Donc, hier. Non, aujourd’hui d’abord. Là, je suis donc à Bruxelles. Il y a trop de musique dehors, à l’extérieur, qu’on entend très fort dans la maison. Il fait très beau, mais on ne peut pas ouvrir la fenêtre. Ou alors il faudrait tolérer, accepter, accueillir cette musique. Hier, quand j’arrive à Saint Jean, je trouve ma mère très calme, très très calme. Elle me regarde, elle me prend la main, puis Jean-François arrive. Elle nous regarde, Jean-François lui donne le tiramisu qu’il a apporté. Elle mange bien sagement. Elle ne dit rien. Le repas du soir arrive. Les tartines, je me lève. Je lui fais ses tartines, debout. Elle a hâte de les attraper. Je lui fais une assiette comme la veille. Elle picore les petits bouts, un à un. Rapidement, avidement, trop vite. Je crois que je me suis posé des questions à propos de la boisson. Il n’y avait pas d’épaississant, j’ai cherché l’infirmier. J’ai cherché à parler à quelqu’un, on nous a ramené un peu d’épaississant, je l’ai ajouté au café. J’ai demandé à Jean-François de l’ajouter au café pendant que je faisais la deuxième paire de tartines. J’ai essayé de lui donner du café, c’était pas concluant, pas très concluant, quelques gorgées. J’ai demandé un gobelet à bec verseur, on l’a reçu. On nous a recommandé de ne pas le remettre sur le plateau, mais de le déposer sur la table en nous disant qu’on le nettoierait et que ce serait le sien. On nous a dit aussi que des commandes avaient été faites pour de l’eau gélifiée, je crois, ou de l’épaississant, mais qui n’était pas encore, que ça arriverait en début de semaine prochaine, demain, donc mardi. J’ai mis le café épaissi dans le gobelet avec verseur, Le premier essai, c’était trop rapide, ça l’a fait tousser. Ensuite j’y étais plus doucement et ça a bien marché. Elle n’aspire plus du tout. Je lui dépose dans la bouche et lentement, elle avale.
Ensuite, j’ai proposé, et mal m’en a pris, un petit gâteau, une madeleine, aux personnes qui sont là pour la voisine de chambre de maman. Elles ont refusé, mais en échange, elles ont proposé un petit gâteau marocain. Et comme maman adorait ça avant et en mangeait beaucoup, je l’ai pris, en leur demandant si ce n’était pas trop dur, elles m’ont dit que non, non, que ça fondait dans la bouche. Maman l’a pris et tout de suite, elle a fait une moue, et elle s’est mise à tousser terriblement fort. C’était très désagréable à voir. Elle a continué à tousser assez longtemps. Une personne m’a conseillé de lui donner à boire. J’ai essayé, elle a recraché, c’était affreux, tout le café, c’ est ressorti, ça a giclé hors de sa bouche. Elle a continué à tousser, toute seule. Je veux dire qu’il n’y avait pas de regard vers nous, elle le subissait. Elle ne nous appelait pas au secours. Elle toussait. J’ai été voir l’infirmier. Il est venu nous voir. Il a dit que ça allait fondre dans sa gorge et que ça allait passer. Il est reparti. Il est reparti.
Ensuite, elle avait tout de même cet air inquiet, fatigué, et puis de nouvelles quintes de tout. Là, la voisine, enfin une des visiteuses, nous a dit que, ah non, ça c’est après que Jean-François soit parti, en fait, que c’est arrivé, Jean-François est donc parti, et puis maman a recommencé à tousser, la voisine a dit que la veille aussi, elle avait toussé beaucoup, Je suis retournée chercher l’infirmier qui m’a assuré que ça allait passer, en lui demandant si on ne pouvait pas lui donner quelque chose, comme un sirop pour la gorge, n’importe quoi qui adoucisse. Il a dit, il faut attendre, ne vous en faites pas. C’était très désagréable tout ça. Donc là, bon, c’était compris, hein. Il ne faut plus rien lui donner qui ne soit très mou. Elle s’endormait, je crois. Elle me prenait la main, elle s’endormait. Je me décidais à partir. Il était six heures et demie. Quelqu’un est venu, alors, ah oui, je ne sais plus très bien, quelqu’un est venu pour la changer, je crois, mais en fait c’était pendant que j’étais partie à l’infirmerie, et quand je suis revenue on m’a demandé d’attendre à l’extérieur, parce qu’on la changeait, ça a duré longtemps, j’entendais maman qui geignait, tous les occupants de la chambre avaient été mis dehors. J’entendais maman. La personne qui s’occupait de son change est sortie de la chambre en disant « ça va durer un peu ». Elle sortait chercher des draps, je pense, des draps propres, puis elle est revenue. Ça a duré en effet assez longtemps, jusqu’à ce que cette personne ressorte de la chambre et me demande si je pouvais venir l’aider. J’en étais heureuse. Maman était petite et faible. Elle me regardait et c’était bien agréable de voir qu’elle me reconnaissait On l’a manipulée, on la tournait sur le côté. Elle s’accrochait à moi. La personne qui s’occupait d’elle, j’essaye de revoir son visage dont je ne dirai rien, je pense, parce que je ne suis pas forte à décrire les visages, elle parlait flamand et français, les deux. Très douce. Noire, des lèvres épaisses, peut-être un peu rondes, plus petites que moi. Je pouvais parler à maman, on la tournait dans un sens, dans l’autre, enlever les tuyaux, remettre les tuyaux. C’était bien. Elle se calmait. Elle était dans un… Il