mercredi 22 juillet, 4h du mat
Je me réveille
trop tôt la nuit
Mes pensées sont alors claires
par endroits désespérées
Mais je ne les écris pas.
Hier encore, j’ai vécu au fil de mon ordinateur et de mon téléphone.
Ce sont eux qui décident. J’y vais pour une chose, je tombe sur un onglet (de navigateur) ouvert ou un fichier (word ou jpg) et c’est là que je vais. Dès potron minet. Dès le matin tôt. Vers treize heures, rappelée à l’ordre (gentiment, patiemment) par Frédéric, je dois me faire violence pour m’arrêter, pour manger, pour m’extraire de ce dans quoi je suis prise. Qui est toujours n’importe quoi, du moment que c’est sur l’ordinateur ou le téléphone. Aussi vers quinze heures, ai-je décidé de tenter de m’interrompre, de m’arrêter, de prendre du papier, de trouver un carnet, et d’écrire ce que j’avais fait ce jour-là. Ailleurs que sur un écran.
L’idée était de noter ce que j’avais fait (plutôt que ce que je devais terminer). De trouver le moyen de m’adapter au fait que ma vie était cette errance où je ne termine rien, ou je ne décide rien à l’avance, de l’accepter, de trouver quoi en faire ou quoi en dire ou quoi en écrire. Quoi en tracer. Où le tracer. Quelles grandes cartes dessiner. Ou comment le vivre — ouvertement — sans subir l’ire de ce qui voudrait qu’une chose soit autrement qu’in-finie, que non finie. Ce qui tient à ce qu’une chose ait un début et une fin. Quelles conséquences en tirer pour le rendre supportable? Quoi mettre au point?
En faire état, d’une manière ou d’une autre.
Je reprends ici ma récapitulation d’hier (quelle folie) :
19 juillet à la mer
Contrairement à ce que je me proposais de faire, il a d’abord fallu que j’écrive à propos de ce que j’avais commencé dimanche. Probablement contrainte par quelque chose que j’aurai vu sur l’un de mes écrans. Une photo, je crois, de Jules, de Jules, le 19 juillet 2012 2014 à la mer, sur la digue de Nieuwpoort. Il a 9 ans.
J’avais vu dimanche les photos de ce séjour à la mer avec ma mère, et m’étais souvenue d’un dialogue plus ou moins imaginaire tenu entre elle et moi, écrit dans un carnet que j’ai voulu retrouver, que j’ai retrouvé, que j’ai dicté à Evernote pour le transcrire plus rapidement, que je veux maintenant publier ici.
(N’allons pas maintenant chercher à finir cela; que je n’aille pas maintenant chercher à finir cela.)
Revoyant hier les photos de Jules, auxquelles je tiens tellement, j’ai pensé que je pourrais peut-être en faire une édition papier (plutôt qu’une publication ici). Je n’avais fait aucune belle photo de ma mère. Elle était assez mal coiffée. Tout était plus compliqué alors, entre nous. Heureusement, j’en avais fait 2 tout de même. Me permettant de me souvenir que ça avait eu lieu, ce séjour ensemble.
Hier, 21 (était-ce-ce le premier jour de l’été?)
les erreurs
J’ai commencé à passer/perdre du temps sur Patreon où j’ai dans un élan subi publié un court texte sur l’erreur. Un moment d’enthousiasme. J’étais tombée ici une erreur, qui ne correspondait tellement à rien, qui me paraissait à ce point ininterprétable, que je m’en étais trouvée ravie. Cela se trouvait dans le texte d’un cauchemar abominable (fait en juillet 2021), que certains éléments m’obligent (pour le moment) à publier en privé. J’y parlais d’une chaise « cannelée » plutôt que « cannée ». Je ne vais pas m’étendre là dessus encore.
patreon
De mon Patreon, je ne sais que faire et devrais y renoncer. Dans ces réseaux sociaux, je ne suis jamais là que pour socialiser, que dans un rêve de socialisation; or la seule chose certaine c’est que je n’y socialise pas le moins du monde. C’est un leurre, ce dont je devrais tirer les conséquences. Il n’y a là-bas que Boris Dunant et Ahn Mat. François Bon et ses ateliers. Ce qui est pourtant important, qui compte, mais pour autant faut-il que j’y publie moi-même? Je connais la réponse. Je n’ai d’autre raison d’écrire que celle de mon isolement et cette écriture m’isole davantage encore, vu qu’elle est ce qui me maintient dans mon coin de canapé.
