suis sur le palier du grenier de la rue waelhem. une voix féminine me dit (parlant d’une chambre qui était ma chambre, d’adolescente) que « cette pièce a été vidée, doit le rester complètement, complètement vide, complètement nue, blanche » avec seulement au sol des coussins pour les personnes qu’elle y reçoit et que personne ne peut pénétrer, et surtout pas de sa famille, en dehors de l’office auquel elle est consacrée.

c’est très réel, et je me demande, à l’entendre, s’il n’y a pas chez moi aussi une pièce que je pourrais ainsi vider et consacrer à cet emploi.

palier ¤  grenier ¤ blanc ¤ mansarde

souvenirs, liens

quelques jours auparavant, soldes pour jules, une tente d’indien toute blanche parsemée à l’intérieur de coussins blancs sert de cabine d’essayage  aux enfants. je me dis que c’est très chouette. et ça plaît beaucoup à jules aussi.

La bataille de Wounded Knee – Jacques Muller, 1996, acrylique sur toile, 122*152

souvent mon père disait qu’il était un indien. un jour je lui dis que non, qu’il il n’était (même) pas un indien, ça le met dans une colère étonnante. colère aussi étonnante et forte que celle qui avait été la sienne quelques années auparavant, comme je refusais de débarrasser la table, et qu’il m’avait traitée, enragé, de « païenne ».

in-dien ¤  paiën-ne  ¤  colères du père

l’in-tranquillité du psychanalyste, journée  organisée par l’ecf, à laquelle je m’étais rendue la veille.

in-tranquillité

je raconte ce rêve en séance, et finit par dire  par que la pièce qui a été vidée, dont il est question dans le rêve, est un cabinet de psychanalyste – ce que le rêve même n’avoue pas. l’analyste conclut là-dessus d’un « Bon! » et se lève.

rêve 1er fév, night
dans le rêve, me réveille, interprète un texte crypté, lacanien : il faut faire une quadruple passe (4 passes comme 4 pattes, comme quadripode, comme 4×4), « réussir » 1  une quadruple passe, 2 premières, 2 suivantes (double double). l’une n’ayant rien à voir avec l’autre, chacune exploitant à sa façon quelque chose qui ne saurait être exploité d’aucune autre, l’une passe ne pouvant donc intégrer l’autre passe, chacune des passes étant indispensable. aucune ne venant compléter l’autre, chacune traitant de choses qu’aucun rapport ne peut lier, séparées donc. deux premières passes étant suivies, je crois, par deux autres. deux premières passes débutantes, 2 dernières passes concluantes…  afin comprends-je, dis-je, à l’école (ECF) de s’assurer que l’analyste puisse aussi bien y faire avec … qu’avec…. de l’analysant qui vient vers lui. s’agit-il d’un savoir y faire de l’analyste avec la jouissance, avec le désir ? je ne sais pas, ça y ressemble, un trop et un trop peu. rencontrer un trop et le faire passer au peigne, à la brosse d’un trop peu. me couche, dans le rêve, et rêve, rêve éveillé, pour m’endormir, que je l’ai fait, que j’ai fait ces 4 passes, que j’explique à l’école comment je les ai passées ces 4 passes. il y est question de la rencontre du style, et de l’apprentissage d’une sorte de polissage de ce style pour qu’il passe, ce que je prouve.
je me réveille pour de vrai en me répétant des prières en litanie pour faire barrage à quelque chose, à des phrases, des mots très désagréables, je cherche d’autres litanies, d’autres mots que ceux-là, me rends compte que ne dispose d’aucun texte que je connaisse par cœur, de cette façon. le rêve me revient, avec qq chose de l’ordre d’un « kat, kat, k » qui ne cesse de se répéter, que je ne cesse d’entendre, de faire tourner dans ma tête. je ne sais pas si je dois prendre un anxiolytique, je me lève pour écrire le rêve ici.

Notes:
  1. je mets les guillemets à « réussir » parce qu’hier géraldine m’expliquait comme … avait montré qu’une passe « ratée » était une passe réussie.  et au fond, ça résonne un peu avec la façon dont j’ai pu dire mon analyse ratée, et donc… « réussie ». enfin, dans ce cas-ci, c’est réussi (donc raté?) []

of the dream:

can i have une petite salade de tomates fraîches et une (soupe?) de po-man à partir de po-man?

chose,

elle a travaillé, travaillé. j’ai cassé mon ongle, celui de l’index de la main gauche, et ça ne se voit pas encore, parce qu’il tient encore un peu, et qu’il y a du vernis, 2 couches. de rouge à lèvres, aussi, 2 couches. elle, elle a joué avec les oreillers (seule au dortoir des filles. sotte, et ses larmes coulaient). nous, nous en avons trop. (moi l’amour, c’est à plat; je dis). (l’amour à plat, le bon départ, plaqué pour les verticales.) ne faites pas attention, n’essayez pas. elle m’épate. tenez. bises.

