— 19:58 —
arrivée à D. un message tombe : une photo transmise par la fille de JP, prise dans l’après-midi. le visage est marqué — des blessures à la joue, un hématome sous l’œil, un air interrogateur. on pourrait presque croire qu’elle a été battue. je suis trop troublée. en vérité, nous le sommes tous.
c’est la distance, ne pas pouvoir bondir, y aller.
mon frère et mon fils s’y rendent vers 17h. elle ne va pas bien, mais l’état est moins alarmant que ne le laissait croire l’image. elle paraît triste, fatiguée. elle n’arrive pas à manger seule.
c’est dimanche. aucun interlocuteur possible.
écrire ? à qui ?
que va-t-il se passer dans les jours prochains? qui sera là?
— 23:08 —
message envoyé aux infirmières chef.
— 23:48 —
mais comment je me suis sentie seule, comment quelque chose s’est fermé en moi.
— Samedi 19 avril 11:48 —
une semaine plus tard. mes frères étaient là et bien là. mon fils. comment cela a-t-il pu m’affecter de cette façon-là? ce gouffre ouvert, cette fermeture sur moi-même. qu’est-ce que j’aurais voulu? peut-être être avec mes frères, parler, parler, exploser l’angoisse et la révolte. je ne sais pas. ils étaient là. je le vois bien. je n’ai pas noté ce qu’il fallait. qui me permette de comprendre ce qui a provoqué la suite.