le petit tas d’ordure comme motif de l’inavouable
— Autour de Sans valeur de Gaëlle Obiégly que je lisais hier soir encore.

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— Autour de Sans valeur de Gaëlle Obiégly que je lisais hier soir encore.

Autour de Sans valeur de Gaëlle Obiégly que je lisais hier soir encore.

Le petit tas d’ordure comme motif de l’inavouable. L’ordure ramenée chez elle, le cœur battant malgré elle. Dont la matière, l’humus plaît à son chat. Qu’elle ne dépiaute, décortique pas tout de suite, qui existe d’abord comme un corps, un corps un, qu’elle observe, qu’elle nomme, même, « Lady », dont elle laisse venir à elle certains éléments, qui paraissent subitement en surgir, peut-être du fait des manipulations du chat. Ensuite, il est vu qu’il s’agit de papiers, de déchets de papiers, qu’il s’agit d’écrits, d’écriture. Il est vu par nous lecteurs. Mais ce pourrait aussi bien avoir été réalisés par la narratrice ou l’autrice, à ce stade-là. Tiens oui, il s’agit d’ordures, je suis amoureuse d’un tas d’ordures, mais il s’agit d’ordures particulières puisqu’il s’agit d’écrits. De choses à lire ou…. pas à lire. Enfin, il est lu ce que ces papiers recèlent d’odieux.

Un peu comme le trajet de certains objets en analyse… Tas d’ordures non identifiés, chéris malgré soi, aimés, malgré leur statut d’objet rebut. Dont s’extraient certains éléments purement signifiants, c’est-à-dire dont rien ne peut être su de la signification, autour desquels on se met à imaginer, à raconter. Et alors, au départ de ces épars, se rendre compte qu’on a affaire à de l’écrit, de l’écriture. Ce qui implique aussi pour soi un retentissement particulier. Parce que l’écrit, l’écriture devient alors l’objet, la matière de pensée, de travail. Et parce qu’il y a quelque chose de l’ordre de l’écrit pas-à-lire. Découvrir le carnet, hésiter à l’ouvrir. L’ouvrir. Et alors tomber sur ce à quoi on ne s’attendait pas. Sur la haine et la parano. Sur la bêtise. Sur ce qui vous rapproche de cette personne, sur l’inavouable. L’encombrant secret, la chose à soi. Cela à quoi on tient le plus. Le non-publiable. Archive, ou déchet.

Dans Totalement interdit, Gaëlle Obiégly parle de l’aveu, du désir chez elle qu’il y ait toujours une charge d’aveu dans l’écrit, qui en tire sa vérité.

Pour moi, quelque chose se règle dans Sans valeur. La grande valeur de ce qui est écrit pour soi, du secret. Dont je me trouve paradoxalement délivrée, par le petit mythe qu’Obiégly lui consacre, qu’elle fait exister. La valeur de cette existence pour elle, le humus de ce qu’elle en extraira, en tirera pour publication. Je me trouve délivrée du tout-dire, de la transparence à tout prix. C’est une leçon d’écriture, magistrale.

Je vais lire l’article d’En attendant Nadeau

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