y a eu des moments, oui, elle paraissait en fait très effrayée. Effrayée, oui. Épuisée. Et puis rassurée. Nous essayons de la rassurer le plus possible, tant que possible. Je ne sais pas pourquoi j’écris cela. Peut-être pour justifier mon inquiétude, mes inquiétudes. L’infirmière donc qui s’occupait de son change est partie me disant qu’elle reviendrait plus tard, qu’il fallait pour terminer la mise au lit, la remettre droite dans le lit, etc, elle était bien là, et pour qu’elle puisse se reposer, elle paraissait vraiment épuisée. Nous sommes restés assez longtemps ensemble. Elle a cherché mes mains et on est restées comme ça là. J’ai encore cherché la musique qu’on nous écoutions ensemble à la maison de repos, mais je ne l’ai pas trouvée. Je m’en veux, c’est ma mémoire. J’ai essayé Vivaldi, c’était pas ça. Ben non, mais je savais que c’était pas ça, mais disons que ça. Voilà. Puis j’ai vu petit à petit que elle s’endormait de plus en plus, qu’elle ronflait. Je me suis dit, je dois partir, mais j’avais envie de rester., que j’étais inquiète, j’avais envie d’être avec elle, j’étais inquiète et je ne savais pas si c’est mon caractère, qui s’attend toujours au pire, ou s’il y avait réellement lieu de s’inquiéter. Oui, je me souviens qu’en partant, j’ai vu l’infirmier et j’ai dit « — Ah, je suis quand même inquiète… — Mais non, mais non. » Mais bon, cet infirmier ne la connaît pas. C’est un infirmier volant. Il ne l’avait pas vu la veille, l’avant-veille. Il y a deux jours, elle parlait, elle parlait beaucoup. Hier, elle parlait déjà moins et aujourd’hui, plus rien. C’est ça. Mais elle mange, donc il faut s’accrocher à ça. Voilà. A quoi sert d’écrire ça. Plus tard dans la soirée, j’ai hésité à… J’ai dit à Frédéric et à Jules que c’était moins bien. J’ai encore dit à Jean-François que je pensais que c’était quand même moins bien. Et plus tard dans la soirée, j’ai dit à mes deux frères, donc à tous les deux, que j’étais tout de même inquiète. Voilà.
Ensuite, cette nuit, il est arrivé ce drôle de truc. Je me suis réveillée. J’avais un énorme poids sur la poitrine, enfin dans la poitrine. Un énorme poids. J’avais l’impression de m’enfoncer dans le lit, que je ne pouvais plus me relever. Un point douloureux au milieu de la poitrine, qui me traversait toute la poitrine. Je me suis dis, mais qu’est-ce qui m’arrive là ? J’ai essayé de me détendre. Finalement, j’ai quand même consulté chatGPT qui me dit, il faut tout de suite appeler les urgences. Oui, c’était une douleur irradiante. Oui, c’était une douleur qui irradiait comme ça. Il faut tout de suite appeler les urgences. Mais je n’en avais pas du tout envie, vraiment pas envie, surtout à cause de ma mère, je ne vois pas que je puisse être malade maintenant, je voulais pouvoir aller, enfin non, ce n’est pas possible, donc je me disais non, je ne vois pas comment ça peut se combiner, je ne peux pas faire un examen cardiaque, ce n’est pas possible. Donc je me suis dit, je vais essayer de me calmer le plus possible. Je n’étais pas du tout agitée, je ne suis pas du tout agitée pour le moment, je suis très calme. C’était douloureux et puis il y avait aussi ces douleurs dans les bras, mais c’était dans les deux bras. Et puis la douleur au niveau de la poitrine, elle est partie vers la droite. Au niveau de… Presque au niveau de la… Comment est-ce qu’on appelle ça ? Il y a les épaules, et à l’arrière, on a des petites ailes comme ça, comme un plat. Juste à la pointe de ça, l’omoplate, voilà, ça s’est déplacé de ce côté-là. Alors je me suis dit, c’est à droite, ça ne peut pas être cardiaque. Et je savais que les douleurs que je ressentais dans les bras et au bout des pieds, c’était lié à un problème cervical que j’ai parfois, régulièrement. J’ai eu une grosse hernie discale et de temps en temps, ça ressort… Je pense que c’est dû au fait que j’ai marché trop, avec trop de poids à l’épaule en allant chez ma mère, voilà. Donc je me suis dit Non, non, non, ça c’est mes cervicales, c’est pas la douleur irradiante dans le bras dont on parle pour les problèmes cardiaques. Ça, j’en étais sûre. Et finalement, ben voilà, je me suis rendormie, je me suis rendormie jusqu’à 7h et j’avais toujours une douleur légère à la poitrine. J’ai fait des recherches, voilà, de nouveau, chat GPT, ça ne donnait rien d’intéressant à part aller à l’hôpital. Et j’ai fait une recherche dans Google. Et finalement, j’ai quand même interrogé l’IA de Google et ça m’a donné, à mon avis, le bon résultat, le bon diagnostic. Même si le premier truc, c’était « Allez-y, à l’hôpital ». Mais non, c’est certainement une « angine cervicale ». Et ça, c’est lié au problème de cervicale et… ça provoque tous les symptômes de l’angor, voilà, que je connais à cause de mon père. Et donc là, j’étais totalement rassurée et soulagée, parce que je me suis dit, c’est ça, il faut juste faire en sorte que… De pas… Faire en sorte que… Comment dire… De pas amplifier cette… Enfin de soigner cette inflammation, ce problème inflammatoire pour le moment. Et donc… Faire ce qu’il faut. Bouger, etc. Voilà. Et… Voilà, j’étais tout à fait rassurée et de nouveau… Voilà, voilà.