23 février 2009

il s agissait donc d intégrer le discours l inconscient

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Autofiction en question


Essai sur l’autofiction

Céline Maglica

L’autofiction veut relayer voire sauver l’autobiographie des impasses dans lesquelles cette dernière s’était engouffrée. Comment dire le vrai en ayant pour instruments la mémoire et l’écriture ?  »  Les bons outils font les bons ouvriers… « , cet adage vieux comme le monde a effleuré les esprits de bien des autobiographes qui avaient conscience des difficultés, des obstacles auxquels leur projet se heurtait. En effet, l’autobiographie – comme Philippe Lejeune l’a démontré – s’établit sur un pacte entre auteur et lecteur, l’un s’engage à dire le vrai, l’autre à le croire. Elle se situe donc sur un axe de vérité. Or, on sait désormais de façon précise grâce aux travaux de Freud et de la psychanalyse que dire la vérité ne peut être qu’une intention et non une réalité. Il s’agissait donc d’intégrer le discours de l’inconscient dans les écrits autobiographiques afin de parvenir à la réunification ou plutôt à la coexistence d’un Moi. Sans forcément transformer l’écrit autobiographique en divan psychanalytique, il fallait s’efforcer de faire surgir ce que Sarraute appelle des « tropismes » et Perec  » ces brumes insensées où s’agitent des ombres  » ; créer une voix qui soit autre. Dans Enfance, Sarraute met en scène directement cette autre voix qui conteste, ironise ou s’accorde avec la voix de la narratrice. Perec fait alterner dans W ou le souvenir d’enfance deux récits, l’un qualifié d’autobiographie, l’autre d’imaginaire, c’est – à – dire deux voix qui, en fait, disent la même chose : le silence, le blanc fondateur, situé au milieu du livre, au milieu de ces deux voix.

L’autobiographie visait à assurer la cohérence du Moi. Il fallait maîtriser le cours d’une vie ou tenter de le faire par le geste même de l’écriture. Le contenu permettait au scripteur de se dire, le discours sur soi était monologique et solitaire.

Et Doubrovsky fut !

En inventant le concept de  »  fiction d’événements réels « , –  »  histoire qui n’a jamais eu lieu dans la réalité, dont le seul réel est le discours où elle se déploie  » – Doubrovsky a révolutionné les catégories littéraires en annexant une place tenue jusqu’alors pour irrémédiablement vide. Comment fiction et autobiographie peuvent – elles coexister ?

Si l’autofiction n’est pas se mettre en fiction, c’est-à-dire romancer sa vie, alors qu’est –ce ? Et puis ce Doubrovsky qui étale ses pantalonnades et ses premières érections, qui ose affirmer qu’il tue une femme par livre, n’aurait-t-il pas dû s’en tenir à Corneille et à sa dialectique ?

Bref, un vent frais et piquant souffla sur la littérature, soulevant au passage quelques tas de poussières ancestraux et quelques jupes printanières…

Après avoir fait l’objet de critiques, l’autofiction devient LE sujet critique. Personne n’est d’accord. Genette méprise le terme au point de ne pas l’associer à Doubrovsky, quand il daigne en parler ; les plus sceptiques disent que le concept n’est valable que pour Doubrovsky ; les rhéteurs affirment que cela a toujours existé…les plus mauvais crient au scandale.

Bref, on ne peut dire que Doubrovsky et son autofiction aient suscité un enthousiasme général.

Souvent jugée sur son contenu plus que sur sa forme ou le projet qu’elle sous – tendait, l’autofiction n’a pas été comprise. Usant principalement d’un cadre dialogique, elle met en scène une parole dont le discours est polyphonique. L’autofiction est écriture du fantasme au sens où elle permet à un auteur de dire tous ses Moi en même temps, elle fait une place au Je fragmenté de l ‘écrivain. Fantasme aussi de la présence fusionnelle avec les parents morts dans un texte qui leur redonne voix ; fantasme non d’une cohérence du Moi impossible mais d’une coexistence fulgurante qui n’existe que dans les mots.

