dimanche 20 septembre 2009 · 18h12

à propos de la séparation pour l’enfant

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Dans son Séminaire L’angoisse, Lacan parle de la séparation en tant que, pour l’enfant elle est séparation d’avec ses enveloppes, les caduques. En venant au monde, il perd une part réelle de lui-même, et, comme sujet, c’est bien ce avec quoi il aura à se débrouiller dans la vie. Cette part à jamais perdue. J.-A. Miller la qualifie de « perte de vie du corps« . Ainsi la jouissance n’est pas promise car ce qui préside à l’entrée du petit d’homme dans le monde des êtres parlants, c’est une perte fondamentale, irréparable, qui porte sur le vivant, sur le corps. C’est grâce au symbolique que le sujet va pouvoir circonscrire cette perte pour en faire un manque, un manque d’objet. C’est là l’essence de l’objet a lacanien. Ce rapport au manque d’objet va sceller le destin du sujet, le poussant soit à courir après, soit à ne pas vouloir savoir qu’il est perdu, soit à y renoncer.

« Faire de la jouissance une fonction »
Elisabeth Leclerc-Ravazet
La petite Girafen° 28, L’enfant et ses objets, Institut du Champ freudien

dimanche 20 septembre 2009 · 21h35

Le mode selon lequel s’opère cette perte réelle de vie laisse des traces indélébiles de jouissance chez le sujet.

Erik Dalzen - Faint, Christian, 2009
Erik Dalzen – Christian, 2009

A cet égard, l’angoisse donne le signal de différentes modalités de rapport à l’objet. Le mode selon lequel s’opère cette perte réelle de vie laisse des traces indélébiles de jouissance chez le sujet. Ces traces, toujours identiques à elles-mêmes, sont au principe de la répétition, et c’est pour cela qu’elles sont en lien avec le symptôme. Savoir reconnaître ces traces, puis savoir y faire avec la jouissance – telle est l’éthique de la psychanalyse – passe par une élaboration signifiante qui met en jeu le rapport à l’Autre. Entre le sujet et l’Autre, nous retrouvons ce « petit bout perdu » qui va constituer l’objet que le sujet place dans l’Autre.

« Faire de la jouissance une fonction »
Elisabeth Leclerc-Ravazet
La petite Girafe n° 28, L’enfant et ses objets, Institut du Champ freudien

lundi 21 septembre 2009 · 10h23

~pour finir encore

il me reste des rêves, faits au mois d’août, que je n’ai pas recopiés ici. et je ne le ferai pas. août déjà trop loin. douceur s’éloigne. l’éloignement de la douceur. une page se tourne. (( un rêve où mon père me reproche « ce qui s’est passé avec l’ex-analyste », veut lui parler. et puis, l’ex-analyste lui-même qui me fait le reproche de l’avoir « traité comme un chien ». mon image idéale d’un belle longue femme avec chien. femme sans peur, seule et complétée, mais est-elle sans désir? alors le lien du désir et de la peur. un rêve où mon oncle vincent se marie, où je critique encore les femmes : eh voilà, ce que c’est devenu, la société, c’est les femmes, qui dirigent, pensai-je dans le rêve, même les jeux. un où roger rentre en prison, en très mauvais état, où je sais qu’il va encore se faire maltraiter (lendemain de cet extraordinaire film de sam peckinpah, la horde sauvage (pas sans lien avec film qui sort, le prophète, que je n’ose pas aller voir. la prison, mon oncle, pas vincent, l’autre). voilà donc, drôle de série sans doute, mon père, l’ex-analyste, l’oncle vincent, l’autre oncle (jp). la belle femme à beau chien que je n’ai pas voulu devenir…  ))

(ça sera août adouci, septembre endurcie)

mercredi 23 septembre 2009 · 22h50

Ca ne prévient pas, ça arrive, ça vient de loin

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Erik Dalzen - Coffee Maker, 2007

Donc, on peut dire qu’avec la question des identifications on découvre, dans un trajet analytique, le fait qu’on ne peut pas soutenir par une identification une position féminine. Que toute la dynamique des identifications passe nécessairement par le système signifiant, et passant par le système signifiant, réinscrit, on peut dire, le féminin du côté phallique, du côté emblème.

[…]

Le passage que Lacan va faire, on va dire la révolution lacanienne, c’est d’envisager donc de nouveau la question du féminin, mais cette fois à partir de la question de la jouissance; non pas à partir de la question de l’emblème, de l’insigne ; non pas à partir de la question du fétiche, de la mascarade ; non pas à partir de la question des identifications, mais à partir de la question de la jouissance.

