30 août 2012

carla et la souplesse

comment le dire, ce rêve, et que je ne m’en sois pas étonnée plus tôt ( non, je m’en suis étonnée plus tôt, mais je ne me suis pas encore formulé cet étonnement)…

je revenais de voir ma mère hospitalisée, il y avait eu ce drame des toiles aussi. il me devenait, il est devenu, de plus en plus impératif que je règle ce problème d’angoisse quand je suis avec elle, ce trou où je bascule et cette rage qui me prend, cette rage, colère, haine.

à quoi l’attribuais-je cette angoisse? mais bien plus à un trop grand amour de moi pour ma mère, quelque chose que je voulais rapprocher de ce que lacan avance de l‘angoisse qui surgit quand l’objet cause du désir se rapproche trop, l’objet réel. faut-il que je vérifie les termes de cela, dans le séminaire sur l’angoisse? et je voyais la mère bien plutôt comme le premier objet d’amour, remplacé ensuite par le père (à un moment de « déception »? à quel moment Freud lui situe-t-il cela? ) et donc que mon père réapparaisse et que reviennent des termes (phalliques, de pouvoir) de mon amour pour lui, de mon identification à lui, m’étonnaient et m’intriguaient. comme si cela n’avait pas été analysé de fond en comble. et si cela revenait, les termes de ce retour pouvaient-ils différer?

ce qui s’était auparavant avancé dans le rêve du fil de fer, c’était la part que j’aurais pu prendre dans le fait que mon père m’aie préférée, que je l’aie imaginé ou fantasmé, ou que cela aie été réel – à certains endroits. je l’ai haïe pour ce fil de fer (qui faisait tenir du faux là où ça manquait, des fausses dents, révélant et cachant ce manque, y palliant) que j’ai pourtant désiré dans ma bouche.

[quelle bouche ai-je eue, ai-je pour ma part eue. ]

ce dont j’étais déjà assez convaincue, c’est que fondamentalement, ce qui m’angoissait, en sa présence, n’était rien que je puisse lui imputer, en dehors de ce fait, « naturel », qu’elle était une femme. et c’est bien pour cela que je voulais que cela cesse. cela n’était pas juste. elle m’effrayait et n’y était pour rien, je devais pouvoir cesser de lui reprocher son être de femme, sa « baillance ».

or, à chaque fois que je la revoyais, cela revenait, ce désespoir et cette rage, et cela se reportait sur cette façon qui lui est propre, et je l’espère pas à toutes les mères, autrement je deviendrais à mon fils, moi-même, un jour, insupportable, de vouloir tout donner, donner tout, de me réduire à néant à force de vouloir prévenir mes désirs, comme si elle ne supportait pas mon propre manque et toujours venait à s’offrir pour le combler. et que cela, je le veuille. 

je pensais que cela était effectivement un « défaut » chez elle, un péché, une tare, qu’elle ait ainsi sacrifié son désir à celui de l’autre. et que l’angoisse que je ressentais était le sien en présence de mon propre manque qu’elle s’offrait à combler, qu’elle ne supportait pas. qu’elle ait sacrifié son désir à celui de mon père, sacrifié son désir pour servir le désir de l’autre.

sa haine d’elle -même est immense, il faut que je le dise ici. et cette haine lui vient-elle de faillir à cela, faillir à combler. ou lui vient-il de ce que « l’amour c’est donner ce qu’on n’a pas à celui qui n’en veut pas » – et que non vouloir lui soit trop triste?

nous avions en quelque sorte convenu elle et moi qu’elle ne changerait pas, qu’il fallait que je l’accepte, qu’elle ne cesserait de vouloir s’occuper de l’autre – car j’ai bien souvent essayé de parler avec elle de tout ça, pour justement, que cela change.

et aujourd’hui que ce n’est plus elle qui peut tout nous apporter, mais elle qui est manquante, et nous qui pouvons aller vers elle, lui faire quelque offrande, la situation est devenue supportable.

(mais je ne pourrai ici développer tout ce que j’ai sur le cœur à propos de ma mère.)

bien sûr elle est seule, bien sûr elle a besoin de notre amour, bien sûr, ou moins sûr, est-elle soulagée, maintenant, de n’avoir plus à être l’épouse de son artiste de mari, et à porter cette responsabilité à laquelle elle craint/craindrait d’avoir failli (le spectre éloigné de la perte des toiles).

elle, est la faiblesse même.

qu’est-ce qui donc dans ma lecture du livre sur le vide m’a frappée au point de provoquer ce rêve, et qu’est-ce qui de neuf, d’inédit s’y révèle, viendrait s’avancer?

cette faiblesse de ma mère, faiblesse dite dans ce texte comme « méthode » du pouvoir. faiblesse et souplesse. faiblesse, à laquelle j’ai eu tôt fait moi-même de m’identifier –  cela je l’ai reconnu à cette carla transformée en « femme de ménage » penchée sur le sol, elle que je suis devenue, à quoi je me suis condamnée pour avoir cru ou voulu que mon père me préfère à elle. et alors, hier, me rappelant et complétant le récit de mon rêve de ce terme de « glaneuses« , du nom du tableau auquel je pensais et de son auteur : « Les glaneuses », de Millet, quelque chose d’autre s’est mis à me titiller.

Millet, Miller, cela va presque sans dire, donc Millet aussi du côté du psychanalyste. et les glaneuses et les restes. les glaneuses se contentant des restes, se contentant, c’est-à-dire, en jouissant. aux autres tout, à elles les restes, le meilleur.

et les restes sont également mon objet. ce n’est que des restes que je m’occupe. et les restes sont bien ce qui occupe l’analyste, ce qui l’intéresse.

la faiblesse est là la force, et la souplesse, le corps plié en deux.

 

 

 

 

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