vendredi 5 avril 2024 · 16h29

messages effacés à propos de Sans valeur de Gaëlle Obiégly

5 avril 24, 16:29 

messages à J et F, dans le cadre du travail que J a à faire pour une école. envoyés puis effacés.

[05/04 à 16:16] Eoik: dans son bouquin, Gaëlle Obiégly, elle doit déménager
elle essaye de faire du tri
soit elle jette
soit elle archive
elle arrive pas bien à jeter
mais elle pense à sa mère qui jetait tout
qui a jeté même la correspondance qu’elle a eue avec son père
G O trouve que c’est dommage qu’elle ait pas archivé ça
en même temps, elle comprend
un jour, elle tombe sur un tas de déchets dans la rue qu’elle peut pas s’empêcher de ramener chez elle, le cœur battant
après une bonne cinquantaine de pages de son récit, elle dit que c’est des papiers qu’elle a ramassés, et sur lesquels elle s’est mise à écrire [...]  Lire la suite >

samedi 6 avril 2024 · 11h55

Obiégly, sur son journal dans Sans valeur

6.4.24, 11:55 (publié sur Instagram)

Je continue à lire Gaëlle Obiégly. Ici, ce qu’elle dit à propos de son journal dans Sans valeur. Il faut que je retrouve aussi ce qu’elle en dit dans Totalement inconnu. Je lis et relis et ça ne cesse de m’émouvoir.

« Le journal est une forme d’écriture désœuvrée. On n’y cherche pas la représentation. C’est la vie même qui s’y déverse.
Encore plus que dans les lettres, parce que les lettres qu’on écrit peuvent subir l’influence de leurs destinataires. (…) Tenir une main courante prend du temps, mais cela permet aussi d’en conserver l’esprit; l’esprit du temps. C’est important de déposer les réflexions et les faits, parce que sinon tout s’évapore. Il ne reste rien d’il y a trois jours. Si j’écris chaque jour ce que j’ai vu en regardant simplement autour de moi, en saisissant ce qui se passe, c’est parce que je sais que tout s’évapore. Si j’écris ce qui se passe quand je regarde une image fixe, un tableau, un film, c’est parce que je sais que mes impressions vont se désintégrer. Mon esprit est plein de déchets. Ce sont les résidus de pensées nées dans la solitude ou dans la conversation.
….
Inoffensif, mon journal est dur, pourtant. Dur et pas beau. Mais nous n’avons pas à nous demander si c’est laid ou si c’est beau, à vrai dire. Le sentiment d’avoir créé quelque chose qui a de la vie est supérieur à ces deux notions de laid et de beau. Pour moi, c’est le seul critère en matière d’art. » [...]  Lire la suite >

dimanche 7 avril 2024 · 07h26

le petit tas d’ordure comme motif de l’inavouable
— Autour de Sans valeur de Gaëlle Obiégly que je lisais hier soir encore.

Autour de Sans valeur de Gaëlle Obiégly que je lisais hier soir encore.

Le petit tas d’ordure comme motif de l’inavouable. L’ordure ramenée chez elle, le cœur battant malgré elle. Dont la matière, l’humus plaît à son chat. Qu’elle ne dépiaute, décortique pas tout de suite, qui existe d’abord comme un corps, un corps un, qu’elle observe, qu’elle nomme, même, « Lady », dont elle laisse venir à elle certains éléments, qui paraissent subitement en surgir, peut-être du fait des manipulations du chat. Ensuite, il est vu qu’il s’agit de papiers, de déchets de papiers, qu’il s’agit d’écrits, d’écriture. Il est vu par nous lecteurs. Mais ce pourrait aussi bien avoir été réalisés par la narratrice ou l’autrice, à ce stade-là. Tiens oui, il s’agit d’ordures, je suis amoureuse d’un tas d’ordures, mais il s’agit d’ordures particulières puisqu’il s’agit d’écrits. De choses à lire ou…. pas à lire. Enfin, il est lu ce que ces papiers recèlent d’odieux. [...]  Lire la suite >

dimanche 7 avril 2024 · 07h57

Obiégly, les carnets // pas-à-lire

ce qui me paraît important avec ces carnets, ce qu’elle en dit Obiégly, c’est l’idée qu’il y ait des choses écrites qui ne soient pas destinées à être lues. que l’on se prenne la peine de les écrire sans qu’on ne cherche à leur trouver de lecteurs. c’est une part du sujet du livre, Sans valeur. ça restitue pour moi une valeur à ça.

c’est parce qu’elle écrit des choses qui ne sont pas destinées à être lues, parce qu’il y a un endroit où ça existe, que son écriture a cette liberté.

