lundi 7 avril 2025 · 06h46

lundi 7 avril // organiser le pas-sans-l’Autre

(encore un jour transition)

— 06:45 —

quand me suis réveillée hier m’est revenu en mémoire cette chanson de Daniel Guichard

Pleurer, ça sert à rien
Laisse un peu
mourir ta peine
dans un coin

que j’ai retrouvée sur internet et écoutée alors plusieurs fois, avec des larmes qui coulaient et Jules qui se levait, qui s’habillait pour prendre son train de 8 h. 

la veille, alors que nous venions de rentrer, à un moment alors que j’étais debout près de la table, quelque chose s’est brisé en moi, un moment court, épouvanté, sans que je comprenne vraiment de quoi il s’agissait. c’était comme une boule que je voyais s’ouvrir en moi, au niveau du plexus, à l’intérieur, se déchirer, s’émietter, de la taille d’une boule de tennis (mais pas du  tout l’apparence) une boule comme faite de papiers ou de tissus chiffonnés, compactés, de différentes couleurs). un instant de stupeur, un bref instant de réalisation de ce qui se passait. comme s’il s’agissait d’une catastrophe. mais quoi? c’était fini, on était de retour, c’était fini… mais fini quoi ? fini les vacances? on était de retour. est-ce que c’est ça les mots? qu’est-ce qui se brisait, qu’est-ce qui était fini, perdu?  [...]  Lire la suite >

lundi 7 avril 2025 · 17h51

Samuel Beckett, lettre à Axel Kaun, 1937

Alors que j’erre sur internet — et ailleurs — , je tombe1 sur un court extrait d’une lettre de Beckett en allemand, écrite en juillet 1937, suffisamment saisissant — il y est question de déchirer la langue, de la trouer, de la discrédire à défaut de l’immédiatement détruire — pour que je veuille la chercher et trouve alors dans sa traduction anglaise. Il y est aussi question du mot, de Gertrude Stein (préférée à Joyce) et de sa méthode à la Feininger :

9/7/37 6 Clare Street Dublin IFS

Cher Axel Kaun,

(…)

Il m’est en effet de plus en plus difficile, pour ne pas dire absurde, d’écrire en bon anglais. Et de plus en plus, ma propre langue m’apparaît comme un voile qu’il faut déchirer pour parvenir aux choses (ou au Néant) qui se cachent derrière. La Grammaire et le Style. Pour moi, ils me paraissent devenus aussi incongrus qu’un costume de bain victorien ou le calme imperturbable d’un vrai gentleman. Un masque. Espérons que viendra le temps – Dieu merci, il est déjà venu dans certains milieux – où l’on usera de la langue avec le plus d’efficacité possible là où à présent elle est le plus efficacement détournée. Comme nous ne pouvons pas éliminer la langue d’un seul coup, nous ne devrions au moins ne rien négliger qui puisse contribuer à la faire sombrer dans le discrédit. A la percer trou après trou, jusqu’à ce que ce qui se cache derrière – que ce soit quelque chose ou rien – commence à s’écouler au travers ; je ne peux imaginer de but plus élevé pour un écrivain d’aujourd’hui. Ou bien la littérature doit-elle rester seule dans les vieilles habitudes paresseuses abandonnées depuis si longtemps par la musique et la peinture ? Y a-t-il quelque chose d’une paralysante sainteté dans la nature vicieuse du mot, que l’on ne retrouve pas dans les éléments des autres arts ? Y a-t-il une raison pour que cette terrible matérialité de la surface du mot ne puisse être dissoute, comme par exemple la surface sonore, déchirée par d’énormes pauses, de la septième symphonie de Beethoven, de sorte qu’à travers des pages entières, nous ne puissions plus percevoir qu’un chemin de sons suspendus dans des hauteurs vertigineuses, reliant d’insondables abîmes de silence ? Une réponse est demandée. Je sais qu’il y a des gens, des gens sensibles et intelligents, pour qui le silence ne manque pas. Je ne peux que supposer qu’ils sont malentendants. Car dans la forêt des symboles, qui n’en sont pas, les petits oiseaux de l’interprétation, qui n’en n’est pas, ne sont jamais silencieux. [...]  Lire la suite >

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