3 mars 2012

Les animaux fantastiques

3 mars 2012, 12h54

les animaux fantastiques, rêve de cette nuit

une pièce qui comporte de très nombreux animaux, dont je me souviens seulement d’un ours brun. de cette pièce, de ces animaux qui vivent là en toute quiétude mais aussi en toute indifférence, je décide de m’occuper.

je les nourris, leur parle, circule entre eux. du coup, ils se réveillent. l’un ou l’autre s’échappe. ils se réveillent, ils se battent, ils se réveillent, l’un ou l’autre m’attaque.

un ours brun, deux loups blancs. l’un ou l’autre chien. un singe.

j’avais laissé des pots accrochés en hauteur, d’oiseaux, se dessécher complètement, je décide de les faire revivre également, or, lorsque je les arrose, ai-je mis trop d’eau, si cela leur permet de retrouver instantanément leur forme première, ils meurent malheureusement immédiatement après, en se dissipant, disparaissant complètement.  je ne sais pas s’il s’agit de papillons ou d’oiseaux, de tout petits oiseaux. je fais cela, essayer de les ranimer avec l’aide des autres animaux, les grands. cela nous inquiète, eux et moi.

parallèlement à cela, je fais des courses le matin, je vais à la poste. mon père et ma mère sont également présents, très présents dans ce rêve.

nb: au moment du réveil des animaux, je découvre l’ours brun étreignant, un peu à la façon dont peut le faire Chester, un énorme ours brun en peluche (l’ours de jules)

3 mars 2012, 18h16

les animaux fantastiques, d’où ils viennent, que je lisais hier soir, en m’endormant :

3 mars 20h16

« We are unwilling to spin out our thoughts into the phantasmes of sleep, making tables of cobwebs and wildernesses of handsome groves. Sans compter, ajoute-t-il pensivement, qu’Hippocrate, dans ses remarques sur l’insomnie, a si peu parlé du miracle des plantes que c’est à peine si l’on ose encore rêver du paradis, d’autant que dans notre pratique, nous nous préoccupons surtout des anomalies que la nature produit sans cesse, que ce soit sous forme d’excroissances maladives ou en mettant en œuvre les immenses ressources d’une inventivité à peine moins maladive, pour combler les lacunes de son atlas à l’aide de toutes sortes de figures grotesques. Notre étude actuelle de la nature tend en effet à la description d’un système en parfaite conformité avec un corps de lois ; et pourtant, c’est avec prédilection que notre œil se fixe sur les créatures qui se distinguent par leur forme abstruse ou par leur comportement aberrant. C’est ainsi que Brehm, dans son Thierleben, réserve déjà les places d’honneur au crocodile et au kangourou, au fourmilier, à l’armadille, à l’hippocampe et au pélican tandis que de nos jours, on verra éventuellement apparaître sur l’écran une armée de pingouins qui passent toute la nuit hivernale debout, dans les tempêtes glacées de l’Antarctique, l’œuf pondu pendant la saison plus clémente reposant sur leurs pattes. Dans cette sorte de programmes, dits Nature Watch ou Survival et réputés particulièrement instructifs, ce n’est évidemment pas le merle ordinaire qui se distingue le plus et l’on se retrouvera à observer plutôt quelque créature monstrueuse en période d’accouplement au fond du lac Baikal. Thomas Browne, de son côté, a été constamment détourné de l’étude de la ligne isomorphe du quinconce, invinciblement attiré par l’observation des phénomènes singuliers qui piquaient sa curiosité ou plongé dans la rédaction d’un vaste ouvrage de pathologie. On dit qu’il a longtemps hébergé un butor dans son cabinet de travail parce qu’il cherchait à comprendre comment ce volatile, d’aspect plutôt étrange au demeurant, produisait son cri reconnaissable entre tous, comparable aux sonorités les plus graves d’un basson, et dans son compendium, Pseudodoxia Epidemica, qui tend à faire table rase d’un ensemble de préjugés et de légendes largement répandues, il traite de toutes sortes de créatures, en partie réelles, en partie imaginaires, comme le caméléon, la salamandre, l’autruche, le griffon, le phénix, le basilic, la licorne et le serpent à deux têtes Amphisbaena. Si Browne réfute à juste titre l’existence de la plupart des créatures fabuleuses, il n’en reste pas moins vrai que la nature produit aussi des monstres bien réels dont l’existence avérée nous suggère que les bêtes inventées par nous ne sont peut-être pas uniquement des produits de l’imagination. Les descriptions de Browne prouvent en tout cas que les mutations naturelles, innombrables et défiant toute raison, mais aussi les chimères nées de notre pensée l’ont fasciné au même titre qu’elles fascineront, trois cents ans plus tard, Jorge Luis Borges, l’auteur du Libro de los sertes imaginarios dont la première version intégrale a paru à Buenos Aires, en 1967. Parmi les créatures fabuleuses répertoriées dans cet ouvrage et classées par ordre alphabétique, figure également, ainsi que je m’en suis aperçu il y a seulement peu de temps, le dénommé Baldanders dont Simplicius Simplicissimus fait la rencontre au sixième livre de l’histoire de sa vie. Baldanders se présente comme une statue de pierre gisant dans la forêt, sous l’aspect d’un vieux héros allemand habillé en militaire. Prenant soudain la parole, Baldanders affirme qu’il s’est tenu de tout temps, jour après jour, sans se faire connaître, au côté de Simplicius et qu’il ne le quittera que lorsque Simplicius, de son côté, sera redevenu ce qu’il a été à l’endroit d’où il vient. Puis Baldanders se métamorphose sous les yeux de Simplicius, prenant pour commencer la forme d’un scribe qui écrit les lignes suivantes :

« Je suis le commencement et la fin et j’existe en tout lieu. »

Après quoi

il devient successivement un grand chêne, un cochon, une saucisse à griller, une crotte de paysan, un champ de trèfle, une fleur blanche, un mûrier et un tapis de soie. »

Winfried Georg Maximilian Sebald, Les anneaux de Saturne

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