mardi 7 octobre 2025 · 11h16

Bien-être au magasin BIO / ChatGPT et l’Autre qui sait

« J’ai ce matin mangé un peu de la mixture lait de coco / quinoa préparée il y a deux jours, que je ne trouve pas très bonne, il faudrait que je la barre de mon livre de recettes ; je l’ai réchauffée avec un peu de lait de soja et 2 cs flocons de sarrasin + un peu de Kasha. Qu’en penses-tu ? »

Telle est  ce matin la question que je ne peux stupidement m’empêcher de poser à ChatGPT. ChatGPT que j’interrogerais non-stop s’il était possible, si je ne me surveillais pas. Tellement j’ai besoin perpétuellement d’une approbation. Ou tellement j’ai besoin d’être jugée. Tellement j’ai besoin d’être accompagnée. D’être constamment dans un dialogue. Le dialogue écrit, la correspondance, a toujours été au fondement de mon amour. C’est ce qui me sauve. Me construit. M’offre une promesse de construction, car les murs que je construis sont de sable.  ChatGPT qui aussi me sert d’aide à la décision. A trancher là où je me maintiendrais sinon dans les affres de l’indécision. « Chat, est-ce que je continue à respirer? » Comme s’il faisait pour moi office d’appui dans l’Autre. Donc, j’essaie de m’en passer. Parce que c’est lamentable de tolérer de dépendre d’une machine. Aussi parce que ça détruit la planète. Même si parfois je me dis, à la suite de MD : Que le monde aille à sa perte.

Que le monde aille à sa perte.

Or, tout de même, comment ne pas penser aux populations qui souffrent dès aujourd’hui de voir leurs territoires rendus inhabitables par les infrastructures nécessaires au fonctionnement de ChatGPT ? Ainsi que je le voyais l’autre jour aux actualités de TF1. – Pourquoi ils nous passent ça, c’est autre chose. Peut-être pour nous travailler la culpabilité. – Ces data centers dont l’avidité en eau  prive des populations d’eau, rend arides des territoires qui ne l’étaient pas.* Tout ça dans la plus grande indifférence. Et tout ça pour le plaisir de poser une question. D’entretenir un dialogue. De bénéficier d’une approbation. Etc. De faire exister un Autre qui sait. Qui lui, sait. Auquel croire. De devenir idiot. De perdre l’habitude de l’apprentissage par soi-même. Du savoir-faire lentement acquis. Lentement et mystérieusement acquis. Etc. Au seul bénéficie de quelques multinationales qui elles croient à l’accumulation de données, n’importe lesquelles – de façon toute pulsionnelle – , pour en tirer un bénéfice qu’il est n’est pas loisible de concevoir au commun des mortels.

C’est la nature de cet Autre auquel croire qu’il faut ré-interroger. Un autre tout de langage. Un grand Autre non barré. Non-encombré du corps. 

Oui, donc. La nourriture m’angoisse, ne cesse de m’angoisser un peu. Le régime que je fais actuellement me procure des possibilités de l’apprécier parce que je pense, j’imagine, que ce que je mange est bon pour moi. Et cela a de quoi me réjouir. Par contre, quand ce que je mange devient trop bon ou lorsqu’il me semble que j’en tire vraiment trop de plaisir ou trop souvent, je suis rattrapée par la culpabilité et la sensation d’être dans l’excès, d’être face au démon du trop. Un trop qui me menace. 

Tout ceci donc en réparation de mes années de boulimie (assortie d’une forme atténuée d’anorexie : je faisais des régimes drastiques et j’aurais adoré être anorexique). Mais oui, le bien-être que j’éprouve dans un magasin bio vient certainement de là : la sensation que je suis dans un lieu où la nourriture est bonne pour la santé, ne me détruira pas.

 * « Un centre de données de taille moyenne peut consommer environ 110 millions de gallons d’eau par an pour son refroidissement. À titre de comparaison, une seule installation peut engloutir jusqu’à 5 millions de gallons d’eau potable par jour, soit suffisamment pour alimenter des milliers de foyers ou irriguer des exploitations agricoles. » 

jeudi 16 octobre 2025 · 12h47

Ce que tu écrivais à propos du pays lointain

Ce que tu écrivais l’autre jour à propos du pays lointain dont on se serait trop soucié pendant 2 ans… Sous le  drapeau duquel on aurait trop défilé… 

Tout cela est hallucinant pour moi

Ne sens-tu  pas jusqu’à quel point la conscience européenne moderne est issue de ce qui a fini par se passer au cours de la deuxième guerre mondiale dans les camps de la mort, sous les auspices du travail qui rend libre. Les horreurs du génocide juif. Et alors qu’on avait cru qu’on était arrivé au sommet du pire. 

