Une semaine après, j’ouvre l’oeil à 6 heures, et je pense au texte écrit dimanche dernier, il y a une semaine donc et auquel j’ai travaillé hier encore, celui du dimanche 3 mai, presque à la même heure, juste un peu plus tard.
Je l’ai considérablement gonflé jeudi, je crois, à Donn. Sommes rentrés vendredi. Gonflé à partir du court instant où je range la vaisselle, où j’avais rangé quelque couverts ce matin-là. A cet instant revenu où j’ai « cherché ma respiration » (et cet endroit-même si mal écrit et qui donc m’appelle, m’appelle),… S’ensuit une réflexion sur le geste, une emballée, réflexion qui enchaîne lourdement les pensées eues, eues comme seules potentialités, les ramène des limbes où elle flottaient si légères, si distantes. M’enrobant, m’accompagnant doucement. Texte que j’ai encore relire.
Je n’arrive pas toujours à maîtriser les incises. Cette incise, qui devient un texte dans le texte, je lui ai donné alors une toute autre mise en page, en damier, chaque paragraphe dans sa case, 3 carreaux maximum par ligne, c’est un truc très facile à faire maintenant avec WordPress. J’ai changé la police aussi. Ce qui me permettra facilement d’y retourner.
TechTip [ Damier : Il faut et il suffit de lier les paragraphes (ou les images). Les sélectionner, choisir le petit damier, le carré coupé en 4 quarts, qui apparaît. C’est fait. ]
L’idée m’en était venue en réfléchissant à une version papier, un livret, un mince chapbook format A5, j’avais pensé à ça, des marginalia ou des paragraphes de polices différentes, 2 polices.
Une mise en page qui mette en rapport, qui permette de sauter d’une chose à l’autre, qui saisisse par la mise en page ce qui échappe à la linéarité, qui appartient à la superposition, à la disparate. Où l’on puisse ne pas-tout lire. (Tout le contraire hélas de ce que j’écrivais sur le bloc récemment, sur le bloc de texte, mais, oui, il faut pouvoir aller vers le bloc, tout de même, vers la concentration, la lecture, ne pas tout céder à la disparate et à ce qu’elle requière de mise en page, de séduction par la mise en page. or, je me surprends souvent à aimer la mise en page, je ne parle pas de celle du blog, mais d’éditions papier que j’adore prendre en main, consulter, feuilleter.)
J’aime les incises, mais je ne sais alors pas m’arrêter, une remarque en amène un autre, un souvenir en rapporte un autre, j’aime terriblement le vertige des phrases longues, et la phrase devient illisible.
J’avais deux ou trois endroits comme ça, dans ce textes, de phrases devenues illisibles…
J’en ai écrit une version ultra-courte (malheureusement effacée, hier, je ne m’en sortais plus, trop de versions ouvertes, et travaillais parallèlement dans plusieurs d’entre elles, me trompant).
(le bruit des couverts → le souvenir de ma mère → le souvenir de la chambre → le souvenir des sorties la nuit ;
est-ce que le bruit des couverts attend le souvenir des sorties la nuit : je ne le crois pas.
est-ce que c’est en trop? le souvenir des sorties est venu à cause du souvenir de la chambre et du whisky.
le bruit des couverts, c’est encore autre chose :
ma mère, oui. la vaisselle, oui. déranger, oui. le bruit : dérangeai-je? est-ce que je dérange, est-ce que je te réveille, est-ce que je t’empêche de dormir.
ma mère qui le faisait sans savoir qu’elle dérangeait.
le souvenir de ma mère, sa présence dans la cuisine. le souvenir rejoint de ma mère, ma présence dans la cuisine. le souvenir de ma mère, la vaisselle.
est-ce que je l’ai suffisamment écrit.
le drame des sorties est amené par l’écriture, le moment de l’écriture.)
Certains paragraphes une fois réduits, s’avéraient plus beaux (je crois), au moins plus lisibles. J’en ai récupéré les incises et les ai placées dessous, à la suite. C’était difficile, à faire. Compliqué.
Et alors que faire des incises par les mots qui manquent, celles qui cherchent à inscrire le manque du mot dans l’écriture au moment où il advient, quant écrivant je cherche un mot et ne le trouve pas, que je représente en écrivant [mot qui manque], ce que j’ai toujours été tentée de préserver dans le fil de mon écriture, auquel je tiens — sans doute à cause de cette tendance que j’ai à étaler mes handicaps, mais dans mon refus aussi de céder à une écriture savante, dans ce désir de dévoiler les failles, de les aimer, de les donner à aimer. Je décidai donc de les renvoyer dans des notes en bas de page. Je ne trouvais pas d’autres solutions. C’est ce qui m’a amenée à me rendre compte que ce renvoi en bas de page était d’autant plus difficile qu’il était possible que mon écriture ne trouve jamais finalement sa cause que là : dans le mot qui manque et dans l’oubli. (Où l’oubli, le renvoi, retrouvait sa place: dans les dessous.)
