce qu’aimer l’Autre méchant ?

Parfois aimer l’Autre méchant n’est-ce vouloir s’aimer soi ?

Il n’y a probablement pas moyen d’écrire ça logiquement.

Ici, « méchant » dans le blog: https://www.disparates.org/iota/tag/mechant/

Il y est également question des vrais méchants auxquels j’ai eu affaire, mais ça, je n’ai pas pu relire.

Tout ceci me fait penser à ce que j’ai écrit récemment sur la Palestine. Sur ma passion pour ce qui se passe en ce moment en Palestine. Sur la façon dont je me sentais bloquée (texte du 23 août, que je pensais avoir envoyé à Mi et que j’avais envoyé à JC). Et sur le malaise même où je me trouve dans cette obsession et dans ma position accusatrice. Est-ce comme ça qu’il faut le dire? Je n’arrive pas à dire le méchant, c’est celui-là.

Le pardon……

Il faut peut-être que je le ramène dans le blog. Peut-être avec tout ce qui concerne la Palestine. Mais, ça, ça veut dire m’embarquer dans… Après tout, ça fait maintenant un an…

Hier soir, encore une fois, très mal à l’idée de n’avoir « rien foutu » de la journée….

(Tu vois, combien de points d’urgence dans ce texte… de points où retourner voir, à travailler, à rapatrier dans le blog, d’images à chercher, etc, etc. etc. Et comme il n’y a pas le temps, comme le temps ne compte pas, ou bizarrement, dirait-on, car de mai, même perdu, mais de mai 2012, le rêve ramené parle encore aujourd’hui, parle mêmement, ou ne parle jamais qu’aujourd’hui, onze ans plus tard. )

  1. Je me retrouve en mai 2012, alors que m’étais promise il y a deux jours d’attaquer, enthousiaste, 2021…. ↩︎
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