racines (au nom de l’impossible)

Publié le Catégorisé comme brouillonne de vie, correspondance, envoyé Étiqueté , ,

i really feel stuck
into this conflict
israel/palestine
like being stuck, at the heart, of 
the conflict
between good and evil
and feeling guilty for it
how to step out of it
without betraying humanity

je me sens vraiment coincée dans ce conflit
I/P
c’est comme être coincé au cœur du conflit
le seul peut-être s’il en est
du bien et du mal
et s’en sentir coupable

(qu’est-ce qui en moi se rejoint dans la pensée à ce conflit, dans la pensée de ce conflit, dans son irrésolution aussi bien que dans la volonté de m’en séparer, dans un désir (binaire et primaire) du bien contre le mal. qu’il y ait le mal et que ce soit clair et que l’on soit du côté du bien et que l’on désigne, clairement, ce qui vous met du côté du bien : le mal.) (ou, rejoindre, dans la pensée de ce conflit, par ce conflit, rejoindre la douleur de mon père à la pensée du mal accompli, cette pensée qui fut la sienne et quotidienne à la guerre, par la guerre, de la guerre, sa hantise de ce qui s’est passé dans les camps, et alors moi, rejoindre, l’infinitude de sa tristesse, de son tourment.) (et puis, se vivre à la lisière de cette disjonction, celle de ces deux enfants terribles du langage, ces jumeaux imparfaits du bien et du mal, qui mènent leur vie au lieu fictionnel de la parole, de la pensée, où si souvent ils se confondent, et de cela qui hors langage arrive au corps : le mal de la torture, par exemple, puisque les récits de Gaza, ce qui nous parvient jour après jour, c’est ça : des récits de torture exercée par des hommes sur d’autres hommes / femmes / enfants (animaux / plantes / terre – partout poussières et le ciel qui gronde qui rougeoie qui part en éclats)) 

quelle passion du bien et du mal (quelle culpabilité rampante, quel désir d’être coupable, quel désir de pardonner, quel désir de prendre sur soi, le péché du monde = quelle croix)

par mes pensées quel silence encore perpétué

s’agit-il de la passion de la dénonciation
(s’agit-il chez moi de la passion de la dénonciation d’un Autre mauvais (et est-ce là que je m’accuse de jouissance), qui provoque l’incessance de mes pensées à ce conflit, à cette guerre, où l’un est totalement impuissant et subit et l’autre inlassablement exerce sa puissance son sadisme sa volonté de faire le mal )
dénonciation inutile, dénonciation sur les réseaux sociaux qui semble totalement inutile : demain, c’est déjà septembre, bientôt un an que ça dure
au moins, voudrait-on entendre les consciences bouger, évoluer
ne voit-on que l’indifférence et le silence s’obscurcir
comment continuer à assister à ce conflit
continuer, je le sais, est juste
tout comme vouloir vivre, est juste
tandis que l’Autre, ici, est mauvais pour de bon

(comment dire qu’il n’y a pas à sacrifier la possibilité ici d’être heureux, qu’être privilégié rend responsable de ce privilège qu’il ne s’agit pas de détruire, mais d’en être à la hauteur, comment trouver les mots pour permettre de vivre malgré l’injustice (et non pas par l’injustice, non pas complice de l’injustice ni l’ignorant), malgré ce qui arrive, il n’y a pas à s’enfoncer dans le malheur, il faut encore célébrer la vie la respecter la vouloir, il faut se garder des forces et ces forces les dédier aussi, par la pensée, à ceux qui souffrent. ce souci, que mes parents n’ont pas eu pour moi, que mon Dieu n’a pas eu pour moi, je ne l’ai que pour mon enfant. et par lui pour les enfants de gaza, pour les enfants d’israël, pour les enfants d’europe et du monde)

de quelle impuissance s’agit-il ? quelle impuissance entretiens-je? ce silence, pourquoi m’y laissai-je réduire ? là est ma culpabilité. c’est pourquoi je dois vous parler. 

je pense que ce n’est pas juste de ne penser qu’à ça, voila ce que je pense.
je crains qu’il ne s’agisse là que d’une volonté de penser, penser quelque chose plutôt que rien, plutôt que de dormir.
que serait : rien

je dénonce chez moi une volonté de penser (au pire, je ne sais pas), mais de penser en des termes accusatoires. s’agit-il seulement de me dédouaner? de quoi cette pensée me protège-t-elle? c’est ce que j’ai tendance à croire, que ces pensées ont un utilité, en fait, servent. mais servent une cause obscure, probablement dérisoire, et qui m’échappe. serviraient à me maintenir dans l’appartenance à un système de pensées. comment appeler cette fonction, cette volonté de tisser un système de pensée?  s’agit il  de ne pas pouvoir vouloir sortir de cette pensée, humaine, de cette pensée de l’humanité confrontée à ce qui découle de sa condition d’être parlant : la répartition du bien, du mal, de l’aimable, du non-aimable, du rejetable, du conservable, de l’aimé du haï du proscrit.
cette pensée a t elle lieu d’être
est-elle vaine
est-il possible d’en tirer des conséquences
il faut pouvoir rejoindre une forme d’effectivité

je me connais : je n’oserai pas parler. il n’arrivera pas que je parle en mon nom. je resterai sidérée.