J’écrivais là-bas :
ah, les erreurs, les erreurs, les erreurs, les grossières erreurs. celles qui furent si effrayantes, celles qui m’ont tant effrayée. qui m’ont tant empêchée. tant tout empêché. qu’y aurait-il d’autre à célébrer? aujourd’hui à célébrer. mettre en avant, aimer. à quoi croire d’autre ? (petit coup de folie)
der Irrtum, die Irrtümer
verhängnisvoller Irrtum ; großer Irrtum ; fundamentaler Irrtumidée pour un nouveau nom: Irrtum, Véronique Irrtum
Irrtum : IXe s – Nom structurellement dérivé de irre (« égaré », « confus », « dérangé », «fou»)
Ensuite, dans la suite de cette idée de changement de nom, j’ai repris le brouillon d’un texte récent autour de Leonard Cohen et du changement de nom.
- I said Father change my name sur Patreon
- Le même, sur L’heure de nulle part, ici
- Des images du Rosaire des philosophes
- A propos de Rûmî



« I am not of this world, nor of the next, nor of Paradise, nor of Hell;
I am not of Adam, nor of Eve, nor of Eden and Rizwan.
My place is the Placeless, my trace is the Traceless;
‘Tis neither body nor soul, for I belong to the soul of the Beloved.
I have put duality away, I have seen that the two worlds are one;
One I seek, One I know, One I see, One I call.
He is the first, He is the lest, He is the outward, He is the inward »
— Jalal ad-Din Rumi (1207-1273):
Poems from the Divan-I Shams-I Tabriz, c. 1270 CE
Je relève la tête : C’est le jour, maintenant c’est le jour, par la longue série de fenêtres hausmaniennes je vois la longue série des fenêtres hausmaniennes de la rue d’en face. Les ouvriers ont commencé à travailler. Ca me donne une idée de l’heure. Je vais me faire une Ricoré. Il faut que j’arrête ça là.
Je donne ici un poème que je traduis de l’anglais ce matin. C’est le poème du jour tiré de A year with Rumi : daily readings de Coleman Barks. Je pense qu’il s’agit d’adaptation par Coleman Barks de poèmes de Rûmî, qui dit en proposer des « versions » et qui travaille en fait à partir de traductions déjà existantes, non pas à partir du persan, qu’il ne connaît pas :
|
Neither This Nor That I may be clapping my hands, Those who live in time, descended from Adam, Do not listen to what I say as though these words Your faces are very beautiful, but they are wooden cages. I have nothing to do with being famous I borrow nothing. I do not want anything When union happens, my speech goes inward, |
Ni ceci, ni cela Je frappe peut-être dans mes mains, Ceux qui vivent dans le temps, descendants d’Adam, N’écoutez pas ce que je dis comme si ces mots Vos visages sont très beaux, mais ce sont des cages en bois. Je n’ai rien à voir avec la célébrité, Je n’emprunte rien. Je ne veux rien Lorsque l’union se produit, ma parole se tourne vers l’intérieur, |
Je ne devrais pas, mais j’ajoute encore cet extrait :
What is to be done, O Moslems? for I do not recognize myself.
I am neither Christian, nor Jew, nor Gabr [Magian], nor Moslem.
I am not of the East, nor of the West, nor of the land, nor of the sea;
I am not of Nature’s mint, nor of the circling heavens.
I am not of earth, nor of water, nor of air, nor of fire;
I am not of the empyrean, nor of the dust, nor of existence, nor of entity.
I am not of India, nor of China, nor of Bulghar, nor of Saqsin;
I am not of the kingdom of ‘Iraqain, nor of the country of Khurasan.
I am not of this world, nor of the next, nor of Paradise, nor of Hell;
I am not of Adam, nor of Eve, nor of Eden and Rizwan.
My place is the Placeless, my trace is the Traceless;
‘Tis neither body nor soul, for I belong to the soul of the Beloved.
I have put duality away, I have seen that the two worlds are one;
One I seek, One I know, One I see, One I call.He is the first, He is the lest, He is the outward, He is the inward;
I know none other except « Ya Hu » [« O He’] and « Ya man Hu » [« O He who is »].
I am intoxicated with Love’s cup, the two worlds have passed out of my ken;
I have no business save carouse and revelry.
If once in my life I spent a moment without you,
From that time and from that hour I repent of my life.
If once in this world I win a moment with you,
I will trample on both worlds, I will dance in triumph for ever.
O Shamsi Tabriz, I am so drunken in this world,
That except of drunkenness and revelry I have no tale to tell.
Nouveau nom : Véronique Hazard.
Ca pourrait être une forme soft de crise maniaque. Une crise ralentie de tachypsychie. Je fais mine de tenir le fil, de le retenir. Je le ralentis en faisant des recherches. En écrivant ici. Et là. Comme je le disais à Juliette : C’est sous contrôle.
On ne voit partout que jongleries ; et le Jongleur divin s’amuse de la surprise dans nos yeux.