samedi 4 juin 2022
Rêve fait ce matin. Premier rêve depuis longtemps. J’avais recommencé à rêver pendant que j’étais en analyse chez MHB — je m’étais rendue compte avant ça que je ne rêvais plus que pour un analyste. Ma lecture en ce moment des rêves de Kafka par Derrida, Kafka qui rêvait beaucoup et envoyait ses rêves à ses amis, leur demandant des rêves en retour, me faisait très envie. J’avais fort envie de me remettre à rêver sans analyste. Le fait que je rêve de Marie et d’Annick m’indiquant peut-être d’envoyer ces rêves à ces amies.
J’ai donc enregistré cet assez long rêve.
Il y aurait encore à dire sur les frites, probablement, les frites même. Et sur les fagots de frites de ma mère, soigneusement préparés, une petit fagot par personne, qui me font penser à un apéro qu’elle préparait (des dattes enroulées dans un morceau de lard, piqué par un… cure dent) et ce très ancien rêve, du temps encore de mon père, du vivant de mon père, où des fagots étaient par moi trouvés au-dessus d’une armoire. Fagots qui s’avéraient être, dans le rêve, des « restes de cadavres d’un génocide qui avait eu lieu, restes d’un charnier retrouvé ». Des fagots de … de … non pas de roues de vélo mais de… chambres à air !
Enregistrement:
Pour la première fois depuis longtemps, j’ai rêvé, je ne sais pas pourquoi. Hm. Donc… Dans la maison de mes parents, en tout cas ça y ressemble, rue Waelhem, Marie est là. Et elle a décidé de faire des frites. Y a un problème de poêle. Elle cherche une poêle dans laquelle elle pourra faire des frites — je crois que nous sommes à ce moment-là dans la chambre (non), dans la cuisine de ma mère. Et elle repart avec une poêle — il me semble que c’est une grande poêle à paëlla qui a peu été utilisée, qui paraît être en aluminium. Et… Une poêle avec deux anses et sans manche. Elle monte avec cette poêle pour faire des frites dans la chambre. Elle coupe les frites, dans la chambre du grenier, qui serait la mienne mais qui n’y ressemble pas. C’est un très grand espace. Elle met de l’huile, je crois, dans la poêle. Elle n’est pas satisfaite. Elle commence déjà à mettre des frites dans la poêle.
Mon père est monté. Il est allé s’allonger dans une pièce à côté, et s’endort peut-être. Je parle à Marie de redescendre chercher une autre poêle qui conviendrait mieux. Je descends, ma mère est là, je cherche une poêle, elle me parle. Je lui dis… Peut-être que je lui demande comment elle faisait des frites, comment elle fait des frites, en quoi elle fait des frites. Et elle me dit qu’elle a justement acheté des frites. Elle me sort un plat allongé sur lequel se trouvent, pour le repas du soir probablement, prévu pour le repas du soir, des petits fagots de frites qui sont chacun emballé et piqué avec une pique, emballé d’une petite feuille de je-ne-sais-quoi, quelque chose de blanc, piqué d’un… cure-dent pour faire tenir la petite feuille qui fait tenir les frites, le fagot, le petit fagot de frites. Ce n’est donc pas du tout la poêle que je viens chercher, mais…
Là, je me rends compte ou je me souviens que ma mère a déjà mangé, mais mon père, qui est en haut, n’aurait pas mangé. Et les frites que Marie prépare, elle lui en donnerait. Et je ne sais pourquoi, puisqu’il s’agit… je monte ces frites, je veux monter ces frites. Et dans l’escalier qui monte, j’ai une difficulté qui est difficile à décrire, avec le plateau qui est très grand. Il faut monter quelques marches, se retrouver coincée par le mur. Là il faut faire un tour sur soi-même en tenant le plateau et sans tomber, sur des marches qui sont devenues très petites, pour rejoindre… pour pouvoir continuer à monter – il faut faire un tour complet à peu près sur soi-même. Et en fait je n’y parviens pas vraiment. J’essaye mais le plateau est tout le temps dans mon chemin. Je ne sais dans quelle main le tenir. Parce que l’espace laissé sur la marche sur laquelle il faut faire la manœuvre est très étroit. Et c’est là, je crois, qu’Annick arrive, qui me prend le plateau des mains, ce qui me permet de de continuer à monter. Elle me prend le plateau des mains, le temps que je passe un passage difficile, et puis elle me le rend et elle me suit en haut.
Là, je ne sais pas très bien ce qui se passe puisque… est-ce que Marie est encore là ou est-ce qu’elle disparaît ? Qu’est-ce qu’on fait avec les frites ? On va les cuire. Je suis tout de même un tout petit peu embêtée parce qu’on va manger les frites que ma mère avait prévu de servir le soir, mais en même temps, bon, voilà. Est-ce que mon père a réapparu, s’est réveillé, s’est levé, est-ce qu’il est là ? Avec nous, c’est-à-dire Annick, peut-être Marie et moi. Je ne sais pas ce qu’Annick fait, si elle prépare les frites. Et je dis… que j’adore cette pièce.
