Je suis de nouveau prise par le désir de changer de nom. Me reviennent des mots (plus ou moins approximatifs) d’une chanson de Leonard Cohen : « I see you’ve changed your name again« . je ne m’en souviens pas plus. Dans Duck Duck Go (femme sous influence, lubie d’arrêter avec Google), je tape « L Cohen change your name again ». je tombe sur plusieurs chansons où il est question de changement de nom. Ca me fait plaisir.
Celle-ci, est pour moi poignante au possible, la supplication même :
I asked my father,
I said, « Father change my name. »
The one I’m using now it’s covered up
with fear and filth and cowardice and shame.
Je lis la suite de la chanson
Yes and lover, lover, lover, lover, lover, lover, lover come back to me
Yes and lover, lover, lover, lover, lover, lover, lover come back to me
Et ça me paraît tellement beau, tendre et beau. Cette réconciliation avec le père, qui va jusqu’à cet… au delà de tous les enjeux possibles et impossibles, perdus.
La suite de la chanson est tout autant extraordinaire.
Ce qui ici se renoue, du père et de la chair, ce qui se recoud (du nom et du corps, par l’amour). J’ai toujours pris chacune des paroles exactement pour moi, comme si elles me concernaient personnellement. Mais concernée comme on l’est en rêve, sans que je sache pourquoi. Xomme un rêve dont l’on sortirait en pleurant (de reconnaissance).
Je vois que l’album s’intitule New Skin For The Old Ceremony.

Image de la couverture de l’album : Représentation symbolique de la Conjunctio Spirituum, de l’union sacrée des principes mâle et femelle issu du texte alchimique Rosarium philosophorum reprise dans Artus Auriferae (1593), Bibliotheca Chemisa Curiosa (1702) et plus récemment Psychology and Alchemy de Carl Gustav Jung.
Puis, je vois une vidéo de la chanson à la télévision, où Cohen précède sa prestation de ces mots en français : « Cette chanson, je l’ai écrite pour les Égyptiens et les Israélites pendant la guerre du Sinaï ». Et elle prend instantanément des résonances tout autre, auxquelles je ne m’attendais pas.
le nom juif
Je pense alors que la honte du nom n’est pas liée qu’au seul nom juif. Mais au nom seul. Dans son essence. Son indépendance. Son hontologie (pour le dire à la Lacan). Et que c’est le génie de Cohen que de le faire entendre. Là dessus, rentre F dans la pièce qui me pose une importante question (« Qu’est-ce qu’il y a à manger? ») et je perds totalement le fil de ma pensée. Il met sa main sur mon genou et je le renvoie.
le nom allemand
A-je jamais cherché, moi, à lier la honte, ma honte quotidienne, au nom allemand ? Il m’est arriver de l’écrire. Mais qu’est-ce qui s’invente dans l’écriture même? Qui cherche à couvrir quelles insondables énigmes (de mon impossible rapport à mon nom) ? Et, y ai-je cru? Jamais complètement. Seulement, que sait-on? Et me voilà pleine de doutes à nouveau. Ou pas du tout, pas le moindre. Mais : la volonté de pudeur.
Il y aura eu un moment dans mon histoire où il m’aura aidé de dire : « Mon nom d’allemande m’a fait honte, avant moi a fait honte à mon père, a fait honte à mon grand-père » et cela m’aura rapprochée de la vérité. (qui comme chacun sait est une limite, vers laquelle on ne fait jamais que tendre
Aujourd’hui, je tends à penser que celui-là ou un autre, j’en aurais eu honte. J’en eu eu honte. S’agit-il d’ailleurs de honte. Il s’agit en tout cas d’un manque à dire ce qui m’en sépare. Ce qui me manque dans cette séparation. Une incapacité à tout faire tenir ensemble. Que le « Lover, lover, lover » du père de la chanson de Cohen raboute.
Cette chanson est immense.
And may the spirit of this song
May it rise up pure and free
May it be a shield for you
A shield against the enemy…
Je trouve écrit :
« C’est dans le désert du Sinaï, lors de son séjour de deux mois avec d’autres musiciens et chanteurs comme Matti Capsi auprès de l’armée israélienne durant la guerre israélo-égyptienne dite « du Kippour », en 1973, que Léonard Cohen improvisa cette chanson sur scène. Il la dédia aux soldats des deux camps. »
http://www.polyphrene.fr/2015/11/lover-lover-lover.html
Un film israélien vient de sortir à propos de cet épisode souvent passé sous silence de la vie de Leonard Cohen. La chanson comportait un dernier couplet où il se situait clairement en solidarité avec les soldats israéliens, où il disait être des leurs. Qu’il a ensuite effacé et réécrit.
Il est évident que cette chanson a une longue histoire, par les uns et les autres elle est interprétée de bien des manières, pour moi il est parvenu à lui donner une portée universelle.
“Your task is not to seek for love, but merely to seek and find all the barriers within yourself that you have built against it.”
― Rumi
Sources: