l’été aux fenêtres ouvertes – vendredi 4 sept. 08:02

Publié le Catégorisé comme brouillonne de vie Étiqueté , ,

Bruxelles

au bout d’une nuit d’insomnie

Il est 8h, je vais essayer de dormir, je me suis recouchée. La fenêtre de la chambre est ouverte, un battant est ouvert. Mais les rideaux sont restés tirés. Ils se balancent légèrement. La porte est également ouverte. La porte de la chambre retenue par une chaise. Comme le faisait ma mère. 

Nous avons terminé une bonne part du travail hier. Au soir, M. est venue, c’était bien agréable. C’est elle qui logera au grenier. On a bu et fumé. Je suis très contente du travail qu’on a fait, du résultat. Jules m’a pas mal aidée. La cage d’escalier est propre. C’est bien plus agréable. Au premier aussi tout est bien. Enfin, on a tout rangé, dans toute la maison. Sauf peut-être chez Jules, je ne sais pas s’il y est arrivé. Et sauf la cour. 

ce que je fais alors la nuit

Comme j’ai fumé, je me suis réveillée à 4 heures, comme hier.

J’ai passé du temps sur une affaire qui intrigue et inquiète et énerve Jules. Un post sur Instagram à propos d’une artiste, à propos d’une musicienne avec qui il pensait travailler et qui s’avère être un homme. De 50 ans, allemand je pense. Gros scandale. Comme ça l’inquiétait, j’ai voulu lire. Et je lui ai donné mon avis. Je lui ai écrit mon avis. 

danse

Après ça, j’ai vu une petite vidéo de danseurs qui m’a davantage touchée. Je me suis dit, ça, ça balaye tout, ça renverse tout. Tout ce que je voyais, était d’une telle justesse. Oh, je n’ai jamais que ce mot pour dire, décrire quelque chose quand je trouve que c’est bien. Quelle paresse ! Pas quelle paresse, quelle  incapacité. Une sorte de pudeur aussi. Comme une résistance à nommer. Ce problème de trouver les mots pour parler de quelque chose qui touche, alors que ça se passe ailleurs, en dehors des mots. Mais est-ce que ce n’est pas toujours le cas? I am an idiot. Je vois les gestes, et j’ai envie de les faire, je les sens, je les vois faire, je fais avec eux. Une danse, des heures durant de danse, des danseurs qui sont poussés au… Bon je laisse tomber cette phrase. 

J’ai cherché à en savoir plus sur ce danseur chorégraphe africain. Vincent S K Mantsoe. Originaire d’Afrique du Sud. Mais, je pense qu’il ne travaille qu’avec des danseurs. Et donc, c’est pas pour moi, mais qu’est-ce que je pourrais me mettre à faire ça, oh la la ! En vérité, c’est ce que j’aurais fait de mieux. C’est la seule chose que j’étais capable de faire, sans doute. 

regrets

C’est le regret fondamental. Ça et la psychanalyse. Oui, j’aurais pu être psychanalyste aussi. Est-ce que j’aurais pu ? Ça. Je n’en sais rien. En tout cas, je n’aurais pas pu m’intégrer. J’ai pas pu m’intégrer dans l’École. Et aujourd’hui? Eh bien, je ne regrette pas de… Oui, je regrette. Oh la la. Est-ce que je regrette, est-ce je ne regrette pas. Tout aurait été plus simple si j’avais pu rester attachée à cette école. Mais enfin. Il y a beaucoup qu’ils n’aperçoivent pas. Et certainement sur la question d’Israël. Combien j’en ai souffert, comment j’ai eu mal, à leur aveuglement. Ce manque de lucidité sur des matières aussi graves. Les plus graves. Pour eux, autant que pour moi. La douleur de ce que je ne suis pas parvenue à leur dire. Le silence qu’ils ont fait tomber. Les silences que je n’ai pas su respecter. Et ceux qui m’accusaient. La déception. Un peu de regret, oui. 

Et c’est à l’image de ma vie.

Mais là, ces danseurs… (Ils étaient tous noirs, je ne peut pas devenir noire.) Je pourrais ne faire que ça. 

Je pense à Annick aussi. Je pense à la façon dont je trouve qu’elle réussit sa vie. Elle réussit sa vie. Et pourtant le malheur n’a pas manqué de la frapper, elle non plus.

Je pense à l’injustice.  Voilà que les mots me manquent. L’injustice fondamentale, sa façon de régner sur le monde, à la cartographie de l’injustice. Injustice sociale, injustice géographique.

— J’ai besoin de parler, tout le temps — peut-être que c’est ce qui est à cerner, encore encore —, de ce qui me manque comme mots. De souligner, de pointer. Ce qui me manque comme mots… Ce qui m’a manqué… —

quel chemin de tristesse?