La fiction dans ce terme d’autofiction n’est pas sur le plan de l’identité  mais au niveau de la structure dans laquelle naît une voix impossible. Tout est vrai dans l’autofiction, rien n’est inventé, tout est créé. L’être de papier fanfaronne, gesticule sur la scène autofictionnelle : il ne pourra jamais avoir lieu dans le réel, dans la vie. L’autofiction n’est pas une fictionnalisation de soi : se fictionnaliser, c’est partir de soi pour créer une existence autre, c’est transposer son être dans le champ des possibles qui pourraient / auraient pu avoir lieu dans la réalité.

L’autofiction, c’est transposer sa vie dans le champ de l’impossible, celui de l’écriture, un lieu qui n’aura jamais lieu…C’est, en quelque sorte, l’énonciation elle seule qui est fiction dans le livre.

 » Indécidable « ,  » inclassable « , l’autofiction agace le critique, d’autant qu’elle contient sa propre critique grâce à l’utilisation du dialogisme : d’emblée, elle le fait taire.

Si ce projet plaît malgré tout, si de plus en plus d’étudiants consacrent des années de recherches à cette notion, c’est qu’elle fait plus qu’établir un pacte de lecture – devenu obsolète -, elle revendique un mode de séduction. Le lecteur fait partie intégrante du livre, il est pris dans la fiction, dans cette voix qui se disperse. Ainsi, l’autofiction ne fait pas que briser les catégories fermées ou ébranler les codes de l’autobiographie : elle renouvelle le pacte et le mode de lecture. Elle lutte contre le langage en essayant de lui faire dire ce qu’il s’obstine à taire, à force d’exhibition, de jeux de mots, de connotations, de résonances.

Et si le travestissement, le déballage, l’hybridation étaient les seuls instruments de la vérité autobiographique ? Et si pour séduire le lecteur, il fallait le brusquer, le désarçonner, le déposséder de son statut plutôt que de le flatter ? Et si toute quête de soi ne pouvait être que métatextuelle ?

Et si Doubrovsky avait raison ?

L’autofiction n’est pas du temps retrouvé mais du temps créé : les  » je  » qui ne sont pas tout à fait Moi se disent dans un hors – temps salvateur qui les réunit et les écoute par le biais du lecteur – complice. Le  » sujet toujours en défaut  » a trouvé sa place ou une place dans le livre.

Se mettant à nu et raillant leur propre exhibitionnisme, les autofictionnistes créent des textes qui désirent le lecteur. Prenant pour matière les impasses même de l’autobiographie, les auteurs ne livrent plus des confessions mais chuchotent des confidences. Pas de mimétisme mais un érotisme du langage – entre voile et dévoilement – qui aguiche le lecteur. Celui – ci se surprend à baisser le regard en rougissant ou à rendre son sourire à ces textes faits de paillettes et de silences avec lesquels il passera le reste de sa vie.

Céline Maglica, étudiante en Lettre Modernes.D.E.A sur l’écriture autofictionnelle de Doubrosvky à l’Université de Dijon.

CURRICULUM VITAE

Nom : MAGLICA

Prénom : Céline, Annick, Muriel, Dragica, Nathalie.


Cursus scolaire :

1994 : Baccalauréat littéraire, section A 1, mention Assez Bien.

1995 – 1996 : Hypokhâgne et khâgne au lycée Carnot à Dijon. Présentation au concours de Fontenay Saint – Cloud.

Obtention par équivalence du DEUG de Lettres Modernes.

1997 : Licences de Lettres Modernes à l’université de Bourgogne. Mention Bien.

1998 : Maîtrise de Lettres Modernes sous la direction de Jacques Poirier.

 » La question de l’autofiction à travers les œuvres de Nathalie Sarraute  » Enfance « , Georges Perec,  » W ou le souvenir d’enfance  » et Serge Doubrovsky,  » Fils  » « .

1999 : Obtention du concours du CAPES de Lettres Modernes.

2000 : préparation à l’Agrégation

2001 :première année d’enseignement au collège DENFERT – ROCHEREAU à Auxerre et D.E.A sur Doubrovsky en préparation.

Loisirs :

– Pratique de la photographie, présentation lors d’expositions.

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