jeudi 13 août 2026 · 07h12

se faire une image

i should have made myself an image. j’aurais dû me faire une image.

i’m saying this. it’s unfair. i haven’t because i could’nt. maybe i could now.
je dis ça, c’est injuste. je ne l’ai pas fait parce que  je ne le pouvais pas. peut-être que je pourrais maintenant.

now that i’m aging.
que je suis devenue vieille.

( j’entends le craillement des corbeaux depuis l’autre côté des bâtiments d’en face.)

jeudi 13 août 2026 · 17h48

dans l’ordre de ma mère
— la valeur sentimentale

date de création :

| date de mise à jour :

rentrés, retour Paris hier après-midi après Donn, un peu paumée, rien (encore de grave). étrange comme tout de suite je reprends le chemin de mes anciennes habitudes, totalement abandonnées, perdues, pourtant tant à Donn qu’à Bruxelles, je m’installe dans mon coin de canapé.

Geneviève Flaven

ma chambre, 14h 56. l’été venu, je consulte quelquefois le blog de l’atelier d’écriture de François Bon et sa session estivale, très tentée, à chaque fois, à chaque été, d’y participer. or, je ne m’y suis finalement pas bien intégrée. ou est-ce ce que je tente de me faire croire ?ou est-ce ce que je tente de me faire croire ? non, je ne me suis jamais intégrée à aucun groupe.

cette fois, arrivée sur le blog, je lis ce texte qui me touche beaucoup, intitulé reliques :  https://www.tierslivre.net/ateliers/chroniques-06/

la narratrice, qui selon moi n’est autre que l’autrice, Geneviève Flaven, y raconte la tristesse qui l’avait envahie lorsque, ayant à vider l’appartement de ses parents décédés, elle réalisa le peu de valeur des choses auxquelles elle avait à faire.

elle se vit face à « l’épreuve d’un héritage invisible à laquelle ce lot modeste de reliques ne rendait pas justice. Qu’y avait-il de concret à sauver ? Rien.
C’est précisément parce que ces objets étaient dérisoires, que je me suis retrouvée plongée dans un profond désespoir. Tout à coup, j’ai été vidée de mes forces, laminée, plombée par une impression de tristesse, de vacuité et d’absurdité.
 « 

je comprends ce qu’elle dit. j’en suis frappée. frappée par ce qu’elle souligne, du peu de valeur de ces objets. quand je suis moi-même tellement attachée à ceux de ma mère, tout comme à ceux de ma belle-mère, qui en sont tout autant dépourvus, qui ne sont pas loin d’avoir pris pour moi une valeur infinie, dont il m’est si difficile de me détacher, défaire, qui continuent de me parler d’elles, en leur absence, dont j’aime tellement à m’envelopper de la présence. il m’a si souvent semblé qu’ils méritaient, mais quoi donc…. (ce que je ne leur ai pas donné, ce que j’ai failli à leur donner. à force de ne pas comprendre cet arrachement attachement même, ou de ne pas me sentir à la hauteur, pas suffisamment artiste —  si j’étais artiste ou écrivain, qu’est-ce ce que je ferais. mais alors pourquoi? vouloir le faire ? vouloir témoigner d’elles? est-ce que c’est ça, la nostalgie, la culture de ce qui s’est perdu, et de ses traces?)

ces objets sont pour moi l’amour même.

(quelle est cette notion de la valeur que j’ai et comment elle se lie à the after-death, à l’après-mort, l’amour qui alors, enfin, qui alors, prend, s’enflamme, s’élève, se gonfle, prend les airs et les profondeurs, s’enracine, m’enracine.)

j’ai cette chance, je l’ai souvent dit, de pouvoir vivre dans la maison de ma mère, à intervalles réguliers, depuis qu’elle est malade, et de m’attacher, autant que de m’en détacher, autant que de préparer mon détachement de ses objets, lentement, avant même sa disparition et la vente de la maison. la chance de vivre dans son monde (maintenant qu’elle est en maison de retraite, et que sa mémoire de sa maison s’est vidée). idem pour la maison de Jacqueline, ma belle-mère, qui elle, par contre, n’est plus. même si F, son fils, a jeté tant d’objets. s’agissant de cette dernière, je pense aussi à ses notes, aux bouts de papier, aux lettres reçues, aux agendas maigrement annotés. cette fois de notre séjour là-bas, à Donn, c’est un carnet de rêves que je ramène… 

la mort rend tout plus sérieux. j’aime bien mieux Frédéric depuis que je nous vois vieillir, mourir. infiniment mieux (même si c’est loin d’être parfait!)