Et puis je pense à moi, et je me demande comment ça se fait que j’ai pris un chemin comme ça de… si vite, un chemin de ratage et de tristesse. Et, ça a quand même tendance à me ramener à l’idée, à ce travail que je pourrais faire, d’écriture, sur ça, sur « comment je suis devenue seule »,
travail que j’ai commencé d’ailleurs.
Comment est-ce que, a posteriori, en regardant en arrière, comment ça s’est fait…
Et qu’est-ce qui pourrait faire que ça se transforme ? Et qu’est-ce qui fera que ça ne se transformera pas ?

la marge

J’ai l’idée, je suis toujours dans l’idée qu’il faut pouvoir être capable d’intégrer, de s’intégrer à un univers, un monde, un milieu. Comme le milieu aquatique. Il y a eu le milieu de l’ECF, de l’École de la Cause freudienne, auquel je ne me suis pas intégrée. Où je me suis maintenue à la marge, à la frontière, tout en l’aimant d’abord, tout en l’aimant d’abord beaucoup, et puis, comment je suis partie dans le drame, dans la catastrophe, dans le sentiment catastrophé pour moi. La déception.

Et puis il y a eu le milieu du tai chi, où je ne me suis à aucun moment intégrée. Enfin, juste ce qu’il faut, au minimum, uniquement par le tai chi. 

Donc, qu’est-ce qui permet de penser que ça aurait mieux fonctionné pour la danse ? 

Est-ce que je regrette le tai chi ? Je regrette de ne plus le pratiquer. Je ne regrette pas ce que j’y ai appris. Mais je ne regrette pas le milieu. Et je ne regrette certainement pas le rapport au « maître ».

On peut pas s’entendre avec tout le monde. C’est sûr.

amis

Et pour ce que je vois d’Annick, et d’une autre façon chez Jean Pierre aussi, pour ce que je vois d’Annick, j’ai l’impression que son milieu, ce sont des amis. Et ça me paraît la seule chose juste, non ? Ça me paraît la seule juste, possible, je vois ça pour Jules aussi. En fait, il y a chez eux une culture des amis. Et moi, je ne suis pas tellement arrivée à me faire des amis. 

Et ça tient, ça tient au fait que… Ça tient à quoi ?

Mais si, je me suis fait des amis un moment dans la psychanalyse. C’était bien. Mais… Ils sont dingos,  comme partout. Je les ai perdus. Donc, je ne sais pas trop ce qui me sépare de ça. 

radicalité

Il y a eu trop d’intransigeance. De radicalité. Voilà, ce que je vois maintenant. Toujours à cheval sur ce qui sépare, sur ce qui me sépare. Toujours à trouver chez l’autre de l’inacceptable. Bondir sur l’inacceptable. Claquer la porte sans crainte et sans remords. Dans un souci de justice. Et j’aillais oublier la « parano » aussi. Le signe guetté de l’être non-aimé, non-voulu. Au plus je suis attachée, au plus je le crains, ce signe du non-amour, au plus je m’en poignarde. Et violemment je m’éjecte.

sans profession

Auparavant, j’ai écrit mon isolation, ma timidité, tenaient peut-être au fait que je ne suis jamais arrivée à répondre tranquillement à la question « Qu’est-ce que tu fais dans la vie? » Parce que je n’étais pas heureuse de ce que je n’étais pas parvenue à me choisir un métier, parce que je n’étais pas heureuse, parce que je n’étais pas fière de moi, parce que j’étais honteuse.

Est-ce que je ne parlais pas de ça déjà hier ?

Donc oui, il faut s’arranger avec ça. Ce ratage de base. N’avoir pas su choisir un métier et m’y identifier, confier à ce métier une part de mon identification sociale. Voilà. Donc comment est-ce que ça se répare? Comment est-ce que ça se modifie? N’avoir pas su choisir, ne l’avoir pas fait, et puis, ce que j’aurais voulu faire, secrètement, n’avoir pas osé l’avouer, en secret l’avoir tenté, l’avoir raté. N’avoir pas… Ouais. L’avoir raté ou l’avoir… 

C’est une suite de circonstances aussi, un enchaînement d’événements qui n’ont pas pu… Qui se sont accumulés sans qu’il y en ait eu un qui puisse… Ah. Je laisse tomber cette phrase. 

Mais il y a une solitude de départ. Plus marquée que…  Y a une solitude. Et. Et le fait que je ne parvienne pas vraiment, je ne sois pas parvenue vraiment à… 

Et ces mots qui manquent. Ces mots qui ont manqué. Les noms propres. Tous les noms propres. Et les dates, et les noms de pays. Et l’embarras que ça cause dans la conversation. Aujourd’hui encore, aujourd’hui toujours. Même si j’ai moins peur. Mais si l’oubline m’embarrasse plus autant. Mais combien de fois me suis-je tue à cause du mot qui pouvait manquer, qui allait manquer. Ou s’évanouir, m’échapper.

renoncer à tout

Non. Non. Oui. Aujourd’hui, ces jours-ci, eh bien ces jours-ci, je voudrais pouvoir renoncer à tout, et c’est ce que j’ai toujours voulu faire, renoncer. Pouvoir renoncer, être tranquille de ça.