… (le point d’où) (pour memo)

– c’est une façon que j’ai de me voir (méchante).

(le point d’où le sujet se voit aimable. «[…] un autre mot lui permettant tout d’un coup de s’apercevoir différente, ce fameux « point d’où » , où elle se verrait différente, et que Lacan développait dans son Séminaire Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse*.»
* Lacan J., Le Séminaire, Livre XI, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Paris, Le Seuil, 1973, p. 132 et 211.)

Méchante – C’est certainement un point d’où je me vois aimable par ma mère. Un point de l ‘épreuve d’amour de ma mère.

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Catégorisé comme séances

dernière séance (sur l’oeuvre d’une vie)

sur « l’œuvre ». le mot n’est pas de moi, de l’a.

parfois, quand je veux écrire, tout se ferme. concernant ce qui se dit en séance, de plus en plus, ça se ferme. ça ne veut pas.

« Mais est-ce que vous ne me parlez pas de l’oeuvre? Est-ce qu’il ne s’agit pas d’une définition de l’oeuvre, exactement ? » Je dis « oui ». Je dis « oui, oui… » Je suis étonnée. En pensée, j’ajoute que probablement s’il fallait mettre un mot sur ce que je viens de dire, ce serait celui-là. Fin de séance, il ajoute encore, l’a., enfin, je ne me souviens plus des termes exacts : « Il ne faut pas renoncer à l’œuvre, jamais ». « Il ne faut pas en rabattre sur l’œuvre. »

(Ce mot!)

Qu’avais-je dit? J’avais posé la question de ma mort, de ce qui se passerait. Non, j’avais évoqué la possibilité que la mort survienne prochainement, et alors, j’aurais pu en penser quoi, de ma vie, à cet instant-là? Ce n’étaient pas les mots, les miens étaient plein de points de suspension. Bien plus pleins de trous. J’avais évoqué la possibilité d’une autre mort, d’un autre moment, où, oui, j’aurais pu me dire, c’est bien, c’est bon, c’est ok.

Je lui avais parlé de ce qu’il m’est arrivé de ressentir au cours des périodes où j’écrivais. Ces moment-là où je me rapproche probablement le plus de ce que j’attends idéalement de moi. Il y a eu des périodes de ma vie, des périodes d’écriture dans ma vie, où j’avais le sentiment, très exceptionnel, unique, de faire ce que je devais. Que c’était cette chose-là, aucune autre. (Ce que ça procure comme sensation, comme sentiment. La différence est absolue, avec tout ce que j’ai pu connaiître).

(tout à l’heure dans la rue, j’ai pensé que le plus difficile à admettre, c’était la solitude, la solitude avec tout ce qu’on vit. la solitude complète. le blog m’a donné l’illusion de croire à la possibilité que cette solitude soit rompue. à une transmission intégrale de ce que je vivais.)

et puis, lui, qui vient avec ce presque gros mot-là, de l’œuvre.

malgré la difficulté, je veux écrire sur ce qui se dit en séance, parce que c’est important. c’est très important.

j’ai des difficultés avec les valeurs. les mots pleins de ces valeurs.

il m’est arrivé cette semaine de penser qu’il ne fallait plus perpétuellement les interroger. qu’il ne fallait plus perpétuellement penser devoir les remettre en cause. il y a des choses qui sont comme elles sont et c’est comme ça. qui sont comme ça pour moi, et c’est comme ça. je pense que f. et moi vivons trop dans la remise en question.

je ne sais pas si ça a un rapport, mais pendant toute la séance, je pensais à cette expression de Lacan : « céder sur son désir ». est-ce que je suis quelqu’un qui pourrait céder sur son désir ? (est-ce que ça a à voir avec le fait que je ne « croie plus en rien ». est-ce que « ne plus croire en rien » ou se croire devoir toujours réinterroger tout ce qui pourrait m’apparaître comme « grand mot », est-ce que ça a à voir avec le fait de « céder sur son désir » ?)

