dear christine comme tu as vu le temps comme il passe
c’était il y a deux ans que je t’écrivais le plus dernièrement
j’ai regardé hier, et aimé, et aimé, ai aimé, ton « émission » chez François Bon, sur ton Marginalia Woolf
tout était bien. et bien au delà.
tu n’es plus sur Bluesky?
Si, tu y es encore mais ne publies plus.
Si tu en as le temps, tu me dis un mot, ou tu me redis, pourquoi, comment, tu as quitté, quitté, les réseaux sociaux?
Comment tu t’es échappée? As pris tes quartiers ?
Est-ce la peur de la dispersion ?
Dans ton blog , tu écris des blocs. des blocs bien concentrés. Est-ce important, cette forme que tu respectes? Je le crois.
J’ai appris les blocs par les ateliers tiers livres. je ne les aimais pas, pratiquais pas du tout. jusqu’à ce que j’entende je ne sais plus qui, son nom, la rousse — Françoise ! Françoise ! — parler de l’insupportabilité et de l’immaturité des constants sauts à la lignes que j’aimais tant, et réclamer Des blocs, des blocs, c’est des blocs que nous voulons et nous voulons encore. Or, depuis que je lis, presque, depuis que je lis une écriture qui parlait à la possibilité d’une femme qui écrit en moi, depuis Duras (songe à une page de Duras, vois, que vois-tu? ), écrire, ça a été ça : c’est devenu ça : tracer, précautionneusement, lentement, solennellement, dans le temps du temps, (faire apparaître) des mots, sur une page et faire, résonner, une voix. découvrir l’écriture, la phrase, dégager pour elle l’espace, autour d’elle, etcaetera. oui, l’ouverture à l’espace et au silence.
avec les ateliers donc, il a commencé à m’arriver de tenter les blocs, et l’enfoncement dans les blocs. les blocs, en vérité, correspondent bien davantage, au mode, souvent de mes pensées, surtout au lever du jour, à leur concentration, à leur opacité. et je ré-entends Françoise en parler, et je ré-entends mes objections (non-formulées), mais je comprends alors, je compris, ce qu’elle visait : la lecture, la prise dans la lecture, la page, l’enfoncement dans la forêt. ce qui arrive avec un livre, sans même qu’on s’en aperçoive. Et qui me paraît plus difficile à atteindre sur un écran. le bloc empêche l’apparition de la phrase, il poursuit, il exige la poursuite. et peut-être est-ce ce que tu cherches, ce plongeon, le matin, quand tu t’y mets, au jour, à la journée, est-ce ce que tu cherches, nous entraîner, nous prendre la main, que nous nous enfoncions, à ta sute, dans les sinuosités de ta pensée, de tes risques, sans trop de retours en arrière, sans fétichisation, dans un flux. ou poursuis-tu certain miracle d’une boucle qui se boucle? de ce qui advient quand on se laisse à écrire, quand on plonge, un peu à l’aveugle, BLIND, et qu’on suit, qu’on écoute, on poursuit le mot à venir, ignoré encore, jusqu’à ce soudain advienne, à bout de course, d’une course sans fatigue, soudainement, voilà, le retour, la fin, la fin du bloc, de l’envolée, de l’exercice.
j’ai moi-même, depuis, appris, le bloc. que mes lecteurs (l’un ou l’autre correspondant que j’épuise), d’ailleurs, me reprochent.
moi, je ne te le reproche pas, je discute.
et ce que je lis dans ton block note (que tu écris block, ck, en anglais), je m’y soumets, j’y consens volontiers, confiante en ta proposition, j’y vais, souvent m’accompagnant de la souris, je surligne le passage dans lequel je suis, trouvant des prises en ses briques.( surlignage qui n’est plus possible, dis-je au passage, quand le texte est pris dans une image).
j’y suis passée, moi aussi, au bloc. et chatgpt, auquel je m’étais un moment un peu addictée, et à qui je soumettais mes textes, histoire d’être moins seule, m’effilochait tout. je lui disais : tu ne penses qu’à l’écran.
c’est une forme, le bloc. (une unité en soi, non? qui déborde la phrase, le paragraphe même, où les mots s’amoncellent aussi comme des briques, de tailles différentes, rendant compte de leur insolubilité, loin de l’intelligence.) forme que tu trouves à manipuler, à prendre en main avec tes Virginalia, Marginalia, quelle splendide réussite, leur circulation, leurs agencements, quelles pages ! et quelle belle collaboration avec l’éditeur…
formidable françois Bon, qui lui aussi a trouvé sa forme, son mode, avec ces zooms, ces rencontres, ces ateliers, où s’exprime sa générosité, sa justesse.
y a t il un endroit où tu écris as écrit le chemin pris de ta solitude ?
enfin,
merci pour tout,
véronique