[…]

Vous connaissez peut-être l’histoire de Médée dans la mythologie grecque. Médée est donc une femme, qui, – je simplifie l’histoire – par amour pour un homme, Jason, tue son père, peut-être même son frère aussi et s’en va avec lui, se met à son service, l’aide dans ses tâches diverses et variées et a deux enfants de lui. Dans leur pérégrination, à un moment donné, ils arrivent dans un royaume et là, Jason tombe amoureux de la fille du roi et entend l’épouser, et donc laisser Médée, abandonner Médée, considérant que, finalement, elle est un peu trop sorcière pour lui.

Alors, qu’elle va être la réponse de Médée ?

[…] Naturellement, Médée dit très clairement que elle ne va pas le tuer. Non, elle va faire autre chose. Elle va sacrifier, on va dire, tuer les deux enfants de Jason qu’elle a eu avec lui, donc ses deux propres enfants. Pourquoi ? Parce que les enfants d’un homme, les enfants qu’une femme a avec un homme, c’est-à-dire la mère en elle, situent cet homme à partir de sa descendance, et donc inscrivent, si vous voulez, cet homme dans la chaîne symbolique de filiation, dans la famille à partir du nom, à partir du nom du père. Donc, ce qu’elle va chercher, si je puis dire, à ébranler par vengeance c’est précisément le nom de Jason. Le nom de Jason, en tant que ce nom, est ce qui pourrait lui succéder et ce qui le représentera, si je puis dire, dans l’avenir, dans la filiation qui continuera à, en quelque sorte, le rendre existant. Donc, elle tue ses deux propres enfants pour taper, si je puis dire, dans l’ordre symbolique, pour ébranler l’ordre symbolique, et allant encore plus loin, alors que Jason lui demande les corps de ses enfants pour les enterrer, c’est-à-dire pour mettre un nom sur une tombe, elle lui refuse les deux corps des enfants qu’elle emmène avec elle – dans l’histoire mythique on dit qu’elle les emmène sur un char – pour aller rencontrer un nouvel amour, un nouveau partenaire. Donc, elle ne lui laisse même pas, si vous voulez, le nom de l’enfant qu’il a eu avec elle, et elle lui signifie que ce qu’elle fait là… – c’est évidemment sur le versant de la haine et de la haine symbolique, c’est-à-dire d’une haine qui vise le sujet et non pas qui vise la personne, puisque comme je vous l’ai dit elle lui laisse la vie sauve – Elle lui laisse la vie sauve pour, en quelque sorte, décompléter le fonctionnement symbolique dans lequel il est totalement inscrit.

[…]

Pour résumer, je dirais donc que cette jouissance féminine à laquelle l’enseignement de Lacan aboutit vers la fin est une jouissance autre, c’est une jouissance, donc, qui n’est pas une jouissance liée à un organe, qui n’est pas liée aux représentations et à l’ordre signifiant, qui est donc au-delà du sens sexuel ou du sexe comme sens. C’est, par conséquent, la problématisation d’une position féminine au-delà de la fonction paternelle. C’est-à-dire le féminin quand il n’est pas pris totalement dans la fonction Nom-du-Père, fonction dont Lacan considère avec Freud, qui lui l’énonce en termes d’œdipe, qu’elle est le centre et le pivot du fonctionnement symbolique. Donc une jouissance pas totalement symbolisable qui échappe au processus de symbolisation.

[…]

Donc, on peut dire que pour Lacan, il y a un au-delà de l’Œdipe et que c’est à partir de l’au-delà de l’Œdipe – ce qui veut pas dire sans l’Oedipe, vous sentez bien – Il y a un au-delà de l’Œdipe qui permet de définir quelque chose de l’ordre du féminin, simplement cela ne se définit pas en termes de pouvoir, cela ne se définit pas en termes de groupe, cela ne se définit pas en termes d’emblèmes et d’identification. Cela ne se revendique pas non plus. Voilà… La jouissance féminine, ça ne se revendique pas, ça arrive. Ça arrive d’une part, et puis ça s’agit d’autre part, mais tout ce qui est du côté de la revendication fait immédiatement tomber du côté phallus.

Bien voilà…

Marie-Hélène Brousse,  » Qu’est-ce qu’une femme ? »

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