15 février 2013

lire avec ses pieds // si le corps est le registre du réel, l’acte qui consiste à lire avec ses pieds a un poids de réalité qui manque à la lecture effectuée au seul moyen de l’oeil

Merci Juliet pour ces images, l’évocation de cette exposition, Dylaby,  au Stedelijk d’Amsterdam en 1962. Exposition que je ne connaissais pas.

Intriguée aussi par la troisième image, la plus grande, que je n’arrivais pas à « déchiffrer », me demandant s’il s’agissait d’un montage, j’ai fait des recherches (pas plus loin que sur le net) et  lu un texte sur les labyrinthes dans l’art au XXè s. qui prend son départ de cette exposition et décrit la photographie qui m’avait donc intriguée.

Daniel Spoerri, Dylaby, Stedelijk Museum, Amsterdam

Daniel Spoerri, Dilaby, Stedelijk Museum, Amsterdam

J’y ai donc appris qu’il s’agissait de la proposition de Daniel Spoerri, lequel avait investi deux salles du musée :  plongé la première dans le noir et gardé pour la seconde l’apparence banale d’une salle de musée, si ce n’est que les murs en étaient basculés d’un quart de tour, si bien, dit l’auteur, Marie Escorne, que les spectateurs avaient l’impression de marcher sur les murs et, je la cite :  » Le spectateur constate alors physiquement que ‘si le corps est le registre du réel, l’acte qui consiste à lire avec ses pieds a un poids de réalité qui manque à la lecture effectuée au seul moyen de l’oeil’. » (Rebecca Solnit, L’art de marcher)

L’article parcourt alors de nombreux labyrinthes, tire un fil qu’il m’a plu de suivre. Rappelle les promenades dans la ville d’auteurs comme Benjamin ou Baudelaire, plus tard suivies des dérives de Debord (sa psychogéographie), et enfin, termine avec les très beaux parcours, déambulations de Francis Alijs.

Je me suis demandée, et vous demande,  ce qui avaient tant plu à ces auteurs, artistes de la fin du XIXè qui parcouraient Paris, affamés, enthousiastes et si cet enchantement avait disparu aujourd’hui. Je me demande quelles  transformations s’opèrent entre les passages et les galeries de Benjamin, les cartes de Debord et les coulées de peinture d’Alijs (ou le Beretta dans sa main). Auriez-vous quelque idées là-dessus?

Je suis intéressée également par ses questions dans la mesure où je m’inquiète d’un certaine perte de corps (depuis le moment où j’ai été obligée de travailler dans un bureau, passant par celui où j’ai fait de la gym en salle pour maigrir, jusqu’à aujourd’hui où je ne quitte plus mon ordinateur sans éprouver un certain malaise et où il m’est bien difficile de ne pas relancer l’une autre nouvelle recherche Google au moment où il s’agit de sortir pour faire quelques courses alimentaires, etc, etc.)

Suis-je seule dans ce sentiment? Faut-il être nostalgique ou au contraire refuser cette nostalgie? Peut-on doit-on trouver les parades des parades des stratagèmes qui permettent de couper les corps de leurs nouveaux appareillages ? Ou faut-il les accepter, parce que c’est comme ça? Et d’autant que ces appareillages, ces nouvelles extensions du corps,  deviennent de plus en plus légers (mon téléphone est probablement un meilleur ordinateur que mon ordinateur)  et que dehors il fait froid et dangereux?

 debord-guide-psychogeographique alys-beretta Walter Benjamin, Ne pas trouver son chemin dans une ville

  Carte du tendre

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