mais enfin, se joue aussi, encore, peut-être, je crois, ce qui constitue la présence de ce qui passe les générations, la succession, l’héritage. (c’est ainsi d’ailleurs que Genevière Flaven nomme cette partie de son texte : succession). ce qui fait l’impalpable substance de cela. qu’alors je palpe dans ces objets. dont je crains bien ne rien pouvoir dire de plus, mais dont la présence me retient dans la fascination, le soulagement. est-ce simplement la mort? non c’est la mort augmentée de la génération et de l’oubli. le passage des générations. la naissance, la mort, un corps qui passe à un autre. la proximité de ce mystère incarné dans le souvenir. est-ce que je fais alors plus de cas des mères? je ne le sais pas. même si cela pourrait être vrai pour ma mère, comme mon père s’est lui-même chargé de laisser des choses qui lui survivent et le représentent, parlent de lui. pour ma mère, il n’y a véritablement que le peu de valeur de ce quelle a laissé, qui est amené à disparaître. et ce que j’ai appelé son ordre. l’ordre apporté à ses objets, l’ordre de sa maison. ordre auquel elle s’est longtemps consacrée, auquel elle s’est longtemps accrochée, par où tenait le souvenir qu’elle avait d’elle-même, de son histoire, dont on l’a arrachée lorsqu’elle a dû rentrer en maison de repos. par où je tiens et suis si bien quand je suis dans sa maison. qui partout ailleurs est perdu. et que je cherche dès lors à entretenir, sans que cela me coûte.

j’ai alors fait le genre de chose que j’ai tendance à faire, je me suis renseignée sur l’autrice, Genevière Flaven. Flaven, entre flamme, flamande, ferveur et raven, me dis-je, et je vois l’image d’un renard, d’une renarde. je le fais, cette enquête Googlesque (Duckduckgoesque), pour retenir quelque chose de ce que je viens de lire d’elle. parce qu’à l’avance je n’en retiens que l’oubli et cherche à en soigner la sédimentation inconsciente, dont je ne sais rien (sinon, espérer pouvoir compter sur elle); d’autant que j’aimerais que ses mots en atteignent d’autres, et, par là, diminuent le non-sens de ma solitude et de mes agissements. non, je ne pose pas des actes, je n’ai que des agissements, il n’est rien de ce que je fais qui ne me soit suspect. ni d’ailleurs suspect aux yeux du monde.

née en 1969, âge de mon frère cadet. beau visage, affirmé. ça me frappe. un peu comme un jour j’ai été frappée (soudain) d’entendre que les femmes, psychanalystes, que j’écoutais, cet après-midi là, étaient des femmes. et qu’elles prenaient la parole. cela m’est arrivé un jour que je sois soudainement consternée de cela. je ne me sens pas capable de faire le tri entre ce qui relèverait de mon « caractère », et ce qui s’indiquerait d’une assimilation, dans mon propre silence, des impératifs de l’époque, impératifs quant aux rôles des uns et des autres sexes. j’ai toujours cru que c’était moi, ma maladie, je le crois encore. cette maladie, cette timidité maladive, si tôt apparue. elle, Geneviève Flaven, née à Paris, vit aujourd’hui à Nice (si je ne me trompe) où elle nage, a passé du temps en chine — après avoir pensé que l’occident c’était fini, raconte-t-elle — , quel tempérament différent du mien. l’énergie, la curiosité, la gourmandise, la capacité d’accomplir. et puis le design. autant de choses avec lesquelles je suis 100% mal à l’aise. alors vint le théâtre aussi, et l’écriture. de (très) beaux projets menés à bien. 

lien sur son blog de shangai : Shanghai Confidential – Chroniques de Chine et d’ailleurs

elle y écrit : « J’ai fait tellement écrire les autres ces derniers temps que je me sens vidée de mes propres récits. Le paradoxe est que j’y ai gagné une paix étonnante. Est ce que je peux parvenir à écrire à partir du calme plat ? Point d’Interrogation. »

sur sa mère, à Flaven, et elle : https://www.tierslivre.net/ateliers/rectoverso-15-elucider/

j’aime beaucoup 
cette écriture très simple 

et ce que j’écris ici, je le souligne, vient en réponse à ce qu’elle écrit, écrivit. je pense qu’il est bon que nous nous lisions les uns les autres.

