vendredi 10 mai 2013 · 15h52

L’expression élémentaire, celle qui n’a pas de but communicatif préconçu, est un réflexe. A quel besoin, à quelle impulsion du corps obéit-il ?

JE pense que les différents modes d’expression : pose, geste, acte, son, mot, graphisme, création d’objet…, résultent tous d’un même ensemble de mécanismes psycho-physiologiques, qu’ils obéissent tous à une même loi de naissance. L’expression élémentaire, celle qui n’a pas de but communicatif préconçu, est un réflexe. A quel besoin, à quelle impulsion du corps obéit-il ?
Retenons parmi les réflexes provoqués par une rage de dents par exemple, la contraction violente des muscles de la main et des doigts, dont les ongles s’enfoncent dans la peau. Cette main crispée est un foyer artificiel d’excitation, une « dent » virtuelle que détourne en l’attirant, le courant de sang et le courant nerveux du foyer réel de la douleur, afin d’en déprécier l’existence. La douleur de la dent est donc dédoublée aux dépens de la main ; son expression, le « pathos logique », en serait la résultante visible.
Faut-il en conclure que la plus violente comme la plus imperceptible modification réflexive du corps, de la figure, d’un membre, de la langue, d’un muscle, serait ainsi explicable comme tendance à désorienter, à dédoubler une douleur, à créer un centre « virtuel » d’excitation ? Cela est certain et engage à concevoir la continuité désirable de notre vie expressive sous forme d’une suite de transports délibérants qui mènent du malaise à son image. L’expression, avec ce qu’elle comporte de plaisir, est une douleur déplacée, elle est une délivrance.

vendredi 10 mai 2013 · 16h06

à mi-corps, midi

Je pensais que j’étais bien réveillée, je m’étonnais même de ce que j’étais si bien réveillée. J’ai pensé : « Oui,  c’est incroyable,  tout va bien,  aucune étrange sensation, je sais qui je suis, (donc) je peux monter au premier étage ».  Et je montais au premier étage. J’étais toujours au lit,  je n’avais pas encore ouvert les yeux, couchée sur le dos. Et le premier étage où je montais se situait à l’intérieur de mon corps. Avec le rez-de-chaussée côté lit, niveau peau,  et le premier, à mi-corps, en coupe horizontale à l’intérieur du corps, longue étendue au plafond bas que je voyais s’allonger presque jusques aux pieds. Et je me croyais très bien réveillée.

Avant cela, en rêve, nous vivions près de Marseille, sur la côte,  nous avions quitté Paris. J’avais invité Jules à passer quelques moments sur la plage avant l’école sur le temps de midi pour profiter des premiers rayons de soleil de l’année.  Nos voisins de Paris étaient là aussi,  notre voisine d’étage également venue sur la plage.  Je lisais le Elle. Il y avait de plus en plus de monde sur la plage, avec de nombreux paravents, comme sur la mer du nord.

Plus tard, Jean-François ou Jean-Pierre nous rejoignait.  

Je venais de dire à l’oreille de quelqu’un, que je pensais être Jules,  que là, vraiment, je ne regrettais plus du tout Paris, que j’étais vraiment heureuse d’habiter là.  La personne me demandait qui j’étais, en flamand.  Je me rendais compte de mon erreur et cherchais Jules pour lui raconter l’anecdote. Je racontais  l’histoire à l’oreille et voulais qu’il la redise à  Jean-Pierre, avec qui il se trouvait, toujours à l’oreille. 

J’étais donc très heureuse de pouvoir être là,  en maillot,  avec Jules,  comme si c’était notre jardin

hans-bellmer-petite-anatomie-de-image

 

Le fait que je sois montée à l’étage à l’intérieur de mon corps paraît avoir à voir avec ce livre que je lisais hier,  étonnant,  Petite anatomie de l’image de Hans Bellmer, qui voudrait étudier l’humain au départ du corps,  d’une sorte de pensée du corps,  de ses attitudes,  de ses projections, de son imaginaire. Une tête penchée dans le creux d’une épaule venant par exemple signifier une caresse au sexe. 

Et le rêve lui,  semble venir dans la continuité du texte que  je retravaille en ce moment,  d’avril 2011, où je  dis qu’il me semble acquérir un corps à Donn.  Et où je me demande s’il s’agit du fait que je puisse sortir dans le jardin facilement,  sans avoir à m’habiller, y échappant au regard, au devoir d’image.   Je retravaille à ce texte pour le moment, ne sachant pas très bien ce que je fais et craignant de ne pas y arriver. 

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