soif

Ton symptôme, ton œuvre,  ce que tu fais.
La nuit,  c’est ce que tu fais.
Le symptôme seul fait.
Il faut toujours être un peu analyste.
Travailler l’obscur, où les lois sont différentes.
Travailler l’obscur. Là où il n’y a pas de loi.
Écrit de nuit.

Tu crains ton absence de persévérance. Ton symptôme au moins ne te décevra pas.


« Forced Entry by Proxy« , 2004
c-print siliconmounted to Plexiglas, 120 x 100 cm

« The 21st Century Transitional Object« ,
2004 c-print siliconmounted to Plexiglas, 120 x 150 cm

« Sad Memories of Pink #2« ,2004
c-print siliconmounted to Plexiglas 180 x 80 cm

Annika von Hausswolff

( en forme de souvenir )

instantaneisme

c’est drôle, que nous soyons passés si vite d’une époque où nous voulions apprendre à  nous passer du projet, où nous nous initiions à  l’immédiateté, à  l’ici et maintenant / tout de suite / pas tout à  l’heure, à une époque toute immédiate. je me souviens de mes lectures, je n’oublierai jamais cette découverte, de cioran et de bataille – je déménageais, en bus, les livres, de poche, dans mes poches, je quittais le domicile de mes parents, c’était l’été, j’avais 19 ans. je devenais seule.  ce qu’ils ouvraient pour moi, ces auteurs. ce qu’ils ouvraient et que pourtant tout de suite immédiatement je vivais j’ai vécu, sans que je ne me le formule évidemment, comme une nouvelle forme d’aliénation, d’obligation, non dénuée d’angoisse, non non-ressentie avec un sentiment d’impuissance. mise à  pied de jouir. la vérité de ce que je découvrais alors, je la ressens encore. encore, tandis que je me bats pour retrouver le désir le délai le retard – le rendez-vous -, sortir de la présence, de la fantomatique présence.

(tout a été très vite. incroyablement vite. et je suis nettement moins seule.)

Re: discipline « Reply #16

 
« Reply #16 on: October 30, 2016, 10:23:45 am »
 

merci beaucoup pour vos réponses. tous les deux au fond, mais Juliet aussi, vous vous en sortez avec des projets.  il vous faut quelque chose à accomplir à l’intérieur d’un délai.

s’agissant de l’écriture, c’est quand elle est hors projet, que tu as, dis-tu Élise, la tentation de la discipline. ah non,  je te relis : tu ne parlais pas de l’écriture, mais de « travailler pour faire ce que tu dois faire », sans autre précision. a priori donc, hors projet, hors délai (si ce n’est l’ultime. c’est alors que la discipline te manque.

toi, Guy, tu ne fais pas la distinction entre les tâches qui te tiendraient à cœur, la musique, par exemple, et des contraintes administratives. tel que tu l’as présenté, tu traites cela de la même façon : ce qui doit être fait, doit être fait (c’est sans état d’âme,  mais le plus vite possible néanmoins (pourquoi ?) ) j’aime beaucoup l’expression : je n’ai besoin que de savoir l’heure.

donc, dans une certaine mesure, le projet vous sert de discipline.

c’est certainement ce qui me manque. et pendant longtemps ce à quoi j’ai tenté d’échapper (rien au monde de plus angoissant qu’un délai à tenir, qu’un projet à accomplir). pour tromper cette angoisse,  je suis obligée à chercher à faire sans faire.

je m’aperçois aussi, à vous lire, qu’au bout du compte, ce que je fais ou veux faire est toujours lié à un soin que je prends de moi-même. bien sûr, j’en ai un peu honte.  j’écris, c’est pour m’aider. je fais du taï chi, c’est pour m’aider. même la cuisine, c’est encore pour m’aider. grande malade. je suis toujours dans une notion d’apprentissage et d’amélioration (d’amélioration non pas par rapport à un Bien quelconque, mais pour tenir le coup . je travaille sur moi

et j’ai renoncé à accomplir, achever, terminer.

quand j’écris, il me semble que je pourrais ne pas cesser d’écrire, idem quand je fais du taï chi, et tout le reste finalement.  enfin, c’est toujours le même problème qui ressort : je fais ce que je fais au moment où je le fais, en dehors de ça, je ne tiens à rien.

la discipline, les horaires, m’aideraient à passer d’une chose à l’autre sans l’inconfortable sensation de vertige que j’éprouve entre deux activités.

voilà. j’ai des activités (comme les enfants), pas de projets. sinon des projets à long, très long terme (puisque je ne supporte pas le terme).

la mort, m’est un peu égal, quand elle n’est pas souhaitable. vieillir par contre est très embêtant.

la question du temps apparaît donc centrale pour chacun d’entre nous.

(^_-)
 
« Last Edit: November 01, 2016, 07:36:55 pm by eoik »
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