Ah oui ! La pièce est ouverte. Elle donne sur une terrasse et peut-être des jardins et peut-être la rive d’une rivière. Un endroit où coulerait de l’eau. Ça pourrait être la mer aussi ou l’océan. Et je n’ai qu’une envie ,c’est de sortir fumer une cigarette sur cette terrasse, qui est une terrasse dont j’ai déjà rêvé beaucoup, enfin, c’est un lieu qui n’est pas… que je connais… qui revient du passé. Et… quoi dire… j’attends que quelque chose soit fait ou terminé pour pouvoir sortir. Peut-être que j’attends que les frites soient prêtes ou… Et peut-être que j’ai l’idée de pouvoir sortir avec Annick, fumer une cigarette dehors. J’ai terriblement envie de cette cigarette. Comme dans la réalité, en fait, je ne fume plus mais il m’arrive d’avoir tellement, terriblement envie de cigarettes. Et, quoi donc? je dis que j’adore cette pièce et qu’il faudrait pouvoir dormir là, plutôt que dormir dans la pièce à côté, pour pouvoir entendre le chant des oiseaux et de la nature qui se réveille. Qu’il n’y a rien au monde que je n’aime plus que ça, parce que cette pièce est la pièce où je travaille, tandis que la pièce à côté, qui donnerait sur la rue, est celle où je dors. Cette pièce est plus grande, très grande, très belle pièce. Avec des vérandas, qui donne donc sur une terrasse et des jardins… Et je pense que c’est la dernière chose donc que je dis.
Après je me réveille.
Eh oui, quelque chose me dit qu’au fond, c’est pas mal non plus de pouvoir travailler dans une pièce où… une si belle pièce.
Donc. Qui est Marie ? Marie est une amie. Une grande amie, a été une meilleure amie. Annick a été une meilleure amie. Oui, oui, probablement qu’une amie me manque en ce moment. Les frites… Donc, ces amies vont cuisiner, vont faire des frites. Et donc, elles cuisinent. Comme ma mère. Non pas comme ma mère, mais…. Je ne cuisine pas, je ne cuisine pas. Mais, elles me montrent, un peu comme ma mère ne m’a pas montré. Mais, donc elles sont là et elles cuisinent et elles ont envie de frites. Et récemment je me suis souvent dit qu’il faudrait que j’apprenne à cuisiner ou que j’apprenne sérieusement à pouvoir le faire. Or, la cuisine est souvent le lieu même de… le moment de la cuisine, le fait de cuisiner, c’est le lieu même de mon angoisse, et je le regrette. Je regrette de ne pas pouvoir cuisiner tranquillement.
Et, au fond, ces lectures récemment sur la mélancolie m’ont fait penser à cette identification où je suis maintenant — confinée — à ma mère, et où je ne peux pas faire comme ma mère. Parce que faire comme ma mère, c’est-à-dire cuisiner, c’est ce à quoi j’avais pensé hier, mais je pense autrement maintenant, d’une part ça, ça renverse les rôles, ça détruit le rôle… ça… C’est une angoisse de prendre son rôle et de la détruire. D’autre part… je ne sais pas du tout où je vais là.. ça a été à elle aussi, son angoisse la plus grande, la cuisine. Or, elle l’a fait. Elle n’a jamais manqué à son devoir et moi j’y manque tout le temps. Voilà, je ne supporte pas d’être confrontée à son angoisse et je ne supporte pas et je crains son sacrifice, le sacrifice qu’elle faisait, elle. En faisant tout pour nous. Toutes ces activités ménagères.
Et donc, je n’arrive plus à cuisiner. Il m’est devenu possible, par contre, plutôt de cuisiner en rejoignant l’envie d’un mets particulier, en ayant envie de faire ce que je vais faire, et c’est quelque chose que j’ai vu chez Annick. Qui fait à manger parce qu’elle a très envie de faire à manger, parce qu’elle est très faim, parce qu’elle a très envie de ce qu’elle va préparer. Et donc j’essaye je peux surmonter l’angoisse si j’arrive à à avoir envie de ce que je vais cuisiner. C’est quelque chose qui s’est fait sur les années. Et je ne sais pas si… je pense que j’ai pensé, je ne sais pas quelle est la place là de Marie, pourquoi est-ce que Marie revient, oui certainement c’est cette idée pour le moment que je suis trop seule. Et c’est comme si ses amies revenaient à ma mémoire, me disaient mais tu n’as pas toujours été seule, on a été là. Et le rôle qu’elles ont joué. Je pense que Marie aussi était une gourmande, mais elle l’était trop. Elle avait été boulimique et ça, j’y ai pensé hier. Je me souviens que je lui avais parlé de la boulimie, elle m’avait dit, Mais enfin, comment tu peux m’en parler ? Et alors, c’est quelque chose… Elle s’était mise à m’en parler aussi, mais elle me disait que jamais elle n’aurait cru qu’on puisse parler de ça. C’est peut-être là-dessus qu’on est devenus amies, entre autres. Et donc là, elle a envie de faire des frites.
Alors, les petits fagots de frites. Et la poêle, qui n’est peut-être pas la bonne poêle, qui ne supportera peut-être pas la chaleur. Et ma mère… qui en fait n’a plus d’instrument pour faire des frites, et nous ici nous n’avons plus d’instrument pour faire des frites, et dans le rêve je ne sais plus du tout comment on fait des frites. Et je sais par contre que nous n’avons pas de friteuse. Donc, où en étais-je ?
Marie Amie Frite Annick Mère Père
Bon, je ne sais plus. Ma mère a acheté ce petit fagot de frites au magasin du coin, je crois, Chez Roland. Ce magasin, c’est le magasin de la première maison Tiberghien. Ce n’est pas le magasin de la rue Waelhem où nous sommes. La cuisine de la rue Waelhem est la cuisine de la rue Waelhem. Il y a l’armoire de la rue Waelhem, il y a la table de la rue Waelhem. La chambre, mes chambres, le grenier, par contre, c’est du grenier amélioré, considérablement.
Et la cigarette, tiens. Oui, j’ai terriblement envie d’une cigarette pour le moment.
Et oui, j’ai peur parce que la semaine prochaine je vais chez ma mère et que je vais terriblement avoir envie de cigarettes.
Voilà, je vais en rester là.