Pouvoir renoncer tranquillement à la création d’une œuvre. Pouvoir n’être pas artiste, n’être pas écrivain. Et que ça, précisément ne soit pas un ratage, mais que ça soit être heureux, de faire des choses qui ne durent pas, qui ne soient pas destinées à durer, qui ne doivent pas faire œuvre.

Être dans la vie au moment de la vie.

Comme je l’ai fait ces derniers jours ici.

grenier

Je voulais écrire sur la façon dont j’ai nettoyé au grenier ces plaques blanches, le plancher et ces plaques d’unalit blanches qui recouvrent en grande partie le plancher du grenier, très abîmé, le tout peint en blanc, blanc cassé. Et recouvert de taches de peinture. Comme j’ai aimé nettoyer ce plancher, cet Unalit. Il faudrait trouver le mot français, je dois demander à Maelann. En Belgique, on dit Unalit. J’ai trouvé ça très beau. Il faut que je fasse des photos aujourd’hui avant que ça ne devienne autre chose. Avant qu’éventuellement Maelann en fasse autre chose. (Jusqu’à ce que soit arrivé le moment où je fais tout foirer. Où je pense que je fais tout foirer. J’utilise un autre produit pour nettoyer, qui tout d’un coup va faire apparaître de grandes taches blanches dans ce qui se dessinait là, les traces qui restaient de ce que je n’étais pas arrivée à enlever. Des taches de propreté. Cela m’arrive si souvent, le sentiment de gâchage à la dernière minute. La satisfaction, jusqu’à ce que.) J’avais frotté simplement, patiemment, lentement, avec un bras et puis l’autre, à genoux, au sol. Un bras, deux bras. Cette toile des Raboteurs de parquet de Caillebotte Auguste. Et alors, une lavette, comment est-ce qu’on dit en français de France ? Et une éponge et une épongette. Et un savon naturel. Ou pas ? Oui, je pense. J’ai pris un temps fou pour faire ça. 

Dans le grand grenier blanc. 

Et tout ce que nous avons fait, il m’a plu de le faire et le faire avec eux, avec Frédéric et Jules, ça m’a plu. 

C’était un repos, en vérité. Ça avait du sens. 

Qu’est-ce qu’on a fait d’autre ? 

Hier, tout d’un coup, voir le couloir, le corridor, la cage d’escalier, tout d’un coup, c’était… C’était bien. 

Simplement d’avoir passé l’aspirateur,  d’avoir nettoyé les fenêtres aussi, d’être parvenus à ouvrir celles qui ne s’ouvraient plus, avoir poncé les châssis de fenêtre, tout ça, avoir la chance d’avoir pu faire ça par un temps clément, il faut bien le dire, fenêtres ouvertes. Oui, être dans une maison, être dans cette maison, avec les portes sur les étages ouvertes, ou fermées d’ailleurs.

Pour moi, c’est très plaisant, c’est un espace qui me convient. 

Là, la fenêtre est ouverte. Et, il y a moins de bruit, il me semble, qu’hier, ou je  l’entends moins, malgré que j’entende un avion s’éloigner. 

Cette maison est calme dans l’ensemble. En été, au moment de la Foire du midi, bien sûr, c’est autre chose. Et il arrive, le week-end en particulier, qu’on entende beaucoup de musique dehors,  je pense d’ailleurs que Jules y contribue. De la musique arabe ou sud-américaine, Brésil. Mais comme ce n’est pas 24h sur 24, comme c’est occasionnel et comme c’est surtout les jours où il fait grand beau temps, ça participe du charme en fait. 

J’expliquais hier à Maelann les circonstances dans lesquelles cette maison avait été achetée par nous 5. Mes parents, les 3 enfants. Achetée parce que la maison louée où mes parents vivaient avait été revendue au décès de la propriétaire et qu’il fallait à mes parents une maison pour y abriter les toiles de mon père, artiste peintre, et un atelier. Le grenier fut le dernier atelier de mon père. C’est lui peut-être avec ma mère qui avait peint en blanc le plancher.

retour sur la danse

Et donc la danse. J’ai vu cette vidéo, j’ai fait des recherches pour essayer de savoir qui était ce chorégraphe danseur. J’ai vu qu’il travaillait en France aujourd’hui. Et quand je me suis levée, je me suis mise à danser. Et depuis toujours, je pense à… Enfin voilà, y a… C’est quand même raté par le capitalisme, ça. C’est quand même foiré totalement, abominablement. Il ne reste plus aucune occasion de danser, si ce n’est en payant pour des cours. Ou comme ce qu’on fait quand on est jeune, danser en boîte, ce que j’ai fait beaucoup, et aujourd’hui dans les free parties. Au fond je devrais chercher des free parties, mais c’est interdit maintenant. Ça c’est incroyable, non ? 

