ce que j’ai tenté de faire pour l’atelier, n’y suis pas arrivé. je ne l’ai pas publié sur le blog de l’atelier Tiers-Livre. échec.
elle ne sait pas bien de quoi elle a peur elle ne sait pas bien. il faut dire aussi qu’elle vit bien à l’abri qu’elle a su organiser son terrier, dans terrier il y a terre, dans terrier il y a taire. elle sait qu’elle n’a pas de place sur terre, qu’elle ne sait que se taire et se terrer. elle sait qu’elle sait se taire et se terrer. elle se reprend, elle se dit que ce sont des mots, ce ne sont que des mots que tu te dis, des mots qui se disent en toi, qui viennent d’une volonté intérieure féroce et qui est indifférente à ce que tu es, sans pitié, et qui te conditionne. elle se dit tu as place sur terre, tu as place sous terre, tu as place tout autour de la terre. c’est juste que ton monde est très petit. elle se dit très petit mais de qualité.
il arrive qu’elle se réveille la nuit et la nuit elle devient comme beaucoup plus raisonnable la nuit la raison lui revient, il lui semble, et tout ce qui le jour est chassé, afflue. elle a des frayeurs pour son compagnon, elle a peur qu’il tombe malade, elle a peur qu’il meure. elle a peur d’avoir à lui survivre. elle a peur de se retrouver à la rue. elle a toujours eu peur de se retrouver à la rue. elle a peur pour son enfant qui est le moteur de sa vie, elle a peur de ne pas lui avoir donné assez de force assez d’allant assez de volonté assez de vouloir, tout ça elle le cherche encore pour le lui donner, quand même lui donner, lui donner ce qui lui a manqué, lui donner la face cachée de ce qui lui a manqué.
sinon, ce n’est pas qu’elle ait peur de sortir, c’est autre chose, c’est quelque chose qui l’empêche de bouger, un principe d’inertie.
dans le monde au départ elle a commencé par avoir peur d’apparaître. mais c’était jusqu’à un certain âge. jusqu’à ce qu’elle se rende compte que le monde finalement l’ignorait, s’était mis à l’ignorer. jusqu’à ce qu’elle se rende compte que régnait une grande ignorance du corps des autres. elle s’est demandé si c’était elle ou le monde qui avait changé. c’est un peu les deux, elle croit. les autres et leur corps font partie de l’image globale du monde. il y a quelques corps plus remarquables. en vrai elle aura tendance à trouver qu’il y a quantité de corps remarquables et mouvants et s’ignorant, mouvant s’ignorant. le film du monde. elle fait partie de l’image de fond du film du monde. il n’y a pas de regard tous tournés vers soi, vers elle. c’est le contraire en fait. c’est l’effacement, c’est rassurant, avec le temps, ça s’est fait, elle l’a appris. tant qu’elle était jeune elle attirait les regards. la jeunesse attire les regards. certains regards. des regards qui se voient qui se montrent qui parlent. qui agressent bien des fois. c’est de là au fond que d’abord vient sa peur, est venue. ce qu’elle devient dans la rue comme objet du regard, elle se demande aujourd’hui si la rue a changé, si ça a changé. elle regarde autour d’elle elle cherche les regards il lui semble bien qu’il y en a moins. ça mate moins, ou plus discrètement.
elle n’a pas peur qu’on la touche elle sursaute.
de vrai ce qui n’a pas changé aujourd’hui si elle continue d’hésiter à aller dans le monde, à voir du monde, c’est la peur qu’on lui adresse la parole la peur qu’on l’interroge la peur de ne pas savoir quoi répondre, de ne pas savoir dire, de ne pas savoir dire ce qu’elle fait, les gens ne vous connaissent pas ils s’intéressent, ils vous demandent ce que vous faites, peur de ne pas savoir répondre qu’elle ne fait rien qu’elle n’est rien qu’elle n’a pas de métier. il faut que tu apprennes à le dire en riant qu’elle se dit, rire très fort de soi-même et rassurer les questionneurs. ou que tu inverses ta tendance. tu développes le discours opposé. c’est toi qui es libre qui ne fonctionnes pas dans le système qui as tout compris. ce n’est pas du tout ce que tu penses. tu ne penses que ta différence ton inadaptation. il faut développer le discours positif de ça. de cette inadaptation car quelle fierté avoir de ce qui s’adapte à ce monde. or il y a quelque chose en elle qui aucune autre envie que celle d’être comme tout le monde. elle dit personne n’est comme tout le monde. puis elle a peur de ses trous, de plus en plus nombreux, de ses trous de mémoire, elle a peur de la façon dont elle perd l’usage de la parole, de la langue, du langage. il faut en rire aussi, se dit-elle, il faut l’exposer, il faut l’exploser. oui mais alors pas trop, elle aurait peur alors de faire peur.
elle a peur d’oublier et peur d’être oubliée. au moins si elle oublie, elle oublie qu’on l’oublie. sa mère réémergent d’un trou d’oubli lui demande : tu crois que quelqu’un sait que j’existe ? il faut courir retourner chez sa mère. sa mère alzheimer. elle sait qu’elle est déjà atteinte elle d’alzheimer, elle, elle aussi. elle a peur de se disperser peur de sa dispersion peur de n’être pas à la hauteur de cette dispersion peur de céder encore et encore à la haine de soi à la haine d’elle, peur de l’inconscient. peur de son insconscient.
elle n’a pas peur de vieillir c’est fait et ça ne cesse de se faire elle a basculé de l’autre côté. c’est l’apparence physique d’abord qui fait qu’elle bascule d’un autre côté. elle fait des choses non pour l’empêcher mais pour empêcher le pire. elle fait des exercices d’écriture de lecture de gymnastique. elle le fait et ça vaut mieux que de ne pas le faire. elle le fait et parfois elle rigole bien. et parfois vous rigolez bien. elle se critique à cause de cette tendance abusive chez elle à l’auto-critique. elle ne laissera pas d’œuvre elle ne se fera pas un nom elle ne sera ni connue ni reconnue. sinon dans son tout petit monde. elle a peur d’être un poids pour les autres. sa mère cependant elle l’aime aujourd’hui plus que jamais. elle l’aime plus que jamais. plus que tout. tout empêche le care, le soin, mais le care, le soin, change tout.
politiquement, elle a peur de ce qui vient de ce qui est là, d’une idéologie à laquelle elle ne comprend rien peur de ne pas faire ce qu’il faut de n’avoir pas fait ce qu’il faut peur de n’avoir pas été à la hauteur de n’être pas à la hauteur peur de sa lâcheté peur de sa bêtise de celle des autres. peur de ne pas être à la hauteur de la complexité de ne l’avoir pas suffisamment défendue. peur de céder à la paranoia peur de la paranoia des autres. autant peur de l’emporte pièces de ses jugements que de son laxisme, de sa tolérance, sa conciliation.