dimanche 7 avril 2024 · 07h26

le petit tas d’ordure comme motif de l’inavouable
— Autour de Sans valeur de Gaëlle Obiégly que je lisais hier soir encore.

Autour de Sans valeur de Gaëlle Obiégly que je lisais hier soir encore.

Le petit tas d’ordure comme motif de l’inavouable. L’ordure ramenée chez elle, le cœur battant malgré elle. Dont la matière, l’humus plaît à son chat. Qu’elle ne dépiaute, décortique pas tout de suite, qui existe d’abord comme un corps, un corps un, qu’elle observe, qu’elle nomme, même, « Lady », dont elle laisse venir à elle certains éléments, qui paraissent subitement en surgir, peut-être du fait des manipulations du chat. Ensuite, il est vu qu’il s’agit de papiers, de déchets de papiers, qu’il s’agit d’écrits, d’écriture. Il est vu par nous lecteurs. Mais ce pourrait aussi bien avoir été réalisés par la narratrice ou l’autrice, à ce stade-là. Tiens oui, il s’agit d’ordures, je suis amoureuse d’un tas d’ordures, mais il s’agit d’ordures particulières puisqu’il s’agit d’écrits. De choses à lire ou…. pas à lire. Enfin, il est lu ce que ces papiers recèlent d’odieux.

Un peu comme le trajet de certains objets en analyse… Tas d’ordures non identifiés, chéris malgré soi, aimés, malgré leur statut d’objet rebut. Dont s’extraient certains éléments purement signifiants, c’est-à-dire dont rien ne peut être su de la signification, autour desquels on se met à imaginer, à raconter. Et alors, au départ de ces épars, se rendre compte qu’on a affaire à de l’écrit, de l’écriture. Ce qui implique aussi pour soi un retentissement particulier. Parce que l’écrit, l’écriture devient alors l’objet, la matière de pensée, de travail. Et parce qu’il y a quelque chose de l’ordre de l’écrit pas-à-lire. Découvrir le carnet, hésiter à l’ouvrir. L’ouvrir. Et alors tomber sur ce à quoi on ne s’attendait pas. Sur la haine et la parano. Sur la bêtise. Sur ce qui vous rapproche de cette personne, sur l’inavouable. L’encombrant secret, la chose à soi. Cela à quoi on tient le plus. Le non-publiable. Archive, ou déchet.

Dans Totalement interdit, Gaëlle Obiégly parle de l’aveu, du désir chez elle qu’il y ait toujours une charge d’aveu dans l’écrit, qui en tire sa vérité.

Pour moi, quelque chose se règle dans Sans valeur. La grande valeur de ce qui est écrit pour soi, du secret. Dont je me trouve paradoxalement délivrée, par le petit mythe qu’Obiégly lui consacre, qu’elle fait exister. La valeur de cette existence pour elle, le humus de ce qu’elle en extraira, en tirera pour publication. Je me trouve délivrée du tout-dire, de la transparence à tout prix. C’est une leçon d’écriture, magistrale.

Je vais lire l’article d’En attendant Nadeau

dimanche 7 avril 2024 · 07h57

Obiégly, les carnets // pas-à-lire

ce qui me paraît important avec ces carnets, ce qu’elle en dit Obiégly, c’est l’idée qu’il y ait des choses écrites qui ne soient pas destinées à être lues. que l’on se prenne la peine de les écrire sans qu’on ne cherche à leur trouver de lecteurs. c’est une part du sujet du livre, Sans valeur. ça restitue pour moi une valeur à ça.

c’est parce qu’elle écrit des choses qui ne sont pas destinées à être lues, parce qu’il y a un endroit où ça existe, que son écriture a cette liberté.

ça ne veut pas dire que ça ne la travaille pas, ça ne l’interroge pas. faut-il jeter, faut-il archiver. Faut il que ça soit exhumé après sa mort.

je m’aperçois que c’est très important qu’il puisse y avoir un endroit où l’on écrive pour soi. que l’on puisse se passer de lecteur. que cela n’est pas vain. pour quelqu’un comme moi, toujours travaillée par le secret.

après tout ce temps passé à bloguer, je m’en rends compte…. tout ce que je n’ai pas osé écrire, tout ce que je n’ai pas écrit…….

et alors, dit Obiégly, alors vient la fiction: les carnets nettoyés, désodorisés je cois qu’elle dit.

avoir pu écrire pour soi.

faut dire que  je n’ai pas eu de chance avec les carnets écrits pour moi, puisqu’il m’est arrivé que de semblables carnets aient été saisis par la police et que l’intimité qu’ils recelaient ait été complètement ruinée, trahie, violée.

il y a toujours cette peur chez moi, après. l’idée que l’on peut toujours venir chez vous, fouiller et exhumer des secrets que vous pensiez à l’abri. rien de ce qui est écrit n’est à l’abri. 

https://www.en-attendant-nadeau.fr/2024/02/20/le-marche-de-l-ordure-sans-valeur/

 

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