ça ne veut pas dire que ça ne la travaille pas, ça ne l’interroge pas. faut-il jeter, faut-il archiver. Faut il que ça soit exhumé après sa mort. [...]  Lire la suite >

mardi 9 avril 2024 · 05h09

Sans valeur

ce que m’apprend ce livre, c’est la nécessité d’avoir une réserve, la nécessité, la possibilité, le moyen. le bénéfice ici à en tirer, je le vois maintenant. je me suis empêchée d’écrire parce que je voulais m’empêcher d’écrire ce qui ne pouvait être lu. j’étais dans une obligation de tout dire, essentiellement motivée par ce qui ne peut l’être, par ce qui doit être caché. je trouve ici la raison, la motivation d’écrire pour soi, d’avoir ses carnets secrets. grâce à cet aveu, cette façon de soulever un coin du tapis, d’entrouvrir le placard, et de dire, ailleurs il y a autre chose, ailleurs il y a pire, cette seule évocation sauve de tous les carnets noirs. et quand ils transparaissent en filigrane, paradoxalement ils délivrent de l’obligation de transparence. par le charme aussi de ce qui se crée, de ce qui s’invente, pour trouver le moyen de dire sans dire, de rester sur le fil de l’aveu tout en maniant des voiles, je retrouve ou reconnais mon goût du secret. c’est comme si vous se trouvait ouverte ou rouverte la possibilité d’un espace à moi. Séparé l’Un et l’Autre. qu’il puisse y avoir un endroit de l’Un sans l’Autre. Puis, de là, un endroit de l’Un à l’Autre. [...]  Lire la suite >

mardi 23 avril 2024 · 10h51

Elle me raconte

Elle me raconte. Elle est en face de moi. Elle me raconte. Elle ne me regarde pas. Ses yeux sont baissés, parfois elle les lève, mais c’est très court, c’est un éclair bleu. Cet éclair me touche d’une façon incroyable. Elle me raconte comment elle jouit, comment elle a été sur le point de jouir, comment elle a voulu jouir, comment elle est partie, frustrée, dépitée. Elle avait curieusement commencé en me disant : « Il y a un épisode que je veux te raconter, c’est un épisode… » J’avais trouvé l’expression un peu curieuse. Je l’écoutais me parler en la regardant. Je la regardais comme si elle ne me voyait pas. Je n’arrivais pas à penser. Je me disais seulement : elle va vouloir que je raconte. Elle va s’attendre à ce que je raconte, à mon tour. Et ça, ça m’effrayait. Je me disais : jamais, jamais. Je me demandais s’il fallait que je coupe, que je raccroche, et que non, ce n’était plus possible. J’étais toute ouïe, je l’écoutais, je voulais l’écouter. Toute cette étrangeté. Je me suis dit : est-ce que ça me suffit ? Non. J’aurais voulu tout savoir de ce qui avait conduit à ce qu’elle me racontait. Je me demandais si elle en savait quelque chose. Comment ça se goupillait pour en arriver à ce qu’elle me racontait, et dont elle ne paraissait pas se douter de l’absolue étrangeté pour moi. [...]  Lire la suite >

dimanche 28 avril 2024 · 15h09

28 avril 24 – à propos de l’exposition « MES KATANGAIS (LA PEINTURE AMOUR, SOMMEIL) »
— Thomas Dunoyer de Segonzac à la galerie Treize

Thomas,
Je suis mauvaise à publier sur I. L’impression que j’ai du livre outre la joliesse de son format de son papier la matité de la couverture et le plaisir de ces pages découvertes à couper, le souvenir de ton chant ta lecture les peintures la conversation dans la lumière de la galerie, ta passion, passion aussi de l’histoire d’une histoire qui me fuit, de la révolution, l’enfant, la compagne longue, tout ça se mêle à ma lecture, et j’aime aussi les jeux de mots d’assonance la liberté prise, ce qui se dit sur la folie, « l’incapacité a déguiser en idéologie sa folie intime », le sommeil les rêves les allongés. Et ce que tu disais de cette volonté de parler d’une vie ratée, sans chercher à la repêcher. Ratée, simplement. Et ta langue, rêche et précise et pleine de cette époque, il me semble, de la Commune. Rêche et animale et vitale. Ça fait du bien.
Véronique

https://treize.site/index.php/2024/Thomas-Dunoyer-de-Segonzac/

 

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