on ne saurait tout le temps interroger tout, puisque simplement on ne sait, ne saurait tout le temps tout. (parfois ne reste que le reste de ce que l’on a su, et c’est suffisant.) il y a, y aurait un temps pour le savoir d’une chose. une chose a son moment de savoir (moins son temps pour comprendre, quoique, que son instant de voir).

pendant la séance je parle de cette chanson de je-ne-sais-plus-qui qui dit « … au fond, je voudrais être juste quelqu’un de bien, quelqu’un de bien, sans grand destin, une amie à qui l’on tient… » comment cette petite chanson m’a émue aux larmes. et comment, à certains égards, cette chanson ne voudrait-elle pas dire : « je voudrais pouvoir céder sur mon désir à mon aise, vivre sans faire de vague, « dire bonjour à la boulangère ». et que ça soit suffisant. »

c’est difficile pour moi de penser qu’il pourrait y avoir des choses qui auraient moins de valeur. c’est très difficile. (je crois que j’ai un analyste qui pourrait donner une définition du mot « valeur ». je pense que j’ai un analyste qui n’a renoncé à la définition d’aucun mot.)

phrase facile : on pourrait faire des petites choses, sa grande œuvre. exactement, phrase facile. le genre de facilité que je m’accorde difficilement.

nous vivons une époque sans majuscule. où les phrases ont perdu leurs majuscules. comme je l’ai dit des milliards de fois, une époque de la pulsion, où tout se vaut, une époque du n’importe quoi, du spectacle, de l’objet. je l’ai dit des milliards de fois. (tiens, je me demande si les Allemands, eux, cessent de mettre des majuscule à chaque substantif…) Les majuscules d’entrée de jeu, d’annonce. d’annonce, de rupture. (la parenthèse, ça serait le contraire de la rupture, c’est la continuité, l’ajout, l’accumulation, le petit truc en plus. je n’ai rien contre. c’est l’ajout d’une voix aussi. d’une différence de ton.)

à propos des blogs, à propos de ce qui m’est arrivé pendant que j’essayais de faire un blog, la subversion de mon rapport à l’écriture, je dis : « c’est la faute à la psychanalyse». c’est faux. (la psychanalyse qui a décrété, qui aurait mis ça en place : « quoique tu diras sur le divan, c’est de l’or. Quoique tu dises, n’importe quoi, il en ressortira toujours quelque chose.) c’est faux, ce n’est pas la faute à la psychanalyse. la psychanalyse a tiré bénéfice de la montée sur scène du n’importe quoi. la psychanalyse, historiquement, ça se situe dans le prolongement de ce que le « Dieu (majuscule) est mort » nietzschéen résume parfaitement.

Notre interprétation, c’est le processus de fabrication même…

« Nous ne détournons pas les objets, en assénant un point de vue, ou en les interprétant d’une manière supposée artistique, nous ne faisons que reproduire l’objet, comme de l’artisanat, poursuit Fischli. Notre interprétation, c’est le processus de fabrication même ; nous prenons notre temps, ou plutôt perdons notre temps, à imiter ces objets manufacturés. Et nous rendons un peu de valeur à quelque chose qui n’en aurait pas normalement. Notre idée est de restituer sa dignité au gobelet en plastique. »
Libération, « Fischli et Weiss – Le parti pris des choses », Jeudi 22 février 2007 (Autour de l’exposition « Fleurs et question », au musée d’Art moderne de la Ville de Paris)

ça me touche, oui. est-ce que je n’ai pas écrit, ici-même, que je voulais lui rendre sa dignité, à la vaisselle?

Le paysage nous englobe et nous repousse à la fois, nous laissant anéantis sur son seuil, comme vidés de notre propre substance humaine.

« Enfant, lorsque, en vacances, je regardais un coucher de soleil, j’étais pris immédiatement à la gorge par l’angoisse la plus douloureuse. J’ai compris plus tard que c’était mon rapport avec la mort, la perte du corps . […] Le paysage est tout pour moi, parce qu’il est, après le mamelon maternel, la deuxième attache identitaire. Le reste vient après. […] Dans mes romans, je ne décris jamais le paysage, parce que, j’en suis convaincu, on ne peut pas le faire. Tu peux parler de ce qu’on ressent, mais notre langue n’a pas les moyens de rendre ce qu’on voit. Le paysage nous englobe et nous repousse à la fois, nous laissant anéantis sur son seuil, comme vidés de notre propre substance humaine. »
Extrait d’une interview de Girogio Todde, écrivain sarde, dans Libération, 22 février 2007

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