atelier d’été : que je ne m’y sois pas bien intégrée, c’est possible, que je n’aie pas toujours été satisfaite de ce que j’arrivais à faire, également, mais aussi, qu’iels sont nombreuxses, et qu’il y a ma curiosité, le temps que ça me prend, de m’intéresser à elleseux. et puis d’oublier. alors qu’en fait, je manque tout à fait complètement de temps. au moins cette année.

décidément, j’aime : https://www.tierslivre.net/ateliers/chroniques-01-semaine-1/
écriture étale, calme. elle voyage autant que je ne voyage pas. 

est-ce que je ne devrais pas mettre une image d’elle?

sur le blog des ateliers, je lis presque tout ce qu’elle a écrit cet été et songe que tout cela se tient tout seul et pourrait être envoyé tel quel à un éditeur. je le lirais avec plaisir. mais, ne le lis-je? qu’est-ce que lire?

atelier d’été : et il y a aussi la façon dont je suis happée par les actualités, qui m’empêche de. c’est toujours la même chose. je n’ai pas cru à la littérature. pas suffisamment cru à la littérature. je me souviens avoir été à l’atelier FB, pensant que je m’y accrocherais à leur amour de la littérature. amour et connaissance profonde. ils m’ont semblé y être viscéralement attachés. et que cette croyance les sauve, rassemble, structure, fasse monde. j’y ai été animée par le désir de croire à nouveau, d’échanger la psychanalyse contre la littérature. mais ça ne marche pas comme ça. ou plus à mon âge. il y faut plus de persévérance. ou d’obligation.

Lucy Sante

or avant cela, ce matin, aux petites heures, cette découverte : Lucy Sante.

je retrouve son nom dans l’historique de mes likes sur instagram.

le texte en entier: Lucy Sante: A Thousand Julys Summer only remembers luxury and rage. poetry

quelque part, elle parle des exigences de son travail, écrire, de sa solitude, de son âge, de sa transition. je pense que c’est son âge qui m’a attirée vers elle. son texte sur l’été, son image. la justesse de cette image.

un peu plus tard, dans une vidéo, je regarde ce qu’elle montre de sa façon de travailler avec des fiches, ce qu’elle dit de son travail. elle cite Archimède : « give me a lever and a place to stand, i can move the world. » Et ajoute : «  i guess the lever is the rhythm of a piece, and the place to stand is the accumulation of stuff. » que le levier est le rythme et l’endroit où se tenir debout l’accumulation de matériaux. 

que le levier est le rythme.
l’endroit où se tenir : l’accumulation de stuff, de trucs.

j’ai dû penser au blog, à ce blog. à ce que j’y accumule.

« When I’m working on a big book, for example, the one I’m writing right now, I accumulate for years, sometimes. I’m taking notes on my laptop, and then I’ll print them out—double column, small type—cut them up, and mount them on index cards. And then I organize the index cards into piles. Sometimes it’s easy, and sometimes it’s not. Sometimes the piles are chronological. Sometimes they’re by subject matter, et cetera. But I’m fooling with them all the time… I try to turn it into a game so that I’m following some kind of procedure.” 

et je vois les images, d’elle qui imprime des textes et les colle sur des fiches, et les place et les déplace, et procède à des piles, et tout ça me paraît fascinant et mystérieux, et je ne sais pas pourquoi ça me parle, est-ce que je n’aurais pas passer ma vie à me documenter, non, c’est pas pareil, et je me demande comment je peux m’en servir, de ce qu’elle dit. et je me dis que je dois m’accrocher à cette personne, à ce travail, et je sais que c’est le tout début de la journée, l’entame, que je suis sur instagram, et que j’aurai tout le temps de l’oublier, vite, et que je le regrette, et c’est pour ça que je reste si longtemps, et que je reviens, j’y retourne le soir. il faut commander un livre. en français ou en anglais. que son anglais est merveilleux. 

bon, c’est drôle, elle est belge, au départ. 

est-ce que quand je lis tout ça, je ne lis pas? je ne lis pas, je réponds, je ne lis pas. 

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