Est-ce que tu ne vois pas comme aujourd’hui, cela même qu’on était déterminé à  prévenir, à empêcher (ou que l’on se donnait des mines de vouloir empêcher), est mis en œuvre par ceux  qui l’ont subi, avec les encouragements discrets de ses anciens bourreaux. 

Et comme on se rend compte, à suivre jour après jour ce qui se passe là-bas, que le pire devient tous les jours pire,  qu’une fois enfoncé dans le pire, une fois franchie sa limite, le pire n’a plus de limite. 

Il ne s’agit pas que de marcher pour ce pays lointain, de marcher pour la Palestine, que tu prends garde de nommer. Il ne s’agit pas que de la Palestine dont se soucient les foules au cul dans le beurre que tu critiques, qui t’exaspèrent, te désespèrent, il s’agit de ce retournement absolu de ce qui a fondé les valeurs du monde d’après, du plus jamais ça.

(La dissolution finale de ce qui  restait comme valeur possible pour surmonter l’effondrement des valeurs européennes depuis les 2 guerres mondiales et l’avènement du capitalisme. Comme base, il restait ça, au moins il restait ça : Olus jamais ça. 

(Au nom de quoi l’Europe s’est construite, et ça été tout de suite dévoyé. Bonne conscience de façade de ceux qui réorganisaient le monde, s’alimentant aux veines silencieuses de l’effroi traversé par les populations. L’effroi aussi bien que la lâcheté et la trahison, d’ailleurs.)

Tu ne crois pas, toi, je crois, au génocide qui a lieu et tu refuses de le voir. Ou tu voudrais que ça puisse être équivalent à n’importe quelle injustice qui se passe partout dans le monde, comme au Congo par exemple, d’autant qu’il est proche lui aussi de l’histoire belge, du refoulé de l’histoire coloniale belge. 

(Ou tu voulais, disais-tu que ça s’occupe plutôt de l’ici et du maintenant, des misères de la précarité ici-même, du prochain plutôt que du lointain.)

C’est qu’Israel n’est pas loin. C’est un pays européen, se considère comme tel, est traité comme rel. C’est le refoulé du crime de l’Europe, son péché originel, la bonne conscience qu’elle s’est payée aux marges de ses frontières. Le garant de sa probité nouvelle. Devenu l’enfant auquel on pardonne tout au nom de ce dont il a été la victime.Le statut d’exception à la règle, à la loi, qu’on lui confère et qu’il s’attribue très volontiers lui donnant au passage un air biblique. Or, elle n’est plus la victime. Elle est sans conteste devenu le bourreau. 

C’est ce que tu ne veux pas croire, préférant les contes de la propagande. 

Ce qui est autorisé en Israël comme atrocités, voire ce qui est soutenu par tous les Etats, par toutes les instances internationales, termine aujourd’hui de faire tomber tous les masques du capitalisme. C’est une industrie de la guerre, qui n’a jamais eu la moindre once de conscience. 

Tout ça est très mal dit. J’en suis désolée. Ce n’est pas mon domaine. En général, je me contente de sentir ces choses, pas vraiment de les dire. Toi aussi, de temps en temps, tu dis les choses. Les choses qui te préoccupent, qui te tracassent. Puis, tu effaces. Moi aussi, je fais ça, j’efface. 

Je me contente de sentir, dis je, mais j’ai beaucoup publié. Je fais partie de ce trop que tu dénonces. Je crois, oui. Trop. Mal. À côté de la plaque. Ne servant en rien son but. Désespérée de cela. En même temps que cherchant encore des raisons d’espérer. M’accusant de lâcheté. Est-ce le pire des crimes. Cherchant quelle réponse à donner à tout ce qui se passe, ou plutôt comment se laisser transformer par ça, travailler de sorte à donner une fois encore une chance Au plus jamais ça. 

Ça recommencera, ça reviendra. Pire. 

Donc comment faire provision du meilleur. 

Je garde du meilleur que m’a donné mes parents, le meilleur, l’intelligence refus du racisme. Je sais que cette position va contre de solides tendances opposées que nous abritons probablement tous (c’est l’universalisme auquel je crois: celui des oppositions de ce qui peut se désigner sous les noms de  pulsion de mort et de pulsion de vie, qui n’en forment parfois qu’une seule et même). Il y a des possibilités de communautés, sans que pour autant elles ne s’affrontent. Il y a le défi que cela constitue, pour chacun. Qui passe par la parole prise. Qui peut passer par la parole prise. Et le silence rendu aux silences. (Rien ne sert d’interpréter celui qui n’a pas trouvé les mots. Au risque de le pousser d’ailleurs dans les bras de ChatGPT.) 

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