
J’ai été seule
Avec le nom
Qui s’est détaché de moi
Comme un bouchon qui ne tient plus
Qui ne bouche pas
Et saute sous les remontées
Des canalisations engorgées
C’est une façon que j’ai eue
D’être seule
J’ai parfois dû racheter le bouchon perdu
Ou je l’ai emprunté ou je l’ai volé
Il ne tient toujours pas
Embouchure abîmée, usée
Je le garde à la main
Serré dans les phalanges
Je l’attache à une chaîne
Une chaînette
Que j’ancre à la langue
Ou au nombril
Il arrive encore que des vents l’arrachent
Des tourbillons étourdissants
C’est pourquoi je tiens en réserve quelques bouchons de rechange
Glanés, mal adaptés, dont j’ai un peu honte.
Pour le cas où
Et qui ne sont pas de la bonne marque
Ma marque n’est qu’un souvenir, je crois
Que je cherche seule et distraite. Éparpillée.
Au bas des lettres, j’écris mon nom.
Paris, Les Oiseaux, sam. 12 juillet 2025, 12:42
(publié sur FB le 15 juillet)