JC disait : ça ne sert à rien, nous n’y pouvons rien, tu le vois bien Véronique, nous n’y pouvons rien.
aujourd’hui, et aujourd’hui seulement et  aujourd’hui nouvellement je veux je dis qu’il faut vouloir l’impossible, aujourd’hui il ne reste plus qu’à vouloir l’utopie, ce pays où israéliens et palestiniens vivraient en paix, égaux, ensemble dans un même pays. voilà l’utopie. il n’y a plus qu’elle qui vaille. c’est son impossible nom qu’il faut continuer, vouloir, vouloir agir. effacer tout le reste. les fausses raisons, les fausses peurs. chasser la parano, la refuser. refuser la haine, refuser sa facticité même. vouloir, pour le futur, pour les enfants, pour la survivance du monde juif, du monde palestinien. seule cette utopie peut valoir comme éthique. 

est-ce qu’aujourd’hui se soucier de justice, c’est être fou
n’y a-t-il que les fous pour se soucier de justice
quelle justice : celle qui met une limite à la capacité d’un homme de faire du mal à un autre

tu ne tueras point
tu ne tortureras point
tu n’humilieras point tu ne feras pas perdre la raison tu n’utiliseras point de chien (pour des crimes qu’on n’ose même pas citer ici. à jenin, les enfants ont plus peur des chiens que des hommes)
tu ne tueras point d’enfant d’une balle dans la tête
tu n’affameras point de population
tu ne priveras point d’eau potable
tu ne bombarderas point
tu ramèneras le calme

est-ce le silence (du monde) que je ne comprends pas, qui me torture
(ce silence est-il le silence? est-il le silence que je ne comprends pas de toujours? qui m’insupporte de toujours? rejoint-il un insuportable silence de toujours)
est-ce le silence du réel
le silence de tout un chacun sur le réel
le silence au coeur de tout un chacun
ce silence n’est-il temps de le malmener

(ne présumer des raisons d’aucun, ne vouloir considérer que le un par un, leçon de la psychanalyse)

pourquoi ce conflit, cette injustice, ce crime plutôt que n’importe quel autre, que tout autre (pas ça qui manque)

c’est une question personnelle, un héritage
un trauma en héritage (un indélébile)
peut-être donc les autres n’ont-ils pas cette question personnelle
ne sont-ils personnellement marqués
comme je le suis
par le crime qui a été 
celui de l’extermination des juifs
pour la seule raison qu’ils étaient juifs
pour antisémitisme
pour ce nom de juif
(n’ont-ils pas eu de père qui en tremblait encore à la veille de mourir, de ce crime commis contre l’humanité et dont il n’était pas sûr que tout un chacune ne puisse en devenir coupable. ce grand soupçon porté sur l’humanité.)

(ce qui se retourne aujourd’hui
ou qui s’accomplit
qui continue de s’accomplir
non pas victimes
mais accomplissant l’être de déchet auquel on a voulu les réduire
le réalisant encore
s’attirant l’opprobre
le réalisant, réellisant l’assignation
au déchet du nom)

bien sûr je délire, et les choses sont plus simples que ce que je ne le dis

comment est-ce que je m’en sors ?

comment est-ce que je sors de cette obsession ? ou est-il juste d’y rester ?

il faut maintenant que je fasse ce qu’il faut pour que la tension dans ma tête diminue

écrit dans la nuit du 23 août, 5h13 / relu et envoyé le 15 nov à 14h29

Résumé chagpt:

Ce texte exprime un profond dilemme intérieur face au conflit israélo-palestinien, mêlant des réflexions personnelles, éthiques et philosophiques. L’auteur/ice se sent pris·e dans une lutte entre le bien et le mal, à la fois coupable de ne pouvoir agir et tiraillé·e entre la nécessité de penser à cette injustice et le besoin de préserver sa propre santé mentale.

Points centraux :

  1. Conflit intérieur : L’auteur/ice ressent une culpabilité écrasante liée à son impuissance face à la violence et à l’injustice, tout en se questionnant sur la légitimité de sa pensée accusatoire et sur sa fixation sur ce conflit en particulier.
  2. Héritage familial et traumatique : Le lien avec l’histoire de l’Holocauste et le traumatisme transmis par un père hanté par le mal est central. Cela nourrit une sensibilité exacerbée aux violences actuelles, particulièrement celles perpétrées contre des populations vulnérables.
  3. Le bien et le mal : Une réflexion intense sur la binarité de ces concepts, sur leur confusion dans le langage et sur la difficulté de désigner ce qui est juste sans tomber dans des jugements réducteurs.
  4. Appel à une utopie : Malgré le désespoir, l’auteur/ice conclut que l’unique réponse éthique est de vouloir l’impossible : une paix utopique où Israéliens et Palestiniens vivraient ensemble, dans l’égalité et la justice.
  5. Silence et action : L’incompréhension face au silence du monde et des autres sur ce conflit est omniprésente. Ce silence est vu comme insupportable et reflète peut-être un silence intérieur, une incapacité à agir ou à parler pleinement.
  6. Tension entre engagement et survie : L’auteur/ice oscille entre l’idée qu’il est juste de se soucier du conflit et la nécessité de préserver ses forces pour continuer à vivre, à célébrer la vie, et à soutenir ceux qui souffrent de manière constructive.

Questionnement final :

Le texte se termine sur une note ouverte : comment sortir de cette obsession, ou faut-il accepter de s’y attarder ? L’auteur/ice cherche à équilibrer la pensée et l’action, tout en soulageant la tension mentale et émotionnelle qu’elle engendre.

En résumé :

C’est une méditation complexe sur l’humanité, la justice, la mémoire et l’engagement face à l’injustice, portée par une tension entre culpabilité, impuissance, et espoir d’un monde meilleur.

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