Mais. Je pense aussi que moi j’aime danser et je comprends qu’il y ait des gens pour qui ça ne veuille strictement rien dire, ça ne signifie rien et qu’ils soient faits pour tout à fait autre chose, voilà. Et ça, ces personnes-là, mais je ne pense pas que rien jamais les amène à la danse ou doive les amener à danser. Je ne vois pas, je ne pense pas. Il y a vrai… Tous les goûts sont dans la nature. Tous les goûts sont dans la nature. Tous les goûts. 

réchauffement climatique

Et aussi, comment rejoindre un peu plus la nature. La nature se met à me manquer pour de vrai. Parce qu’elle va mal. Mais non, il y a longtemps qu’elle me manque, et je suis comme tout le monde en ce moment. Tout le monde en a marre de la ville. Et là, j’entends des oiseaux. Je dois dire ceci. À Bruxelles, dans ce coin de Bruxelles, il n’y a plus que des pigeons et des corbeaux. On ne voit plus de moineaux. L’autre jour, je me suis promenée le long du port. Tiens, non pas le port, mais le canal. Et soudainement, je suis tombée sur un moineau. Et puis sur un autre. Que j’ai pris en photo. Et on pourrait croire qu’il y a des moineaux, mais franchement, ce sont les seuls. Et comment ça se fait que là, il y a des moineaux ? Il y avait un moineau, tout ébouriffé . Il était tout ébouriffé. Mais ici, dans ce bloc. Il n’y a que des pigeons. Et des tourterelles, je pense, il y en a deux, comme si je pouvais les distinguer, mais j’ai l’impression d’avoir… Et des corbeaux qui apparaissent de temps en temps. Qui se font entendre, et le long du canal aussi. À un moment donné, je me suis retrouvée dans un endroit où il y avait des dizaines de corbeaux. C’était un peu effrayant. 

Voilà, oui, ça. Réfléchir à ça et puis comment réfléchir à ça. 

oui, j’ai détesté mon corps et mon image

Qu’est-ce qui m’a fait choisir le chemin du malheur, me demandais-je donc, plus tôt. Et… Oui, j’ai détesté mon corps et mon image. J’étais en très grand désaccord avec ça. Et j’aurais aimé être très belle. 

Comme on est bête, hein, mais non pas nous, pas chacun individuellement, mais. Comment est-ce que certaines images s’imposent comme ça à tous ? Comment est-ce qu’on va vers une uniformisation à ce point de l’image des corps. Comment est-ce qu’on tolère ça ? Comment est-ce qu’on ne voit pas le leurre qu’on fabrique perpétuellement ? En fabriquant et en multipliant les mêmes images des mêmes corps, les mêmes corps habillés de la même façon, travestis de la même façon ? Pourquoi est-ce qu’il n’y a pas de place pour beaucoup plus de diversité ? Comment est-ce qu’on ne voit pas la beauté là où elle est ?

Pourquoi faut-il qu’on veuille absolument la beauté. C’est quand même un problème. Un accord sur l’objet. Un commun accord. Un truc culturel. Voilà, et je pense que les artistes, du coup, sont ceux qui montrent que la… la beauté est ailleurs aussi. 

Mais oui. Ça pourrait être aussi bien le sort du commun des mortels. Il y a des tas de gens qui aiment des tas de trucs que les autres ne trouvent pas bien ou dont les autres se moquent. Ben voilà. Ça veut juste dire que la beauté est dans l’œil de celui qui regarde. Pourquoi est-ce que je parle de la beauté ? Parce que j’ai manqué à la beauté, j’aurais voulu être plus belle. Si j’avais été plus belle, peut-être que… Non, c’est pas pour ça. Oui, c’est pour ça que je parle de ça. Mais, y a tellement de beauté partout. Je voyais Annick l’autre jour et je n’ai pas osé sortir mon téléphone pour la prendre en photo. J’aurais dû, elle me parlait. D’abord assise et puis debout devant ses œuvres, dans son atelier.

 Bien, j’arrête là. Et donc la danse, oui, qu’est-ce que je voulais dire, qu’est-ce qu’il y a à ajouter ? 

Et je sais qu’il y a d’autres gens qui pensent comme moi. Je sais que je déconne pas. Et encore, je deconnerais. Voilà, voilà, bisous, bisous.

Publié le 9 sept. 2026 à 10h46

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