9 février 2018

vendredi 9 février 2018

Rêve – Je m’aperçois que je n’ai pas de boîte aux lettres. c’est tout ce dont je me souviens. Je crois qu’un autre nom est mis sur ma boîte aux lettres. Mon nom est sur une plaque, caché derrière les boîtes aux lettres. Je ne sais pas du tout si c’est ça. Il y a encore autre chose. ça paraît sans issue. 


Ajout du 18 janvier 2021

l’objet petit a derrière l’image narcissique i(a) dans la mélancolie

Lacan a très peu parlé de la mélancolie. A la fin du Séminaire X, il reprend la distinction de Freud entre deuil et mélancolie. Il avance que si on ne différencie pas l’objet a et i(a), c’est-à-dire de son image, on ne pourra pas concevoir la différence radicale entre le deuil et la mélancolie. « Le problème du deuil est celui du maintien, au niveau scopique, des liens par où le désir est suspendu, non pas à l’objet a, mais à i(a), par quoi est narcissiquement structuré tout amour. »1 , affirme-t-il. Dans la mélancolie, il ne s’agit pas de i(a) , mais de l’objet (a). C’est parce que l’objet a est dissimulé derrière le i(a) du narcissisme et méconnu dans son essence, que le sujet mélancolique attaque sa propre image. Il l’attaque justement pour atteindre l’objet a. Lacan nous enseigne :

« Ce qui distingue ce qui est du cycle manie-mélancolie, de tout ce qui est du cycle idéal de la référence au deuil et au désir, nous ne pouvons le saisir qu’à accentuer la différence de fonction entre, d’une part, le rapport de a à i(a) dans le deuil, et, d’autre part, dans l’autre cycle, la référence au a, plus enracinante pour le sujet que n’importe quelle autre relation mais aussi foncièrement méconnue, aliénée dans le rapport narcissique2

Dossia Avdelidi, La psychose ordinaire, La forclusion du Nom-du-Père dans le dernier enseignement de Lacan, Presses Universitaires de Rennes, p. 264

Je ne pense pas, même si cela me l’a évoqué, que l’on puisse prendre l’autre nom indiqué sur ma boite aux lettres , comme correspondant de l’image narcissique au-delà de laquelle serait caché le véritable objet perdu de l’amour, réintégré dans le moi, et qui devient objet de haine, mon nom.

Du rêve, je n’ai pas retenu quel était cet autre nom apposé sur la boîte aux lettres, ni, tout compte fait, quel était le nom qui aurait été mon nom.

Enfin, je ne sais pas si cet objet perdu dans la mélancolie – je me réfère ici à mon souvenir du texte de Freud – , objet perdu dont la nature n’est pas bien connue, se doit d’être identifié.

J’y ai déjà successivement identifié : ma mère, la parole, mon nom.

Il y a un souvenir qui me revient toujours, incomplet, quand il est question de cet objet d’amour perdu. C’est moi, dans la rue, rue du Méridien, avec l’un de mes frères, qui lui demande : « Tu préfères qui, papa ou maman? » Réponse complètement abasourdie : « Mais, je les aime tous les deux! » Et moi alors de lui débiter les raisons de ma détestation de l’un des deux. C’était alors très clair et longtemps, je me suis souvenue duquel de mes deux parents il s’agissait. Jusqu’à ce que j’oublie, lequel était alors haï de moi. J’avais peut-être neuf ans.

La suite laisse à penser qu’il s’agissait de ma mère. Même si je suis complètement perplexe par rapport aux reproches que j’aurais pu lui adresser, dont je n’ai plus le moindre souvenir. S’agissant d’elle, au cours de mon analyse, j’ai souvent pensé qu’il s’agissait d’une détestation du sexe féminin, d’une haine du sexe féminin. Inconsciente.

S’agissant de l’image narcissique, jusqu’il y a quelques années, et alors qu’elle a pu me causer les plus affreuses causes de détestation de ma personne, elle me soutenait fondamentalement au travers du regard de l’autre, qui était souvent admiratif voire désirant. Les compliments reçus, même s’ils ne me consolaient que rarement, m’atteignait quelque part. Et il arrivait que ma propre beauté, je l’avoue, m’éblouisse. Cet éclat, du regard de l’autre, de mon propre regard, ne suffisait cependant fondamentalement pas à empêcher ces moments où la sensation de mon propre corps et la vison de lui que j’en avais dans le miroir étaient insupportables.

Seul le désir de l’autre le rendait supportable. Et parfois, une forme de grâce, quand j’arrivais à surmonter mes craintes, à m’habiller, à m’apprêter, à aller dans le monde, à un rendez-vous. Cette grâce était liée à une idée tôt reçue de la beauté, tôt reçu de mon artiste de père, et à l’amour que ce dernier me portait.

Je ne sais pas ce qui pouvait faire la frontière entre : y arriver ou pas , à sortir de chez moi, à penser que je pouvais sortir dehors le corps qui avait cette image-là, la mienne.

Je le faisais quand j’y étais obligée. Ou dans le désir d’un homme.

Être dehors et subitement penser que cela n’allait pas, que l’image n’était pas bonne, était une horreur, à vivre. J’ai alors appris à ne plus jamais me regarder dans un miroir dès lors que j’étais sortie de chez moi. De crainte d’y voir l’absolument insupportable.

Je me suis toujours préparée pour mon analyste. Il aura au moins servi à ça. C’est tout à fait injuste à dire.

Ma mère devait vivre, a dû vivre quelque chose de similaire. Ce qu’elle a perdu à la mort de mon père. La consistance imaginaire que cela lui procurait d’avoir été modèle pour mon père, les peintures qu’il a faites d’elle.

Pour elle comme pour moi, vieillir, perdre la jeunesse, la beauté, l’éclat, a entraîné tout un rééquilibrage. j’ai vieilli plus vite qu’elle parce que j’ai tendance à m’approprier ses symptômes.

Notes:
  1. Lacan Jacques, Le séminaire, Livre X, L’angoisse, p. 387. []
  2. Ibid. p. 388. []
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