Et donc, hier, vers 15 heures, j’ai mis au point, avec l’aide de chatgpt, un système de notes en bas de page sur le côté, de sidenotes, j’ai essayé de le faire le plus vite possible, parce que c’est typiquement le genre de problème technique qui peut alors me prendre trop de temps, et, là, je dois me maîtriser pour ne pas y retourner, chercher à l’améliorer, et, le comble, c’est que j’oublierai que j’ai mis ça au point. Et je trouverai une autre solution.
Mais, ça m’a permis de voir les textes juxtaposés, les 3 incises renvoyées en bas de page, et ça m’a finalement même amenée à en supprimer une, ce que je regrette encore ce matin.
C’est celle où je décris, au tout début du texte, la façon dont je suis assise pour écrire, et la possibilité, rejetée, de sortir voir le jour venir, ou d’écrire ce que je projetais d’écrire (ce que je ne ferai pas, j’écrirai le bruit des couverts). Paragraphe que je ramènerai peut-être.
J’ai besoin, écrivais-je encore dans la note en bas de page de l’oubli, de faire exister dans ce que j’écris même le moment de l’écriture, c’est pour moi un ancrage, et cette allusion au corps fait partie de ça. Ecrire l’écriture. et traquer la pensée, sa volatilité, ses éclairs.
Donc, que faire, aujourd’hui ?
j’ai écrit ce texte le 3, à 6h40, alors que je projetais de parler de mes efforts pour retravailler le mois de janvier 2003, ce que je faisais depuis plusieurs jours, à m’en rendre un peu malade, je n’ai pas de principe d’arrêt, c’est un problème. Quand je commence, impossible de m’arrêter. Et l’effort à faire pour arrêter, pour me freiner est terrible. De même que la tension qui s’est installée au cours de ces quelques jours de travail, est un peu inquiétante, difficile à supporter. Est-ce que je suis tentée de travailler jusqu’à avoir fini, sans doute, oui. En tout cas, il y a cette peur de ne pas arriver à finir, et puis il y a le fait que je tiens quelque chose, que je veux saisir mieux encore… et qui se découvre. Et donc, ce matin-là je m’apprêtais à parler de ce janvier 2023, dans lequel je m’étais embarqué par hasard, et je suis sans y prendre garde partie dans l’écriture du court moment où je range les couverts le matin et du bruit que ça fait.
Maintenant, un rien pourrait me dévier de cette note et m’embarquer ailleurs. Et me porter à oublier cette note du 3 mai 2026 – 6h40 , comme j’ai oublié le mois de janvier 23.
Hier, c’est F qui m’a proposé de l’accompagner pour faire des courses rue des Martyrs et qui est arrivé à me faire arrêter, à m’interrompre, vers 15h45. Il n’est pas rare que je ne m’habille pas avant 16, 17h.
Et à Donn, ce n’est que jeudi que je suis arrivée à sortir au jardin pour y travailler, alors que j’aime tellement ça. Et alors, je me suis énervée sur F. Pas trop peut être. Enfin, il commence à me connaître. C’est la tension de ce que je fais, l’état dans lequel ça me met. Je dois trouver des moyens de m’interrompre, de m’arrêter, de respirer. Ça provoque une sorte de tension crânienne, désagréable (avec les oreilles ou l’intérieur du crâne qui se met à siffler, à bourdonner). Et ça affecte mon humeur. Mes humeurs. Je n’en suis pas fière.
Frédéric, lui, a les moyens de s’interrompre. Il maîtrise. Je ne sais pas ce que je ferais sans lui.
Au tout début que j’ai commencé à écrire ce blog, je parlais de « Mal aux transitions », j’en avais fait une catégorie. Comment passer d’une chose à l’autre.
Pour ma santé mentale, il faut que je sois à un travail d’écriture. Mais ce travail, j’y suis d’une façon telle, je m’y absorbe tellement, qu’il est affecté d’oubli dès que j’en sors. Je me tends sur le mois de janvier pour le tenir le ramener, le retenir, l’établir, ça me crispe totalement, me met dans un état physique qui devient désagréable, dont je ne me rends pas bien compte, sauf quand j’essaie d’en sortir, et plutôt que d’écrire le mois, je suis tombée alors dans le gouffre des 2, 3 minutes d’un dimanche matin. Il n’y a pas de transition possible, je n’interromps pas mon geste parce que l’interrompre c’st le rompre, c’est en être expulsée. Et c’est comme ça que je ne finis jamais rien.
Un clou chasse l’autre? m’avait demandé mon premier analyste, avec une pointe d’ironie certaine et de l’agacement. Mais oui, un clou chasse l’autre. Oui, c’est mon mode de fonctionnement.
écrire ceci ce matin, entre 6h08 et 7h11, c’est pour tenter de…
9h18 : Toujours à cette écriture, je viens de faire cramer la casserole du petit dej que je voulais nettoyer. j’y ai mis de l’eau, je l’ai oubliée sur le feu.